• <b>Hôtels de ville</b><br>Portail gothique de la salle du Conseil de Mellingen. Dessin au crayon et aquarelle de Ludwig Vogel, vers 1840 (Musée national suisse).  La salle du Conseil de Mellingen, décorée de sculptures de Hans Wiederkehr, a été réalisée en 1467. Le portail revêtait une fonction représentative pour la bourgade. Au-dessus de l’arc en accolade, flanqué de pinacles, on aperçoit les armoiries dédoublées de la ville. En 1889, la Confédération acquit le mobilier de la salle, partiellement conservé, et le démonta. Depuis 1896, le portail avec ses armoiries, une poutre de plafond et quelques éléments de la paroi originale sont visibles au Musée national suisse à Zurich. La poutre est décorée de grappes de raisin et d’un texte pour porter un toast.
  • <b>Hôtels de ville</b><br>Yverdon, l'ensemble monumental formé, de gauche à droite, par le nouvel hôtel de ville (1767-1770), le logis à l'enseigne de l'Aigle royal (1775-1777) et le temple reconstruit en 1753-1757, photographié en 1984 par Claude Bornand, Lausanne.  Le site, riverain des anciens fossés du château, accueillait précédemment un conglomérat de halles, salles de conseils, chambre d'archives, auberge et multiples dépendances, remontant aux XV<SUP>e</SUP> et XVI<SUP>e</SUP>siècles. Ces mêmes fonctions furent réorganisées lors de la reconstruction dans une composition unitaire qui applique les règles du classicisme français dans un but d'embellissement urbain.

Hôtels de ville

Les hôtels de ville sont les sièges de l'autorité municipale. L'allemand Rathaus, littéralement "maison du Conseil", s'emploie aussi pour les bâtiments administratifs de communes non urbaines, là où le français utiliserait "maison de commune" ou "maison communale". Les hôtels de ville furent, après le sceau, le deuxième symbole de l'autonomie communale (Ville, Commune). A l'origine, ils se limitaient souvent à une salle de conseil ou de tribunal, parfois appelée poêle communal, poêle de la justice (poêle signifiant chambre chauffée), où les conseillers (Conseils) ou les juges (Tribunaux) pouvaient délibérer sans entrave et les bourgeois se réunir pour discuter. Bâle et Zurich furent les premiers à se doter d'un Rathaus au milieu du XIIIe s., les autres grandes villes le firent au XIVe s., les chefs-lieux des cantons campagnards suivirent cet exemple.

Bâtiment destiné à la communauté, l'hôtel de ville médiéval avait à l'origine plusieurs affectations: lieu de séances des conseillers, du tribunal, édifice de prestige, chancellerie, prison, salle de torture, arsenal et grenier, maison de commerce, local du poids public, étal de viande (Boucherie), auberge (repas des conseillers, réceptions et festivités pour les bourgeois), salle de bal et même séchoir à linge en Suisse centrale. Dans les villes d'une certaine importance, l'hôtel de ville n'abrita bientôt plus que les fonctions essentielles à l'administration. Au Moyen Age, il se composait le plus souvent d'une halle couverte au rez-de-chaussée, utilisable par mauvais temps pour le marché et pour la proclamation de jugements et d'une ou de plusieurs pièces dans les étages où se réunissaient les conseils; les dirigeants prenaient place du côté des fenêtres, les conseillers sur des bancs le long des parois. On y trouvait également des cuisines et des locaux de service.

Les plus anciens hôtels de ville existant encore en Suisse se trouvent à Berne (1406), Baden (1497), Fribourg (construit comme grenier en 1502), Bâle (1504), Zoug (1505), Rheinfelden (1531), Sursee et Stein am Rhein (1538), Coire (vers 1540), et Appenzell (1561). Le type de construction de celui de Berne servit de modèle jusqu'en Allemagne du Sud et en Alsace. On trouve encore des salles du conseil d'époque à Genève (1455), Mellingen (au Musée national suisse à Zurich) et Bâle (1512). Dans la Suisse italophone, seul celui de Poschiavo a résisté au temps. Les hôtels de ville furent souvent dotés d'horloges et de cloches: imposer sa propre mesure du temps devint le troisième symbole de l'autonomie communale. Dans les grandes villes, les assemblées du conseil et l'administration nécessitèrent au XVIe s. des locaux supplémentaires: ainsi on construisit à Berne (1526) et Bâle (1535) des chancelleries (Bâtiments administratifs). Le goût baroque du décorum poussa à ériger de nouvelles constructions, souvent de style démodé: Lucerne (1602), Schwytz (1642), Sion (1657), Lausanne (1673), Lenzbourg (1677), Zurich (1694), Delémont (1742), Bischofszell (1747), Winterthour (1782), Neuchâtel (1784), Frauenfeld (1790) et Zofingue (1792). Même des villages en firent bâtir, ainsi la maison de la justice de Burgau dans la commune de Flawil (1639) ou le Rathaus du dizain à Ernen (1750).

<b>Hôtels de ville</b><br>Portail gothique de la salle du Conseil de Mellingen. Dessin au crayon et aquarelle de Ludwig Vogel, vers 1840 (Musée national suisse). <BR/>La salle du Conseil de Mellingen, décorée de sculptures de Hans Wiederkehr, a été réalisée en 1467. Le portail revêtait une fonction représentative pour la bourgade. Au-dessus de l’arc en accolade, flanqué de pinacles, on aperçoit les armoiries dédoublées de la ville. En 1889, la Confédération acquit le mobilier de la salle, partiellement conservé, et le démonta. Depuis 1896, le portail avec ses armoiries, une poutre de plafond et quelques éléments de la paroi originale sont visibles au Musée national suisse à Zurich. La poutre est décorée de grappes de raisin et d’un texte pour porter un toast. <BR/><BR/>
Portail gothique de la salle du Conseil de Mellingen. Dessin au crayon et aquarelle de Ludwig Vogel, vers 1840 (Musée national suisse).
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De l'aménagement intérieur, on a conservé en particulier les poêles. Parmi le mobilier, on trouve encore des tables du conseil et des trônes d'avoyer (Berne); parmi les ustensiles, des channes en étain et des gobelets en argent artistement façonnés, offerts par des conseillers et utilisés lors des repas de cérémonie. Les ornements servaient avant tout à l'affirmation identitaire: armoiries de la commune, de ses alliés et des seigneuries, en particulier sous forme de vitraux que l'on s'offrait mutuellement (ils sont conservés entre autres à Bâle), tableaux célébrant les vertus des juges et des gouvernants (parfois comme exhortation), selon des exemples tirés de la Bible, de l'Antiquité, ou sous forme d'allégories, scènes de bataille et paysages. Les plus connus sont les tableaux de Hans Holbein le Jeune pour l'hôtel de ville de Bâle, dont seuls quelques fragments sont encore conservés au Musée des beaux-arts de Bâle.

<b>Hôtels de ville</b><br>Yverdon, l'ensemble monumental formé, de gauche à droite, par le nouvel hôtel de ville (1767-1770), le logis à l'enseigne de l'Aigle royal (1775-1777) et le temple reconstruit en 1753-1757, photographié en 1984 par Claude Bornand, Lausanne. <BR/>Le site, riverain des anciens fossés du château, accueillait précédemment un conglomérat de halles, salles de conseils, chambre d'archives, auberge et multiples dépendances, remontant aux XV<SUP>e</SUP> et XVI<SUP>e</SUP>siècles. Ces mêmes fonctions furent réorganisées lors de la reconstruction dans une composition unitaire qui applique les règles du classicisme français dans un but d'embellissement urbain.<BR/>
Yverdon, l'ensemble monumental formé, de gauche à droite, par le nouvel hôtel de ville (1767-1770), le logis à l'enseigne de l'Aigle royal (1775-1777) et le temple reconstruit en 1753-1757, photographié en 1984 par Claude Bornand, Lausanne.
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Au XIXe s. intervint dans la plupart des anciens cantons-villes la séparation des pouvoirs cantonaux et communaux, aussi les autorités urbaines s'installèrent-elles souvent dans d'autres bâtiments, appelés "maisons de ville" (Stadthaus). Le besoin accru d'espace dû à la démocratie (salles de parlement) et la nécessité de disposer de locaux administratifs supplémentaires requirent des adaptations dans les hôtels de ville des chefs-lieux cantonaux. La Confédération fit bâtir entre 1852 et 1857 le "Rathaus fédéral", aujourd'hui aile ouest du Palais fédéral. Pour le bâtiment du Parlement (1894-1902), on utilisa le terme d'origine latine de Curie (Curia Confoederationis Helveticae). Les hôtels de ville construits au XIXe s. et au début du XXe s. sont à l'image des édifices précédents: La Chaux-de Fonds (1803), Altdorf (1805), Le Locle (1839), le Stadthaus de Winterthour construit par Gottfried Semper (1865-1869), le Palazzo civico de Bellinzone par Enea Tallone (1924-1925). De nombreuses maisons de commune érigées après la guerre sont des édifices modernes (celui d'Uster par Bruno Giacometti, 1960-1962), que souvent l'on nomme hôtels de ville, même quand la localité n'a pas le statut de ville.


Bibliographie
– J. Gantner, A. Reinle, Kunstgeschichte der Schweiz, 4, 1962, 83-86
– B. Carl, Klassizismus, 1770-1860, 1963, planches 18-27
– P.F. Kopp, Schweizerische Ratsaltertümer, 1972
– P.F. Kopp, «Vom Essen und Trinken in alten Rathäusern», in ASTP, 74, 1978, 46-69
Hôtels de ville et de gouvernement vaudois, 1994
– S. Tipton, Res publica bene ordinata, 1996

Auteur(e): Peter F. Kopp / DVU