16/05/2013 | communication | PDF | imprimer

Sion (commune)

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Comm. VS, distr. de Sion, chef-lieu du canton du Valais. Situé sur la Sionne, affluent de la rive droite du Rhône, au pied des collines de Valère et Tourbillon, S. a fusionné en 1968 avec Bramois, sur la rive gauche du fleuve. La commune s'étend entre la Lienne à l'est et la Morge à l'ouest et comprend les villages d'Uvrier, de La Muraz et de Châteauneuf. Chef-lieu politique dès l'Antiquité, notamment siège de la Diète valaisanne et siège épiscopal depuis la fin du VIe s. 859 Sedunum, all. Sitten. L'allemand fut utilisé officiellement de 1540 à 1798.

Population de Siona
AnnéeHabitants
16101 835
16701 905
17861 880
17982 201
18112 790
18372 668
18462 815

Année18501870b18881900191019301950197019902000
Habitants3 3075 4566 0996 7517 2548 65711 77021 92525 33627 171
En % de la population cantonale4,1%5,6%6,0%5,9%5,7%6,3%7,4%10,6%10,1%10,0%
Langue          
Français  3 6414 8925 3186 7269 60416 47819 43022 338
Allemand  2 2731 7331 6951 6331 7972 6461 7351 523
Italien  1751252302873532 0461 143855
Autres  1011111167553 0282 455
Religion, Confession          
Catholiquesc3 2135 1785 7876 4176 8558 16810 96720 45822 26321 220
Protestants942963103193814727671 3331 4001 419
Autres 12151817361341 6734 532
dont communauté juive  91035121215
dont communautés islamiques       334301 360
dont sans appartenanced       517071 371
Nationalité          
Suisses3 0734 8575 4765 9726 3797 93111 06518 41119 52420 360
Etrangers2346186237798757267053 5145 8126 811

a Données 1850-2000: selon la configuration territoriale de 2000

b Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

c Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - De la préhistoire au haut Moyen Age

S. est un site majeur de la préhistoire européenne: le cône alluvionnaire de la Sionne, le piémont rocheux et, dans une moindre mesure, les collines de Valère et de Tourbillon furent occupés presque en permanence depuis que l'homme se sédentarisa. La plus ancienne trace de présence humaine remonterait aux environs de 6200 av. J.-C. (Mésolithique récent). Une population d'agriculteurs d'origine méditerranéenne s'établit à S. vers 5800 av. J.-C. (Néolithique ancien). Dès environ 4500 av. J.-C. (Néolithique moyen), les nombreux emplacements d'habitat repérés sur tout le cône indiquent une densification du peuplement provoquant une expansion de l'économie et une consolidation de l'emprise humaine sur le paysage (agriculture, élevage). Le rite de l'inhumation en position repliée dans un caisson de dalles (ciste de type Chamblandes) apparut à cette époque. Au début du IIIe millénaire av. J.-C. (Néolithique final), les cistes individuelles, devenues multiples dès 4000 av. J.-C., furent remplacées par de grandes sépultures collectives sur podium de pierres sèches (dolmens du Petit-Chasseur), devant lesquels étaient dressées des stèles anthropomorphes gravées. Le Campaniforme, dans la seconde moitié du III e millénaire, perpétua la construction des dolmens, mais sans podium, de dimensions plus réduites et avec des stèles très richement ornées de décors géométriques. Les anciens dolmens furent parfois réutilisés, comme ce sera le cas systématiquement au début du Bronze ancien (vers 2300 av. J.-C.), époque d'érection des dernières stèles.

L'habitat est bien attesté pour des époques anciennes (cabanes du Néolithique moyen au Petit-Chasseur et à l'avenue Ritz, du Néolithique final à Bramois et du Bronze ancien au Petit-Chasseur). Après la période mal documentée du Bronze moyen se développèrent d'importantes nécropoles telles celles de Don Bosco (tumulus "aristocratiques" du Bronze final et surtout du premier âge du Fer) et de Sous-le-Scex (La Tène). A la fin du Ier s. av. J.-C., S. apparaît comme le chef-lieu des Sédunes, l'un des quatre peuples celtes du Valais. En 8/7 av. J.-C., moins de dix ans après la conquête romaine, la cité (civitas) des Sédunes honora l'empereur Auguste par une inscription. L'agglomération romaine s'étendait à l'ouest de la colline de Valère, à cheval sur la Sionne, notamment dans la région de l'église actuelle Saint-Théodule sous laquelle des thermes imposants furent partiellement mis au jour. Les établissements découverts à la Sitterie, à Sous-le-Scex et dans les hauts de l'avenue du Petit-Chasseur semblent plutôt avoir appartenu à des villae suburbanae. Même si elle perdit de son importance politique vers le milieu du Ier s. apr. J.-C., du fait de l'érection de Forum Claudii Vallensium (Martigny) au rang de chef-lieu de la civitas Vallensium, S. demeura un lieu de résidence apprécié des notables: des stèles funéraires attestent la présence de duumviri (magistrats de la civitas), de flamines (prêtres du culte impérial), d'un chevalier romain, d'un ancien consul. Au IVe s., des praesides (gouverneurs de la province) sont mentionnés: l'un d'eux, Pontius Asclepiodotus fit reconstruire un bâtiment impérial et s'afficha comme chrétien (inscription de 377).

Au haut Moyen Age, l'agglomération semble se situer sur la rive gauche de la Sionne. Les sites périphériques ne furent cependant pas tous abandonnés, ainsi qu'en témoignent, à Sous-le-Scex, une cabane semi-enterrée, des memoriae (édicules à caractère religieux consacrés au souvenir d'un défunt) et une vaste église funéraire (toutes du Ve s.). Un sanctuaire succéda à une nécropole du Bas-Empire-Haut Moyen Age aménagée dans les ruines des thermes romains. Ce n'est qu'à la fin du VIe s. (vraisemblablement entre 574 et 585) que le siège épiscopal fut transféré de Martigny à S., où la première cathédrale fut peut-être édifiée à mi-pente, sur le site de l'ancienne église Saint-Pierre, démolie au XIXe s.

Auteur(e): François Wiblé

2 - La commune bourgeoise du Moyen Age à la République helvétique

2.1 - Origine de la ville et développement de la commune bourgeoise jusqu'en 1340

La situation de S. fut fortement valorisée lorsque l'évêque s'y installa. La donation du comté du Valais à ce dernier par le roi de Bourgogne en 999 fit du siège épiscopal la capitale du pays. L'évêque jouissait de la haute et de la basse justices, des droits régaliens, et confia l'administration à ses vassaux ou à des officiers. Les habitants de S. dépendirent du major (maior, juge), du vidomne (vicedominus, administrateur), et du sautier (salterus).

Grâce au déclin de la féodalité, à des privilèges et concessions accordés par l'évêque, les habitants acquirent une certaine autonomie. Un traité de 1179 entre l'évêque Conon et le major Guillaume de la Tour donne les premières traces d'une organisation urbaine. Un document de 1217, rédigé au nom de l'évêque, du chapitre, du vidomne et des la Tour, peut être considéré comme la première charte de franchises de S. Il contenait des articles de droit civil et de droit pénal, mais surtout des prescriptions concernant commerce et droit de marché. En 1269, le plaid général établit des statuts (administration, usage des biens communaux) et installa un conseil de douze administrateurs, sous la direction du vidomne. Ces hommes seront appelés syndici (première mention en 1323). Le vicaire général confirma les droits de S. en 1338 par une charte de franchises, que l'évêque renouvela en 1339; elle sera présentée à chacun de ses successeurs après son élection pour confirmation. La même année, l'empereur Louis de Bavière aurait donné à S. le rang de ville impériale, avec le titre de baronnie. Le vidomne et la commune bourgeoise ou bourgeoisie promulguèrent ensemble en 1346 des règlements de police. S. était désormais une ville, ayant murailles (dernier agrandissement fin XIIe s.), charte de franchises et droit de marché.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

2.2 - Du bas Moyen Age à la fin de l'Ancien Régime

Du milieu du XIVe s. à 1475, la guerre et les destructions marquèrent l'histoire de S. L'évêque Guichard Tavel, en lutte contre les privilèges du chapitre et de la ville, trouva appui chez le comte de Savoie Amédée VI. En 1352, la ville était prise, incendiée et pillée par une armée de chevaliers savoyards. Guichard racheta en 1373 à ses vassaux les Greysier la majorie de S.; il fit de leur château sa résidence et nomma un châtelain révocable, qui remplaça le major. S. connut encore plusieurs épisodes de guerre et de pillages: en 1384, en 1418 lors de l'affaire de Rarogne, en 1475 lors des guerres de Bourgogne.

La ville réussit cependant à défendre ses droits, voire à les consolider. La bourgeoisie se dota de nouveaux statuts en 1414. L'évêque André dei Benzi lui accorda un règlement plus restrictif sur l'acquisition du droit de cité (1433) et laissa à la ville la nomination du châtelain (1435), se réservant le droit de confirmer ce dernier dans sa fonction. La bourgeoisie acheta en 1560 la charge de vidomne aux Chevron qui la tenaient en fief. Une année plus tôt, S. avait acquis la charge de sautier et avec elle la juridiction sur Salins, jusqu'alors seigneurie épiscopale. La ville jouissait désormais d'une grande autonomie.

Les XVIIe et XVIIIe s. furent plus tranquilles. Si l'on excepte la construction de l'hôtel de ville au Grand-Pont entre 1657 et 1665 et la reconstruction de S. à la suite du grand incendie qui le ravagea en 1788 (les châteaux de la Majorie et de Tourbillon, ainsi que 115 des 284 maisons en furent victimes), les magistrats sédunois purent se consacrer essentiellement à l'administration de la ville et à celle des nombreux biens communaux.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

2.3 - Administration

Selon les statuts de 1269, le Conseil se composait de douze bourgeois élus (trois pour chaque quartier, soit Sitta ou Cité sur la rive gauche de la Sionne, qui a donné Sitten, Glaviney, Pratifori, Malacuria sur la rive droite). En 1338, les bourgeois reçurent le droit d'élire les procureurs, les consuls et les syndici qui administraient la ville (art. 26 des statuts), l'exercice de la justice restant toutefois aux officiers épiscopaux. La bourgeoisie gagna ainsi une dimension politique. Au XIVe s., les bourgeois s'assemblaient deux fois par an, au printemps et en automne. A l'origine, ils élisaient deux consuls ayant les mêmes droits, chaque bourgeois étant éligible. Puis le consul primarius devint le bourgmestre et le cosyndicus s'appela consul de la souste.

Entre l'assemblée bourgeoisiale et les consuls, deux nouveaux organes furent créés en 1523, les Petit et Grand Conseils. Le premier était composé des consuls, des seize délégués des quartiers, du vidomne, ainsi que des magistrats du dizain de S., le grand châtelain, le banneret et le capitaine. Il s'occupait en principe de toutes les affaires intérieures et extérieures. Le Grand Conseil (trente-deux membres, soit huit par quartier) devait traiter celles dont le Petit Conseil ne prenait pas la responsabilité. Le système, dans lequel bourgmestre et consul de la souste étaient une sorte d'exécutif, se maintint jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, avec quelques adaptations non négligeables. L'administration de la ville fut d'abord démocratique. Par un système compliqué de classes (trois Ränge) et par le fait que les anciens magistrats étaient membres à vie des conseils, elle devint peu à peu le fait d'une oligarchie patricienne dans laquelle la grande majorité des bourgeois n'avait plus rien à dire.

Contrairement à d'autres villes suisses, S. ne réussit jamais à constituer une seigneurie territoriale, même si elle jouissait d'une certaine prééminence dans le dizain et dans la République. Les charges dézénales (grand châtelain, capitaine et banneret), tout comme celles de la République (grand bailli, baillis), assumées par rotation entre les dizains, ne pouvaient être exercées que par les bourgeois de S. Dans la République, S., capitale du pays (caput terrae Vallesii), dut se défendre plusieurs fois contre les prétentions du dizain de Conches. La bannière de S. avait la première place et la ville confirmait les condamnations à mort de tout le Valais, droit qu'elle eut avant 1344.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

3 - Economie, société, Eglise et éducation au Moyen Age et à l'époque moderne

3.1 - Structure de la population

Au Moyen Age, tant les domestiques de la cour épiscopale, que les serfs qui cultivaient la terre ou les artisans et marchands, étaient les "hommes de l'évêque" (homines episcopi). La communauté des bourgeois, constituée peu à peu, ne fut plus disposée avec le temps à accorder aux nouveaux venus les mêmes droits dont elle jouissait à titre héréditaire. Celui qui ne pouvait ou ne voulait pas payer le droit de bourgeoisie (60 sous en 1326) pouvait recevoir celui de s'établir. Ces incolae (habitants perpétuels, statut lui aussi héréditaire) étaient surtout ouvriers et artisans (Confédérés ou venus de l'Empire) et des commerçants (à l'origine souvent Savoyards ou Italiens du Nord). La peste, surtout celle de 1348-1349, fit s'éteindre de nombreuses familles bourgeoises. Les restrictions à l'accès à la bourgeoisie réduisirent aussi fortement le nombre des bourgeois par rapport à celui des habitants perpétuels. C'est ainsi qu'en 1610, date du premier dénombrement, alors que S. comptait 1835 habitants, 412 étaient bourgeois et 1423 habitants perpétuels. Le XVIIIe s. vit la formation d'une nouvelle catégorie, celle des habitants "tolérés" (tollerati). A la veille de la révolution helvétique, 19% de bourgeois, 30% d'habitants perpétuels vivaient à S. Les 51% restant, étaient formés des tolérés et de quelques marginaux. Des quarante et une familles bourgeoises, douze étaient nobles et neuf patriciennes.

Une forte immigration du Haut-Valais au XVIe s. entraîna la quasi complète germanisation de S. Les procès-verbaux du Conseil ne furent plus écrits en latin, mais en allemand dès 1540; les comptes suivirent en 1600.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

3.2 - Economie

Situé sur la grand-route qui traversait le Valais, très passante au XIIIe et dans la première moitié du XIVe s. et importante pour le commerce entre l'Italie du Nord et la Champagne par le Simplon, S., station de relais, possédait une souste gérée par la ville. Une majorité de la population (paysans et notables) possédait du bétail et granges et écuries subsistèrent jusqu'au XIXe s. Ces troupeaux estivaient aux mayens, sur l'autre rive du Rhône. La Sionne activait moulins, scies et usines diverses, la tannerie étant une branche importante. La corporation des Forgerons, maçons et tailleurs de pierre, créée en 1466, trouve son origine dans une confrérie religieuse. Suivirent les corporations des Bouchers (1512), des Boulangers (1525), des Tailleurs et des marchands de drap (1527), des Cordonniers et des tanneurs (1602). Elles jouèrent jusqu'à la fin de l'Ancien Régime un rôle économique important. Deux auberges accueillaient commerçants et voyageurs aisés, la Croix-Blanche (1550) et le Lion d'Or (1688), construit par la bourgeoisie à côté de l'hôtel de ville.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

3.3 - Eglise et vie religieuse

Les sources écrites sur les églises sont clairsemées avant le XIIe s. et les fouilles récentes ne donnent pas de réponse définitive. Au XIIe s., l'église romane située dans le quartier dit in Palacio était à la fois église épiscopale et paroissiale; elle est l'ancêtre de la cathédrale actuelle. Détruite lors des guerres du XIVe s., Notre-Dame-du-Glarier ne fut reconstruite que dans la seconde moitié du XVe s. Dans l'intervalle, ce fut celle de Saint-Pierre qui la remplaça; elle fut rasée en 1806. A Valère, Sainte-Catherine, construite au XIe s., fut sans doute à l'origine l'église du chapitre cathédral. L'église Saint-Théodule, mentionnée dès le XIIIe s., fut construite autour de 1100 sur les ruines de thermes romains et d'un sanctuaire carolingien, probablement église funéraire et de pèlerinage avec la crypte de Théodule. Détruite lors des guerres savoyardes, elle fut reconstruite entre 1510 et 1516 par l'évêque Mathieu Schiner et achevée au XVIIe s.; jusqu'en 1798, elle servit de paroissiale à la population de langue française. Au XVIIe s., la commune bourgeoise revendiqua le droit de nommer son curé; grâce à la médiation du nonce, elle obtint le privilège de le désigner en choisissant parmi quatre propositions du chapitre.

Une importante communauté réformée se constitua à S. dans la seconde moitié du XVIe s. sous la conduite de membres en vue de quelques familles bourgeoises. C'étaiten surtout des personnes qui, pendant leurs études, avaient été en contact avec la nouvelle doctrine à Berne, Bâle, Zurich, Lausanne et Genève. Après que la Diète valaisanne eut décidé en 1604 de rester à l'ancienne foi, quelques familles réformées quittèrent S., les autres revenant au catholicisme. La Contre-Réforme, menée par les capucins savoyards (fondation du couvent en 1631 et construction de l'église en 1636) et les jésuites (missions au XVIIe s. et collège en 1734), détruisit les derniers espoirs des réformés.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

3.4 - Hôpitaux

Depuis le milieu du XIIe s., le chapitre entretenait l'hôpital Saint-Jean, situé hors les murs. Vers 1290, un second hospice dédié à Marie, fondation épiscopale, fut construit à Pratifori, à l'intérieur des nouvelles murailles. Il fut détruit au XIVe s., lors des guerres avec la Savoie. Les revenus allèrent à Saint-Jean, mais l'évêque en conserva l'administration jusqu'en 1569. Un troisième hôpital (Saint-Georges) fut fondé au nord de la ville, hors de l'enceinte. Lorsque la famille des fondateurs se fut éteinte, le patronat passa à la commune bourgeoise en 1349. En 1388, bourgeoisie, chapitre et évêque se mirent d'accord pour regrouper les hôpitaux sous une seule direction. En 1569, la bourgeoisie reçut tous les droits. Elle nomma désormais l'hospitalier, ainsi qu'une chambre (un délégué par quartier) pour administrer fondations et bâtiments. Entre 1763 et 1781, elle fit raser Saint-Jean et le reconstruire au même endroit. La ville avait aussi, près du pont sur le Rhône, une maladrerie pour les lépreux et les pestiférés.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

3.5 - Ecole et culture

Centre religieux du pays, S. eut une école cathédrale, remontant probablement au IXe s., qui devait former les ecclésiastiques. Le rector scolarum Sedunensium enseignait sous le contrôle du chantre du chapitre. L'école fut délaissée lors des troubles de la fin du Moyen Age, puis se releva, mais comme école du Valais. Le maître fut désormais nommé par la Diète et bientôt payé par les revenus du pays. L'école offrait une formation de base aux jeunes Valaisans qui voulaient ensuite étudier soit dans les villes confédérées, soit à l'étranger. La Diète, avec le soutien financier de l'évêque, fit construire un nouveau bâtiment dans le quartier de Sitta en 1580. Après plusieurs essais infructueux, les jésuites en eurent la responsabilité en 1734. Après l'abolition de l'ordre en 1773, les jésuites quittèrent officiellement S. en 1774, mais s'y maintinrent jusqu'en 1788. Des séculiers leur succédèrent jusqu'en 1798.

Depuis 1200, l'école cathédrale formait aussi les notaires de la chancellerie épiscopale, qui y apprenaient le latin et un peu de droit. Il est probable que les copistes de l'atelier de S. y étaient aussi enseignés. Cinquante-cinq volumes enluminés de manuscrits liturgiques et théologiques du XIe au XVe s., écrits à S. et conservés dans les archives du chapitre, témoignent d'un haut niveau.

Auteur(e): Bernard Truffer / LH

4 - Politique et administration du XIXe au XXIe siècle

4.1 - De la République helvétique à 1848

S. ne fut pas touché par la contestation comme le Bas-Valais et c'est dans ses murs que furent exécutés les meneurs de la conjuration des Crochets en 1791. En 1798, S. fut tiraillé entre les aspirations révolutionnaires de quelques-uns (un arbre de la liberté fut érigé le 10 mars) et le refus du changement du Haut-Valais. L'insurrection contre-révolutionnaire fut matée par les troupes françaises et vaudoises et la ville pillée par elles le 17 mai.

Sous la République helvétique, S. devint l'enjeu entre les partisans de l'Ancien et du Nouveau Régime. En mai 1799, la ville fut à nouveau pillée, cette fois par les Hauts-Valaisans contre-révolutionnaires. Pour assurer le calme en Valais, le général français Turreau de Garambouville occupa S. en 1801, puis Bonaparte décida la création d'une République indépendante (1802) avant d'annexer celle-ci à l'Empire (1810). De 1798 à 1801, faute de procès-verbaux, on sait peu sur la municipalité (commune politique) et la chambre de régie (commune bourgeoise). Le préfet national était installé à S. Durant la République indépendante, la commune bourgeoise monopolisa à nouveau la politique communale, sous la direction du bourgmestre; elle ne put cependant pas placer plus d'un patricien dans les autorités du dizain qu'elle dominait avant 1798. Sous le régime français, le maire (ce fut le Sédunois Joseph du Fay de Lavallaz), nommé par l'empereur, avait deux adjoints.

Avec l'occupation autrichienne dès fin décembre 1813, la bourgeoisie ou commune bourgeoise reprit ses droits et le maire redevint bourgmestre. Jusqu'à décembre 1814, deux partis s'opposèrent, l'un soutenant l'Ancien Régime, l'autre la République indépendante, et formèrent chacun un conseil. Après leur fusion, le nombre de conseillers fut fixé à vingt. De 1815 à 1839, les patriciens se réservèrent les charges de la bourgeoisie. Vers 1830, un parti libéral fut créé sous l'impulsion d'Alexandre de Torrenté. En politique cantonale, S. suivit le plus souvent les positions du Haut-Valais (vote par dizain à la Diète au détriment du Bas-Valais) et tenta de retrouver l'influence qu'il avait avant 1798 dans le dizain. En 1839, avec la nouvelle Constitution cantonale, la distinction se fit entre Assemblée primaire, composée de tous les citoyens valaisans domiciliés à S. depuis au moins cinq ans, et le Conseil général qui réunit exclusivement des bourgeois de S.

Les événements politiques du Valais eurent des répercussions à S. Après le vote sur la Constitution de 1839, la ville abrita le gouvernement légal, Sierre celui du Haut-Valais qui faisait dissidence; l'unité fut rétablie en 1840. En 1844, S. fut occupé par les Hauts-Valaisans, prélude à la guerre du Sonderbund et à la prise de S. par les troupes fédérales (novembre 1847).

Auteur(e): Lucienne Hubler

4.2 - De 1848 au XXIe siècle

La Constitution cantonale de janvier 1848 et la loi sur les communes de 1851 séparèrent commune politique et commune bourgeoise (ou bourgeoisie), qui se répartirent les biens de la seconde. Le Conseil municipal compta désormais quinze membres. Le président de commune, le seul permanent, fut un conservateur (dès 1970 un démocrate-chrétien) jusqu'à l'arrivée en 2009 d'un libéral. La première femme y entra en 1973. Le Conseil bourgeoisial, exécutif de sept membres, et l'Assemblée bourgeoisiale, pouvoir délibérant, gèrent les importants biens de la bourgeoisie (forêts, dont celle de Thyon, mayens, îles du Rhône). Jusqu'en 1989, la bourgeoisie dut participer à certains frais de la municipalité (bâtiments scolaires).

Auteur(e): Lucienne Hubler

5 - Economie et société du XIXe au XXIe siècle

En 1850, S. était toujours la ville aristocratique et paysanne de l'Ancien Régime. Statistiquement parlant, S. (Bramois non compris) ne devint une ville (10 000 hab.) que dans les années 1940. Elle comptait 2201 habitants en 1798, mais sa croissance dans la première moitié du XIXe s. fut plus forte que celle du canton (respectivement 45 et 35%). La seconde moitié du siècle vit une émigration vers l'Amérique du Sud et l'Algérie. La fin du XXe s. amena le décollage démographique. En 2005, le secteur tertiaire dominait (78% des emplois), S. abritant les administrations communale et cantonale, ainsi que d'autres services. L'agriculture qui représentait encore 58% des emplois en 1900 était tombée à 2% en 2005.

Auteur(e): Lucienne Hubler

5.1 - Urbanisme

Pour rénover la route cantonale, qui traversait la ville, S., jusqu'alors goulet d'étranglement, dut démolir ses murailles dès 1830 (les dernières seront rasées à la fin du siècle, sauf deux tours). La Sionne fut complètement voûtée autour de 1848, ce qui facilita le passage par le Grand-Pont et les rues furent élargies. La place de la Planta, ancien champ de foire hors les murs, fut aménagée en 1850, celle du Midi en 1855. L'arrivée du chemin de fer en 1860 permit à la ville de s'étendre au sud; la gare de 1871-1872 ne fut remplacée qu'en 1960. Encore peu densément bâtie hors des anciennes murailles jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, S. se développa fortement dans les dernières décennies du siècle. Elle est desservie par l'autoroute A9 depuis 1988.

Afin de se protéger des crues du Rhône, S. mena dès 1866 des travaux d'endiguement. La ville ou ses environs furent cependant encore inondés en 1920 et 1935, avant la seconde correction des eaux. A l'ouest, vers les Iles, région formée par les bras du Rhône, des canaux de drainage permirent de gagner quelque 500 ha pour l'agriculture. C'est là que sera créée, par la commune bourgeoise, une zone de détente à la fin du XXe s.

L'éclairage au gaz date de 1867, l'éclairage électrique de 1895 (usine de Bramois jusqu'en 1900). L'approvisionnement en eau, autrefois assuré par la Sionne, insuffisant, fut provisoirement réglé en 1895 avec l'adduction d'eau provenant de la Borgne, puis en 1901 avec le captage des eaux de la Lienne. Après avoir dépendu de l'usine de Vernayaz, la commune fit construire deux usines électriques (1907, 1917) sur la Lienne (comm. Saint-Léonard). En 1903, S. mit en place un service de voirie, construisit le premier égout et créa, en 1907, les services industriels.

En 1897, un premier plan d'urbanisme fut établi. Le tournant du XXe s. fut marqué par une forte modernisation de la ville. Les infrastructures routières furent améliorées. Devant l'avance des constructions, une zone réservée à l'agriculture fut réservée en 1907 à Sous-le-Scex. Le projet d'un aérodrome, lancé en 1913 déjà, fut réalisé en 1935; depuis 1943, il est mixte, civil et militaire.

L'hôpital Saint-Jean fut utilisé jusqu'à la construction de celui de Gravelone (1944), devenu hôpital gériatrique lorsqu'il fut remplacé par l'hôpital régional de S.-Hérens-Conthey à Champsec (1979). La Suva installa la clinique romande de réhabilitation à S. en 1999.

Auteur(e): Lucienne Hubler

5.2 - Economie

L'économie sédunoise fut longtemps dominée par l'agriculture et l'élevage (nombreuses foires avant 1914). En 1850, le coteau de Montorge fut transformé en vignoble, massivement planté en fendant (chasselas). Les propriétaires (307 ha en 1887), parfois vaudois, créèrent des caves et exportèrent moût, vin ou raisin de table par le chemin de fer. Les terres gagnées sur le Rhône furent utilisées pour les cultures fruitières et maraîchères, elles aussi exportées. La Société sédunoise d'agriculture, la plus ancienne du Valais, fut fondée en 1868. Pour défendre les vignerons contre les négociants, une cave coopérative fut fondée en 1930 (l'une de celles qui créa Provins en 1932).

S. resta à l'écart de l'industrialisation. Deux fabriques de tabac, quelques brasseries furent dans la seconde moitié du XIXe s. quasi les seules industries. Dans le secteur tertiaire, l'hôtellerie et le tourisme restèrent longtemps fort modestes; l'hôtel de la Poste (1840) et celui du Midi (1866) remplacèrent l'auberge du Lion d'Or. Quelques banques privées suffisaient; la Banque cantonale du Valais fut fondée en 1917 avec siège à S. La modernité arriva avec le premier grand magasin au début du XXe s., la première grande surface datant de 1951.

Auteur(e): Lucienne Hubler

5.3 - Vie religieuse et éducation

En 1814, les capucins, dont l'ordre avait été suspendu en 1812, retrouvèrent leur couvent (pillé en 1798). Vu leur pauvreté, ils ne furent pas touchés par la nationalisation des biens du clergé en 1848. Couvent d'études jusqu'à la fin des années 1960, il abrite au début du XXIe s. quelques pères.

La ville confia l'enseignement en 1806 aux Pères de la foi, qui travaillaient dans la ligne de la Compagnie de Jésus. Revenus en 1814, les jésuites seront chassés en 1847, comme les ursulines, appelées par la ville pour enseigner aux jeunes filles en 1837 (leur couvent, construit en 1837-1838, devint le siège du gouvernement en 1848). Les sœurs reprirent leur place à S. en 1868, ouvrirent un orphelinat, des foyers, des écoles. Les frères marianistes furent chargés de l'école pour les garçons en 1845 et de l'école normale en 1876. Leur collège-lycée formait surtout aux humanités; un nouveau bâtiment (1892) abrita aussi les Archives d'Etat et la Bibliothèque cantonale (auj. siège du tribunal cantonal). Les franciscaines de Sainte-Marie-des-Anges (ou Dames-Blanches), à S. dès 1885, ouvrirent un collège classique pour les filles en 1937, passé à l'Etat en 1977 et mixte dès 1981. Un second collège-lycée (Les Creusets, 1979) offre depuis 1994 un enseignement bilingue. Pour la formation des notaires, une école de droit, fondée en 1807, supprimée en 1810 et recréée en 1824, fonctionna jusqu'en 1907. Plusieurs écoles cantonales s'installèrent à S. (agriculture en 1923, infirmières en 1944, musique en 1949, beaux-arts en 1953, ingénieurs en 1988).

L'évêque, logé provisoirement depuis l'incendie de 1788, s'installa près de la cathédrale en 1839. Agrandie en 1947, celle-ci fut la seule église paroissiale avant la formation des paroisses du Sacré-Cœur (1953), de Saint-Guérin (1961) et de Saint-Théodule (1975). La filiale de Salins devint rectorat en 1837, paroisse en 1893.

Les quelques familles protestantes installées à S. dès les années 1830 obtinrent un poste pastoral en 1858 (la paroisse recouvrait alors l'entier du canton). Un premier temple fut inauguré en 1876, l'actuel en 1970. Deux centres islamiques accueillent la communauté musulmane.

Auteur(e): Lucienne Hubler

5.4 - Culture

Chef-lieu du Valais, S. abrite des activités culturelles qui dépendent du canton et de la ville. Les musées cantonaux remontent aux cabinets de curiosités créés en 1820 par le jésuite Etienne Elaerts, qui reçut en 1830 un soutien de la ville et du canton. Celui d'histoire est installé depuis 1883 à Valère, la Majorie (caserne de 1842 à 1942) accueillit les beaux-arts en 1947. Les expositions temporaires sont montées depuis 2000 dans l'ancien pénitencier cantonal (1909).

La commune bourgeoise, désireuse d'avoir un lieu de rencontre, fit construire (1863) un casino, avec salle de bal. Acheté par la commune en 1912, il est depuis 1944 le siège du Grand Conseil valaisan. La bourgeoisie acquit en 2008 la maison du Diable (1515-1528) et la mit en 2011 à disposition de la Fondation Fellini pour le cinéma (2001). Le théâtre des jésuites (1758) devint le Théâtre de Sion (Théâtre de Valère en 1970). Le "petithéâtre" fut ouvert en 1974. Le Festival Tibor Varga (1964-2001) et le Festival international de l'orgue ancien à Valère (dès 1969) firent de S. un lieu musical international.

Seul imprimeur valaisan, Antoine Advocat, établi à S., édita en 1798 l'unique numéro du premier journal politique, le Nouvelliste valaisan, opposé au nouveau régime. Après 1839, plusieurs titres, dont L'Echo des Alpes (1839-1844), libéral, n'eurent qu'une existence éphémère. Le Confédéré (radical) naquit en 1861. Le Walliser Bote , feuille conservatrice du Haut-Valais, fut imprimé à S. de 1840 à 1932. Le Journal et feuille d'avis du Valais et de Sion (1903) fut absorbé en 1968 par Le Nouvelliste (1903, Nouvelliste et Feuille d'Avis du Valais).

Auteur(e): Lucienne Hubler

Références bibliographiques

Bibliographie