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Berthoud (commune)

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Comm. BE, chef-lieu de district, nom officiel all. Burgdorf. Ancienne ville fortifiée sur la rive gauche de l'Emme (château, ville haute, ville basse). La commune comprend une ceinture de quartiers extérieurs longeant les voies d'accès, des lotissements dans la vallée de l'Emme et sur les collines morainiques, des zones industrielles sur les berges des deux rives (Lochbach et Brunnmatt au sud, Neumatt et Buchmatt au nord), l'Unterbergental richement boisé à l'ouest et une vallée sèche à l'est (Inneres et Äusseres Sommerhaus, Grafenschüren). Paroisse réformée (Stadtkirche) et, depuis 1884, paroisse catholique. 1236 in oppido Burchtorff. Le château est siège de l'administration du district depuis 1803.

La ville est située au débouché de l'Emmental sur le Plateau; elle surveillait le trafic est-ouest empruntant le pont, longtemps unique, sur l'Emme (péage) et les transports par voie d'eau en aval de ce dernier. La fondation du château fort et de la ville s'inscrit dans le projet des rois de Bourgogne ou des Zähringen, d'ouvrir au sud de la voie romaine du Plateau, une seconde transversale du Léman au Rhin. Au XVIIIe s., lors de l'aménagement de son réseau de chaussées, Berne accorda la préférence à la route par Kirchberg plutôt qu'à celle de B.-Wynigen, ce qui incita B. à se battre au XIXe s. pour son raccordement au chemin de fer Berne-Olten. L'association régionale de planification englobe une partie des districts de Fraubrunnen et de Trachselwald. B. abrite des écoles et des institutions culturelles régionales. Nœud ferroviaire sur les lignes Olten-Berne, Soleure-Thoune, B.-Langnau et carrefour sur l'ancien réseau routier cantonal, B. offre une situation avantageuse à l'industrie et à l'artisanat (halle d'exposition).

Population
AnnéeHabitants
17641 225
17981 295

Année 18501880a191019301950197019902000
Habitants 3 6366 5819 3679 77211 58615 88815 37314 714
LangueAllemand 6 4439 1319 53511 18813 85613 49413 088
 Français 65122146215175131116
 Italien 6291591301 394662402
 Autres 1123321304631 0861 100
ConfessionProtestants 6 2568 7659 08710 62812 88211 3289 934
 Catholiques 2895216218802 8092 2411 993
 Autres et sans confession 368164781971 8042 787
 dont sans confession      533986
NationalitéSuisses3 4856  2268 8999 48911 30913 81313 30512 404
 Etrangers1513554682832772 0752 0682 310

a Habitants et nationalité: population résidante; langue et confession: population «présente»

Sources:AEB, OFS, BernHist

1 - De la préhistoire au début du Moyen Age

Le site fut colonisé très tôt (surtout, jusqu'au Moyen Age, la rive droite de l'Emme); preuve en sont des vestiges isolés du Néolithique (Flühen, Fernstallwald, Lerchenbühl) et du Bronze tardif (Schlossfelsen), une fortification avec double rempart et fossé, peut-être siège princier hallstattien (Gisnauflühen), des tumulus de Hallstatt (Flühen, Bättwilhölzli, Grafenschüren, Wietlisbachwald), des rangées de tombes du haut Moyen Age (Gsteig), ainsi qu'une pierre à écuelles (Pleerwald).

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / WW

2 - Moyen Age et Ancien Régime

2.1 - Fondation de la ville et période féodale

Au Moyen Age, la région de B. dépendit de Kirchberg, domaine des rois de Bourgogne, puis passa en 1080 aux Zähringen. Ceux-ci (ou leurs prédécesseurs) construisirent un château fort sur la rive gauche. La fondation de la ville par les Zähringen (partie occidentale de la ville haute) dans le dernier quart du XIIe s. fut suivie, sous les Kibourg, d'une première extension (partie orientale) avant 1287, puis d'une seconde, par inclusion du faubourg de Holzbrunnen (ville basse), entre 1287 et 1300. L'ancien marché (sis dans l'enceinte du château et rattaché juridiquement à la ville en 1322), le couvent des cordeliers et l'hôpital inférieur se trouvaient à l'origine hors les murs. En 1300, la ville avait atteint son extension définitive à l'intérieur des murailles. Dès 1323, il fut interdit de construire devant les remparts; ce n'est qu'après 1800 que B. s'étendit au-delà. Après la mort du dernier des Zähringen en 1218, ses principaux héritiers, les comtes de Kibourg, annexèrent la ville et le château pourtant revendiqués par sa veuve. Après 1273, leurs successeurs, les Kibourg-Berthoud, devinrent seigneurs de la cité. Louvoyant entre l'Autriche et Berne, ils attirèrent à B. des désagréments, notamment en 1363, quand la ville fut donnée en gage à l'Autriche, nonobstant les promesses qui lui avaient été faites en 1331. La guerre de Berthoud (1383-1384), déclenchée sous de mauvais prétextes par Rodolphe II de Kibourg après l'échec de son coup de main contre Soleure, contraignit B. à déclarer la guerre à Berne. Cela lui valut d'être assiégé par Berne et ses alliés.

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / WW

2.2 - Autonomie sous le régime bernois

Grâce à la médiation des Confédérés, Berne acquit la petite ville en 1384. Le déclin des Kibourg avait apporté à B. des avantages politiques et économiques que Berne reconnut intégralement, d'où l'autonomie exceptionnelle de B. sous l'ancien régime bernois. Le statut de la ville était fondé sur les franchises accordées par les Kibourg-Berthoud en 1273 (confirmées en 1300, 1322, 1326), à la suite de deux autres qui ont disparu, et complétées en 1465, 1540 et 1622. B. exerçait la basse justice dans le territoire actuel de la commune à l'ouest de l'Emme (Stadtgericht) et, dès 1323, la haute justice dans un ressort un peu différent (Burgernziele); le tribunal criminel (Landtag) siégeait devant l'hôtel de ville; le gibet était dressé au Lindenfeld. A partir de 1394, B. acheta à des nobles appauvris des droits de basse justice et des biens fonciers, notamment des forêts proches de la ville, pour constituer ses propres seigneuries: Rütschelen (1394), Grasswil (1395), Wil (1400, auj. dans la commune de Rütschelen), Inkwil (1402-1720), Niederösch (1423), Bettenhausen (1429), Thörigen (1429 et 1509/1510), Gutenburg et Lotzwil (1431), Kleindietwil (1435), Oberösch (début du XVIe s.). Répartis entre les bailliages de Grasswil (Grasswil, Ösch, Heimiswil) et de Lotzwil (Thörigen, Lotzwil) administrés à tour de rôle par un membre du Conseil, ces villages relevaient dès 1406, pour la haute justice, du bailli bernois de Wangen (accord de 1460). Aux XVIIe et XVIIIe s., les basses justices de B. provoquèrent des conflits avec le bailli de Wangen qui se conclurent tous au détriment de la ville.

L'autorité municipale de B. se composait des Petit et Grand Conseils (douze et trente-deux membres), placés sous la présidence de l'avoyer kibourgeois, puis bernois dès 1384 (l'avoyer était l'administrateur du bailliage). Les membres du Petit Conseil étaient désignés par Berne sur proposition de B.; ils élisaient le Grand Conseil. La plus haute charge municipale fut jusqu'en 1659 celle du bourgmestre, qui fut alors relayé, notamment comme représentant de l'avoyer bernois, par le banneret. Les postes lucratifs étaient ceux de bailli de Grasswil ou de Lotzwil, d'intendant de l'hôpital ou de l'orphelinat, de grand sautier, d'étalonneur, de grenetier, de péager, etc. Dès le XIVe s., B. avait admis loin à la ronde des bourgeois forains, lesquels possédaient des biens fonciers ou des gages (Udel) en ville, devaient payer des impôts, fournir des corvées de charroi et servir sous les armes. En 1431, Berne délimita le district forain (Ausburgerbezirk: paroisses de Kirchberg, Koppigen, Wynigen, Rüti, Hasle, Oberburg, Affoltern, Dürrenroth), où B. levait des impôts et des soldats. Dans l'armée de milice bernoise, B. continua de combattre comme au temps des Kibourg sous sa propre bannière englobant, outre la ville elle-même, dix-neuf paroisses (district forain et bailliage). En tant que place forte, B. était le point de ralliement des contingents de l'Oberland.

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / WW

2.3 - Eglise, assistance, écoles

A l'origine, B. était une filiale d'Oberburg, avec chapelle Notre-Dame, mentionnée en 1249, située sur le Kirchbühl, et cimetière (nouvelle consécration en 1325). En accord avec les collateurs (Kibourg), B. fut détaché d'Oberburg en 1401; Berne reprit le patronage. La nouvelle église construite entre 1471 et 1512 fut l'œuvre et la fierté de la ville; les bourgeois y firent de nombreuses fondations privées (notamment les autels des corporations) qui disparaîtront à la Réforme (1528). Vers 1280, les seigneurs de la cité fondèrent entre les villes haute et basse un couvent de cordeliers (église Sainte-Croix abritant le tombeau des fondateurs, cimetière). En 1456, la petite communauté se plaça sous la surveillance du Conseil. Sécularisée à la Réforme en 1528, l'église fut démolie en 1541, tandis que le bâtiment conventuel devenait un hospice bourgeoisial (détruit en 1821). Situé d'abord hors les murs, puis dans la ville basse, l'hôpital inférieur, mentionné en 1287, avait probablement été fondé par la première maison de Kibourg pour accueillir les pauvres, les malades et les pèlerins. Séparée d'Oberburg en 1324, sa chapelle Sainte-Catherine eut en 1326 un chapelain, qui desservit aussi l'église de Heimiswil après sa donation à l'hôpital (1340-1341, incorporation en 1347). L'hôpital supérieur, fondé en 1419, servit lui aussi d'hospice bourgeoisial pour les vieillards et les malades. Il fut supprimé en 1742; l'hôpital inférieur (auj. abattoir) le fut en 1839. Au bord de la grand-route, sur l'autre rive de l'Emme, une maladrerie, mentionnée en 1316, fut créée probablement au XIIIe s.; n'en subsistent que le bâtiment de style gothique tardif qui lui succéda (début du XVIe s.) et sa chapelle (milieu du XVe s.) dédiée à saint Barthélemy. Aux XVIIe-XVIIIe s., la maladrerie abritait des pensionnaires âgés. Le maître de l'école latine, mentionnée en 1300, s'occupait aussi de la maladrerie et de l'église de Heimiswil à partir de la Réforme et jusqu'à l'engagement en 1575 d'un administrateur. En 1664, la ville fonda l'école allemande qui préparait à l'école latine. Les trois écoles municipales -- la troisième, fondée en 1639, étant destinée aux filles -- furent réunies en 1755. Une école pour les enfants d'"habitants" fut inaugurée en 1773.

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / WW

2.4 - Economie et société

B. était le seul marché urbain entre Soleure et Berne. Ses bourgeois jouissaient des privilèges usuels (liberté personnelle, liberté d'établissement et d'acquisition de biens-fonds, exemptions de péages). Des membres de la noblesse ministériale des Kibourg (par exemple les Mattstetten, les Büttikon, Michel von Schwertschwendi) y élurent domicile au bas Moyen Age, sans y jouer toutefois un rôle marquant. Au XIVe s., B. développa son économie en acquérant des Kibourg les communaux (1325), les droits de transit (1335), la halle au pain et aux viandes, les péages de l'Emme et ceux de Goldbach et Kirchberg (1372 et 1402), le contrôle des poids et mesures (1383). Au XVe s., B. surpassait, avec ses quelque 900 hab., la plupart des petites villes bernoises, argoviennes ou de Suisse occidentale. L'agriculture et le jardinage jouèrent jusqu'en 1798 un rôle considérable en occupant à titre accessoire la plupart des bourgeois, qui par ailleurs étaient artisans (tannerie, tissage de la laine et du lin) et travaillaient pour une clientèle régionale. Aux XIVe-XVe s., ils s'organisèrent en associations qui ne revendiquaient aucune influence politique, mais qui, outre leur rôle économique, assumaient certaines obligations municipales: administration de la caisse militaire, organisation de la garde et de la lutte contre les incendies (jusqu'en 1632). Plus tard, elles admirent des membres qui n'étaient pas artisans. Chacune groupait plusieurs activités: les forgerons et charpentiers, par exemple, rassemblaient vingt-deux métiers du fer, du bois et de la pierre. Cinq sociétés possédaient une maison dans la ville haute: les forgerons et charpentiers, les bouchers et cordonniers (mention en 1367), les boulangers, les tisserands (mention en 1378), les tailleurs. Les tanneurs avaient leur siège dans la ville basse.

L'âge d'or économique du XVe s. permit à la ville d'ériger ses seigneuries, de construire et d'entretenir des fortifications et des bâtiments publics (hôtel de ville, halle du marché, église). La conjoncture se dégrada peu à peu dès les années 1460-1470. La stagnation continua sous l'effet des réglementations corporatives qui freinèrent dès la fin du XVIe s. le libre essor de l'artisanat. L'exercice de tout métier était désormais soumis à la possession de la bourgeoisie, d'une maîtrise et à des obligations militaires. Aux XVIIe et XVIIIe s., la fixation officielle des prix et des salaires aggrava la situation des artisans, qui furent contraints de chercher des revenus d'appoint. La plupart des bourgeois vivaient modestement en occupant des charges publiques grandes ou petites (portefaix, guetteur, sergent, messager, etc.), en cultivant des légumes sur les terres municipales, en profitant du bois et des pacages gratuits, et en s'en remettant pour leurs vieux jours à l'hôpital. Ce faisant, ils ratèrent les adaptations nécessaires. L'artisanat rural et les marchés villageois (ceux surtout de Langenthal, Langnau et, temporairement, de Sumiswald) leur opposèrent à partir du XVIe s. une concurrence grandissante qu'aucun privilège corporatif ne réussit à juguler. Les interdictions d'importer (1619, 1666-1674) affaiblirent la position de B. comme marché et centre de services de la région (quatre foires annuelles depuis 1639). Les obstacles dressés par la ville entravèrent les entrepreneurs étrangers, tel le fabricant de ressorts en acier Harrison (1769-1782), ou les chassèrent vers les communes voisines. Quelques entreprises indigènes seulement réussirent à s'imposer: les fabricants de toile Trechsel (avant 1627) et Fankhauser (1630), la fonderie de canons Maritz (XVIIe-XVIIIe s.).

Mais des facteurs externes contribuèrent aussi à la stagnation: sous l'Ancien Régime, les revenus des seigneuries municipales se déprécièrent et l'impôt autrefois fructueux prélevé sur les bourgeois forains diminua en raison des concessions qu'il fallut consentir. La construction de la grand-route de Kirchberg (1756-1764) eut pour effet de mettre B. à l'écart du trafic de transit, et l'unification douanière décidée par Berne réduisit les recettes (péage de Kirchberg affermé à Berne en 1745). Des incendies ravageurs (la ville haute en 1706, la ville basse en 1715) exigèrent la reconstruction de rues entières. Dans l'ensemble, la population resta stable parce que l'admission de nouveaux bourgeois devint très sélective après 1655, les anciens désirant préserver leurs privilèges. La proportion des "habitants", jouissant de droits très restreints, atteignait en 1764 le chiffre considérable de 40%. Au Conseil, les artisans se faisaient rares; les postes de conseillers se trouvèrent aux mains de familles toujours moins nombreuses. Par moments, le Grand Conseil compta, faute de candidats, vingt-sept membres au lieu de trente-deux. On vit se former un patriciat de province copiant le style de la capitale. Pour tenir son rang, il fallait avoir des activités au Conseil et dans l'administration municipale, servir comme officier sur place et à l'étranger. La prééminence revendiquée par la ville sur le plan juridique (politique fiscale à l'égard des bourgeois forains) et en matière économique (interdiction d'exercer les métiers protégés et de tenir des marchés hors de B.) exaspéra la population rurale (à Sumiswald par exemple). Durant la guerre des Paysans de 1653, B., fidèle à Berne, se sentit menacé, mais fut épargné. L'invasion des Français en 1798 et la constitution qu'ils imposèrent mirent fin aux statuts et privilèges de la petite cité provinciale et endormie.

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / WW

3 - Après 1798

3.1 - Histoire politique et économique

Après l'écroulement de l'ordre ancien en 1798, un ordre nouveau s'esquissa (droits politiques accordés aux "habitants"), mais l'autorité bernoise imposa en 1804 une constitution municipale analogue à l'ancienne, avec Conseil de ville (vingt-sept membres), Petit Conseil (neuf membres) et présidence, qui suscita une opposition grandissante parmi les familles précédemment défavorisées, notamment celle des frères Johann, Johann Ludwig et Karl Schnell. Porte-parole de la régénération bernoise, les Schnell et leur Berner Volksfreund (Burgdorfer Tagblatt) contribuèrent à la révolution démocratique de 1830-1831. En 1832, B. adopta un nouveau règlement qui confiait les affaires de la ville à une commune d'habitants financée par l'impôt, une commune bourgeoise se constituant pour administrer les anciens biens communaux (partage définitif en 1853). En 1919-1920, un Conseil de ville (quarante membres) remplaça l'assemblée communale. Un président de ville, à temps plein depuis 1964, est à la tête du Conseil communal (exécutif) de sept membres.

La situation économique de B. ne s'améliora qu'à partir de 1831, une fois surmontées les crises de jeunesse. La population se mit à croître. Les branches motrices furent les produits alimentaires (brasseries Lochbachbad et Steinhof) et l'industrie textile, souvent liée au commerce, généralement basée sur la tradition des fileurs et tisseurs de lin à domicile de Haute-Argovie, travaillant en partie pour des entrepreneurs de B. (Fankhauser). La production en fabrique apparut un peu plus tard avec des filatures de lin (1839) et des retorderies (1843). Des entrepreneurs de B. installèrent au début du XIXe s. dans le village voisin d'Oberburg, puis sur sol communal, des usines de tissage (1857, 1861, 1894), parfois associées à des blanchisseries et à des teintureries. Dès le milieu du XIXe s., de nouvelles branches s'y ajoutèrent: fabrication de laine artificielle, de chemises, de tricots, de couvertures piquées, de chapeaux et, plus tard, une filature de laine; le tressage de la paille ne réussit pas à s'imposer. Dès 1831, B. était devenu un point d'attache intéressant pour des entrepreneurs extérieurs: des firmes textiles de Walkringen (1839) et d'Eriswil (années 1850), un commerce de fromage de Trubschachen (1849), la future fabrique de machines de Wynigen (1883) y emménagèrent. La perspective d'un raccordement à la ligne ferroviaire Olten-Berne, inaugurée en 1857, fut décisive. La ville fournit elle-même de gros efforts dans ce but (achat d'actions, cession de terrains, aménagement de l'Emme, construction d'un tunnel). Ensuite furent ouvertes les lignes de Soleure (1875) et de Langnau (1881), puis celle de Thoune (1899), premier chemin de fer électrique à voie normale d'Europe. Des corrections routières (notamment au Stalden entre 1829 et 1834) et de nouveaux ponts sur l'Emme améliorèrent aussi les possibilités de communication de B. D'autres exportateurs de fromage vinrent s'installer (1848, 1859), ainsi que des métallurgistes, jusqu'alors peu nombreux (entre autres une fonderie en 1881, des fabriques de machines en 1883, de charrues et marteaux, et d'appareils de boulangerie en 1890). Des banques locales contribuèrent à cet essor: la Caisse d'épargne (1821-1848), la Caisse d'épargne du district (1834), une filiale de la Banque cantonale (1858), la Banque de B. (1864); sans compter le rôle des associations économiques: société de commerce et d'industrie (1860), des commerçants (1862), des arts et métiers (1879).

Au XXe s., la crise du textile amena des fusions (1913) et des suppressions d'entreprises; en 1998, il n'en restait que deux (toile et fils de laine). D'autres branches sont apparues: chimie pharmaceutique, photochimie (1916), colorants, production de feuilles d'étain (entreprise recréée en 1922). B. inaugura sa halle en 1932. Au début du XXIe s., on trouve, outre les petits et moyens établissements, des entreprises actives dans le bâtiment, la construction métallique, la fabrication de machines et d'appareils médicaux, le conditionnement, le commerce de chaussures. Le secteur tertiaire est le principal fournisseur d'emplois (67% en 1990). Parallèlement à l'expansion économique, la population de B. connut une croissance relativement forte au XIXe s. Les immigrants provenaient essentiellement des campagnes environnantes. L'importance retrouvée de B. fut manifeste quand arrivèrent des firmes telles que Miescher et Schmid (fabricants de textiles), Mauerhofer (commerce de fromage), Langlois (maison d'édition) et Aebi (fabrique de machines), mais aussi des intellectuels comme Johann Heinrich Pestalozzi, le pasteur et poète Gottlieb Jakob Kuhn, le politicien Eduard Blösch, le mathématicien Jakob Steiner, le pharmacien Friedrich August Flückiger et des émigrés allemands, qui séjournèrent plus ou moins longtemps à B. Après 1900, la croissance démographique ralentit. Sixième ville du canton, B. renonça aux incorporations communales, à la différence de Thoune qui, en les pratiquant, surpassa B. dès 1920.

Auteur(e): Heinz Schibler / WW

3.2 - Développement urbain et rôle régional

Des divers projets urbanistiques (dont celui de l'inspecteur des bâtiments Robert Roller en 1840), bien peu se réalisèrent. Ce n'est qu'après 1850 que la ville s'étendit au-delà des remparts, dont le démantèlement se poursuivit de 1807 à 1865. Tandis que l'artisanat et l'industrie s'installaient sur les rives des cours d'eau, de nouveaux quartiers se construisirent le long des voies d'accès et, dès 1857, aux environs de la gare. Seul Gsteig, avec le gymnase, le technicum et une grande église catholique, bénéficia en 1901 d'un plan directeur. Un incendie détruisit en 1865 l'ouest de la ville haute. Après sa reconstruction, les projets d'urbanisation se concentrèrent pour un siècle sur les nouveaux quartiers de la vallée (Meiefeld, Neumatt, Ey, Felsegg, Einungerquartier), sur l'Allmend supérieur (Schlossmatt, Einschlag) et, de 1910 à 1930, sur des lotissements coopératifs (tel Lerchenbühl). A partir des années 1960, des zones artisanales s'étendirent le long des dessertes de l'autoroute et sur les deux rives de l'Emme. Lors de l'aménagement des infrastructures urbaines, il fallut résoudre les problèmes que la position surélevée de B. posait pour l'alimentation en eau: captage d'une source à Tannen (1898), stations de pompage d'Einschlag et de Fernstall (1919, 1953, 1971). Le gaz fut installé en 1862; l'électricité dès 1899.

B. possède des équipements d'importance régionale, à commencer par le centre hospitalier, financé par vingt-six communes: fondé en 1877 par la société d'utilité publique du district de B., il fusionna en 1894 avec l'hôpital municipal et fut agrandi en 1956-1959 et 1976-1980. Signalons aussi des maisons de retraite et des résidences pour personnes âgées, l'hospice gériatrique (1978), le foyer pour enfants handicapés mentaux de Lerchenbühl, un centre de formation et des ateliers protégés pour handicapés physiques; dans le domaine scolaire, le gymnase (progymnase en 1855, gymnase en 1873), le technicum, premier en date du canton de Berne (1892, auj. haute école spécialisée pour ingénieurs et architectes) et des écoles professionnelles; sur le plan militaire, l'un des plus grands parcs de véhicules du pays; pour les loisirs, une piscine en plein air et une piscine couverte (1974), les centres sportifs de Neumatt et Lindenfeld. La Solennität est depuis 1729 la fête de la jeunesse de B. Sur le plan culturel, la ville offre des musées d'histoire et d'ethnographie et l'Helvetisches Goldmuseum (tous abrités dans le château), des galeries, des théâtres (Emmentaler Liebhaberbühne) et le Centre suisse des musiques, costumes et traditions populaires, inauguré au Kornhaus en 1991. Le Musée Franz Gertsch a été ouvert en 2002 dans la ville basse.

Auteur(e): Heinz Schibler / WW

Références bibliographiques

Sources imprimées
SDS BE, II/9
Bibliographie
Heimatbuch des Amtes Burgdorf und der Kirchgemeinden Utzenstorf und Burgdorf, 2 vol., 1930-1938
– P. Lachat, Das Barfüsserkloster Burgdorf, 1955
– F. Häusler, Das Emmental im Staate Bern bis 1798, 2 vol., 1958-1968
– P. Lachat, Die Kirchensätze zu Oberburg, Burgdorf und Heimiswil bis zur Reformation, 1960
– P. Lachat, Zunft zur Pfistern in Burgdorf, 1960
– A.G. Roth, Ein Führer durch die Stadt Burgdorf, 21969
– W. Winzenried et al., Burgdorf: Geschichte und Gegenwart, 1972
MAH BE Land, 1, 1985
– A.-M. Dubler, «Das politisch-wirtschaftliche Umfeld des Burgdorfer Kirchenbaus 1471-1490», in Burgdorfer Jahrbuch, 59, 1992, 65-88
– A. Baeriswyl et al., Burgdorf Kornhaus, 1995
– A.-M. Dubler, «Die Herrschaften der Stadt Burgdorf im Oberaargau», in Jahrbuch des Oberaargaus, 1996, 105-130