27/12/2014 | communication | PDF | imprimer

Vallorbe

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Comm. VD, distr. du Jura-Nord vaudois, à la frontière franco-suisse. 2310 ha dont 1542 de forêts, territoire délimité par les montagnes sur trois côtés; seules ouvertures à l'est, creusées par la Jougnenaz et l'Orbe vers la Franche-Comté et le Plateau suisse. Entre 610 et 1480 m d'altitude, les constructions étant concentrées entre 750 et 800 m sur les berges de l'Orbe, sauf les hameaux du Day, du Creux et de Bellevue. 1139 de valle urbanensi, 1148 de valle urbe. 22 feux en 1550, 925 hab. en 1703, 900 en 1764, 1491 en 1850, 1982 en 1870, 3279 en 1900, 4621 en 1920, 3896 en 1950, 4028 en 1970, 3247 en 2000 (près d'un quart d'étrangers, frontaliers non compris).

Le vallon reste inhabité jusqu'au Moyen Age, en marge de la route franchissant le col de Jougne. V. appartient au monastère clunisien de Romainmôtier, d'où viennent les premiers défricheurs. Romainmôtier reçoit en 1148 l'église Saint-Pancrace, qui dépendait avant de l'évêque de Lausanne. Un petit prieuré indépendant est mentionné en 1139. La pauvreté de l'établissement empêche le prieur d'y résider. Après une période d'union personnelle entre les charges de prieur et de camérier de Romainmôtier, le prieuré est réuni à sa maison mère en 1322. Un officier, le mayor, administre la justice. Les Vallorbiers sont affranchis de la taille à miséricorde en 1403.

Après la conquête du Pays de Vaud, V. est rattaché au bailliage de Romainmôtier en 1543 et devient siège de châtellenie. En 1713, Conseils des Douze et des Vingt-Quatre remplacent un ancien conseil. En 1798, plusieurs Vallorbiers s'engagent dans la Légion fidèle. V. fait partie du district d'Orbe de 1798 à 2006 et devient chef-lieu de cercle en 1803. Malgré sa population industrielle, la commune est restée longtemps radicale et libérale et les socialistes ne l'ont emporté à la Municipalité qu'entre 1950 et 1957. Au Conseil communal, radicaux et socialistes occupent dans les années 1990 environ 80% des sièges. Libéraux et radicaux restent majoritaires depuis leur fusion en 2010 (parti libéral-radical). Commune frontalière, V. a été intégré dès le milieu du XVIIe s. dans des dispositifs de défense (bois de ban et signaux d'alarme bernois, fortins des années 1930) et a vécu les contrecoups des conflits: réfugiés comtois en 1636-1638, troupes suisses en 1815, internés Bourbaki en 1871, obturation du tunnel du Mont-d'Or en 1940-1945, reddition du maréchal Pétain en 1945. Après la Réforme, V. est resté paroisse. Le temple actuel date de 1712. Paroisse de l'Eglise libre (1847-1966). Une chapelle catholique (1890) marque l'importante présence d'Italiens et de Français (nouveau sanctuaire en 1976).

Vers 1285, une scie et une première ferrière (four à fondre le fer) se construisent près de la résurgence de l'Orbe, à l'instigation du prieur de Romainmôtier. La population atteint peut-être 500 habitants avant que la peste ne la décime dans la première moitié du XIVe s. Le village, pillé par les troupes confédérées en 1475, lors des guerres de Bourgogne, ne compte alors plus que 20 chefs de famille. La reprise s'amorce autour des sept usines hydrauliques en activité en 1499. Puis trois hauts fourneaux sont construits, le premier en 1528; lorsque le dernier s'éteint, vers 1697, les affineries importent le fer de Franche-Comté. Entre 1600 et 1800, plus de cinquante petites forges gravitent autour des grandes usines. On y fabrique surtout des outils, puis des clous (108 cloutiers en 1710), et enfin des limes. La petite élite locale, maîtres de forges, notables, cohabite avec des artisans du fer souvent indépendants. En 1798, V. est un village industriel (76% des personnes actives dans l'industrie et l'artisanat, 20% dans l'agriculture et 4% dans les services). L'agriculture s'est orientée dès le XVIe vers l'élevage et la production de fromage, mais les céréales se maintiennent jusqu'au XIXe s. A la fin du XXe s., les alpages, sauf un, sont utilisés pour l'estivage des génisses.

L'arrivée du chemin de fer en 1870 (V.-Lausanne) et 1875 (V.-Pontarlier) transforme V., en outre victime d'un incendie en 1883. Le percement du tunnel du Mont-d'Or en 1915 (ligne V.-Frasne) assure son importance sur la ligne du Jura-Simplon et modifie la composition de la population: de nombreux ouvriers étrangers (un bon millier travaille au tunnel), italiens surtout, s'installent. Les activités se diversifient: usines électriques; usine de chaux pour ciment (1870-1933), fabriques de chlorates (fermée en 1972), de bakélite puis de plastiques (1904); transports; tourisme (huit hôtels en 1905). La production des limes se concentre aux Usines métallurgiques de Vallorbe en 1899 (succursale à Saint-Pétersbourg, 1902-1918). Le viaduc du Day (1869), le barrage électrique, le casino (salle de musique et théâtre, 1908, rénové en 2012), la gare (la première de 1870, la seconde de 1915) marquent l'urbanisme; un nouveau collège (1915) remplace celui de 1827; école au Day (1900). La crise des années 1930 stoppe une première fois l'élan. Le choc de 1975 entraîne aussi la fermeture de plusieurs entreprises. Les emplois liés à la douane et aux transports diminuent. Parmi les communes pauvres du canton en 1988, V. inaugure toutefois un complexe scolaire et sportif (1984, nouveau bâtiment en 2012), une nouvelle halle des fêtes (1987), et développe un tourisme de passage: Grottes (1974), Musée du fer (1980) et du chemin de fer (1990), Fort 39-45 de Pré-Giroud (1988), Juraparc (2002). Ces activités touristiques profitent de l'ouverture de l'autoroute A9b en 1989 et ont obtenu le maintien de l'arrêt du TGV (Paris-Dijon-Lausanne, dès 1984). En 2005, le secteur secondaire fournissait 47% des emplois. Le nombre de frontaliers s'élevait à 530 en 2012 (55 en 1955, 731 en 1991). Les écoles de V. et de neuf autres communes sont regroupées depuis 2001 (Etablissement scolaire primaire et secondaire de V., Ballaigues, Vallon du Nozon).


Bibliographie
– A. Radeff, «Naissance d'une communauté agro-industrielle du Jura suisse», in Etudes rurales, 1977, no 68, 107-140
– P.-L. Pelet, Fer, charbon, acier dans le Pays de Vaud, 2, 1978; 3, 1983
– L. Hubler, La population de Vallorbe du XVIe au début du XIXe s., 1984
– J. Combe, dir., Vallorbe, 1989
HS, III/2, 514-516, 601-604

Auteur(e): Jean-Philippe Dépraz