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Lausanne (commune)

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Comm. VD, distr. de L., chef-lieu du canton de Vaud. Située sur la rive nord du lac Léman, elle s'étend des rives du lac (port d'Ouchy, 373 m) aux forêts du Jorat (les Râpes). Elle comprend Vidy, Cour, Ouchy, Mornex, Chailly, La Sallaz, Vennes, Montblesson, Vers-chez-les-Blanc, Montheron et le Chalet-à-Gobet (871 m), ainsi que l'enclave de Vernand. Ital. et rom. Losanna, ancien nom all. Losannen. IIe s. apr.-J.-C. vikanor[um] Lousonnensium, vers 280 lacu Lausonio, vers 400 civitas Lausanna, 990 Losanna. Habitée dès 6000 av. J.-C., vicus gallo-romain (Lousonna), cité épiscopale de la fin du VIe s. à 1536 et but de pèlerinage, chef-lieu de bailliage bernois de 1536 à 1798, L. devint celui du canton de Vaud en 1803. Ville d'études, siège du Tribunal fédéral depuis 1874, du Comité international olympique depuis 1915 et capitale olympique depuis 1993.

Population de Lausanne
AnnéeHabitants
début du XIIIe s.8 000-9 000
1650-1680env. 5 100
16986 204
17647 191
1798plus de 9 000
1813env. 13 000

Année18501870a18881900191019301950197019902000
Habitants17 10825 84533 34046 73264 44675 915106 807137 383128 112124 914
En % de la population cantonale8,6%11,3%13,5%16,6%20,3%22,9%28,3%26,8%21,3%19,5%
Langue          
Français  25 75035 50946 29358 69188 226101 55595 45598 424
Allemand  5 7046 6279 66911 08012 40311 9646 7995 365
Italien  8523 1465 3173 2433 82912 1946 7554 976
Autres  1 0341 4503 1672 9012 34911 67019 10316 149
dont espagnol       6 3357 0643 418
Religion, Confession          
Protestants16 10122 59628 43136 65946 16656 30075 55975 09348 49636 084
Catholiquesb9703 5274 5759 36415 59716 86827 21854 99356 46447 225
Autres373973347092 6832 7474 0307 29723 15241 605
dont communauté juive  1844739898181 0091 394919849
dont communautés islamiques       6692 7757 501
dont sans appartenancec       2 05614 54821 080
Nationalité          
Suisses16 02322 35328 20537 23148 64765 23197 119106 22988 90580 213
Etrangers1 0854 1675 1359 50115 79910 6849 68831 15439 20744 701

a Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

b Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - De la préhistoire au haut Moyen Age

1.1 - La préhistoire

Les traces les plus anciennes d'occupation préhistorique à L. ne remontent pas au-delà des VIIe-VIe millénaires av. J.-C., soit à la fin du Mésolithique. Foyers, outils, armatures de flèches en silex taillé attestent la présence de campements de chasseurs-cueilleurs sur les rives du Léman à Vidy d'une part, aux alentours de la future cathédrale d'autre part: cette bipolarité dans l'utilisation du territoire, rives lacustres-colline de la Cité, caractérise le site de L. et perdure de la préhistoire à la fin de l'époque romaine.

Si les derniers chasseurs-cueilleurs, évoluant dans un milieu forestier qui a pris un essor durable dès 9500 av. J.-C., sont encore nomades, l'empreinte des premiers agriculteurs-éleveurs du Néolithique (5500-2200 av. J.-C.), défricheurs de terres et constructeurs de villages (notamment palafittiques dès le début du IVe millénaire) est mieux connue. A la Cité, quelques fragments céramiques, fosses, foyers et trous de poteaux datent du Ve millénaire. La nécropole de Vidy, fouillée en 1962 et 1989-1990, avec près de 130 tombes étudiées (sur un nombre estimé à 230) est l'ensemble funéraire du Néolithique moyen le plus important de Suisse entre 4500 et 3300 av. J.-C., soit durant trente à quarante générations. Les morts sont inhumés en position repliée sur le côté gauche, le plus souvent dans des cistes de type Chamblandes. Offrandes et parures sont caractéristiques de la civilisation de Cortaillod. Plusieurs menhirs, à l'ouest de la nécropole, affirment le rôle de centre cultuel de Vidy au Néolithique. Les stations lacustres ne sont par contre connues que par des récoltes anciennes de mobilier archéologique.

Durant l'âge du Bronze (2200-800 av. J.-C.), les agriculteurs continuent à exploiter et défricher un territoire qui s'agrandit. Quelques vestiges du Bronze ancien témoignent d'une occupation à la Cité, alors que des sépultures (ou dépôts?) du début du IIe millénaire, aux armes et parures prestigieuses en bronze (poignards, haches, torques, épingles), caractéristiques de la civilisation du Rhône, sont implantées sur les terrasses de Vidy, à la Bourdonnette et dans l'actuel cimetière du Bois-de-Vaux. Des trouvailles isolées indiquent une présence au Bronze moyen (1600-1300 av. J.-C.) sans que des habitats ou des tumulus n'aient été mis au jour. La fin du Bronze final est mieux représentée, avec des stations lacustres (Vidy, Cour et Pierre-de-Cour) qui ont livré de la céramique, des armes, outils et parures en bronze caractéristiques du groupe Rhin-Suisse-France orientale dès le XIe s. av. J.-C. A Vidy, plusieurs dizaines de sépultures à incinération (les rites funéraires changent) ont été exhumées, certaines dotées de riches offrandes alimentaires (céramique finement décorée) et objets personnels des défunts (bracelets, épingles, rasoir en bronze, perles en verre ou en or). En parallèle, une occupation dense est installée sur l'éperon de la Cité: si aucune fortification n'y est attestée, l'existence de maisons sur poteaux, aux parois de clayonnage et d'argile, aux toits de chaume, peut être restituée.

L'âge du Fer, qui voit l'abandon définitif des stations palafittiques, est représenté par des tombes: des tumulus dans les bois de Vernand renferment plusieurs individus inhumés entre le VIIe et le Ve s. av. J.-C., soit de la fin de Hallstatt au début de La Tène. On trouve également des vestiges funéraires hallstattiens à Vidy et Dorigny. Pour les premières phases de La Tène (IVe-IIIe s. av. J.-C.), des tombes à inhumation ont été mises au jour, notamment à Beaulieu, Villars-sous-Montbenon et Malley, qui illustrent une occupation du territoire débordant des pôles évoqués plus haut (terrasses lacustres-Cité); on ignore tout des habitats.

La fin de La Tène est représentée par une petite nécropole à Vidy, au même emplacement que celle du Néolithique, qui a livré une trentaine de tombes à inhumation et à incinération, datées de la seconde moitié du IIe s. av. J.-C., dont l'habitat correspondant n'est pas connu. A la Cité, des témoins du Ier s. av. J.-C. laissent supposer la présence d'un oppidum, mais aucune trace de fortification n'a été décelée. On ignore également si les Helvètes peuplant les lieux ont participé à l'aventure de 58 av. J.-C. qui se soldera par la défaite de Bibracte. Quelques vestiges à la Cité et les premières constructions à Vidy, déjà organisées en quartiers, préfigurent dès le milieu du Ier s. av. J.-C. le développement du vicus gallo-romain de Lousonna.

Auteur(e): Gilbert Kaenel

1.2 - Le haut Moyen Age

Lousonna fut abandonnée progressivement au IVe s. et ses habitants s'installèrent sur la colline de la Cité. L'espace réduit, moins de 6 ha, occupait les actuelles rues de la Cité-Devant et Cité-Derrière. L'installation du siège épiscopal à L., à la fin du VIe s. ou peu après, fut justifiée par des raisons militaires, commerciales et géographiques. Peut-être déjà au bénéfice d'une certaine infrastructure religieuse, L. offrait en effet des garanties de sécurité et de liaisons avec les grands axes de communication; en revanche, sa localisation ne correspondait pas au centre de gravité du diocèse. Durant tout le haut Moyen Age, l'histoire de la ville de L. se confondit avec celle de son Eglise, l'évêque et le chapitre étant les producteurs et les destinataires des sources écrites.

Pendant les premiers siècles d'existence du diocèse, la population et la vie religieuse de L. furent concentrées sur le promontoire de la Cité. La cathédrale, dont le nom apparaît dans les textes en 814, dut exister dès l'arrivée de l'évêque. Elle détermina l'organisation spatiale et commanda le dispositif religieux et l'encadrement de la population. Lui étaient subordonnées la chapelle funéraire de Saint-Thyrse (connue dès la fin du VIe s.), l'église Saint-Etienne (attestée au VIe ou VIIe s.), qui abritait l'évêque et son clergé et, dès le Xe s., les églises paroissiales de Saint-Paul, Saint-Pierre (mentionnées les deux en 906) et Saint-Laurent (dès 985-1019), de Sainte-Croix (du nom d'un autel de la cathédrale, qui formait la paroisse de la Cité).

Auteur(e): Gilbert Coutaz

2 - Moyen Age et Ancien Régime

2.1 - Pouvoir, politique et constitution communale

2.1.1 - Le pouvoir de l'évêque

Entre 888 et 1032 (second royaume de Bourgogne), la ville et la cathédrale eurent les faveurs des souverains rodolphiens qui en firent l'une de leurs résidences privilégiées et le lieu de leur sacre ou de leur sépulture. Parmi les bienfaits reçus, deux changèrent durablement la position de l'évêque. En 896, Rodolphe Ier fit abandon à l'évêque Boson des droits sur le marché de L., à savoir les amendes, les péages et tout ce qui dépendait du comte à l'intérieur comme à l'extérieur de la ville. En 1011, Rodolphe III étendit l'autorité comtale de l'évêque à l'ensemble du comté de Vaud. Un des signes évidents des pouvoirs régaliens de l'évêque fut la frappe de la monnaie qu'il imposa bien au-delà de ses possessions directes. La reconstruction de la cathédrale dans les premières années du XIe s. manifesta le nouvel essor de l'Eglise de L., qui profita à la ville, et la puissance renforcée de l'évêque qui agit désormais en qualité de chef spirituel et de prince temporel.

Prince d'Empire dès 1032, l'évêque fut en butte aux convoitises des grandes familles seigneuriales du Pays de Vaud et la ville fut mêlée de près ou de loin aux luttes engagées contre l'autorité de son seigneur. L'émergence dans le courant du XIIIe s. de la maison de Savoie au nord du lac Léman amplifia et aggrava les tensions. Mais l'évêque réussit à empêcher les comtes, puis ducs de Savoie de faire main basse sur la ville. Les évêques résidèrent du XIe au XIVe s. dans un groupe de bâtiments devenu, au début du XVe s., le vieil évêché, lorsque fut construit le château Saint-Maire. Ils possédaient aussi le château d'Ouchy qu'ils avaient fait bâtir dans le troisième quart du XIIe s. (seule la tour du XIIIe s. subsista après la démolition de 1885-1888).

Auteur(e): Gilbert Coutaz

2.1.2 - La naissance de la commune

Bourgeois et habitants de L. n'acquirent que tardivement des droits. L'évêque leur en reconnut certains depuis 1212, mais non l'autonomie. Il brisa dans la violence leurs tentatives d'émancipation des années 1280, 1304 et 1313. Dès 1336, des signes d'organisation communale sont constatés, une administration fonctionna même dès le début du XIVe s., mais l'évêque ne fut pas menacé dans ses prérogatives. Le caractère composite de la population lausannoise, qui s'appuyait tantôt sur la maison de Savoie et tantôt sur le chapitre, tout comme la partition dans l'organisation des quartiers ou bannières (constatée, sans doute avec retard, dans les textes de 1212) l'aidèrent à conserver son pouvoir. Il fallut attendre la signature, le 6 juillet 1481, de l'acte d'union pour que la Cité et les quatre bannières de la Ville inférieure ou Ville basse se soumettent à une seule administration. Quelques décennies plus tard, pour riposter à la politique arrogante des derniers évêques, les représentants de l'autorité communale signaient le 7 décembre 1525 un traité de combourgeoisie avec Berne et Fribourg. Cette voie s'avéra fatale. Débarrassés brutalement de l'évêque et des ducs de Savoie en 1536 par la conquête bernoise, les Lausannois ne gagnèrent pas pour autant leur liberté.

Jusqu'en 1536, les Lausannois s'assemblaient pour le plaid général dans une maison particulière à la rue de Bourg. Les assemblées de la Ville inférieure se tinrent longtemps au couvent des dominicains, les conseillers de la Cité se réunissant quant à eux dans la salle capitulaire. Ce fut à l'emplacement des halles de la Palud et du Pont que l'on édifia les hôtels de ville. Celui de la Palud fut construit au milieu du XVe s., l'édifice actuel (avec halles et beffroi) datant de la reconstruction de 1672-1675; il servit dès le début de maison du Conseil. Celui du Pont (halles et auberge communale) date de 1558-1560 (démoli vers 1870).

Auteur(e): Gilbert Coutaz

2.1.3 - Chef-lieu de bailliage bernois

En 1536, comme le reste du Pays de Vaud, L. devint sujette de Berne, qui récupéra les propriétés et les droits de l'évêque, mais, dans deux "largitions" (1536 et 1548), créa la Seigneurie de L. (dont le territoire était plus limité que celui du bailliage) et concéda diverses propriétés à la ville (notamment des forêts dans le Jorat et des vignes à Lavaux). Le bailli bernois résidait au château Saint-Maire. En ville, Berne s'arrogea de nombreux droits, entre autres de justice. Les autorités communales étaient formées par le Conseil des Vingt-Quatre, qui traitait les questions les plus importantes, et celui des Soixante, qui s'occupait d'administration et des admissions à la bourgeoisie, alors que celui des Deux-Cents représentait la bourgeoisie, le Conseil général ayant disparu. A la tête de l'administration, le bourgmestre, qui avait remplacé les deux syndics en 1529 déjà, avait à ses côtés le trésorier et le maisonneur. Sa charge, limitée d'abord à trois ans, devint viagère en 1545. Plusieurs chambres furent créées dès le XVIIe s. (notamment police, pauvres, orphelins, au XVIIIe s. santé et propreté).

Les élections aux Conseils entraînaient des luttes d'influence dans le corps politique lausannois qui formait une étroite oligarchie. Berne intervint en 1669, réorganisa le système électif, créa la charge de contrôleur général et interdit aux Lausannois de fermer la bourgeoisie (son accès fut toutefois de plus en plus onéreux). Berne prohiba aussi les "sociétés juratives" (métiers jurés), par exemple en 1669 l'abbaye des tanneurs. L'oligarchie lausannoise, depuis l'échec de la conjuration d'Isbrand Daux (1588), entretint de bonnes relations avec le souverain. Quand le major Davel tenta en 1723 une révolte contre le régime, les conseillers le dénoncèrent à Berne et le condamnèrent à mort.

Les autorités bernoises veillaient à ne pas donner trop de poids à l'ancienne cité épiscopale. Vers 1690, L. demanda la permission de construire un port moderne: Berne choisit de le faire à Morges. Les murailles (symbole de prestige) ne furent pas non plus reconstruites au XVIIe s., comme c'était le cas dans les chefs-lieux de cantons souverains. Pour Berne, L. était une simple Munizipalstadt, même si le seul fonctionnaire non lausannois était le bailli. Au XVIIIe s., de plus en plus de Lausannois se ressentirent de cette tutelle et la Révolution française fut bien accueillie (banquet des Jordils en 1791).

Auteur(e): Anne Radeff

2.2 - Habitat, population et urbanisme

2.2.1 - Moyen Age

La croissance démographique de la ville, entamée dès l'an mille, atteignit son apogée en 1219. L. était alors avec ses 8000 à 9000 âmes la ville la plus peuplée de l'actuelle Suisse romande. Elle perdit entre 1219 et 1377 la moitié de sa population (la ville brûla tout ou partie en 1219, 1240 et vers 1368) et la dépression se poursuivit jusqu'au milieu du XVIIe s.

L'espace bâti fut multiplié par sept entre le VIe  et le XIIIe s. Après une situation de repli dicté par les vagues alémanes, l'insécurité du haut Moyen Age et les raids sporadiques au Xe s. des Sarrasins et des Hongrois, les habitants gagnèrent dès le IXe s. de nouveaux espaces. La première extension dut se faire vers le sud, dans la région de la Cité-Dessous, puis de là, dès le IXe s., en direction du quartier marchand de la Palud. C'est également au commerce et aux voies de circulation que fut liée la formation des quartiers de Bourg et de Saint-Laurent. La liaison entre les quartiers, séparés par les vallons de la Louve et du Flon, nécessita la construction de ponts. Le principal, construit entre le Bourg et la Palud, donna naissance au quartier du Pont, attesté au début du XIIIe s., probablement plus ancien. Ces quartiers, formant les quatre bannières de la Ville inférieure ou Ville basse, n'étaient pas protégés à l'origine par une enceinte, à la différence de la Cité très tôt fortifiée. Le développement des remparts suivit l'extension de la ville, souvent avec retard. Il fut terminé dans les dernières années du XVIe s., avec l'intégration des faubourgs (Ale, Chêne, Marterey, Etraz et Barre) dans le système défensif. Le port d'Ouchy, fortifié dès le XIIe s., supplanta à une date indéterminée le vicus de Vidy et joua dès le Moyen Age un rôle important dans le trafic local et régional.

Auteur(e): Gilbert Coutaz

2.2.2 - Epoque moderne

Malgré sa situation politique, L. ne s'étiola pas pour autant: sa population doubla en moins de 200 ans, passant de 5000 habitants environ vers 1650 à plus de 9000 en 1798. Cette augmentation n'était sans doute pas due au croît naturel, mais les études de démographie historique font défaut. Les réfugiés huguenots, très nombreux à transiter par L. (on en dénombra plus d'un millier en 1698), ne suffisent pas à expliquer la croissance démographique de L., essentiellement due, ici comme ailleurs, à l'arrivée de migrants venus majoritairement des environs. Elle survint dans un espace urbain bloqué par les murailles médiévales et favorisa une densification de l'habitat et une multiplication des maisons de campagne. En 1798, L. était au cinquième rang des villes de la Suisse actuelle, après Genève, Zurich, Bâle et Berne. Elle précédait de beaucoup les autres villes vaudoises, dont la plus importante (Vevey) atteignait à peine le tiers de sa population.

Contrairement aux villes neuves, L. ne fut pas construite selon un plan géométrique. Elle était organisée en vertu de trois logiques. Grands axes de circulation (logique de transit) et faubourgs longeaient les principaux axes de trafic: celui de Marterey vers Berne, l'Ale vers la France, le Grand-Chêne vers Genève, le Petit-Chêne vers Ouchy et le Léman et Etraz vers l'Italie. Les quartiers les plus favorisés étaient situés sur l'axe Italie-France et les personnes les plus aisées s'installèrent sur les collines propices à l'ensoleillement, les plus pauvres dans les dépressions ombreuses (logique sociale). Enfin (logique d'évitement), lorsque les axes internationaux furent surchargés, le trafic fut expulsé, ce phénomène s'observant à la rue de Bourg. Les places étaient rares, très petites, et la promenade de Montbenon fut tardivement aménagée aux XVIIIe et XIXe s., hors les murs.

Auteur(e): Anne Radeff

2.3 - Economie et société

2.3.1 - Moyen Age

L. eut un atelier monétaire dès l'époque mérovingienne et accueillit les artisans qui construisirent les cathédrales successives. Les quatre foires annuelles de trois jours chacune, dont un pour le bétail, ne jouaient qu'un rôle local et la ville s'approvisionnait dans les environs. Placée au centre de son "ressort" (à l'origine circonscription liée à la défense de la ville) qui couvrait une superficie de 10 500 ha et s'étendait de la Venoge à la Paudèze et des rives du lac aux forêts du Jorat, L. ne devint pas une puissance économique et financière. Sa faiblesse politique, le rôle relativement effacé de l'évêque par rapport aux autres seigneurs du pays, sa rivalité avec la maison de Savoie et la proximité de Genève expliquent cet état de fait.

Auteur(e): Gilbert Coutaz

2.3.2 - Ancien Régime

A l'époque moderne par contre, industrie et commerce furent très actifs. A la fin du XVIIIe s., les tanneries vendaient leurs peaux en Savoie et à Genève. Des manufactures confectionnaient des bas de coton, de soie ou de laine qui allaient en Allemagne, en Espagne, en Italie et jusqu'aux Antilles et au Levant. Des dentelles, des blondes et des entoilages étaient fabriqués à L., où l'on travaillait aussi la soie brute pour en faire de la gaze. L'eau d'arquebusade, cicatrisant les plaies, était exportée jusqu'en Angleterre. Les imprimeries publiaient en allemand, en français et en latin. Des lapidaires travaillaient le cristal ou le verre coloré qu'ils exportaient vers Genève et Besançon. Des horlogers fabriquaient des pièces détachées pour les montres (mouvements en blanc) vendues à Genève. L'exportation se faisait par le biais de foires internationales (notamment Francfort) ou de négociants installés dans de plus grandes villes comme Genève. Des Lausannois étaient aussi actifs sur la scène internationale, notamment à Bordeaux et Marseille, et l'on trouvait quelques banques prospères (Louis Porta et Cie).

Outre les foires, qui attiraient un public régional, mais aussi des Suisses et des étrangers, un marché hebdomadaire, mentionné depuis le IXe s., très sévèrement réglementé et défendu farouchement par les autorités lausannoises, se tenait le samedi dans plusieurs quartiers de la ville, en particulier à la Palud, au Pont et à la rue de Bourg. Les halles accueillaient des marchés spécialisés, les céréales à la Palud, les produits laitiers, les fruits et les légumes au Pont. Les grains provenaient entre autres des riches terres à blé d'une soixantaine de grands domaines qui formaient une couronne au nord de la ville. De petits propriétaires, habitant presque tous en ville, détenaient des parcelles de champs ou de prés. Au sud de Saint-François, le vignoble, de qualité médiocre, possédé par quelques bourgeois et de nombreux vignerons, descendait jusqu'au lac. En altitude, dans les Râpes, deux formes de paysage et de propriété coexistaient. D'une part, de grands propriétaires lausannois détenaient des chalets sis au sein de vastes clairières; leurs fermiers y pratiquaient surtout l'élevage. D'autre part, malgré la rudesse du climat, de petits paysans cultivaient des céréales sur des domaines de 3 à 6 ha qui leur permettaient probablement de survivre dans les bonnes années.

Auteur(e): Anne Radeff

2.3.3 - La société lausannoise à la fin de l'époque moderne

Le dénombrement de mai 1798 effectué dans le canton du Léman permet de connaître la société lausannoise (sauf Cour et Ouchy) à la fin de l'époque moderne. On comptait environ un tiers de bourgeois de L. en ville, plus de 40% à la campagne. Un gros tiers des non-bourgeois (habitants) venait des zones les plus proches, les futurs districts de L. et de Lavaux. Ceux du Nord vaudois étaient plus nombreux que les riverains du Léman, où d'autres villes concurrençaient L. Parmi les non-bourgeois, les chefs de famille étaient installés depuis plus longtemps que les ouvriers et surtout les domestiques, qui se déplaçaient souvent. Paysans et vignerons formaient les deux tiers de la population extra muros, plus du quart de celle des faubourgs, moins de 6% en ville. Dans le secteur de la production, le textile dominait, suivi par le cuir et le bâtiment, puis la métallurgie et l'alimentation. Artisans et usiniers étaient beaucoup plus nombreux en ville (la moitié des chefs de famille) qu'à la campagne (un quart). Parmi les personnes exerçant des activités de service, les domestiques (en majorité des femmes) étaient le premier groupe en importance numérique; formant plus de 40% du secteur tertiaire en ville, ils étaient rares à la campagne (moins de 10%).

La topographie sociale était très variée. Au bas du Bourg, les riches bourgeois et leur domesticité vivaient dans des hôtels particuliers, tandis qu'une population plus besogneuse (vignerons, journaliers et jardiniers, artisans et employés) habitait les petites maisons du haut de la bannière et des faubourgs. Souvent spécialisés dans la métallurgie fine, les artisans dominaient à Saint-Laurent. Les abattoirs, les boucheries et les tanneries étaient situés au Pont, traversé par le Flon et son canal de dérivation. Les professionnels du cuir s'y pressaient, à côté d'artisans divers (tailleurs, maçons, charpentiers), de plusieurs marchands et de rares paysans. Pasteurs, professeurs et étudiants de l'académie, ainsi que de nombreux artisans, souvent occupés dans le bâtiment, résidaient à la Cité. La Palud, où de belles demeures entouraient l'hôtel de ville, était un quartier aisé, plus aéré que les autres, où les rentiers et les domestiques étaient nombreux. Hors les murs, les bourgeois "forains" étaient vignerons, laboureurs, parfois jardiniers. Des commerçants et des rentiers entretenaient aussi de vastes maisonnées dans la campagne lausannoise. A Chailly et dans les Râpes dominaient les familles paysannes et quelques journaliers.

Auteur(e): Anne Radeff

2.4 - Aspects religieux et culturels

2.4.1 - Avant la Réforme

Centre spirituel et intellectuel du diocèse, L. attira divers ordres religieux. Les cisterciens s'installèrent dans les bois du Jorat, à Montheron (d'abord nommé abbaye de Thela) en 1142. L'église Saint-Thyrse, appelée ensuite Saint-Maire, devint au XIIe s. l'église de chanoines augustins. Les dominicains fondèrent leur couvent dédié à Marie-Madeleine en 1234, les franciscains le leur entre 1258 et 1262, des cisterciennes s'installèrent à Bellevaux en 1267, des dominicaines à Chissiez en 1280. Plusieurs hôpitaux furent construits pour les pèlerins et les voyageurs: Saint-Jean (av. 1177), Saint-Nicolas (vers la Vuachère) à la fin du XIIe s., Sainte-Catherine dans le Jorat (début XIIIe s., transformé en couvent de carmes en 1497) et le principal, Notre-Dame, à la Mercerie (1277-1279). La maladière, située à Epesses (XIIIe s.), fut transférée à Vidy au milieu du XVe s. La construction de l'hôpital des pestiférés (Saint-Roch) fut décidée en 1494. De nouvelles églises paroissiales furent érigées à Vidy (1207) et Ouchy (Saint-Théodule, mentionnée en 1228). A la cathédrale primitive succédèrent un édifice reconstruit dans la seconde moitié du IXe s., une église romane du début du XIe s. et l'édifice gothique actuel. Mis en chantier dès 1150, achevé après plusieurs incendies et modifications de plans, il fut consacré en 1275, en présence de Rodolphe Ier de Habsbourg et du pape Grégoire X.

L. abritait une école capitulaire, des écoles conventuelles, puis, dès le XIVe s., des écoles municipales. Le premier imprimeur lausannois (1493), Jean Belot, était itinérant, comme le seront de nombreux autres avant l'essor de cette branche au XVIIIe s. L'un des premiers syndics de Lausanne, Jean Bagnyon, fut aussi l'auteur d'un roman à succès. La présence de la cathédrale et de la cour épiscopale entraîna de nombreuses commandes aux sculpteurs sur pierre et sur bois, ferronniers d'art et orfèvres (Antoine Bovard).

Auteur(e): Gilbert Coutaz

2.4.2 - Eglise et culture durant les Temps modernes

Le premier prédicateur réformé à L. fut le cordelier François Lambert, en 1522. Par la suite, malgré la pression de Berne, les prédicants, Guillaume Farel en tête, ne furent pas autorisés à prêcher en ville. La population, parfois fortement anticléricale (voir ses doléances en 1533), restait majoritairement fidèle à l'ancienne foi. L'arrivée des Bernois en 1536 changea la donne. Pierre Viret put prêcher dès le mois de mars, la liberté de culte fut accordée, les églises de la Madeleine et de Saint-François utilisées par les réformés et L. connut quelques cas d'iconoclasme. A la suite de la dispute de L. (Disputes de religion), la messe fut abolie en octobre. Le trésor de la cathédrale fut expédié à Berne en 1537, le maître-autel en 1563.

Les paroisses médiévales furent réunies en une seule. Des églises, seules l'ancienne cathédrale (nommée désormais le grand temple) et Saint-François (le temple d'en bas) subsistèrent. Saint-Etienne fut transformée en arsenal, Saint-Paul et Saint-Pierre (le chœur subsista jusqu'au XVIIIe s.) démolies. Le clocher de Saint-Laurent ne fut détruit qu'en 1761, bien après la construction d'un nouveau temple en 1716-1719, sur le même emplacement que l'église médiévale (le bâtiment actuel date de 1763). En 1663, les Râpes furent rattachées à Epalinges (nouvelle paroisse des Croisettes). Deux consistoires, puis trois (allemand, en 1737), veillèrent aux bonnes mœurs des Lausannois.

L. abrita une académie protestante dès 1537. En 1559, celle-ci était en crise et plusieurs professeurs quittèrent L. pour Genève. L'académie perdit de son importance au profit de sa nouvelle concurrente genevoise, mais ne disparut pas. Les deux institutions furent, pendant toute l'époque moderne, les seules en Europe à former des pasteurs de langue française. Le séminaire créé par Antoine Court en 1729 instruisit des pasteurs destinés à la France. Malgré les pressions exercées par Berne (obligation faite aux professeurs de signer une confession de foi, dès 1675), l'académie accueillit quelques savants dont la réputation dépassait largement la Confédération suisse, comme les historiens Abraham Ruchat et Charles Guillaume Loys de Bochat. Au XVIIIe s., le mathématicien et philosophe Jean-Pierre de Crousaz et le juriste Jean Barbeyrac quittèrent cependant L. pour l'Allemagne.

Au XVIIe s., une dynastie d'imprimeurs (les Gentil, créateurs de l'Almanach de Lausanne) et quelques libraires firent souche. Le XVIIIe s. fut un petit âge d'or pour l'imprimerie, avec l'activité des Grasset, des Heubach et la réimpression de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. A la même époque, des orfèvres comme Elie Papus et Pierre-Henri Dautun jouissaient d'une renommée internationale. Les peintres les plus cotés s'exilèrent (Louis Ducros), tandis que des écrivains (Voltaire, Edward Gibbon) passaient ou s'installaient quelque temps à L., fréquentant les salons lausannois. Le docteur Auguste Tissot attirait une clientèle de toute l'Europe. Les maisons de campagne se multiplièrent et des édifices médiévaux furent reconstruits, en particulier l'hôtel de ville (1672-1675) et le grand hôpital (1766-1771).

Auteur(e): Anne Radeff

3 - XIXe et XXe siècles

3.1 - Institutions et vie politique

3.1.1 - Révolution et République helvétique

L'affaire des banquets de 1791 poussa Berne à affirmer son autorité: c'est à L. qu'eut lieu la mise au pas des députés des villes vaudoises. En 1797, les Lausannois accueillirent avec allégresse Bonaparte, en route pour Rastatt. Le Cercle des Jeunes négociants, à la Palud, fut dès le début de janvier 1798 le point de ralliement des "pétitionnaires" (futur "comité de réunion") demandant dans un premier temps la réunion des états de Vaud, puis l'indépendance. Un "comité de surveillance" issu des Conseils convoqua à L. les députés des autres villes et communautés du Pays de Vaud, bientôt réunis en Assemblée. Le comité de réunion proclama le 24 janvier la République lémanique. L. vit arriver à fin janvier 1798 l'armée du général Ménard, quelque 9000 hommes qu'il fallut héberger et nourrir et contribua pour 160 000 livres de France (sur 700 000) à l'"emprunt Ménard". Ces troupes quittèrent L. en avril.

La Chambre administrative du canton du Léman, né avec la Constitution de la République helvétique, siégeait à L. Sur le plan communal, la municipalité de L. était formée de onze membres, dirigée par un président, le premier étant Jean Antoine Oboussier. La chambre de régie fut présidée par Victor Secretan.

En mai 1802, les Bourla-Papey entrèrent à L., puis acceptèrent de se retirer. Quelques mois plus tard, le 19 septembre, le gouvernement de la République helvétique, poursuivi par les troupes fédéralistes, se réfugiait à L. Le préfet du Léman, Henri Monod, était décidé à défendre la ville et le régime. La situation fut sauvée par l'annonce de la médiation de Bonaparte, le 4 octobre.

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.1.2 - Institutions et vie politique depuis 1803

En 1803, avec l'acte de Médiation, le pouvoir exécutif fut confié à une municipalité de dix-neuf membres (désignés par l'assemblée de commune pour six ans), présidée par un syndic. L'administration fut organisée autour de quatre sections (police, pauvres, forêts et économie). L'année 1815 vit la création du pouvoir délibérant, le Conseil communal (100 membres). La taille de l'exécutif comme la durée des mandats fut réduite par étapes (1873, 1882). Depuis la Deuxième Guerre mondiale, de nombreuses redistributions de compétences ont touché les directions et une quarantaine de services aux appellations changeantes. La municipalité ou Conseil municipal auparavant élue par le Conseil communal, est élue directement par le peuple depuis 1980.

De 1882 à 1965, six règlements municipaux traduisirent les modifications de la fonction publique dont l'effectif crût à mesure que les missions s'élargissaient. En 1873, on dénombrait 180 employés communaux, en 1911 800 fonctionnaires, dont 150 femmes. Les effectifs furent multipliés par 2,4 entre 1950 et 1980, date à laquelle l'administration lausannoise offrait 3311 emplois. La charge salariale imposa alors une maîtrise des effectifs qui déboucha sur leur relative stabilisation.

Les finances, après avoir reposé sur les revenus des domaines, vignobles et bâtiments, bénéficièrent d'un impôt communal dès 1857, puis du produit des services industriels (direction créée en 1906; eau, gaz, électricité), irremplaçable dans un contexte régulièrement déficitaire. Entre la fin des années 1920 et celle des années 1950, la dette brute représentait entre trois et quatre fois le total des revenus; au début du XXIe siècle, ce rapport était réduit à une fois et demi. La part des intérêts passifs dans le total des charges de la ville n'a cessé de diminuer; 12 à 14% des charges totales étaient consacrées au service de la dette dans les années 1930, 5 à 7% depuis les années 1980. La contraction des rentrées fiscales après 1990, du fait du chômage et du recul des bénéfices des sociétés, de même que les investissements consentis pour l'usine électrique de Lavey, pèsent toutefois sur les finances.

De 1803 à 1882, la ville fut gouvernée par les conservateurs et les libéraux, qui cédèrent alors le pas aux radicaux. De 1882 à 1950, le système majoritaire garantit aux radicaux et libéraux la majorité aux Conseils communal et municipal. Les socialistes, apparus en 1898 (le parti lausannois fut créé en 1909), détinrent une première fois la majorité, de 1934 à 1937 (trois municipaux sur cinq, dont le syndic, Arthur Maret). La coalition bourgeoise reprit le pouvoir en 1937, tandis que des jours sombres s'annonçaient pour la gauche (interdiction des communistes en 1940, de la Fédération socialiste suisse en 1941). La droite extrême échoua en 1941, partis bourgeois et socialiste s'alliant tacitement. De 1946 à 1949, la gauche s'imposa pour la deuxième fois et la municipalité fut composée de trois popistes (communistes), deux socialistes, dont le syndic Pierre Graber (plus tard conseiller fédéral), un radical et un libéral. La droite (l'Entente bourgeoise) domina le champ politique de 1949 à 1989 (syndics Georges-André Chevallaz et Jean-Pascal Delamuraz, tous deux radicaux et eux aussi futurs conseillers fédéraux). Une alliance entre socialistes, popistes et écologistes permit à la socialiste Yvette Jaggi d'être la première syndique de L. (1990-1998). Cette alliance a conservé le pouvoir et, en 2006, les Lausannois ont réélu à la syndicature l'écologiste Daniel Brélaz. En 2003, la nouvelle Constitution vaudoise a modifié le corps électoral en accordant sur le plan communal le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers résidant en Suisse depuis dix ans, dans le canton depuis trois ans; en 2006, 17 300 d'entre eux étaient électeurs à L. Dans la seconde moitié du XXe siècle, à la suite de mai 68, les jeunes revendiquèrent d'autres valeurs, notamment au sein du mouvement "Lôzanne bouge" en 1980. Les dernières décennies du siècle furent marquées par une relative sérénité politique

Marginal jusque dans les années 1860, le mouvement ouvrier fut animé par des Allemands et des Alémaniques rassemblés dans le Grutli. La section de l'Association internationale des travailleurs soutint les grèves de 1865 et 1869. De 1870 à 1885, le mouvement syndical s'étiola jusqu'à sa reprise en main par Aloys Fauquez, père de l'Union ouvrière (1890). En dépit des grèves de 1906-1907, il fut affaibli jusqu'à la guerre après la disparition de Fauquez, puis le climat antibolchevique entrava son développement. Les grèves des typographes (1916), puis des ouvriers du bois et du bâtiment (1917-1918) précédèrent la grève générale de 1918, vécue sans ferveur. La Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment se dressa en 1929 contre le patronat soutenu par l'Etat, mais resta sur la réserve durant la législature "rouge". Un mouvement corporatif modeste se développa dès 1926 autour du groupe maurrassien Ordre et Tradition devenu Ligue vaudoise en 1933 (naissance en 1940 des Groupements patronaux de la Fédération vaudoise des corporations), alors que s'ébauchait en parallèle la paix du travail (1937).

Ville moins internationale que Genève, L. accueillit toutefois en 1867 le deuxième congrès de l'Association internationale des travailleurs, en 1869 et 1871 le congrès de la Paix et en 1922-1923 la conférence pour la question d'Orient (révision du traité de Sèvres). Sur le plan national, L. fut choisie pour abriter le Tribunal fédéral, institution permanente depuis la Constitution de 1874.

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.2 - Economie et société

3.2.1 - Démographie

En 1803, L. comptait 9965 habitants. La croissance démographique, très vive entre 1880 et 1910, ne s'interrompit qu'en 1970 (137 383 hab.). Dans la décennie suivante, la ville perdit 10 000 habitants au profit des zones périurbaines. Depuis 1980, L. a résisté au recul démographique qui frappe les villes-centres. Mais son poids a diminué au sein de l'agglomération (66% de la population en 1950, 43% en 1990). Parallèlement, la population vieillit et les petits ménages dominent: en 2000, on comptait 1,89 personne par ménage (4,7 en 1900) et 17% des habitants étaient âgés de plus de 65 ans (10% en 1950), malgré le facteur rajeunissant de la migration. Entre 1850 et 1914, la proportion des étrangers passa de 6 à 25%. Après une baisse de ce taux durant les deux guerres mondiales, elle s'est encore élevée depuis 1950 (36% en 2002), mais l'aire de recrutement a changé: la mobilité économique (Italie, Espagne, Portugal) a laissé place à une migration plus marquée par les guerres (Ex-Yougoslavie, Afrique).

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.2.2 - Espace bâti et urbanisme

L. entreprit plusieurs travaux entre 1803 et 1814 pour asseoir son statut de chef-lieu cantonal (bâtiment du Grand Conseil, hôpital cantonal, asile d'aliénés, maison de force, place de la Riponne terminée en 1830). Devant l'accroissement du trafic, l'ingénieur Adrien Pichard conçut, de manière inédite en Suisse, une ceinture routière à faible pente (1836-1864), articulée autour du Grand-Pont (1836-1844) et du tunnel de la Barre (1851-1855). La Louve fut voûtée (1812-1868), comme la vallée du Flon qui offrit un nouvel axe de pénétration. Dès 1874, la plate-forme du Flon devint zone d'entrepôts et de décharge. La rue de Genève s'ouvrit vers l'ouest au début du XXe s. et la ville se développa vers les quartiers de Sébeillon, Provence et de la vallée de la Jeunesse. Le pont Chauderon (1905) et le pont Bessières (1910) achevèrent de modifier complètement la topographie lausannoise.

Entre 1860 et 1914, la ville médiévale s'effaça (l'ultime porte, Saint-Maire, fut détruite en 1890) au profit de nouvelles rues (notamment rues de la Paix et du Lion-d'Or) et de bâtiments publics, dont plusieurs furent construits sur des terrains situés auparavant extra muros: théâtre de Georgette (1871), hôpital cantonal au Bugnon (1883), palais de justice de Montbenon pour le Tribunal fédéral (1886), palais de Rumine (1898-1906), école normale (1898-1900), gare CFF (1911-1916). La place Saint-François fut totalement réaménagée après la destruction du cloître médiéval et de plusieurs hôtels particuliers; elle fut bordée par la poste (1900), des banques et des grands magasins (Bonnard en 1897). Plusieurs hôtels de luxe furent construits au centre ville et à Ouchy et les quais furent aménagés (1901). La croissance se fit toutefois sans plan d'ensemble et dut contourner les grandes propriétés, Montriond, Belvédère, Bergières, Hermitage, Mon-Repos, Bellevue. Sous-gare, le peuplement se fit par bonds aux dépens des vignes.

En 1907, un premier plan directeur d'extension offrit de nouvelles perspectives, tandis que la pénurie de logements dans un contexte hygiéniste mobilisait les autorités, focalisées sur le besoin d'eau, de lumière et d'énergie (enquête Schnetzler 1894-1896). Les Lausannois reçurent l'eau sous pression, venue des hauts de Montreux et du lac de Bret (1876), de l'Etivaz (1901) et d'une station de pompage à Lutry (années 1930). Le gaz fut municipalisé en 1896, l'électricité en 1898. Elle fut fournie dès 1901 par l'usine transformatrice de Pierre de Plan, alimentée par l'usine du Bois Noir à Saint-Maurice, qui remplaça une installation en ville de 1882. Dans les années 1930, Bellerive-plage (1937) fut le chantier phare de la municipalité "rouge". Les hôpitaux Sandoz et Nestlé (1932 et 1935) complétèrent l'équipement médical. La pollution fut éloignée des rives, mais la station d'épuration ne fut inaugurée qu'en 1964. Alors que s'édifiait la tour Bel-Air (1931-1932), la municipalité adapta l'urbanisme à la voiture. Un nouveau règlement du plan d'extension introduisant le plan de quartier fut promulgué en 1942.

Préoccupation constante, la construction de logements sociaux passa par diverses coopératives d'habitation. Aux sociétés philanthropiques des années 1860-1900 succédèrent, entre 1920 et 1935, des coopératives soutenues par les fonds publics. Les taudis furent détruits et la voirie remaniée. De 1898 à 1945, 678 logements subventionnés furent édifiés, 2244 de 1945 à 1949, près de 5000 de 1980 à 2000. La croissance des années 1960-1975 se concrétisa par la création des nouveaux ports d'Ouchy et de Vidy (1970-1976), du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV, 1971-1982) et par l'aménagement du quartier populaire de la Bourdonnette (1966-1970).

Le besoin de maîtriser le développement se traduisit par la création de la Commission intercommunale d'urbanisme de la Région lausannoise (1967), remplacée par la Communauté de la Région lausannoise (ensuite Lausanne Région) qui œuvre pour le développement durable d'une agglomération encore peu consciente d'elle-même.

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.2.3 - L'économie et les transports aux XIXe et XXe siècles

Avant 1850, L. faisait figure de place commerciale, la banque privée restant modeste. La Banque cantonale vaudoise (1846), le Crédit foncier vaudois (1858), l'Union vaudoise de crédit (1864) installèrent leur siège central à L., tout comme les assurances, Société vaudoise de secours mutuels (1845), La Suisse (1858), Mutuelle vaudoise (1895). La Société industrielle et commerciale (1859), la Société pour le développement de Lausanne (1885) et la Chambre de commerce soutenaient le développement économique. En 1898, alors que bâtiment et imprimerie constituaient l'ossature industrielle, la tannerie Mercier ferma ses portes, tandis que le chocolatier Kohler s'était déplacé à Echandens deux ans plus tôt. Une crise structurelle toucha l'artisanat (tailleurs, cordonniers, tailleurs de pierre). Le tertiaire s'imposa entre 1888 et 1910, avec plus de 50% des actifs. L'industrie hôtelière et les pensionnats pour étrangers fortunés fleurirent entre 1880 et 1914 (105 en 1900), le bâtiment recrutant ouvriers allemands, puis italiens. Le premier grand magasin (Innovation) date de 1907.

La grande affaire du XIXe s. fut le chemin de fer. La lutte s'engagea afin d'inscrire L. dans le réseau prévu pour relier Genève et le lac de Neuchâtel. En 1856, un vif conflit opposa la ville au canton à propos de la liaison vers Berne; la commune fut mise sous régie par le canton mais obtint finalement gain de cause. D'abord cul-de-sac, L. fut bientôt le centre d'un nœud ferroviaire sur la ligne Paris-Milan. Diverses compagnies assurèrent la desserte régionale: vers Echallens-Bercher (1872-1874), vers la Broye (1887). Le funiculaire d'Ouchy (le port fut jusqu'à la Première Guerre mondiale actif dans le transport des marchandises) fut inauguré en 1877 et, dès 1896, un réseau de tramways électriques relia les communes voisines (Renens en 1905). Le funiculaire du Signal (1899, en fonction jusqu'en 1948) et le tram L.-Moudon (1902) complétèrent le réseau. La gare construite en 1856 fut rebâtie en 1915.

Durant le marasme des années 1914-1925, les services (commerce, hôtellerie, transports) s'imposèrent et le bâtiment recula. Banques et assurances doublèrent leurs effectifs de 1910 à 1920. L'imprimerie vit la création du futur groupe Edipresse. La guerre de 1914 ferma les pensionnats et l'hôtellerie peina malgré l'ouverture du Lausanne-Palace (1915). Le Comptoir suisse, installé au palais de Beaulieu en 1920, symbolisa une nouvelle société de consommation. Le Flon fut réaménagé avec une liaison ferroviaire vers Renens (gare de triage) et remblayé, ce qui déplaça le centre vers Sébeillon doté d'une gare de marchandises en 1927. L'aérodrome de la Blécherette connut des débuts prometteurs (ligne vers Paris en 1921), mais s'effaça devant Genève. Entre 1929 et 1939, le nombre des emplois augmenta de 20%. Toutefois, de 1932 à 1936 la dépression toucha le bâtiment comme l'hôtellerie qui bénéficiait pourtant de l'école hôtelière (fondée en 1893) et d'un office du tourisme (1932). Le petit commerce souffrit de la concurrence d'Uniprix et de Migros dès 1932-1933.

L. vécut comme la Suisse les années de prospérité, les chocs pétroliers et la crise des années 1990. Après 1945, la construction s'emballa, les salaires augmentèrent. La préparation de l'Exposition nationale de 1964 accéléra la mise en œuvre d'infrastructures routières (autoroute vers Genève). Le chômage apparu en 1991 atteignit des taux inégalés (12% des actifs en 1997). Le secteur secondaire (10% en 2001), essentiellement manufacture et construction, continua de s'effacer devant le tertiaire bien que le commerce ait subi depuis 1991 une chute de ses effectifs, les grandes surfaces s'installant dans les communes voisines. La municipalité s'emploie à renforcer les transports en commun et prône les parkings-relais. Le TGV (Paris-L.) circule depuis 1984. Le métro de l'ouest lausannois (1991) relie le Flon à Renens, via la Bourdonnette, l'université et l'EPFL. Projet adopté en 2002, le métro Ouchy-hôpitaux-Epalinges est inauguré en 2008.

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.3 - Vie religieuse, formation, culture et sports

3.3.1 - Vie religieuse

Malgré l'augmentation de la population, L. continua au XIXe s. à ne former qu'une seule paroisse. Aux trois églises en fonction au XVIIIe s. s'ajoutèrent celles d'Ouchy (1840) et de Chailly (1902), la seconde devenant paroissiale en 1902. Il fallut attendre 1910 pour que l'ancienne paroisse soit divisée (Cité, Saint-Laurent, Saint-Paul, Saint-François, Ouchy). Les fidèles de l'Eglise libre (créée en 1847 en opposition à l'Eglise nationale) se réunissaient dans quatre chapelles, dont celle des Terreaux. La fusion entre les deux Eglises en 1966 entraîna un remaniement des lieux de culte. Les anglicans, constitués en communauté en 1818, eurent leur église en 1878, les presbytériens la leur en 1876 (église écossaise). A la fin de l'Ancien Régime, quelques catholiques, étrangers ou venus d'autres cantons, vivaient à L. et relevaient de la paroisse d'Assens. La loi de 1810 leur accorda le libre exercice du culte et ils eurent leur paroisse en 1817. Un premier lieu de culte leur fut octroyé (Saint-Etienne, ancien arsenal), puis Notre-Dame du Valentin fut consacrée en 1835 (basilique mineure en 1992); neuf nouvelles paroisses furent érigées au XXe s. L'église de Florimont (1924) abrite les orthodoxes grecs, les orthodoxes russes allant à Vevey. La communauté israélite créée en 1860 fit construire sa synagogue en 1910 (un millier de fidèles en 2000). Depuis la Constitution vaudoise de 2003, elle est reconnue institution d'intérêt public. Les musulmans ont à leur disposition le Centre islamique de L. (1979) et le Centre islamique albanais.

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.3.2 - Université et écoles

Longtemps axée sur la théologie, l'académie élargit son éventail de disciplines dès 1806 et surtout après 1837. Elle devint université en 1890 (Université de Lausanne) et occupa une partie du palais de Rumine en 1906. Dès 1970, elle quitta la ville pour s'installer à Dorigny (comm. Chavannes) à côté de l'Ecole polytechnique fédérale (comm. Ecublens), fille de l'Ecole spéciale (1853). L. compte encore deux grandes écoles de gestion, l'Institut des hautes études en administration publique (1982) et l'International Institute for Management Development qui succéda en 1990 à l'institution fondée en 1957 par Nestlé (IMEDE). L'école hôtelière (1893), la première au monde, quitta le centre ville en 1975 pour le Chalet-à-Gobet (HES en 2003, dans HES-SO, Haute école spécialisée de Suisse occidentale).

Le premier bâtiment scolaire primaire de grande taille, le collège Saint-Roch (1874), fut suivi de nombreux autres, dont une grande partie fut construite avant la Première Guerre mondiale. L'école normale (1837) fut installée en 1904 au Bugnon, l'école de commerce à Beaulieu en 1914. Collège classique et collège scientifique, pour les garçons, école supérieure de jeunes filles (à Villamont en 1888) étaient les écoles secondaires publiques. Parmi les nombreuses écoles privées, l'Ecole nouvelle de la Suisse romande, qui accueille des élèves du monde entier, ouvrit en 1906. Ville de formation et de culture, L. était aussi considérée avant la Première Guerre mondiale comme "La Mecque de la médecine", des cliniques privées complétant l'offre publique.

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.3.3 - Vie culturelle, sports

La presse politique fit ses débuts à la Révolution, avec la future Gazette de Lausanne , la Feuille d'Avis (1762) n'étant longtemps qu'une feuille d'annonces. D'autres titres furent lancés au XIXe s. En 2007, à l'heure des journaux "gratuits", deux quotidiens, Vingt-quatre Heures et Le Matin , dominent l'espace public, alors que les feuilles de quartier survivent difficilement. L. compta aussi plusieurs éditeurs de renom, dont Henry-Louis Mermod, qui publia notamment Ramuz.

L. vit naître l'ère des musées en 1818 avec l'inauguration du Musée cantonal. Après le Musée Arlaud (1840), ce fut le tour du Musée industriel (1862), ancêtre du mu.dac (1967). En 1918 s'ouvrait à l'Evêché le musée de l'Association du Vieux Lausanne, devenu Musée historique en 1990, et en 1936 le Musée romain se construisait à Vidy. Au début du XXIe s., vingt et un musées étaient consacrés aux arts, à l'art brut (1976), aux arts appliqués, à l'architecture, à la photographie (Elysée, 1985), aux sciences et à l'histoire.

La vie musicale, qui se déroula d'abord au casino de Derrière-Bourg (1824-1874), fut ensuite longtemps tributaire de la Maison du Peuple de la Caroline (1901-1954), sa grande salle de concert étant alors remplacée par celle du théâtre de Beaulieu (1954). Victor Desarzens fonda l'Orchestre de chambre de Lausanne (1942) dont le destin croisa celui de la radio, installée à L. en 1922. Après 1940, le cabaret eut son heure de gloire avec Gilles et la vie théâtrale se renforça autour de Paul Pasquier et Charles Apothéloz; le théâtre de Vidy survécut à l'Expo 64 et devint une scène renommée. Le théâtre municipal se mua en "Opéra" avec Renée Auphan (1983). Jazz et musiques actuelles ont leur école. La danse se développa autour du Grand Prix de Lausanne (1973) et du Béjart Ballet Lausanne (1987). Le septième art vit s'installer la Cinémathèque suisse (1948).

Centre administratif du sport de niveau mondial, L. accueille des manifestations sportives, des fédérations, le tribunal arbitral du sport et une maison du sport international (2005). Siège du CIO depuis 1915, L. est capitale olympique depuis 1993, date à laquelle s'ouvrit le nouveau musée à Ouchy. Une académie internationale des sciences et techniques du sport (2000) prolonge cette vocation dans le monde universitaire.

Auteur(e): Frédéric Sardet

3.4 - Vers une nouvelle identité

La ville ne représente qu'une partie de l'espace communal. Chailly, village puis quartier de villas et de pensionnats de la fin du XIXe s. aux années 1960, a vu se multiplier les constructions d'immeubles locatifs. La Sallaz et Vennes se sont pareillement peuplés. L'auberge du Chalet-à-Gobet, longtemps relais de poste, est restée populaire auprès des promeneurs qui parcourent les bois du Jorat. La forêt de Sauvabelin accueille depuis le XIXe s. la "fête du bois" à la veille des vacances d'été (aménagement d'un lac artificiel en 1888). L'enclave de Vernand, entourée par les communes de Romanel-sur-L. et Cheseaux-sur-L., fut rattachée à Crissier, puis à Romanel entre 1798 et 1805.

Juridiquement, L. est semblable aux 380 autres communes vaudoises. Politiquement, cette vision est indéfendable, mais penser la région reste un acte difficile. En 1850, L. ne comptait que pour 8,5% de la population vaudoise, en 2000 pour 19,4%. Lors de la refonte des districts prévue par la Constitution de 2003, le Grand Conseil a refusé en 2006 un district du Grand-L. au profit d'une circonscription comprenant L. et cinq autres communes. L'agglomération lausannoise, englobant septante communes en 2000, n'est pas reconnue comme telle et les institutions régionales successives n'ont guère réussi à éliminer les désaccords avec les communes voisines, liés notamment à leur contribution aux prestations dont elles profitent, problème récurrent des villes-centres. L. n'a pas, contrairement à Zurich ou à Genève, enregistré de fusion. Selon certaines projections, la ville devrait faire partie dans quelques décennies d'une mégalopole lémanique s'étendant de Genève à Montreux.

Auteur(e): Frédéric Sardet

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– ACV
– AV Lausanne
Sources imprimées
– E. Chavannes, éd., Manuaux du Conseil, 1882
SDS VD, B/I
Bibliographie