• <b>Fêtes fédérales</b><br>Bal de clôture de la fête fédérale de musique sur la plateforme de la collégiale de Berne en 1827, aquatinte de  Franz Hegi (Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne). Les fêtes de musique, de chant et de tir constituèrent les manifestations les plus spectaculaires de l'Etat fédéral naissant. La bourgeoisie exprimait ainsi, dans un décorum patriotique (croix suisse et écussons cantonaux), son désir de construire une conscience nationale.

Fêtes fédérales

L'idée d'une fête nationale suisse apparut en 1798, dans les premiers mois de la République helvétique. A la fois solennité patriotique, concours et fête populaire, elle devait illustrer la république et la démocratie, en réunissant des éléments empruntés aux fêtes de l'ancienne Confédération (Commémoration de batailles) et aux fêtes révolutionnaires françaises. Cette formule marqua les fêtes fédérales du XIXe s., dont on peut dire qu'elles naquirent avec les fêtes de bergers d'Unspunnen en 1805 et 1808. Mais les institutions fédérales, trop faibles, ne purent organiser une fête nationale, fondée sur les valeurs de l'Etat, avant celle de 1891 (annuelle dès 1899), abstraction faite du Jeûne fédéral (dès 1796).

1 - Les fêtes associatives comme fêtes nationales

Dans ce contexte, les fêtes fédérales de tir, de chant (Chorales) et de gymnastique devinrent de véritables fêtes nationales, occasions par excellence de célébrer l'unité du pays. Elles se tenaient à intervalles réguliers, mais chaque fois dans un autre lieu, pour tenir compte des intérêts et des apports régionaux. Elles étaient donc à l'image des structures fédérales de la Suisse. Bien qu'il eût été plus facile, pour des raisons de transport, de les organiser dans les villes du Plateau, on se déplaçait aussi en Suisse centrale, dans le Jura et au Tessin, par volonté d'intégrer tous les cantons. On fit de même pour les trente fêtes de la Société helvétique de musique, entre 1808 et 1867 (Sociétés de musique), qui cependant ne mettaient pas au premier plan les préoccupations patriotiques, contrairement aux grands rassemblements associatifs ultérieurs.

La Société suisse des carabiniers fut la première à revendiquer l'expression festive de l'idée nationale. La première fête fédérale de tir eut lieu en 1824 à Aarau. A la fois concours et solennité patriotique, elle se répéta tous les deux ans environ. Sous la Régénération, les fêtes de tir devinrent une plate-forme pour les mouvements libéraux, non sans susciter de vifs débats (Opinion publique).

<b>Fêtes fédérales</b><br>Bal de clôture de la fête fédérale de musique sur la plateforme de la collégiale de Berne en 1827, aquatinte de  Franz Hegi (Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne).<BR/>Les fêtes de musique, de chant et de tir constituèrent les manifestations les plus spectaculaires de l'Etat fédéral naissant. La bourgeoisie exprimait ainsi, dans un décorum patriotique (croix suisse et écussons cantonaux), son désir de construire une conscience nationale.<BR/>
Bal de clôture de la fête fédérale de musique sur la plateforme de la collégiale de Berne en 1827, aquatinte de Franz Hegi (Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne).
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Les premières fêtes de gymnastique et de chant datent de 1832 et 1843. Affaires d'hommes, comme celles de tir, elles admettaient néanmoins les femmes en spectatrices. Le concours, image de la société bourgeoise démocratique, et la célébration collective de la patrie formaient le chœur du programme. La halle de fête servait de cathédrale au culte national. Le banquet s'agrémentait de discours, de chants entonnés par l'assemblée et de toasts à la patrie, qui renouvelaient le sentiment confédéral.

Après 1848, les fêtes fédérales eurent à incarner l'esprit de réconciliation nationale. On travailla consciemment à intégrer les différentes langues et confessions. Complétées par des cortèges et des Festspiele, ces grandes manifestations attiraient des milliers de personnes et touchaient de larges couches de la population, au-delà du cercle restreint et masculin qui seul, il ne faut pas l'oublier, pouvait y participer activement. Les élites économiques et politiques, soutien de l'Etat, s'affirmaient en particulier dans les fêtes de tir. Les associations ouvrières, qui se constituèrent en se démarquant des sociétés établies, appelèrent leurs fêtes "suisses" plutôt que "fédérales".

La tradition des fêtes d'associations s'élargit après 1850, en gardant le même modèle: fêtes de la Société fédérale de musique (Association fédérale de musique depuis 1979) dès 1864, de l'Association fédérale de lutte suisse et de la Société des pontonniers dès 1894, des joueurs de hornuss dès 1903 (Jeux nationaux). Il se développa une culture festive qui atteignit son apogée quand les fêtes fédérales d'associations purent s'appuyer sur un vaste réseau de fêtes cantonales et régionales conçues à leur image.

Auteur(e): François de Capitani / PM

2 - Du culte de la patrie au spectacle populaire

Vers 1900, les fêtes nées au XIXe s. durent s'adapter à l'évolution de la société. Des critiques furent émises contre la sociabilité masculine, où l'on ne pouvait nier que l'alcool jouait le rôle de catalyseur des émotions patriotiques. De nouvelles formes de divertissements et de communications de masse, une nouvelle conception des loisirs (sport, danse, cinéma) influèrent non seulement sur les relations entre les sexes, mais aussi sur la culture festive.

Depuis le début du XXe s., le côté célébration des fêtes fédérales tendit à passer à l'arrière-plan. Le fragile équilibre entre culte patriotique et concours se rompit définitivement en faveur de ce dernier dans l'entre-deux-guerres déjà. Concours, cortège et spectacle populaire commencèrent à se séparer de la solennité officielle, tout en gagnant en importance; mais de ce fait, l'événement dans son ensemble perdit sa force et sa dynamique originelles. Les nouveaux moyens de communication induisirent aussi un changement dans le caractère des fêtes qui, face au réseau créé par les journaux illustrés, la radio, puis la télévision, n'apparurent plus comme le lieu de rencontre obligé des Confédérés.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les fêtes fédérales durent se confronter au débat politique. On mit en cause la domination masculine qui s'y manifestait, reflétant une démocratie réservée aux hommes. La participation féminine se fit par étapes, comme pour les droits politiques. Des femmes furent admises en 1910 déjà aux concours de tir, mais des obstacles subsistaient pour les fêtes de gymnastique et de chant. La journée suisse de gymnastique féminine de 1972 permit pour la première fois d'apprécier leurs performances dans ce domaine et ouvrit la voie à une participation pleine et entière. De même, les fêtes de chant ne sont plus depuis 1982 des fêtes de chanteurs. Cette nouvelle orientation entraîna la fusion des associations masculines et féminines (Union suisse des chorales en 1978, Fédération suisse de gymnastique en 1985).

Toute une série d'associations vouées aux traditions populaires ont repris au XXe s. l'idée de fête fédérale: l'Association fédérale des yodleurs (Yodel) dès 1924, la Fédération nationale des Costumes suisses dès 1926, l'Association suisse des amis de la musique populaire dès 1971, puis celle des joueurs d'harmonica et d'accordéon. Cependant, ces manifestations ne sont plus centrées sur la célébration de l'Etat fédéral, mais constituent de grands rendez-vous de la culture populaire suisse.

Auteur(e): François de Capitani / PM

Références bibliographiques

Bibliographie
Album commémoratif du centenaire de la Soc. suisse des carabiniers, 1924
– R. Thomann La Soc. fédérale de chant 1842-1942, 1942 (all. 1942, plus complet)
– B. Henzirohs, Die eidgenössischen Schützenfeste 1824-1849, 1976
150 ans Soc. fédérale de gymnastique, 1981
75 Jahre Eidgenössischer Jodlerverband, 1985
125 ans Assoc. fédérale de musique, 1987
– B. Schader, W. Leimgruber, éd., Festgenossen,, 1993