01/06/2012 | communication | PDF | imprimer

Saint-Imier (commune)

L'édition imprimée de cet article comporte une image. Commandez le DHS chez notre éditeur.

Comm. BE, distr. de Courtelary, arrondissement administratif du Jura bernois. Située dans le vallon homonyme traversé par la Suze, sur l'axe Bienne-La Chaux-de-Fonds. 884 cella de sancti Himerii, ancien nom all. Sankt Immer. 900 hab. en 1810, 1800 en 1839, 2632 en 1850, 7033 en 1880, 7455 en 1900, 5972 en 1950, 6740 en 1970, 5430 en 1980, 4807 en 2000.

L'histoire de S. plonge ses racines dans la légende de saint Imier, qui se serait fixé dans la région au tournant du VIe et du VIIe s. Son établissement serait à l'origine de la cella, citée en 884, terme qui désigne probablement un lieu de culte et une exploitation rurale. Des fouilles archéologiques (1986-1987, 1990) effectuées sur l'emplacement de l'ancienne église Saint-Martin (auj. Relais culturel de l'Erguël) ont démontré l'ancienneté de l'occupation du site de S. en mettant au jour des restes d'édifices religieux et deux tombes (sur 142 découvertes) remontant au haut Moyen Age. Les fouilles ont révélé trois étapes de construction avant la dernière qui intervint entre la fin du XIVe et le début du XVe s.

En 884, la cella de S., avec ses dépendances, appartenait à l'abbaye de Moutier-Grandval, et à ce titre, revint à l'évêque de Bâle en 999 lors de la donation du roi de Bourgogne Rodophe III. En 1264, Otton d'Arguel (ou d'Erguël) rendit sa charge d'avoué sur la vallée de la Suze à l'évêque qui la confia au maire épiscopal de Bienne: l'Erguël fut érigé en seigneurie de l'évêché, dont S. fit désormais partie. S. en était l'une des huit mairies - communément appelées paroisses. Dès la fin du XVe s., la mairie de S. (dite aussi haute paroisse) comprenait Villeret, Sonvilier, Renan et La Ferrière. Le maire, qui avait une préséance sur les autres (premier maire du pays), et le greffier assumaient aussi certaines fonctions au niveau du bailliage. En 1792, le maire de S., Théodore Frédéric Louis Liomin, prit une part active à l'agitation révolutionnaire qui secouait la région. Sous le régime français (1798-1813), S., avec le sud de l'évêché, fut incorporé au département du Mont-Terrible puis du Haut-Rhin, avant d'être rattaché au canton de Berne en 1815 (bailliage puis distr. de Courtelary). En 1858, S. devint commune municipale, tout en conservant sa commune bourgeoise. C'est à S. que vit le jour l'Internationale antiautoritaire (ou anarchiste) lors du congrès de 1872 organisé par la Fédération jurassienne, dont la section de S. était l'une des plus actives.

Au spirituel, S. releva du diocèse de Lausanne. Une chapelle est citée en 968, l'église paroissiale Saint-Martin en 1228 (paroisse peut-être fondée au IXe ou Xe s.). Cette dernière fut reconstruite par la suite en style gothique. La collégiale romane fut bâtie sans doute à l'instigation de l'évêque de Bâle probablement au XIe s. Sous l'influence de Bienne, la Réforme fut adoptée à S. en 1530. La collégiale devint paroissiale, tandis que l'église Saint-Martin fut peu à peu désaffectée jusqu'à sa démolition en 1828. La tour Saint-Martin (clocher fin XVe-début XVIe s.), dite aussi tour de la Reine Berthe, en est l'unique vestige. En 1814, S. fut rattaché au diocèse de Bâle avec tout le vallon. Le culte catholique ne fut à nouveau reconnu à S. qu'en 1857 et l'église néo gothique (dédiée à saint Martin) achevée en 1866. Une église catholique-chrétienne fut édifiée en 1912.

Au cours du XVIIIe s., le haut vallon de S. délaissa peu à peu l'agriculture au profit d'activités plus lucratives, telles la dentelle et l'horlogerie. Les premières pièces d'horlogerie furent fabriquées à S. dans les années 1720. Le système de l'établissage se mit en place au XIXe s. En 1817, 200 ouvriers travaillaient en ateliers ou à domicile. Première fabrique mécanisée de la région, la manufacture des Longines commença de produire en 1867. La même année, 1600 personnes travaillaient dans quarante-sept établissements horlogers. Dévastée par trois incendies (1839, 1843 et 1856), S., qui multiplia sa population par neuf entre 1800 et 1890, fut rebâtie selon un plan en damier. La cité se dota d'un hôpital en 1856 (site de l'Hôpital du Jura bernois depuis 2000). En 1874, elle fut reliée au réseau ferroviaire suisse. De nouvelles écoles furent créées: école secondaire (1860), école d'horlogerie (1866, et de mécanique en 1896, devenue technicum en 1961), école professionnelle de dessin (1885) et école supérieure de commerce (1907). Les réseaux du gaz, de l'eau et de l'électricité furent construits avant la fin du XIXe s. Vivant au rythme de la conjoncture horlogère, S. fut frappé durement par les crises des années 1930 et 1970. Au début du XXIe s., une dizaine d'entreprises sont encore actives dans l'horlogerie et le tissu industriel s'est diversifié (technologie dentaire et médicale, métrologie). En 2005, le secteur secondaire offre 41% des emplois. A la fin du XXe s., S. élargit son offre en matière de formation, devenant un centre d'importance régionale à travers l'école d'ingénieurs (1976, issu du technicum, dans la haute école Arc dès 2005), l'école de musique du Jura bernois (1981), l'école des métiers et professionnelle (1997) et le centre de formation des professions de la santé (1993). L'offre culturelle s'est également développée: coopérative Espace Noir (1984), Relais culturel de l'Erguël (1992), abritant le musée (1886, rouvert en 2002), le centre de culture et de loisirs et la bibliothèque régionale, centre de recherche et de documentation du Jura bernois Mémoires d'Ici (2000) et centre jurassien d'archives et de recherches économiques Cejare (2002).


Fonds d'archives
– Arch. et documentation Mémoires d'Ici, Saint-Imier
Bibliographie
– R. Gerber, Hist. de St-Imier, 1946
Saint-Imier, 1984
– A. Beuchat et al., La collégiale de Saint-Imier, 1997
– J.-C. Rebetez, éd., La donation de 999 et l'hist. médiévale de l'ancien Evêché de Bâle, 2002, 247-251, 292-298
Saint-Imier: Itinéraires imériens, 2004
– P. Linder, De l'atelier à l'usine: l'horlogerie à Saint-Imier (1865-1918), 2008 (avec bibliogr.)

Auteur(e): Christine Gagnebin-Diacon