17/07/2013 | communication | PDF | imprimer | 

Brigue (ville)

L'édition imprimée de cet article comporte des images. Commandez le DHS chez notre éditeur.

Localité principale de la comm. de B.-Glis VS, chef-lieu du district de B., entre les ponts sur le Rhône et sur la Saltine. Les communes de Brigue, Glis et Brigerbad furent réunies en 1972 pour former celle de B.-Glis. Marché, étape, douane et nœud ferroviaire au pied du col du Simplon. 1215 Briga, all. Brig, it. Briga. 468 hab. en 1798, 412 en 1802, 596 en 1827, 721 en 1850, 1012 en 1860, 1172 en 1888, 2182 en 1900, 3132 en 1920, 3854 en 1950, 5191 en 1970, 9608 (avec Glis et Brigerbad) en 1980, 10 602 en 1990, 11 590 en 2000.

De rares vestiges du Bronze (bracelet, poignard) et de La Tène (deux squelettes, deux bracelets valaisans, deux fibules) constituent les plus anciennes traces de présence humaine à B. On trouve des toponymes latins (Kastel, Saltina, Geschina) aux alentours de l'ancienne voie romaine; partout ailleurs, les noms allemands dominent. Depuis 1988, des recherches archéologiques à Gamsen ont mis au jour d'importants vestiges de l'âge du Fer, de l'Antiquité et du haut Moyen Age. En 1215 est mentionnée pour la première fois une famille de Briga. Il s'agit vraisemblablement d'une branche des Mangoldi que l'on trouve en 1181 à Naters, branche dont la dénomination recouvre peut-être les donzels de Curia (im Hof) attestés de 1308 à 1335. Elle résidait à la Höllenburg, une tour dominant B., démolie au XVIIe s. La ville a peut-être été construite à partir d'une autre tour, détruite en 1970, qui avait été bâtie au XIIIe s. sur l'emplacement d'une construction du siècle précédent avec tour et mur d'enceinte. Au spirituel, B. fit partie de la paroisse de Naters, puis dès 1642 de celle de Glis, avant d'en former une en 1957 (avec sa propre église dès 1967-1970). Les jésuites y eurent une maison entre 1624 et 1627; ils y entretinrent un collège de 1662 à 1773, puis de 1814 à 1847 et furent relayés par des piaristes dans l'intervalle (construction du bâtiment scolaire de 1663 à 1673, de l'église de 1673 à 1687). Depuis 1848, l'établissement dépend de l'Etat du Valais qui, jusqu'en 1990, plaçait à sa tête des prêtres séculiers. B. accueillit un premier couvent de capucins durant la décennie 1650-1660. Le bâtiment actuel date de 1947-1948. Un couvent d'ursulines (avec une école de filles) fut fondé en 1661; son église est de 1732. Le foyer des missionnaires de Mariannhill, temporairement converti en séminaire, existe depuis 1937. En 1304 fut fondé l'hôpital Saint-Antoine (chapelle gothique du XIVe s.; premier règlement en 1399). Il fut acquis plus tard par la bourgeoisie de B., qui le maintint jusqu'en 1908. La bourgeoisie fit construire la chapelle Saint-Sébastien en 1636-1637 (restauration en 1972-1973). En 1951, Karl Schmid éleva la Wehrmannskapelle.

On pense que la ville a été fondée par l'évêque de Sion. C'est au XIVe s. qu'elle est mentionnée pour la première fois comme commune; celle-ci prit de l'importance jusqu'à devenir l'une des circonscriptions appelées Gumper qui envoyaient des délégués au Conseil du dizain de B. En 1518, B. remplaça Naters comme chef-lieu du dizain et siège de son tribunal (la prison fut reconstruite en 1740-1741). La maison communale est mentionnée pour la première fois en 1618. Des registres juridiques des années 1576 à 1631 renseignent sur l'organisation de la commune, la réglementation des métiers et du marché, le droit pénal et les lois somptuaires. La commune avait à sa tête deux gouverneurs (Gewalthaber) et un Conseil des Six. Les remparts de la cité servaient également à la protéger des fréquents débordements de la Saltine, dont les derniers se sont produits en 1920 et 1993. Le Rhône provoqua lui aussi des inondations en 1469, 1506, 1640, 1752, 1775, 1868 et 1920, sans compter les dégâts causés par les séismes de 1755 et 1855. La peste décima la population en 1465, 1475, 1485 et 1575. Les troupes françaises, enfin, pillèrent la ville en 1799, brûlant les archives et provoquant de gros dommages.

Entre 1658 et 1678, Gaspard Stockalper se fit construire une résidence avec trois tours, cour à arcades et parc, le fameux palais Stockalper qui domine la ville et lui donne son cachet. Non moins impressionnante fut autrefois la tour de style Renaissance du grand bailli Kaspar Metzelten (1526). L'ancienne maison Stockalper (env. 1533), la maison du sel (Salzhof, XVIe s.) qui servait au stockage et au transbordement des marchandises et fut abattue en 1967, les maisons patriciennes Wegener (XVIIe s.), Mannhaft (1709) et Fernanda von Stockalper (1727) sont d'autres témoins de l'essor de la ville sous l'Ancien Régime. Le petit château de Matteni fut édifié en 1677, hors des murs de la ville, par Gaspard Stockalper pour Georg Christoph Mannhaft. Dès le milieu du XIIIe s., B. disposa d'un entrepôt ou souste où étaient perçus les droits de douane sur les marchandises transitant par le Simplon. Jusqu'au XVIe s., l'évêque de Sion détint sur ce bâtiment et la douane des droits qu'il donnait en fief. En 1397, il est fait état d'une unité de mesure locale, le quarteron de B. Les administrateurs de la souste - les Ballenteiler - avaient aussi un rôle politique. On ressuscita le marché hebdomadaire en 1572. Tailleurs, cordonniers et transporteurs s'organisèrent en confréries et en corporations à partir du XVe s.

La route du Simplon fut reconstruite en 1801-1805, élargie en 1949-1960 et intégrée au réseau autoroutier dès 1960. Entre 1890 et 1905, les diligences ont transporté 152 816 passagers de B. à Domodossola. C'est en 1906 qu'une automobile traversa pour la première fois le Simplon, qui est desservi par des cars postaux depuis 1919 à la belle saison et toute l'année depuis 1970. La liaison ferroviaire avec l'ouest par la vallée du Rhône fut ouverte en 1874, le tunnel du Simplon en 1906 (seconde galerie en 1921), celui du Lötschberg en 1913, le chemin de fer Furka-Oberalp en 1926. Construite en 1877-1878, la gare de B. fut remplacée en 1910 par un nouveau bâtiment qui assure également le trafic des marchandises et le contrôle douanier (agrandissements en 1957, 1961 et 1993). B. possède une agence télégraphique depuis 1859, un réseau téléphonique depuis 1898. Le nombre de lits d'hôtel est passé de 120 en 1800 à 425 en 1912, à 1000 en 1993 et à 820 en 2002. Ce n'est qu'au XXe s. que de petites entreprises industrielles (travail du bois, pâtes alimentaires, appareils téléphoniques, tricots et gants, etc.) sont venues s'ajouter à la grande scierie exploitée depuis 1858. La centrale électrique B.-Naters alimenta, dès 1900, la ville qui, en 1976, fut raccordée à la station d'épuration des eaux usées inaugurée la même année. En 1990, le secteur tertiaire dominait avec 81% des emplois contre 18% pour le secondaire et moins de 1% pour le primaire. En 2001, B.-Glis comptait 7129 personnes actives et 803 entreprises.

La première imprimerie de B. édita dès l'année de son ouverture (1889) le Briger Anzeiger, devenu les Walliser Nachrichten en 1933. Entre 1934 et 1941, les jeunes conservateurs haut-valaisans publièrent le Fenner ("le banneret"). L'hôpital régional du Haut-Valais fut inauguré en 1908, suivi de l'hôpital pour malades chroniques en 1978 et de l'établissement médico-social Englischgruss en 1992. La présence à B. d'humanistes, de maîtres d'école et d'une école de notaires est attestée dès la première moitié du XVIe s. Une fondation créée en 1834 soutenait financièrement l'école élémentaire. En 1897, des maristes reprirent les écoles primaires de garçons. L'Etat s'appropria en 1848 l'ancien collège des jésuites pour en faire un gymnase auquel il adjoignit une section réale en 1858 et commerciale en 1952. Dirigé par des ursulines, l'institut Sainte-Ursule de B. abrite une école normale d'institutrices depuis 1853, une école de commerce, une école ménagère et une école de tissage depuis 1902, une école d'aides familiales depuis 1985. Une école professionnelle de commerce s'est ouverte en 1953, tandis que l'université par correspondance Hagen établissait son centre d'études à B. en 1992, année où s'ouvrit également une école hôtelière. Des sociétés de musique ont vu le jour en 1800 et en 1872. Créée en 1906, la bibliothèque populaire a été absorbée en 1971 par une institution plus moderne dont le bâtiment actuel date de 1994-1995. Le palais Stockalper héberge depuis 1991 un centre de recherches sur l'histoire de l'espace alpin et un institut sur le plurilinguisme.


Bibliographie
– L. Carlen, Brig, 1968
– L. Carlen, Zur Geschichte von Brig, 21980
– L. Carlen, Brig in alten Ansichten, 2 vol., 1983-1995

Auteur(e): Louis Carlen / WW