16/06/2015 | communication | PDF | imprimer

Prairies

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Les prairies sont des terres cultivées en pré, moins souvent labourées que les champs ou labours (Terres ouvertes). La place des unes et des autres dans le paysage suisse a fortement varié. Mais, du Moyen Age à nos jours, leur évolution est indissociable. L'extension des prairies, naturelles, puis artificielles, répercute les modifications de la consommation intérieure et les variations de la demande et de l'offre étrangères. Elle traduit aussi, de manière déterminante, jusqu'au début du XIXe s. le poids des institutions, du fait de l'opposition vigoureuse à la transformation des champs en prés par crainte d'un amenuisement des prélèvements féodaux et seigneuriaux, notamment décimaux (Dîme).

Trois moments importants caractérisent la transformation des terroirs. Aux XIVe et XVe s., dans les régions de collines et des Préalpes, les champs font en partie place aux prés nécessaires à l'entretien du gros bétail (Cultures fourragères), un phénomène bien mis en évidence à Fribourg, Obwald et Glaris. La demande accrue de fromage et de beurre du monde urbain, suisse et étranger, accélère une conversion que les contemporains redoutent, de crainte de manquer de blé. A partir du XVIIe, mais surtout au XVIIIe s., les paysans s'efforcent d'accroître la production et le rendement des surfaces herbeuses par l'irrigation ou par la création de prairies artificielles (trèfle, luzerne, sainfoin) souvent prises sur la jachère. Mais les contraintes sur les prés suscitent des problèmes continuels, car accessible au troupeau de la communauté dès la première coupe, le regain est perdu pour la propriétaire.

Le deuxième moment est politique. La définition nouvelle des droits de propriété de la terre - avec la suppression des droits d'usage collectifs et des redevances féodales au début du XIXe s. -, imposée aux autorités et aux anciens propriétaires, signifie pour le paysan un libre usage de sa terre, une diminution des labours et l'option d'accroître sa surface en prés, que facilite le recours accru à la stabulation. Mais, en fait, la superficie des prairies naturelles s'accroît surtout dès le milieu du XIXe siècle; elles sont de bonne qualité, puisqu'il s'agit d'anciens champs labourés.

Le troisième moment a subi l'influence des marchés extérieurs (arrivée massive de blés de l'Europe centrale et orientale et d'outre-mer bon marché). Ils obligent les agriculteurs à poursuivre la conversion d'une grande partie de leurs terres labourées en herbages (diminution des deux tiers environ des champs entre 1855 et 1914) et la Suisse "jaune" se transforme en Suisse "verte" (Christian Pfister). Dans les régions de montagne (Grisons par exemple), le recul de l'autosubsistance dans les premières décennies du XXe s. contribue aussi à la diminution des emblavures au profit des prairies. Ce processus n'a pas revêtu la même ampleur dans toutes les régions de Suisse, de même le rapport des prairies artificielles aux prairies naturelles varie fortement. Dans certaines régions de viticulture intensive, telles Lavaux ou La Côte, les prés et les cultures fourragères restent encore importantes dans les années 1930 (près de 50%, mais seulement environ 20% en Valais), alors qu'en Thurgovie l'arboriculture se maintient en symbiose avec les prairies. En 1929 encore, dix millions d'arbres fruitiers à haute tige poussaient majoritairement sur les prairies naturelles.

Après une brève diminution des surfaces herbeuses durant la Deuxième Guerre mondiale (Plan Wahlen), l'utilisation des sols est fortement influencée par les interventions de l'Etat, et notamment par son option, jusque dans les années 1990, de maintenir par le biais de subventions une culture des champs suffisante. Les subventions sont remplacées depuis les réformes de la politique agricole par des paiements directs liés à des prestations écologiques et à une amélioration du bien-être des animaux. La loi de 1993, par exemple, prévoit des compensations pour maintenir l'exploitation extensive des prairies maigres qui abritent une flore et une faune variées.


Bibliographie
– H. Brugger, Die schweizerische Landwirtschaft 1850 bis 1914, 1978
– A. Ineichen, Innovative Bauern, 1996

Auteur(e): Anne-Lise Head-König