02/12/2010 | communication | PDF | imprimer

Orbe (commune)

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Comm. VD, distr. du Jura-Nord vaudois, comprenant la ville d'O., sur une colline entourée de trois côtés par le cours de l'O., et divers hameaux (Granges Saint-Germain, Granges Saint-Martin, Mont Choisi, Le Puisoir). Vers 280 Urba, 1179 versus Orbam, ancien nom all. Orbach. 266 feux en 1416, 1662 hab. en 1798, 1923 en 1850, 2080 en 1900, 3565 en 1950, 3985 en 1980, 5139 en 2000.

A l'époque romaine, une villa, dont les mosaïques sont conservées, occupait le plateau de Boscéaz. Au débouché du col de Jougne et à l'intersection d'importants axes de communication (liaisons Jura-Alpes et Rhin-Rhône), O. est un très ancien point de passage. Au Moyen Age, deux localités, la villa Tavellis avec l'église paroissiale Saint-Germain sur la rive gauche et la villa Tabernis avec l'église Saint-Martin sur la rive droite, constituaient les têtes de pont du passage de l'O., au pied de la colline occupée par le château et le bourg. Possession de Rodolphe Ier en 888, O. devint l'une des résidences des souverains de Bourgogne transjurane, avec un atelier monétaire où l'on frappa des deniers attribués à Conrad le Pacifique (937-993). Après l'extinction de la dynastie rodolphienne (1032), cette terre fut rétrocédée par l'empereur Henri IV à Guillaume le Grand, comte de Bourgogne (1076); vers 1168, une moitié de la seigneurie passa à Amédée II de Montfaucon, comte de Montbéliard. En 1183, les églises et la majeure partie d'O. dépendaient du couvent de Baulmes dont les biens furent repris par le prieuré de Payerne. En 1275, l'hôpital (fin du XIe s.) était administré par le prieuré de Romainmôtier, déjà propriétaire de la chapelle attenante (Notre-Dame) depuis 1139. Amédée III de Montfaucon-Montbéliard procède vers 1235 à la fortification d'O. (Bourg-Vieux et Bourg-Neuf); le château comprenait un donjon circulaire (1233). Le dispositif permettait le contrôle de la route qui, évitant la place des Clées, franchissait le Jura et continuait vers Lausanne. Avec Echallens, O. formait une enclave bourguignonne au milieu des dépendances de la famille de Savoie et de l'évêque de Lausanne. Girard de Montfaucon octroya à O. les franchises de Moudon, confirmées en 1352 par sa veuve Jaquette de Grandson. Par héritages successifs, la seigneurie passa aux comtes de Montbéliard (1379), puis à Louis de Chalon, prince d'Orange (1410). Prise une première fois par les Confédérés (1475), reprise par Hugues de Chalon, O. vit Charles le Téméraire recevoir les émissaires des cantons suisses au début de 1476. A l'issue des guerres de Bourgogne, les terres des Chalon en deçà du Jura échurent à Berne et Fribourg qui firent d'O. un bailliage commun avec Echallens (1484-1798). En 1798, malgré la résistance des notables, la ville adhéra à la République helvétique. Durant la guerre des Bâtons, elle fut brièvement occupée par des fédéralistes en septembre 1802 (repli du gouvernement helvétique à Lausanne après capitulation). De 1798 à 2006, O. fut le chef-lieu du district homonyme.

En 1363, on mentionne deux syndics et des prudhommes à la tête de la localité; à la fin du XIVe s., un Conseil de ville était élu, déléguant ses pouvoirs à des gouverneurs; les officiers du seigneur étaient le bailli, le châtelain et le mestral, siégeant chacun dans une cour de justice avec des bourgeois de la ville pour conseillers. Un vidomne et un mayor représentaient le prieuré de Romainmôtier. A l'époque bernoise, O. fut administré par un Conseil des Douze et un Conseil des Vingt-Quatre, avec des cours de justice où siégeait un châtelain nommé alternativement par Berne et Fribourg. L'hôtel de ville fut construit entre 1786 et 1789. Avant la Réforme, O. comptait six églises ou chapelles: Saint-Germain (VIIe s. ?, paroissiale), Saint-Martin (Xe s.), Notre-Dame-des-Vignes (XIIe s., relevant de Romainmôtier), Saint-Eloi (1424), Notre-Dame (chapelle de l'hôpital, relevant aussi de Romainmôtier, XIIe s., reconstruite vers 1405-1407 après un incendie), ainsi que l'église du couvent de Sainte-Claire, fondé en 1427 à l'instigation de Jeanne de Montbéliard et dont la direction avait été confiée à sainte Colette de Corbie. En 1554, O. adopta la Réforme: autels, chapelles et églises furent détruits, seule celle de Notre-Dame étant conservée pour devenir la paroissiale (importantes modifications en 1521-1525 et 1687-1690).

Le pont des Granges ou Pont-du-Vua, en bois, est attesté au XIIe s. En 1424, grâce à l'œuvre de l'ermite Girard Borrellier, on bâtit en pierre le pont Saint-Eloi soit du Moulinet; franchissant l'Orbe en aval, le Grand-Pont, construit par Henri Perregaux en 1826-1830, comptait parmi les plus grands du canton. Le moulin d'O., attesté dès le XVe s. sur la rive gauche, fut acquis par Julien Rod en 1871. Reconstruits en 1880, transférés en 1902 sur la rive droite, Moulins Rod SA furent en activité jusqu'en 1999. La Brasserie d'Orbe (Fertig Frères SA) fondée en 1848 cessa ses activités en 1974. Un barrage fut construit en 1892 par la Société des Usines de l'O. pour exploiter la ligne de chemin de fer électrique O.-Chavornay. La Compagnie des forces motrices des lacs de Joux et de l'Orbe vit le jour en 1901. La chocolaterie Peter (1901), dont l'apport fut tel qu'en dix ans la population augmenta de plus de mille individus, connut en 1907 une grève qui s'étendit à d'autres localités du canton et nécessita l'envoi de la troupe. Associée aux chocolatiers Kohler (1904), Cailler (1911) et Nestlé (1929), l'usine est depuis 1968 un centre de production de café du groupe Nestlé Suisse SA. Créés lors des travaux d'assèchement des marais à la fin du XIXe s., les Etablissements pénitentiaires de la plaine de l'O. (Bochuz) comportent un vaste domaine agricole. La construction des autoroutes A1 et A9 (1989) a accéléré le développement économique et résidentiel de la commune, qui se définit au début du XXIe s. comme un pôle agro-alimentaire travaillant en synergie avec le Centre de technologie de l'environnement (TecOrbe, 2006).


Bibliographie
– J. Ogiz, Orbe à travers les siècles, 1895 (réimpr. 2001)
– F. Barbey, «Orbe sous les sires de Montbéliard et de Chalon», in RHV, 19, 1911, 136-142, 161-170, 193-203, 289-296, 321-330, 369-380
– L. Junod, Orbe, 1955
HS, V/1, 577-583 (trad. franç. in Loyse de Savoie, cat. expo. Orbe, 2003, 28-33)
– L. Desponds, Fabrique d'Orbe, 2001

Auteur(e): Fabienne Abetel-Béguelin