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Auvernier

Ancienne commune NE, district de Neuchâtel, ayant fusionné en 2013 avec Bôle et Colombier (NE) pour former la commune de Milvignes. Village au bord du lac de Neuchâtel. 520 hab. en 1750, 677 en 1850, 875 en 1900, 1021 en 1950, 1533 en 2000. 1011 Averniacum, ancien nom all. Avernach.

1 - Préhistoire

Signalés dès 1855 sur la rive nord du lac de Neuchâtel (immédiatement après la découverte des "lacustres" survenue à Obermeilen au bord du lac de Zurich durant l'hiver 1854-1855), les palafittes d'A. constituent l'un des ensembles préhistoriques les plus riches de Suisse. Sur une longueur de 1,5 km, depuis le site de Colombier-Paradis Plage (au sud-ouest) jusqu'à A.-Port (au nord-est), s'étendent dix zones juxtaposées ou partiellement superposées d'anciens villages occupés entre le quatrième et le premier millénaire avant notre ère.

L'histoire de la recherche comporte trois étapes principales. De 1855 à 1919, une quête anarchique mais pleine d'enthousiasme livra un incroyable pactole à tous les musées d'archéologie du monde. Le Ier congrès international de préhistoire (Neuchâtel, 1866) conduisit ses hôtes sur le site pour une "pêche aux antiquités". Il ne reste de cette époque aucun plan utilisable, aucune stratigraphie. En 1876, on découvrit une allée couverte mégalithique (Néolithique, réutilisée au Bronze ancien). En 1919-1920, un sondage de Paul Vouga au lieudit La Saunerie (à la frontière des communes de Colombier et A.) donna la première stratigraphie du Néolithique européen, très attentivement relevée (quatre phases, du Néolithique lacustre ancien à l'Enéolithique). Enfin, de 1964 à 1975, quinze ans après les fouilles d'André Leroi-Gourhan (1948) et de Samuel Perret (1948-1950), de grandes fouilles de sauvetage furent programmées sur le tracé de la future autoroute A5. Sous la conduite de Jean-Pierre Jéquier et de Christian Strahm, puis de Michel Egloff et de Béat Arnold, 18 500 m2 au total furent explorés, à l'air libre (notamment en caisson de palplanches) ou en plongée.

Rebaptisés entre-temps, les niveaux archéologiques repérés par Vouga ont livré une abondante moisson de données concernant aussi bien les sciences naturelles que l'histoire des premiers paysans et éleveurs, du Néolithique moyen au Bronze final. Alternant avec des phases de hautes eaux qui rendaient les rives infréquentables, les périodes d'occupation concernent les civilisations de Cortaillod (Saunerie, Port), de Lüscherz (Saunerie, Brise-Lames, Ruz Chatru, Graviers, Ténevières), d'A. (néologisme introduit par Strahm à la suite de ses fouilles à La Saunerie), du Bronze ancien (Port) et du Bronze final (Groupe Rhin-Suisse: A.-Nord, Brena). L'utilisation systématique de la dendrochronologie appliquée aux pieux de chêne a permis de préciser les dates d'occupation (3850-850 av. J.-C.) ainsi que, souvent, les plans des habitations au sein des villages successifs. Les fouilles ont fourni des apports paléo-ethnographiques fondamentaux: longue séquence architecturale et céramologique; rôles variables de la chasse et de l'élevage; nombreux outils encore pourvus de leurs manches; passage de la pierre au cuivre, puis au bronze; riche collection de vannerie du Bronze final.

Auteur(e): Michel Egloff

2 - Des Gallo-Romains au XXe siècle

L'époque gallo-romaine est actuellement représentée à A. par un établissement romain et une statuette de Jupiter. A. fait partie des biens donnés en 1011 par Rodolphe III, roi de Bourgogne, à sa femme Irmengarde. Au Moyen Age, l'autorité du comte de Neuchâtel, plus forte dès la fin du XIVe s., ne s'exerce pas sans partage sur A.: ainsi, le seigneur de Colombier, son vassal, y détient des droits sur des hommes et des terres et le chapitre cathédral de Lausanne y possède de nombreux biens. En 1357, le comte Louis de Neuchâtel accorde à ses habitants l'usage du bois de Cottendart, ce qui n'ira pas sans provoquer des heurts entre A. et d'autres communautés. La localité est alors peuplée de serfs qui s'affranchissent au XVe ou au début du XVIe s., acquérant la bourgeoisie externe de Neuchâtel. En 1599, les gens d'A. y renoncent, comme pratiquement tous les autres bourgeois externes (ils n'y seront réintégrés qu'au début du XIXe s.). A. relève jusqu'en 1848 de la mairie (juridiction) de La Côte. Plus grand village de la paroisse de Colombier (chapelle Saint-Nicolas en 1477), A. passe à la Réforme au plus tard en 1532; il n'est érigé en paroisse qu'en 1878. Sous l'Ancien Régime, les deux activités économiques traditionnelles sont la pêche et la vigne; le vin est vendu jusqu'à Soleure et Berne. Dès la fin du XVIIIe s., quelques habitants vont travailler dans les fabriques d'indiennes de la basse Areuse. Au XIXe s., ils sont plutôt employés par les fabriques de Serrières. En 1888, l'école cantonale de viticulture (auj. Service cantonal de viticulture) s'implante à A. La localité s'est peu développée malgré la création d'une gare (1859-1860, lignes Neuchâtel-Verrières et Neuchâtel-Yverdon) et de la ligne de tramways Neuchâtel-Boudry (1892) et elle est restée viticole. L'autoroute (1970-1977) a permis de créer une plage et une zone de détente.

Auteur(e): Germain Hausmann

Références bibliographiques

Bibliographie
MAH NE, 2, 1963, 249-279
– J. Courvoisier, Auvernier, 1964
Bull. de la Soc. suisse de préhist. et d'archéol., 8, 1977, nos 30/31, 65 (48 titres cités)
Cah. d'archéol. romande, nos 15-16, 1979; nos 23-25, 1982; no 37, 1987; no 45, 1988; no 46, 1989; nos 63-64, 1995
Revue neuchâteloise, no 88, 1979
Hist.NE, 1