20/03/2006 | communication | PDF | imprimer

Esotérisme

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La notion d'ésotérisme (en grec esoterikos, "vers l'intérieur") s'appliquait en premier lieu, dans l'Antiquité grecque, à des écrits et des enseignements d'un philosophe réservés à des étudiants au bénéfice de la formation préparatoire nécessaire, par opposition aux enseignements exotériques, accessibles à tous. Cette notion s'élargit déjà à l'époque antique pour désigner un savoir secret ou occulte. On trouve ces doctrines ésotériques notamment dans les anciens mystères, la gnose, la littérature hermétique de la basse Antiquité et la kabbale juive.

L'ésotérisme apparu à la Renaissance dans les cultures occidentales est en corrélation étroite avec les sciences dites occultes, telles l'alchimie, l'astrologie et la magie, et, depuis le XIXe s., la théosophie. Le Français Antoine Faivre le décrit comme une "forme de pensée" qui se caractérise par une réflexion comparative, la représentation d'un univers animé, la mise en valeur de l'imagination ainsi que l'expérience de la métamorphose. La compréhension qu'en a Faivre est toutefois controversée. Actuellement, l'ésotérisme est devenu dans l'usage courant un terme global couvrant des pratiques et des interprétations de l'existence diffusées aux Etats-Unis et en Europe durant les années 1970 et qui, pour la plupart, s'opposent à une conception du monde fondée sur les sciences naturelles, sur le christianisme, sur la psychologie classique et la médecine officielle. Dans un esprit syncrétique, l'ésotérisme reprend des idées qu'il concilie avec un savoir présumé intemporel pour parvenir à un sentiment optimiste de l'existence qui tende vers une participation à une conscience cosmique.

En Suisse, l'ésotérisme s'est diffusé depuis la seconde moitié du XIXe s. dans la théosophie et l'anthroposophie (Goetheanum de Dornach). Au nombre des précurseurs figurent des mouvements modernes tel le spiritualisme, au début ancré dans le protestantisme, le rosicrucianisme, la franc-maçonnerie et, depuis le XIXe s., le spiritisme. A partir des années 1980, les modes de pensée ésotériques connaissent un essor d'une ampleur totalement inédite avec la mouvance New Age. Il ne s'agit généralement pas d'enseignements fermés, mais bien plus d'une offre multiple de valeurs et de techniques destinées à aider à mieux vivre. Il n'y a, en principe, pas de profession de foi obligatoire ni d'adhésion ferme. L'ésotérisme du début du XXIe s. recouvre un large éventail, allant de l'astrologie, de la magie, de la mantique, de la perception extrasensorielle, du "channeling" (forme de télépathie) et de la guérison de l'esprit aux offres commerciales de traitements et techniques de mieux-être, comme le Reiki (transmission d'énergie), en passant par diverses formes de psychologie ésotérique, de méditation, de spiritualité indienne et de chamanisme. L'ésotérisme est diffusé par des livres, des magazines, des cours, des congrès (Psi-Tage de Bâle, congrès d'astrologie de Lucerne), ou sous forme de thérapies. Tout un marché s'est développé autour de l'ésotérisme, comprenant des magasins ou des rayons spécialisés (librairies, musique, vente d'adjuvants tels que pierres fines, tarots, essences), des centres de consultation et des foires (par exemple à Zurich, Genève et Saint-Gall).


Bibliographie
– A. Faivre, L'ésotérisme au XVIIIe siècle en France et en Allemagne, 1973
– O. Eggenberger et al., New-Age aus christlicher Sicht, 31988
– J.-F. Mayer, «Phénomène des sectes et religiosité parallèle», in Les Suisses, éd. P. Hugger, 3, 1992, 1465-1479
– O. Eggenberger, Die Kirchen, Sondergruppen und religiösen Vereinigungen, 61994, 296-304
– J. Maier, Die Kabbalah, 1995
– H. Zinser, Der Markt der Religionen, 1997
– E. Ghezzi, Faszination Esoterik, 1998
– A. Keller, S. Müller, éd., Esoterik als neue Volksreligion, 1998
– M. Neugebauer-Wölk, «Esoterik in der Frühen Neuzeit», in ZHF, 27, 2000, 321-364
– H. Stamm, Achtung Esoterik, 2000
– B. Grom, Hoffnungsträger Esoterik ?, 2002

Auteur(e): Franz Xaver Bischof / FP