Vevey (commune)

Comm. VD, chef-lieu du distr. de la Riviera-Pays d'Enhaut, au bord du lac Léman. Les quartiers de L'Arabie, de Plan-Dessous, de Plan-Dessus, de Sous-Crêt, des Crosets et du Faubourg-Saint-Antoine, détachés de la commune de Corsier-sur-V., furent attribués à V. en 1892. Vers 280 Vibisco, 998 Uiueisi, 1220 Viveys, ancien nom all. Vivis. 3350 hab. en 1764, 3300 en 1798, 5201 en 1850, 13 664 en 1900, 14 264 en 1950, 16 202 en 2000.

1 - De la préhistoire au haut Moyen Age

La station littorale de Creux de Plan (en partie sur la commune de Corseaux) de même que les vestiges d'un habitat au-dessus de l'église Sainte-Claire et des trouvailles isolées (haches) font remonter l'occupation du site de V. au Néolithique final. La découverte, en 1901, de la nécropole celtique En Crédeyles, à proximité de l'église Saint-Martin, datée de La Tène ancienne et moyenne (450-200 av. J.-C.), témoigne de l'existence d'un habitat du second âge du Fer.

A l'époque romaine, une agglomération, interprétée comme étant un vicus, se développa grâce à sa situation favorable sur la route du col du Grand-Saint-Bernard, à la bifurcation des routes de Lausanne et d'Avenches. Citée dans la Géographie de Ptolémée (IIe s. apr. J.-C.) sous le nom d'Ouikos, mentionnée comme étape dans l'Itinéraire d'Antonin (Vibisco) et sur la Table de Peutinger (Vivisco), elle occupait le centre de la ville actuelle, entre les rivières Veveyse et Ognonaz, et couvrait une surface d'environ 20 ha. Les fouilles archéologiques (1996-2000) ont permis d'identifier sept phases de construction allant du début du Ier s. à la seconde moitié du IVe s. apr. J.-C. A la fin du Ier s., succédant aux maisons traditionnelles en terre et bois et à un environnement en terre battue, la maçonnerie fit son apparition en même temps que furent aménagés des îlots d'habitations, séparés par de larges voies ou d'étroites ruelles.

Dès la fin du IVe s., l'agglomération fut progressivement abandonnée, mais ses habitants ne disparurent pas complètement. La découverte, en 1989, d'une nécropole du haut Moyen Age sous l'église Saint-Martin atteste qu'un habitat perdura entre le Ve et le VIIe s.

Auteur(e): Claude-Alain Paratte

2 - Moyen Age

Au XIe s., V. était constitué d'un noyau primitif formé du bourg du Vieux-Mazel, fondé par la famille de Blonay qui en avait reçu les terres de l'évêque de Lausanne, et du bourg d'Oron, fondé par les sires d'Oron auxquels les Blonay avaient probablement inféodé une partie de leurs biens. L'hôpital du Mont-Joux, cité en 1147 à proximité du pont de la Veveyse, relevait du prieuré du Grand-Saint-Bernard. Les évêques de Sion et de Lausanne, l'abbaye de Saint-Maurice ainsi que le chapitre de Lausanne avaient également des terres et des droits. L'évêque de Sion plaça son territoire sous la protection du comte de Genève et du sire de Faucigny, qui reçut l'avouerie de V. Celui-ci la céda à Rodolphe III de Gruyère, qui la vendit à Pierre II de Savoie en 1257. Ce dernier créa deux charges de justice héréditaires: l'avouerie, confiée en 1267 à la famille de Blonay, et la mayorie, qui revint à la maison d'Oron.

Les Blonay s'étendirent à l'est du Vieux-Mazel en créant les bourgs de Blonay (1280) et de Bottonens (1341). Les sires d'Oron agrandirent leur territoire vers l'ouest en fondant le bourg franc (entre 1238 et 1241), doté d'une charte de franchises qui servira de modèle à celles des autres quartiers de la ville, ainsi que les bourgs de la Villeneuve (1290), du Marché (av. 1356) et du Sauveur (av. 1397). Le comte Amédée VI de Savoie accorda une charte de franchises à la ville en 1370. En 1376 et 1379, il réunit sous son autorité la juridiction appartenant aux coseigneurs de V. et remit les attributions de l'avoué et du mayor au châtelain de La Tour-de-Peilz, faisant des divers bourgs fortifiés, englobés dans une nouvelle enceinte, une unité politique intégrée au bailliage du Chablais, administrée par un Conseil des XII et un Rière-Conseil de soixante membres. En 1406, Amédée VIII confirma les droits et franchises de V., qui était alors déjà une importante place de marché et un débouché commercial pour le Valais, le Pays-d'Enhaut et Fribourg. En 1459, face à des difficultés financières, le duc Louis de Savoie fut contraint de donner en gage V. et La Tour-de-Peilz à Fribourg et Berne, ses créanciers. Durant les guerres de Bourgogne, la ville fut pillée à plusieurs reprises (1475) et incendiée (1476). A la fin de l'époque savoyarde, la seigneurie de V. était partagée, sous la suzeraineté ducale, entre François de Luxembourg-Martigues, qui tenait ses droits de son épouse Louise de Savoie, et Charles de Challand, baron du Châtelard.

L'église Saint-Martin, mentionnée dès le XIIe s., remonte probablement au haut Moyen Age. Elle fut rebâtie dès 1496 et transformée en temple à la Réforme. Siège du quatrième décanat du diocèse de Lausanne, V. est cité comme paroisse dès 1228 (avec La Tour-de-Peilz jusqu'en 1584). Le couvent des ermites de Saint-Augustin, fondé en 1297/1301, fut abandonné en 1312. Le couvent des clarisses de Sainte-Claire, fondé en 1422 par Amédée VIII et sainte Colette de Corbie, fut sécularisé en 1536 et l'église vouée au culte protestant.

Auteur(e): Elisabeth Salvi

3 - Ancien Régime

Lors de la conquête du Pays de Vaud (1536), la possession de V. fut disputée entre Berne et Fribourg, qui cherchait à obtenir un port sur le Léman. Berne eut gain de cause et créa le bailliage de Chillon, qui prit le nom de V. en 1735 lorsque la résidence baillivale y fut transférée. En matière pénale, V. possédait une cour de justice présidée par le lieutenant baillival. Les autorités municipales furent complétées par un Conseil des Trente, chargé des appels en matière de police, et un Conseil des Cent-Vingt, qui remplaça l'assemblée générale des bourgeois. En 1710, les autorités communales, qui siégeaient jusque-là dans l'un des bâtiments de l'hôpital neuf du Vieux-Mazel, furent transférées dans la maison de ville actuelle.

Sous l'Ancien Régime, V. se développa comme ville de transit. Quatre foires annuelles favorisèrent l'essor économique de la cité, qui devint en outre un marché important de peaux et de cuirs en provenance du Valais et de Fribourg. Le premier service postal privé fonctionna dès 1671. La Veveyse permettait de charrier le bois et sa force motrice contribua au développement de moulins le long d'un canal de dérivation. A ces avantages s'ajouta encore l'arrivée, dès 1685, de près de 700 réfugiés français fuyant la Révocation de l'édit de Nantes, qui allaient exercer une influence sur l'industrie et le commerce veveysans en introduisant de nouvelles activités (chapellerie, tannerie, horlogerie, tabac). En 1698, plus de deux cent soixante familles de réfugiés étaient installées à V. Après le grand incendie de 1688, le Conseil avait fait preuve d'un grand dynamisme et, sous l'impulsion de la nouvelle politique économique de Berne, accordé des prêts et des logements aux nouveaux manufacturiers. La première imprimerie de V. fut exploitée par le Français Isaac Chenebié qui vendit, dès 1707, l'édition de l'almanach du "messager boiteux" édité à Bâle (sous le titre Le Véritable Messager boiteux de Vevey dès 1799). En 1733, David Doret et son père ouvrirent un atelier de marbrerie qui eut un succès plus durable que l'horlogerie, qui ne survécut pas à la fin de l'Ancien Régime face à la concurrence de Genève et du Jura. La révolution vaudoise vit V. érigé en chef-lieu du nouveau district homonyme (1798-2006) et déboucha, le 24 mars 1799, sur l'élection d'une municipalité destinée à remplacer le Conseil des Douze. Neuf municipaux et deux secrétaires formèrent la Chambre de régie. C'est durant cette période révolutionnaire, en 1797, qu'eut lieu la première Fête des vignerons.

Auteur(e): Elisabeth Salvi

4 - XIXe et XXe siècles

Dans le courant du XIXe s., la ville se développa, débordant à l'ouest de la Veveyse, à l'est de l'Ognonaz. Le mur d'enceinte avait déjà disparu et les neuf portes avaient été en partie démolies à la suite des incendies de 1676, 1688 et 1732 et des inondations de 1701 et 1726. La halle aux grains (la Grenette) fut édifiée en 1808 et le château de l'Aile, de style néogothique, bâti en 1840 par Jacques Edouard Couvreu à l'emplacement d'une vieille bâtisse. En 1830, les moulins du canal des Monneresses furent démolis pour laisser place au casino (restauré en 1880); le théâtre fut inauguré en 1868 (réaménagé en 1992). Les rues changèrent de nom en 1839 sous l'impulsion de Vincent Perdonnet. On assista aussi à des travaux d'embellissement: fontaines de la place Ronjat (1814) et du Sauveur (1817), tour de l'Horloge ou tour Orientale (1842) au pied de la fontaine à trois bassins de Michel-Vincent Brandoin. L'éclairage au gaz date de 1863 et la ville fut traversée pour la première fois par le tramway électrique V.-Montreux-Chillon en 1888 (trolleybus en 1958). Les débarcadères furent construits entre 1853 et 1873. La gare, sur la ligne du Simplon, fut achevée en 1862, la ligne du funiculaire V.-Chardonne-Mont-Pèlerin en 1900, les lignes ferroviaires V.-Chamby en 1902 et V.-Châtel-Saint-Denis en 1904. Ces liaisons favorisèrent l'industrie hôtelière. A l'hôtel des Trois-Couronnes (1842) s'ajoutèrent entre autres l'hôtel Park Moser (1850), le Grand-Hôtel (1867), l'hôtel du Lac (1868) et de très nombreuses pensions (136 200 nuitées en 1936, 232 000 en 1960, 113 600 en 2010).

La présence d'étrangers et de grandes entreprises sur le sol veveysan eut un impact important sur le développement culturel de la cité. La paroisse catholique fut constituée en 1834 et l'église inaugurée en 1839 (remplacée en 1872 par l'édifice actuel). L'église russe fut érigée en 1878, l'église anglaise entre 1880 et 1882. En 1880 fut créée la société du futur Musée Jenisch, fondé en 1897 grâce à un legs de Fanny Jenisch, veuve d'un sénateur de Hambourg. Le musée abrite également la collection de la Fondation Kokoschka (1987), le Cabinet cantonal des estampes (1989) et le Centre national du dessin (2004). Le Musée suisse de l'appareil photographique fut inauguré en 1979, l'Alimentarium, fondé par Nestlé, en 1985.

Des dons permirent la construction de l'hôpital du Samaritain (1857); l'hôpital de la Providence est issu d'une fondation privée (1866). Mis en réseau au début du XXIe s. avec l'hôpital de Montreux et le site de Mottex (comm. Blonay), ils forment l'hôpital de la Riviera, amené à fusionner en 2014 avec celui du Chablais pour donner naissance à l'hôpital Riviera-Chablais, Vaud-Valais (comm. Rennaz).

Un magister scolarum Viviaci est cité en 1287. Le collège des Innocents accueillait les jeunes qui se destinaient au clergé. Le collège actuel date de 1838 (fréquenté alors par les garçons), l'école supérieure de jeunes filles fut érigée en 1877 et l'école primaire des garçons en 1909. Au collège classique et scientifique vinrent s'ajouter l'école des arts et métiers (1914, école supérieure des arts appliqués depuis 2002) et l'école de commerce (1915).

L'industrie alimentaire se développa à V. grâce à la fabrication du chocolat fin mise au point par François-Louis Cailler dans la première chocolaterie suisse, fondée en 1819 à Corsier-sur-V. La firme, devenue Peter-Cailler-Kohler SA en 1911, fusionna en 1929 avec Nestlé (siège social mondial à V., 1600 employés en 2010). L'industrie du tabac connut aussi un grand essor avec la manufacture Rinsoz & Ormond Tabacs SA (1930-2004), dont la fondation par Bernard Lacaze remonte à 1848. Cette activité suscita la création de plusieurs entreprises concurrentes à V. (800 employés dans le tabac en 1890). Benjamin Roy créa en 1842 les Ateliers de constructions mécaniques de Vevey, spécialisés entre autres dans la construction de turbines. L'essor industriel fut accompagné par la fondation de banques: en 1814, naquit la Caisse d'Epargne du district de V., première institution de ce genre dans le canton, suivie d'une succursale de la Banque cantonale vaudoise en 1850.

Autrefois vouée à l'agriculture et surtout à la viticulture, V. est devenue aux XIXe et XXe s. une ville à vocation industrielle, touristique et commerciale. L'âge d'or de l'industrie, qui exigeait une main-d'œuvre toujours plus nombreuse, en fit, entre 1880 et 1910, le deuxième pôle de la croissance démographique du canton de Vaud, après Lausanne. La crise des années 1990 a durement éprouvé la commune, qui vit nombre d'entreprises fermer leurs portes. Au début du XXIe s., la ville de V. était au centre de la zone de développement du Haut-Léman, dont les communes collaboraient au sein de structures comme le Service des Eaux existant depuis 1890. Un projet d'agglomération V.-Montreux-Riviera est en cours d'études depuis 2003. En 2000, plus de la moitié de la population active travaillait à l'extérieur, principalement vers Montreux et La Tour-de-Peilz.

Auteur(e): Elisabeth Salvi

Références bibliographiques

Bibliographie
– A. Cérésole, Notes hist. sur la ville de Vevey, 1890 (réimpr. 1990)
– Ed. Recordon, Etudes hist. sur le passé de Vevey, 3 vol., 1944-1946 (réimpr. 1970)
– A. Hilfiker, Vevey, centre économique régional, 1966
– A. de Montet, Vevey à travers les siècles, 1978
HS, V/1, 601-605
– P. Bissegger, «Une dynastie d'artisans vaudois: les marbriers Doret», in RSAA, 37, 1980, 97-122
– S. Martin-Kilcher, «Das keltische Gräberfeld von Vevey VD», in ASSPA, 64, 1981, 107-156
– L. Auberson, M. Martin, «L'église de Saint-Martin à Vevey au haut Moyen Age et la découverte d'une garniture de ceinture en os gravé», in ArS, 14, 1991, 274-292
– M.-J. Ducommun, D. Quadroni, Le Refuge protestant dans le Pays de Vaud (fin XVIIe-début XVIIIe s.), 1991, 152-158
– L. Napi, Vevey après le grand incendie de 1688, mém. lic. Lausanne, 1992
– I. Ackermann-Gachet, «Le pont Saint-Antoine à Vevey et sa reconstruction au début du XIXe s. sur le plan de Nicolas Céard», in Des pierres et des hommes, dir. P. Bissegger, M. Fontannaz, 1995, 499-522
– C.-A. Paratte, «Vevey VD, Sainte-Claire», in ASSPA, 85, 2002, 331
INSA, 9, 423-520.