Historisches Lexikon der Schweiz (HLS) Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) Dizionario storico della Svizzera (DSS)

1 - Des origines à l'époque des luttes confessionnelles

Au début, la littérature romanche n'existait guère que sous la forme de contes, de légendes et de chansons transmis oralement (recueillis ultérieurement), telles La canzun da Santa Margriata ou celle des Trais compagns con trais barettas cotschnas qui parle de trois pèlerins "aux bonnets rouges" allant à Saint-Jacques-de-Compostelle. Le plus ancien témoin écrit est la traduction interlinéaire d'un sermon de saint Pirmin, de la fin du XIe s. (conservée dans le Codex 199 d'Einsiedeln). La Chanzun da la guerra dalg Chiastè d'Müs (chanson de la guerre de Musso, 1527), de l'humaniste de Zuoz Johann Travers, fait figure de texte inaugural; il n'est connu que par des copies plus tardives.

L'avènement de la littérature écrite, dans la seconde moitié du XVIe s., découla des mouvements de la Réforme. La nécessité de communiquer la parole de Dieu dans les langues vernaculaires et d'expliquer à la population les dogmes religieux fit apparaître des traductions de la Bible, des catéchismes et des recueils de cantiques; leurs auteurs utilisèrent diverses variantes régionales du romanche, sources des cinq dialectes écrits actuels: putèr, vallader, sutsilvan, sursilvan et plus tard surmiran. Jachiam Bifrun traduisit le Nouveau Testament en putèr (1560); Ulrich Campell publia en 1562 des psaumes et cantiques en vallader. Au XVIIe s., la guerre de Trente Ans et les Troubles des Grisons avivèrent les tensions religieuses et favorisèrent la diffusion des écrits confessionnels. Des protestants firent paraître la Bible de Scuol en ladin (1679) et celle de Coire en sursilvan (1717-1719). Du côté catholique, Balzer Alig publia une Passion en sursilvan (1672), puis les Epîtres et les Evangiles. Entre 1650 et 1750, des auteurs comme le père Zacharias da Salò, Johann Jüst Andeer ou Conradin Riola père et fils donnèrent de nombreux ouvrages édifiants et recueils de chansons. De la même époque datent les jeux de la Passion de Savognin, Sumvitg et Lumbrein, ainsi que des pièces de carnaval. Parallèlement, on traduisit du latin et surtout de l'allemand des statuts de juridictions et des coutumiers villageois, en créant une terminologie juridique encore fortement teintée d'alémanismes.

Les partisans des Lumières se manifestèrent aux Grisons à partir de 1750. Le curé Mattli Conrad appelait les lecteurs de ses Novas canzuns spiritualas (1784) à aimer leur patrie en se confiant à la Providence et à travailler pour le bien commun. Le père Placidus a Spescha exigeait une langue unifiée pour la "nation" romanche. Le poète politique Georg Anton Vieli se voulait au-dessus des partis, mais comme Mattli Conrad et Placidus a Spescha, il fut déporté par les Autrichiens sous prétexte de francophilie. L'ancienne république des III Ligues eut pour défenseurs deux présidents de la Ligue grise, poètes politiques et traducteurs de pièces de théâtre, Johann Theodor von Castelberg et Peter Anton de Latour.

Auteur(e): Gion Deplazes / PM