28/01/2010 | communication | PDF | imprimer

Moudon (commune)

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Comm. VD, distr. de la Broye-Vully, constituée d'une ville haute sur l'éperon formé à la confluence de la Mérine et de la Broye, et d'une ville basse traversée par cette dernière, sise au carrefour des axes routiers historiques reliant l'Italie à la Bourgogne et Genève à Berne. La commune comprend les hameaux de Bressonnaz-Dessous (partie nord-est), Plan et Villaret, ainsi que de nombreux grands domaines, d'origine médiévale pour la plupart (Alliérens, Beauregard, Belflori, Chalabruz, Cornier, Frémont, La Baume, La Cerjaulaz, La Faye, Le Grand-Pré, Grange-Verney, Gréchon, Montsandon, Valacrêt entre autres); les hameaux de Rossenges et L'Abbaye furent réunis en 1749 pour former la commune de Rossenges. A l'époque romaine Minnodunum ou Minnidunum, vers 1000, 1154 et 1180 Meldun, 1161 Moudon (forme populaire), 1167 Meldunum ou Mildunum. Ancien nom all. Milden. Environ 300 feux vers 1300, 239 feux en 1550, 1475 hab. en 1764, 1512 en 1798, 1343 en 1803, 2443 en 1850, 2683 en 1900, 2476 en 1950, 4371 en 2000.

Agglomération d'origine celtique, d'après la terminaison de son nom en -dunum, M. fut à l'époque romaine un vicus d'une certaine importance (nécropole, inscriptions, autel votif de la première moitié du IIIe s.), mentionné comme étape dans l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger. Dès les premiers temps du christianisme, une église paroissiale fut fondée, sous le vocable de saint Etienne, à proximité de l'actuelle et certainement sur les bases d'un sanctuaire païen. Au moment des invasions barbares, les habitants se replièrent sur l'éperon défendu par les rivières et y construisirent une nouvelle église, Notre-Dame, dite aussi chapelle supérieure (auj. disparue).

M. dut passer en 1011 dans le domaine temporel de l'évêque de Lausanne, avec le reste du comté de Vaud que lui donna alors le roi de Bourgogne. L'évêque jouissait d'un pouvoir relativement fort dans la vallée de la Broye, tenant en mains propres notamment le château de Lucens et le village de Curtilles dès le IXe s. Dans le cadre des guerres pour la succession de Bourgogne, le comte Amédée Ier de Genève attaqua ces positions épiscopales et éleva à M., vers 1127-1132, un castrum, portant ainsi préjudice aux droits de l'Eglise. Il s'agit certainement du noyau primitif de la ville haute. Selon toute vraisemblance, ce castrum fut conquis vers 1190 par les ducs de Zähringen, qui y construisirent la grande tour du château, puis vers 1207 par le comte Thomas de Savoie. Par le traité de Burier (1219), l'évêque, tout en restant suzerain de M., reconnaissait à la Savoie le droit de posséder M. comme l'avaient fait les comtes de Genève. Devenue point d'appui de l'expansion savoyarde en Pays de Vaud, la ville se développa rapidement au cours du XIIIe s., formant de nombreuses extensions hors du noyau primitif: le Vieux-Bourg (début du XIIIe s.), Rotto-Borgeau (bas de la rue du Château), Plans-Borgeaux (Grand-Rue actuelle, avant 1258), la Bâtie (rues Grenade et du Temple, vers 1281), Mauborget (av. 1311). L'église Saint-Etienne, reconstruite dans son état actuel à la fin du XIIIe et au début du XIVe s., symbolise encore cette période de grand développement. Aux hôpitaux pour voyageurs (hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, av. 1228, et Grand-Saint-Bernard, entre 1231 et 1245) s'ajouta celui de la Vierge Marie (fondé en 1297), administré par les bourgeois. Ceux-ci se constituèrent peu à peu en administration communale (première mention d'un Conseil en 1357, premiers comptes communaux conservés de 1407). Le siège du bailliage de Vaud ayant été établi à M. par Pierre II de Savoie vers 1260, la ville devint un centre administratif et judiciaire où se réunirent régulièrement les Etats de Vaud, ce qui lui valut parfois le titre de capitale. Le modèle de ses franchises (première rédaction connue de 1285) fut repris pour de nombreuses villes vaudoises.

Après avoir été pillé à deux reprises lors des guerres de Bourgogne, M. passa en 1536 sous domination bernoise, perdit ses anciennes prérogatives, mais resta à la tête d'une circonscription plus petite, dont le bailli résidait à Lucens. La ville fut contrainte d'adopter la Réforme. Les deux siècles et demi de paix qui suivirent favorisèrent le renforcement de l'administration communale (Conseil des Douze et des Vingt-Quatre, élisant les gouverneurs et le banneret). Au XVIIe s., plusieurs résidences aristocratiques furent construites en ville pour servir de siège aux seigneuries des alentours; leurs détenteurs jouèrent en même temps un rôle important dans les affaires publiques. Le XVIIIe s. fut celui de la bourgeoisie aisée, dont les constructions marquent encore la physionomie urbaine. M. vivait de l'artisanat lié au bâtiment, au transit et aux besoins de la vie quotidienne (tanneries, moulins, nombreuses auberges).

Devenu chef-lieu de district à la révolution (1798-2006), M. fut incorporé en 2006 au district de la Broye-Vully. Entre 1830 et 1850, la ville adapta sa configuration aux nouvelles normes urbanistiques (démolition des portes de ville, élargissement des rues, nouvel hôtel de ville). Le trafic toujours plus rapide ôta à M. son rôle de relais routier, en évitant le centre de l'agglomération (chemin de fer de la Broye en 1876, tramway du Jorat en 1902, route de contournement en 1964). Plusieurs institutions s'installèrent à M. dès la fin du XIXe s.: école des sourds (1869, auj. Fondation Mérine), école cantonale de fromagerie et d'industrie laitière (1889-2004), école cantonale d'agriculture (1951), arsenal cantonal (1837), arsenal fédéral (1912), place d'armes (1981-2002), registre du commerce (2000). Tout en restant un centre d'échanges liés à l'agriculture (23 exploitations en 2000), M. a possédé quelques commerces importants, de fer (maisons Braillard, 1820, et Bryois, 1827), de fromage (Beutler, 1899, devenu Fromco SA, 1974), une draperie (les Frères Meyer, dès la fin du XVIIIe s.), ainsi qu'une Caisse d'épargne (1822), une Société de laiterie (1843) et une Société d'agriculture (1856). L'industrie lourde a colonisé le fond de la vallée depuis l'installation de Gisling SA Fonderies et ateliers mécaniques (1951), de la Cartonnerie et papeterie de Moudon SA (1956, reprise en 2004 par Papirec SA, entreprise du groupe de recyclage Barec) et de Schelling Emballages SA (1968, auj. Model Emballages SA), tandis que l'habitat s'est répandu hors du noyau historique à partir de 1900 environ (maisons familiales et locatifs en proche banlieue, puis villas sur les collines environnantes). Le dernier plan d'extension date de 1989; il assure une nouvelle protection pour la ville haute et ses abords, site d'intérêt national depuis 1945.


Bibliographie
– J.-F. Poudret, Coutumes et coutumiers, 1, 1998
– J.-D. Morerod, Genèse d'une principauté épiscopale, 2000
MAH VD, 6, 2006

Auteur(e): Monique Fontannaz