• <b>Emigrés</b><br>"Le désespoir des émigrés", caricature en 1792 de  Lukas Vischer (Staatsarchiv Basel-Stadt, BILD Falk. A 516). Lukas Vischer a 12 ans lorsqu'il réalise cette caricature, dans le style de son père Peter Vischer-Sarasin. Nobles et ecclésiastiques sont refoulés de l'autre côté du Rhin, en face du bastion français de Huningue, où l'on danse autour d'un bonnet phrygien, et de Bâle dont une tour arbore le chapeau de Gessler, désigné comme l'emblème de la liberté helvétique. Dans les airs, un coq gaulois agresse l'aigle à deux têtes autrichien.

Emigrés

On qualifie d'émigrés les réfugiés qui quittèrent la France dès 1789 et trouvèrent asile notamment en Suisse. Ils constituaient un groupe cohérent, socialement et politiquement. Les premiers émigrés, adversaires de la Révolution française et tenants de la monarchie absolue, étaient surtout des nobles, des prêtres réfractaires et des riches bourgeois. Après le massacre des Tuileries en 1792, les opposants à la République en fuite provenaient de tous les milieux. On compte aussi parmi les émigrés en Suisse des personnes expulsées de régions occupées ( guerres de Coalition), surtout de la principauté épiscopale de Bâle ou de Savoie, des juifs d'Alsace, des réfugiés économiques, des hors-la-loi et des déserteurs. Pour des raisons géographiques et linguistiques, les émigrés s'établirent principalement à Fribourg, Soleure, Berne, Neuchâtel, dans le Pays de Vaud et en Valais. On en a recensé 3700 dans le canton de Fribourg, dont deux tiers d'ecclésiastiques. On ne dispose pas de tels chiffres pour l'ensemble de la Suisse. Beaucoup d'émigrés retournèrent en France aussitôt que l'occasion s'en présenta, par exemple après la Terreur (1793-1794).

<b>Emigrés</b><br>"Le désespoir des émigrés", caricature en 1792 de  Lukas Vischer (Staatsarchiv Basel-Stadt, BILD Falk. A 516).<BR/>Lukas Vischer a 12 ans lorsqu'il réalise cette caricature, dans le style de son père Peter Vischer-Sarasin. Nobles et ecclésiastiques sont refoulés de l'autre côté du Rhin, en face du bastion français de Huningue, où l'on danse autour d'un bonnet phrygien, et de Bâle dont une tour arbore le chapeau de Gessler, désigné comme l'emblème de la liberté helvétique. Dans les airs, un coq gaulois agresse l'aigle à deux têtes autrichien.<BR/>
"Le désespoir des émigrés", caricature en 1792 de Lukas Vischer (Staatsarchiv Basel-Stadt, BILD Falk. A 516).
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La majorité des émigrés vécurent retirés. En terre catholique (Fribourg, Valais et Soleure), les ecclésiastiques s'occupèrent d'enseignement. Quelques émigrés se distinguèrent de diverses manières: réunions secrètes, propagande, intrigues politiques, recrutement de soldats, production et diffusion d'assignats et de faux-papiers. Les autorités les laissèrent plus ou moins faire. Pour la France, ces émigrés proches de ses frontières étaient une menace; à la suite d'interventions diplomatiques répétées, elle obtint en 1798 leur expulsion de la Confédération.


Bibliographie
– F. von Arx, «Die französischen Emigranten in Solothurm 1789-1798», in Bilder aus der Solothurner Geschichte, 2, 1939, 9-37
– D. Berthoud, «L'émigration française dans le Pays de Neuchâtel», in MN, 1959, 141-183
– J.-P. Cavin, «L'émigration française dans le Pays de Vaud au début de la Révolution (1789-1793), d'après les Actes et les Manuaux du Conseil secret de Berne», in RHV, 1972, 49-101
– M. Michaud, La Contre-Révolution dans le canton de Fribourg (1789-1815), 1978
– G. Andrey, «Les "émigrés" français en Suisse, 1789-1797», in La Révolution française vue des deux côtés du Rhin, éd. A. Dabezies, 1990, 205-225

Auteur(e): Peter F. Kopp / ABI