24/02/2012 | communication | PDF | imprimer

Téléphone

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La technique de la transmission électrique à distance de sons, à l'aide d'un appareil appelé Telefon par l'Allemand Philipp Reis en 1861, se répandit en Europe après qu'Alexander Graham Bell l'eut fait breveter en Amérique en 1876. En Suisse, les premiers essais datent de la fin de 1877 et la téléphonie fut soumise au monopole étatique du télégraphe en 1878. L'entrepreneur Wilhelm Heinrich von Ehrenberg s'opposa (en vain) au monopole, mais obtint bientôt une concession pour la construction d'un réseau à Zurich. Il la céda à la Société (privée) des téléphones de Zurich, qui établit en 1880 le premier réseau téléphonique de Suisse. Dès 1881, la Confédération se chargea d'en construire et exploiter d'autres, d'abord à Bâle, Berne (1881) et Genève (1882). Elle racheta celui de Zurich en 1885. En 1891, on comptait près d'une centaine de réseaux locaux, qui finirent par former un réseau national. Le Tessin y fut raccordé en 1900 grâce à des lignes posées dans le tunnel du Gothard.

Perçu au début comme un concurrent du télégraphe, le téléphone était techniquement plus exigeant que celui-ci; les premiers systèmes téléphoniques étaient fréquemment dérangés et de capacité fort limitée. L'exploitation en duplex (dès 1911) et la pose de câbles entre les villes (dès 1917) améliorèrent la situation. L'établissement des liaisons, qui, lorsqu'elles étaient interurbaines, supposait l'intervention de plusieurs centraux téléphoniques, se fit longtemps à la main; les "demoiselles du téléphone" (ainsi désignait-on les personnes se vouant à cette activité, exercée dès le début en Suisse exclusivement par des femmes célibataires) ont marqué la pratique de ce moyen de communication durant des décennies.

A partir de 1923, les centraux téléphoniques furent progressivement automatisés, ce qui permettait aux abonnés de composer eux-mêmes le numéro de leur correspondant; l'automatisation fut terminée en 1959. A cet effet, l'entreprise des Postes, téléphones et télégraphes (PTT) avait divisé la Suisse en cinquante-deux groupes de réseaux. Simultanément, des campagnes de publicité furent organisées pour promouvoir l'usage du téléphone, qui fut aussi enseigné dans les écoles. En 1931, les PTT introduisirent la télédiffusion, transmission de programmes radio par le réseau téléphonique. La téléphonie ne cessa de s'étendre tout au long du XXe s.; de 3,3 appareils pour 100 habitants en 1920, on passa à 11 en 1940, à 19 en 1950, à 31 en 1960, à 48 en 1970 et à plus de 70 en 1980.

Des liaisons téléphoniques internationales furent établies entre la Suisse et ses voisins dès les années 1880; au début du XXe s., elles s'étendirent aux autres Etats européens. Jusqu'à l'immersion du premier câble téléphonique sous-marin dans l'Atlantique en 1956, les liaisons intercontinentales se faisaient sans fil (la première, entre Londres et les Etats-Unis, date de 1928). En 1940, la Suisse se dota, pour le trafic international, de ses propres installations sans fil, se rendant ainsi indépendante des Etats voisins durant la guerre. Les liaisons téléphoniques par satellite (inaugurées en 1965) furent relayées en Suisse dès 1974 par la station terrestre de Loèche.

La transmission sans fil fut utilisée localement pour raccorder certaines cabanes alpines (dès 1939), puis pour les véhicules (dès1949). En 1978, les PTT lancèrent le natel (Nationales Autotelefon), premier système suisse de téléphonie mobile. En 1986, suivit le natel cellulaire C, à son tour remplacé en 1992 par le natel numérique D, qui adoptait le système européen GSM. En 2002, le nombre de téléphones mobiles dépassa pour la première fois en Suisse celui des installations fixes.

A partir des années 1980, la mobilité, la numérisation et la libéralisation du marché marquèrent l'évolution de la téléphonie. La numérisation de l'infrastructure du réseau s'accompagna d'une offre toujours plus fournie de prestations et de terminaux (en vente libres depuis 1992). Avec la disparition des PTT et la libéralisation complète intervenue en 1998, l'ancien monopole disparut au profit d'un régime de concurrence. Simultanément, les possibilités offertes par Internet occupèrent dès les années 1990 une place toujours plus importante, notamment dans le domaine de la téléphonie, où elles remettent en question les techniques traditionnelles.


Bibliographie
Un siècle de télécommunications en Suisse 1852-1952, 2-3, 1959-1962 (all. 1959-1962)
– C. Kobelt, «Ein Jahrhundert Telefon in der Schweiz», in Archiv für deutsche Postgeschichte, 1977, cah. 1, 104-137
– «100 ans de téléphone en Suisse», in Revue des PTT, 1980, no 10, 337-399
– Y. Bühlmann, K. Zatti, Frauen im schweizerischen Telegrafen- und Telefonwesen 1870-1914, 1992
– K. Stadelmann, Th. Hengartner, Le téléphone à l'écoute de son temps, 1994 (all. 1994)
Telemagie, 2002

Auteur(e): Regine Buschauer / BAP