08/02/2011 | communication | PDF | imprimer

Sainte-Croix (commune)

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Comm. VD, distr. du Jura-Nord vaudois, située au pied du Chasseron, divisée en deux vallons principaux, celui de S. et celui des Granges, composée de vingt-sept localités, les plus importantes étant le village de S. (1086 m), L' Auberson, La Chaux, La Vraconne, La Sagne et Le Château. 1177 Sancta Crux, 1317 Saint Crueyz, ancien nom all. Heilig Kreuz. 1834 hab. en 1764, 2833 en 1798, 3541 en 1850, 5914 en 1900, 6575 en 1950, 6925 en 1960, 6240 en 1970, 4543 en 1980, 4333 en 2000.

Vestiges du Néolithique et du Bronze. Pièces de monnaie romaines; mais le sanctuaire (fanum) gallo-romain du Chasseron est sur la commune de Bullet. Vestiges des deux châteaux médiévaux. En 1177, le nom de S. (avec deux moulins) figure dans un document concernant l'abbaye du Lac de Joux. La contrée, colonisée à partir du XIIe s. par les Grandson, fit partie de la seigneurie de Champvent. Lorsque Pierre II de Grandson forma la seigneurie de S. en 1317, il éleva un château au débouché des gorges de Covatanne pour se défendre contre son voisin, Hugues de Chalon-Arlay, qui édifia en 1319 la forteresse du Franc Castel au col des Etroits; le premier sera incendié en 1476 lors des guerres de Bourgogne, la seconde démantelée par Berne en 1536. Après la mort d'Othon III de Grandson en 1397, la seigneurie revint à la maison de Savoie. Il est vraisemblable que les Grandson avaient accordé des franchises à S., qui participa aux Etats de Vaud en qualité de bonne ville lorsqu'elle releva immédiatement de la Savoie. Après la conquête du Pays de Vaud, S. fit partie du bailliage bernois d'Yverdon de 1536 à 1798. La commune était divisée en douze dizaines, gérée par un Conseil des Douze et un des Vingt-Quatre. La châtellenie avait deux cours de justice, une pour S. et Bullet, l'autre pour Vuitebœuf et Peney. En 1798, alliée à d'autres communes du Jura vaudois, S. tenta de s'opposer au nouveau régime et se battit pour la cause de Berne. De 1798 à 2006, la commune fut rattachée au district de Grandson, qui comptait exceptionnellement deux préfectures; celle de S. fut supprimée en 1949.

La chapelle dédiée à la Sainte-Croix (1375), au lieudit La Villette, dépendait de la paroisse de Peney (comm. Vuitebœuf). Après la Réforme, elle devint paroissiale en 1540 (avec Bullet jusqu'en 1663). Le temple de 1569 fut remplacé en 1642 et simultanément déplacé au centre du village de S., reconstruit entre 1745 et 1748. La cure (1661), incendiée en 1702, fut de nouveau réduite en cendres en 1744, en même temps qu'une partie du village et l'église. La paroisse des Granges de S. (1824) avait deux temples, l'un à La Chaux et l'autre à L'Auberson. Les paroisses de S., des Granges et de Bullet sont réunies depuis le début du XXIe s. dans celle du Balcon du Jura. Communauté de l'Eglise libre (1847-1966). Une nouvelle église catholique (Saint-François-de-Sales), consacrée en 1895, devint paroissiale en 1935.

A côté de l'élevage et de l'agriculture, principales activités jusqu'au milieu du XIXe s., plusieurs industries se développèrent. Le vaste domaine forestier permit l'implantation de ferrières, puis, dès la fin du XVIe s., de hauts fourneaux (Mouille-Mougnon, Dénériaz-Noirvaux). Les mines de fer furent dans leur grande majorité propriétés de bourgeois de Vallorbe, d'Yverdon et de Neuchâtel. L'horlogerie et la dentelle prirent le relais de la métallurgie au milieu du XVIIIe s. Souvent exercées à domicile (Verlagssystem), elles dépendaient de négociants neuchâtelois. La "côte de Vuitebœuf", reconstruite en 1711 et 1760, "voie romaine" selon la tradition populaire, était un chemin saunier reliant la Franche-Comté au Pays de Vaud. Jusqu'au milieu du XVIIIe s. cette route qui évitait le péage de Jougne fit de S. une étape importante entre Yverdon et Pontarlier. L'essor économique fut aussi démographique: en 1798, S. était la troisième commune la plus peuplée du Pays de Vaud, après Lausanne et Vevey.

De nouvelles routes relièrent S. à Vuitebœuf (1843), à Pontarlier par L'Auberson, au Val-de-Travers par le vallon de Noirvaux (1848). Dès le milieu du XIXe s., S. et Les Rasses (comm. Bullet) s'orientèrent vers le tourisme (premier hôtel en 1860) qui profita de l'ouverture du chemin de fer Yverdon-S. (1893). Cette activité, en crise dès 1930, reprit son essor dans la seconde moitié du XXe s. (résidences de vacances). L'horlogerie déclina à la fin du XIXe s. Parallèlement s'étaient développées dès 1811, à S. et à L'Auberson, l'industrie de la boîte à musique, puis celle du son et de l'image, ainsi que la mécanographie: dynasties Paillard (1814), devenue Hermes Precisa International SA à Yverdon (1974), Thorens (1883, absorbé par Paillard SA en 1964), Reuge (1886) et Lador (1890, absorbé par Reuge en 1986), d'autres petites entreprises de mécanique et une manufacture de harpes. Le poids du secteur secondaire (49% en 1985, encore 38% en 2005) se reflète dans l'importance du parti socialiste (3 municipaux sur 5, 26 conseillers communaux sur 55, législature 2006-2011). La récession économique de 1974-1975 entraîna une forte diminution de la population et obligea plusieurs entreprises à fermer (Paillard en 1984). L'école technique et de métiers, fondée en 1907 pour les mécaniciens de précision, fait partie du Centre professionnel du Nord vaudois. Au début du XXIe s., S. poursuit sa tradition industrielle avec la Fondation Technopôle (2009). Musée des arts et des sciences (1872). Musée Baud de boîtes à musique à L'Auberson (1955). Centre international de la mécanique d'art CIMA (1985). Réserve naturelle de la Vraconne (hauts marais).


Bibliographie
– R. Jaccard, Sainte-Croix dans le passé, 1950
– P.-L. Pelet, Fer, charbon, acier dans le Pays de Vaud, 2, 1978, 126-129, 241-243; 3, 1983, 113-117
– F. Mottas, «De la plaine de l'Orbe à la Franche-Comté», in ArS, 1986, 124-134
– Ch. Lafontant Vallotton, La résistance à la révolution de 1798 dans le Jura vaudois, 1989
AAS, 89, 2006, 247
– J.-C. Piguet et al., Le Chasseron, 2007

Auteur(e): Chantal Lafontant