22/12/2010 | communication | PDF | imprimer

Lugano (commune)

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Comm. TI, chef-lieu du distr. du même nom. 804 Luanasco, 874 Luano, 1189 Lugano; ancien nom all. Lowens, Lauis ou Lauwis. La commune s'étend sur une superficie d'environ 30 km2 et comprend, outre la ville de L. et les quartiers du Centre, de Besso, Cassarate, Loreto et Molino Nuovo, plusieurs quartiers qui sont d'anciennes communes rattachées progressivement à L.: Brè-Aldesago et Castagnola en 1972, Breganzona, Cureggia, Davesco-Soragno, Gandria, Pambio-Noranco, Pazzallo, Pregassona et Viganello en 2004, Barbengo, Carabbia et Villa Luganese en 2008 ("Nouveau" ou "Grand L."). Située sur la rive occidentale du bras principal du lac de L., la commune s'étend en demi-cercle autour du golfe et se déploie vers le nord (le long du Cassarate) et vers l'est (en direction du Monte Brè, 925 m d'altitude). Capitale du canton de L. de 1798 à 1803, la ville fut chef-lieu cantonal à tour de rôle avec Bellinzone et Locarno (tous les six ans) de 1814 à 1878. Au début du XXIe s., L. est le centre de la plus grande agglomération du canton (plus de 100 000 hab., soit environ 40% de la population totale du Tessin); il a une grande importance régionale et transfrontalière et est le siège de structures administratives, économiques, sanitaires, culturelles et ecclésiastiques (diocèse de L.) de premier plan.

Population de Luganoa
AnnéeHabitants
Paroisse
16433 278
16703 402
17694 351
Bourg
17102 320
17833 761

Année18501870b18881900191019301950197019902000
Habitants5 9396 8368 18510 84714 98817 67221 44827 12125 33426 560
En % de la population cantonale5,0%5,6%6,5%7,8%9,6%11,1%12,3%11,0%9,0%8,7%
Langue          
Italien  7 77310 01113 21513 67317 13221 58319 97320 998
Allemand  2976651 3883 2643 3583 8632 4211 855
Autres  1151713857359581 6752 9403 707
Religion, Confession          
Catholiquesc5 9236 7817 84610 14012 65714 20818 19622 89720 12218 035
Protestants161241955091 0562 3412 3452 8331 9991 517
Autres 111441981 2751 1239071 3913 2137 008
dont communauté juive  4444171401489250165
dont communautés islamiques       19441981
dont sans appartenanced       4651 6142 209
Nationalité          
Suisses4 7735 5435 6766 1837 57411 82415 97918 17115 79215 809
Etrangers1 1661 3732 5094 6647 4145 8485 4698 9509 54210 751

a Données 1850-2000: selon la configuration territoriale de 2000

b Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

c Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

Auteur(e): Giuseppe Negro / AMC

1 - De la préhistoire à l'époque romaine

Quelques témoignages archéologiques attestent la présence d'habitats autour du lac de L. à partir du Néolithique. On a retrouvé des pierres à cupules sur l'actuel territoire communal de L., notamment à Breganzona, Castagnola, Davesco et Gandria et, dans la ceinture urbaine, des vestiges des âges du Cuivre (du bois subfossile à la rue Maderno) et du Fer. En outre, on a découvert des stèles portant des inscriptions nord-étrusques à Davesco-Soragno (Ve-IIe s. av. J.-C.), Pregassona (IIIe-IIe s. av. J.-C.) et Viganello (IIIe-IIe s. av. J.-C.), des tombes à incinération ou à inhumation à Aldesago, Davesco, Pazzallo et Pregassona, ainsi que des monnaies celtiques à Viganello. Dans la vieille ville de L., les découvertes ont été par contre moins nombreuses; durant des fouilles au centre ville en 1859 (Piazza della Riforma), on a mis au jour quelques monnaies, dont un statère macédonien. Malgré le manque de témoignages, il est tout de même possible d'affirmer que l'actuel territoire luganais se trouvait dans la zone occupée par les Lépontiens. L'époque romaine a laissé différents vestiges: des inscriptions (ossuaire de la rue Pestalozzi, cathédrale Saint-Laurent), quelques tombes à incinération ou à inhumation à L., des tombes à inhumation à Castagnola, une douzaine de sépultures mixtes à Brè, une dont on ignore le type à Breganzona (Crespera), ainsi que des monnaies à Viganello. La présence romaine autour du lac de L. est attestée dès le Ier s. av. J.-C.; au moins un centre d'importance s'est développé dans la région au nord du lac (Bioggio).

Auteur(e): Giuseppe Negro / AMC

2 - Moyen Age

La donation (d'authenticité discutée) par laquelle le roi lombard Liutprand cédait différents biens qu'il possédait à L. à l'église Saint-Carpophore de Côme (724), constitue la première mention de la localité. D'autres documents datant de 804 et 844 évoquent un Laco Luanasco; un acte de 984 décrit L. comme un lieu de marché. Les fouilles archéologiques menées dans les années 1980 dans l'église Saint-Roch ont prouvé une présence humaine continue depuis les VIe-VIIe s. Celles réalisées en même temps dans le quartier Maghetti ont livré des conclusions analogues: des éléments appartenant probablement à un manse ou à une villa rustica du Ve-VIe s. ont été retrouvés; ils constituent la base d'établissements successifs jusqu'au début du XVIe s.

Au haut Moyen Age, le bourg, tout comme les régions avoisinantes, passa de la domination romaine à celle des Ostrogoths, puis des Byzantins. Entre 569 et 572, les Lombards attribuèrent L. et les terres environnantes au comté du Seprio (judiciaria). Inséré dans la ligne de défense des cols alpins, le bourg devint le siège d'un sculdascio (officier lombard) et fut occupé par une garnison. Des bandes lombardes (farae) s'établirent sur ce territoire et constituèrent de vastes propriétés foncières dans lesquelles travaillait une main d'œuvre servile ou demi-libre. Lors de la conquête franque du royaume lombard (774), L. devint probablement une cour royale. Après la division de l'empire carolingien, la ville appartint au roi d'Italie Bérenger (fin du IXe s.) qui céda plusieurs droits à l'évêque de Côme. Ce dernier acquit (ou usurpa) progressivement de nombreux privilèges, ce qui lui permit d'asseoir sa domination sur L. En 1055, il obtint de l'empereur Henri III un diplôme (d'interprétation incertaine) reconnaissant ses pouvoirs sur la totalité de la pieve.

La guerre de 1118-1127 et les affrontements successifs opposant Côme et Milan pour le contrôle des voies commerciales menant de la région des lacs aux cols alpins impliquèrent également L. et sa vallée où, dès le IXe s., de nombreux villages avaient été fortifiés (phénomène de l'incastellamento). Au XIIe s., L. tenta à plusieurs reprises de se soustraire à la domination de Côme et réussit, pendant une courte période, à affirmer son indépendance. En 1198, le bourg était gouverné par les quatre consuls qui dirigeaient ses quatre quartiers. L. perdit une partie de son autonomie lorsqu'elle fut forcée d'accepter la présence d'un podestat de Côme en 1222. Côme concéda au bourg quelques privilèges: il eut le droit de percevoir des impôts et fut exempté de l'entretien des routes en dehors du territoire communal, privilèges confirmés en 1381 et 1391.

Les luttes féodales entre guelfes et gibelins et la nouvelle détérioration des rapports entre Milan et Côme firent de L., durant les XIVe et XVe s., le terrain d'affrontements entre familles de factions opposées. Resté longtemps sous le contrôle des Rusca (qui achevèrent la construction du château en 1286), il s'affranchit de la domination de Côme après l'assujettissement de cette dernière aux Visconti (1335). A la même période, le bourg et la vallée se rapprochèrent pour former une comunitas Lugani et vallis attestée par des documents de 1405-1406. Cette communauté constituait une nouvelle entité politique (voulue par les Rusca de Côme) qui regroupait les pievi de L., Agno, Riva San Vitale et Capriasca, qui n'avaient plus aucun lien de dépendance avec Côme. En 1416, le duc de Milan Philippe-Marie Visconti soumit tout le Luganais et le donna en fief aux Rusca. L'année suivante, le bourg obtint ses premiers statuts, dérivés de ceux de Côme, lui assurant une complète autonomie.

Entre 1433 et 1438, Aloisio Sanseverino reçut le Luganais en fief du duc de Milan qui dédommagea les Rusca en leur donnant Locarno; la domination de ses héritiers provoqua, dans les décennies suivantes, des rébellions et des désordres qui durèrent jusqu'à l'arrivée des Français (1499).

Au XVe s., la structure politique et administrative du bourg se mit en place: deux Conseils de vingt-quatre et huit membres, représentant les différents quartiers, s'occupaient de l'administration. En 1448, l'assemblée des communiers (vicini) établit que seuls ses membres et leurs héritiers pouvaient profiter des privilèges et des revenus du bourg. Ces décisions furent en partie modifiées en 1467 lorsqu'on concéda aux immigrés établis après 1449 le statut de vicini tout en réservant aux "anciens vicini" les revenus spéciaux. Dans le bourg et la vallée, l'autorité du duc ou de ses vassaux était représentée par un capitaine qui possédait des pouvoirs administratifs, fiscaux et judiciaires (justice criminelle et civile, parfois déléguée à un vicaire). En cas de litige avec le capitaine, il existait un droit d'appel au sénat de Milan. Important carrefour commercial depuis le Moyen Age, L. posséda un marché dès le IXe s.; la draperie est attestée dès le XIIIe s. et une fonderie de cloches depuis le XIVe s.

Auteur(e): Giuseppe Negro / AMC

3 - Epoque moderne

Au début du XVIe s., L. fut impliqué dans les guerres entre la Confédération, les Français et les Etats italiens pour le contrôle de la Lombardie (guerres d' Italie). Après quelques tentatives manquées, les Confédérés occupèrent définitivement L. en 1512 et obtinrent du duc Maximilien Sforza la reconnaissance de la conquête du bourg et de la vallée. Au début de 1513, les derniers contingents français quittèrent la ville la laissant aux mains des XII cantons qui reconnurent ses statuts et ses privilèges. Durant les trois siècles de la domination suisse, un bailli, appelé aussi landfogto ou capitaine représenta le pouvoir souverain. Il résidait à L. tout comme le bourreau qui officiait dans tous les bailliages. Les cantons envoyaient chaque année des délégués (sindacatori) qui devaient vérifier le travail du bailli et prononcer les jugements en appel. Dès 1589, la ville fut gouvernée par le Conseil du bourg, ou Conseil des Trente-Six (neuf députés pour chacun des quartiers de Nassa, Canova, Verla et Cioccaro) et par le Conseil des Douze (trois membres pour chacun des quartiers) à qui incombait l'élection de deux des sept régents du Conseil de la communauté (dès 1693). La participation aux Conseils était réservée aux communiers (vicini); les cittadini antichi (admis apr. 1467) et les avventizi (derniers arrivés) en étaient exclus. Les revenus du bourg étaient assurés par la location de biens immobiliers, l'adjudication de nombreuses taxes et la perception de divers impôts.

La domination des XII cantons garantit à L. une longue période de paix, mais n'évita pas de nombreux troubles politiques et sociaux. Au XVIIe s., les cittadini antichi et les avventizi protestèrent à plusieurs reprises contre la répartition des impôts qui avantageait uniquement les communiers. Les familles aisées acceptèrent, en 1787, de répartir plus équitablement les revenus de la commune avec les familles les plus pauvres qui en avaient été exclues jusque- là.

A la naissance de la République cisalpine (1797), des Luganais sensibles aux idées des Lumières (appelés patriotes) revendiquèrent l'indépendance du bailliage et le rattachement à la Cisalpine. En réaction, on constitua le Corps des volontaires de L., garde civique pour la défense de la ville soutenue par les cantons. Le 15 février 1798 à l'aube, un groupe de patriotes tenta de s'emparer de L., mais fut repoussé par les volontaires. Cependant, ni le bailli, ni les commissaires suisses ne purent ensuite s'opposer aux revendications d'indépendance et de liberté des Luganais. L'intégration à la République helvétique fut inévitable en raison de l'impossibilité de créer une république indépendante, due aussi à l'opposition de la population rurale. Lors de l'entrée en vigueur de la Constitution helvétique (12 avril 1798), la ville devint le chef-lieu du canton de L. Les troubles internes continuèrent néanmoins jusqu'à l'acte de Médiation (1803) qui mit fin à l'agitation politique, liée également aux affrontements entre fédéralistes et unitaires.

Depuis longtemps, L. était un important centre religieux. Il dépendit du diocèse de Côme jusqu'à l'institution de l'administration apostolique du canton du Tessin (1884/1888-1971, ensuite diocèse de L.). L'église paroissiale Saint-Laurent, attestée dès 818 (collégiale en 1078, cathédrale en 1888), fut complètement rénovée entre 1905 et 1910. Les humiliés fondèrent vers 1250 le couvent féminin de Sainte-Catherine (supprimé en 1848) et, dans la première moitié du XIIIe s., le couvent et l'église Saint-Antoine-le-Grand (reconstruite entre 1633 et 1652). Après la suppression de l'ordre (1571), le couvent de Saint-Antoine-le-Grand passa aux mains des pères somasques qui y ouvrirent un collège. Après la sécularisation de l'enseignement secondaire (1852), les édifices du couvent accueillirent le lycée cantonal jusqu'en 1897, date à laquelle ils furent achetés par la Confédération pour y construire une nouvelle poste. Vers la fin du XIIe s., les humiliés avaient également fondé l'église Sainte-Marie (Sainte-Marie-Couronnée dès 1628) et l'hôpital attenant; tous deux furent démolis entre 1914 et 1916. Le couvent de Saint-François (avec l'église annexe) fut fondé en 1230, supprimé en 1812 et démoli en 1892. L'église Saint-Roch fut construite au XVIe s. sur un édifice préexistant (consacrée en 1602, restaurée dès 1985 et entre 2001 et 2004). Edifiée à partir de 1499, l'église Sainte-Marie-des-Anges (restaurée entre 1922 et 1930) abrite la plus célèbre fresque Renaissance de Suisse, la Crucifixion réalisée en 1529 par Bernardino Luini.

Dès le XVIIe s., on assista dans la ville à un nouvel essor architectural, qui comporta la construction de nombreux édifices religieux. Les capucins occupent depuis 1653 le couvent de la Sainte-Trinité, fondé en 1646. L'église annexe a été rénovée entre 1979 et 1983 par Mario Botta qui, en 1976-1979, a également restauré la bibliothèque Salita dei Frati située dans une aile du couvent. L'église Saint-Joseph, érigée en 1758-1759 à côté du monastère des capucines (fondé en 1747), comprenait une école pour jeunes filles (fermée en 1986). L'église de la communauté réformée a été inaugurée en 1901.

A l'époque moderne, l'économie de L. était basée sur un artisanat diversifié, la manufacture et le commerce (local et avec la Lombardie et la Suisse alémanique). Fondées et dirigées par des grandes familles de marchands comme les Welser (d'origine allemande) et les Fleckenstein (de souche lucernoise), les manufactures de laine eurent un rôle de premier plan. Actives dans la première moitié du XVIe s., elles bénéficièrent de l'absence de la concurrence lombarde durant les guerres d'Italie; une fois la paix revenue, la reprise de la concurrence mit fin à leur activité. La sériciculture, attestée dès 1644, connut un remarquable essor au XVIIIe s.; à la même époque, le travail des métaux (notamment du cuivre) connut également un certain développement. Une fabrique de tabac existait depuis 1749 au moins. La foire aux bestiaux d'octobre avait une grande importance pour le commerce de la ville. Concédée en 1513 par les XII cantons, elle accueillait le bétail (provenant surtout de Suisse centrale et orientale et d'Autriche) destiné à l'Italie du Nord. L. importait de Lombardie les denrées qu'il ne pouvait pas produire en suffisance (céréales, sel et parfois viande) et exportait vers cette région une vaste gamme de marchandises, dont celles produites sur place; la contrebande était également répandue. Dès le XVIIe s., la vocation commerciale de la ville favorisa l'arrivée de nombreux entrepreneurs étrangers, en particulier des Lombards, attirés aussi par les impôts peu élevés et par la sécurité qu'offrait la région, pratiquement à l'abri des dévastations de la guerre.

Auteur(e): Giuseppe Negro / AMC

4 - XIXe et XXe siècles

Après la constitution de la commune politique (1803), il fallut définir les conditions d'accès à la commune bourgeoise et la répartition des prérogatives entre les deux entités (conventions de 1804 et 1810). Dans la seconde moitié du XIXe s., la commune bourgeoise céda divers biens et droits pécuniaires à la commune politique. Préfet national durant la République helvétique, Francesco Capra fut le premier syndic de la ville (1803-1813). La Constitution tessinoise de 1814 désigna L. comme capitale du canton, à tour de rôle avec Bellinzone et Locarno (tous les six ans): L. fut siège du gouvernement durant les périodes 1827-1833, 1845-1851 et 1863-1869. Au XIXe s., la municipalité fut constamment dominée par le parti radical. Le Conseil communal (législatif) fut institué en 1900: un peu plus de la moitié des cinquante sièges (60 depuis 2004) étaient détenue par les radicaux, suivis, mais de loin, par les conservateurs et les socialistes. Le Conseil municipal, qui comptait onze membres, fut réduit à cinq en 1908, puis porté à sept en 2004. Les radicaux y détinrent la majorité absolue pendant presque tout le XXe s. Outre les conservateurs, les socialistes (1944-1948, 1976-1980 et depuis 2000) et la Ligue des Tessinois (dès 1992) firent également partie de l'exécutif de la ville.

Les frères Agnelli fondèrent en 1746 à L. la première imprimerie et librairie des bailliages italiens qui publia les Nuove di diverse corti e paesi (dès 1797, Gazzetta di Lugano). L'imprimerie Veladini (1805-1924, auj. Arti Grafiche già Veladini SA) fut longtemps le principal éditeur du canton; elle publia des périodiques, des arrêtés et des ouvrages en tout genre. Les imprimeries Vanelli (1823-1827), Ruggia (1823-1842) et l'Imprimerie de la Suisse italienne (1842-1851) jouèrent un rôle important dans le Risorgimento. Stefano Franscini et Pietro Peri fondèrent en 1830 L'Osservatore del Ceresio.

De la moitié du XIXe s. à 1970, la ville connut une croissance démographique continue qui fut particulièrement intense entre 1880 et 1910, période durant laquelle la population fit plus que doubler. Cet accroissement fut dû en partie à l'arrivée d'étrangers (18,7% de la population en 1870, 43,6% en 1910) et de Suisses provenant d'autres régions linguistiques (1,4% en 1870, 6,9% en 1910). Dans les trois dernières décennies du XXe s., malgré la fusion avec les communes de Castagnola et Bré-Aldesago (1972), la population de L. diminua légèrement à cause de la tendance de ses habitants à s'établir dans les communes de la périphérie. Avec la création du Nouveau L. en 2004, le nombre d'habitants a doublé (52 059 hab. en 2006, dont plus d'un tiers d'étrangers).

Depuis le début du XIXe s., l'apparence de la ville subit de profonds changements. L'édification d'hôtels particuliers, à partir de 1830, fut suivie par l'expansion des constructions vers la colline et Molino Nuovo, le long du Cassarate, et en direction de Paradiso et Castagnola. En 1843-1844, le palais épiscopal (construit en 1346) fut transformé en hôtel de ville (palazzo civico). L'édifice fut le siège du gouvernement cantonal (1845-1851, 1863-1869); depuis 1890, il abrite la municipalité. L'aménagement des quais fut réalisé en plusieurs étapes entre 1860 et 1910. Au début du XIXe s., on construisit les routes cantonales reliant L. à Bellinzone (1808-1812), Ponte Tresa (1808-1820) et Chiasso (1810-1816). Commencée en 1848, la navigation à vapeur sur le lac ne fut garantie de manière continue qu'à partir de 1856. La réalisation du pont-digue entre Melide et Bissone (1844-1847) favorisa l'axe routier Chiasso-L.-Bellinzone-Gothard au détriment des liaisons nord-sud longeant le lac Majeur. Cette tendance se renforça ultérieurement avec l'achèvement de la ligne ferroviaire du Gothard (1882) qui plaça la gare de L. (1874-1877) sur l'une des principales liaisons entre l'Italie du Nord et l'Europe centrale et septentrionale. Le rail apporta une contribution décisive au développement du tourisme et plus généralement du secteur tertiaire.

La volonté d'améliorer l'offre touristique explique aussi l'essor des transports publics urbains et régionaux. On peut citer l'entrée en fonction des funiculaires L.-gare (1886), du San Salvatore (1890), du Monte Brè (1912) et des Angeli (1913-1987), l'inauguration de la ligne de tram (1896) et la mise en service des lignes de chemin de fer régionales vers Tesserete (1909-1967), Cadro-Dino (1911-1970) et Ponte Tresa (1912). Sur le plan des infrastructures, l'usine à gaz entra en service en 1864 (municipalisée en 1899); la distribution d'électricité débuta en 1890, alors que le réseau d'alimentation en eau devint opérationnel en 1895.

L'amélioration des transports fut à l'origine d'une forte croissance du tourisme et de la construction de nombreux hôtels. Ouvert par les frères Ciani dans l'ancien couvent de Sainte-Marie-des-Anges en 1855, l'hôtel Du Parc fut le premier établissement prestigieux installé à L. (Grand Hôtel Palace en 1904, après des rénovations et des travaux d'agrandissement). Entre 1880 et 1906, le nombre de lits quintupla; les propriétaires d'hôtels étaient majoritairement allemands ou suisses alémaniques.

De la moitié du XIXe s. aux années 1880, l'industrie de la soie connut un grand essor, mais déclina rapidement par la suite. La principale fabrique de la ville fut la filature Lucchini (1854-1898) qui occupa jusqu'à 500 personnes. Entre la moitié du XIXe s. et la grande crise, l'industrie du meuble et, à un degré moindre, celles du tabac et du chocolat (Compagnie suisse pour la fabrication des chocolats et cacaos, achetée ensuite par Tobler, 1894-1926; Chocolat Stella, active à L. de 1922 à 1988) eurent de l'importance dans l'économie luganaise. A partir de la fin du XIXe s., la ville s'orienta davantage vers les activités du secteur tertiaire; la Banque de la Suisse italienne (BSI) fut le premier établissement bancaire fondé à L. (1873).

Entamée au XIXe, la transformation de la ville continua au XXe s. On démolit les quartiers de Cortogna (1910-1914) et de Sassello (1939-1942) et on réaménagea ceux de Canova et Cioccaro. Les maisons pour ouvriers du quartier Maghetti (construites entre 1903 et 1909) et celles situées sur les rives du Cassarate constituaient autant d'exemples de logements populaires. Dans les années 1980, le quartier Maghetti devint une zone commerciale. C'est au tournant du XXe s. que remontent l'inauguration du théâtre Kursaal (1897, siège du casino de L. depuis 2002) et la construction de l'hôpital italien (1899) et du Palazzo degli studi (1903-1904), nouvel emplacement du lycée cantonal. Construit à la place de l'ancien hôpital Sainte-Marie, le nouvel hôpital de la ville (auj. siège de l'université de la Suisse italienne) ouvrit ses portes en 1909. Le tunnel de Besso fut ouvert en 1926 afin d'améliorer le réseau routier entre la partie haute et le centre de la ville. La plage de L. (1928) et les studios de la Radio de la Suisse italienne (1933, transférés à Besso aux débuts des années 1960) furent bâtis au Campo Marzio où, de 1933 à 1953, se tint la foire de L. (depuis 1963, foire d'automne Artecasa). Parmi les principales constructions de la première moitié du XXe s. figurent également le nouveau palais épiscopal (1937-1938) attenant à la cathédrale Saint-Laurent, et la Bibliothèque cantonale (1940), réalisée sur les plans de Rino Tami. En 1928, L. accueillit une session de la Société des Nations.

Dans la seconde moitié du XXe s., le centre ville est devenu progressivement une zone réservée au commerce, aux services et aux activités financières. Ce changement a poussé les habitants à s'installer en banlieue et, par conséquent, a favorisé le développement d'un fort mouvement pendulaire et l'augmentation du trafic routier. Les réalisations les plus importantes de cette période sont le palais des congrès (1975) et le nouveau bâtiment de l'hôpital de la ville (1978). En 1963, la commune acheta les terrains de l'aéroport de L.-Agno (vols de ligne depuis 1980). Au début du XXIe s., d'importants projets concernant le "Grand L." ont été développés. Il s'agit de la construction du tunnel routier Vedeggio-Cassarate, dont les travaux ont débuté en 2005, qui reliera l'autoroute A2 au quartier de Cornaredo et de celles d'un nouveau pôle culturel à la place de l'ancien Grand Hôtel Palace et d'un centre de congrès et d'expositions au Campo Marzio.

Après 1945, et en particulier à partir des années 1960, grâce à l'important afflux de capitaux provenant d'Italie, L. connut une croissance exponentielle des activités bancaires et para-bancaires, ce qui fit de la ville la troisième place financière suisse (plus de 100 établissements bancaires). Le commerce, le tourisme et la finance constituent les axes principaux de l'économie locale. En 2000, le secteur tertiaire fournissait neuf dixièmes des emplois, dont trois quarts étaient occupés par des navetteurs (13% de frontaliers); la même année, les recettes fiscales des personnes morales ont atteint 104 millions de francs (59 millions versés par les banques). Grâce à sa force financière, L. contribue considérablement à la péréquation financière intercommunale.

L. est également le siège d'importantes institutions culturelles dont le Musée cantonal d'art, le Musée municipal des beaux-arts, le Musée d'art moderne, la galerie Gottardo, le Musée cantonal d'histoire naturelle, le Musée des cultures extra-européennes, le Musée des douanes suisses et la Phonothèque nationale suisse. Durant les mois d'été, L. est le théâtre de manifestations musicales de grande renommée comme l'Estival Jazz (depuis 1979) et le Blues to Bop (depuis 1989). Siège de l'université de la Suisse italienne depuis 1996 (avec Mendrisio), la ville accueille la faculté de théologie et le conservatoire de la Suisse italienne, affilié depuis 2005 à la haute école spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI). En outre, la villa Negroni, achetée en 1976 par la ville de L. et située dans la commune de Vezia, a été mise à disposition pour la création du Centre d'études bancaires (1990), né à l'initiative de l'Association bancaire tessinoise.

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– ACom et AEp
Sources imprimées
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Pagine storiche luganesi, 1-, 1984-
Bibliographie
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– G. Vismara et al., Ticino medievale, 1990
INSA, 6, 205-355
– O. Weiss, Il Ticino nel periodo dei baliaggi, 1998 (all. 1914)
– R. Ceschi, éd., Storia della Svizzera italiana dal Cinquecento al Settecento, 2000
– G. Negro, Un borgo prealpino in età moderna, 2006

Auteur(e): Giuseppe Negro / AMC