10/12/2014 | communication | PDF | imprimer

Toggenbourg, de

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Famille de barons (comtes dès 1209) dont le nom est documenté vers 1200 (Toccanburg, puis Tochimburc). Les sources des XIe et XIIe s. étant en partie douteuses, l'incertitude règne quant aux liens généalogiques avec des seigneurs dits de T., dont l'aire d'influence et le réseau de parenté s'étendaient dans les régions de Saint-Gall et de Wil (SG), le Bas-T., le Zürichgau et Schaffhouse et jusque dans le sud de l'Allemagne. La future famille comtale était peut-être originaire du Zürichgau ou de l'Allemagne méridionale. Tout aussi obscurs sont les liens généalogiques entre Diethelm (cité entre 1176? et 1205/1207) et un autre Diethelm (cité de 1210? à 1230 env.), probablement l'époux d'une certaine Guta (de Rapperswil?), laquelle semble n'avoir été autre qu'Idda ( -> 2). Vers 1200, les deux Diethelm prétendirent à l'héritage de plusieurs familles nobles (dont les Alt-Rapperswil) et s'opposèrent alors aux seigneurs territoriaux qu'étaient l'abbé de Saint-Gall, l'évêque de Constance et les comtes de Kibourg. Ces conflits successoraux amenèrent notamment à la fondation des établissements religieux de Bubikon, Rüti (ZH), Oberbollingen et Wurmsbach. Dans le démêlé avec Saint-Gall, les T. perdirent Wil et les places fortes d'Alt-Toggenburg, Luterberg, Lütisburg et Uznaberg; c'est dans ce contexte que fut commis l'assassinat légendaire de Frédéric (cité de 1214 à 1226) par son frère Diethelm (cité de 1209 à 1236/1247). Entre 1228 et 1292/1299, ils perdirent encore l'avouerie des couvents de Sankt Johann dans la vallée de la Thur et de Fischingen, ainsi que celle du chapitre d'Embrach. Ils firent de Neu-Toggenburg leur nouvelle résidence. Sous Diethelm le fratricide et sous ses héritiers, la famille parvint à consolider sa position dans le Bas-T. grâce à une politique d'alliances matrimoniales avec des familles comtales (Montfort, Werdenberg, Frobourg-Homberg). Dans l'exercice du pouvoir, les T., notamment Kraft Ier ( -> 4), fils de Diethelm, et son fils Frédéric (cité de 1260 à 1303/1305) firent preuve d'autonomie par rapport aux seigneurs territoriaux. Plusieurs membres de la famille placèrent habilement leurs rejetons dans l'Eglise. En témoignent Henri, fils de Frédéric (cité de 1214 à 1226), entre autres commandeur de Bubikon, ainsi que Berchtold et Rodolphe, tous deux fils de Diethelm; le premier devint chanoine d'Embrach et le second fut élu abbé de Sankt Johann, où il ne laissa toutefois qu'une trace discrète. Les T. profitèrent aussi du fait que leurs principaux droits seigneuriaux se trouvaient dans une situation marginale par rapport à l'Autriche. A partir de la fin du XIIIe s., ils consolidèrent leur domination en fondant des villes (Lichtensteig et Uznach), en agissant sur la fiscalité (introduction d'un impôt d'avouerie variable) et en instituant un petit réseau efficace de ministériaux. Au plus tard dès 1292, grâce à Frédéric (cité de 1260 à 1303/1305) et à son fils du même nom (cité de 1286 à 1315), les T. devinrent les principaux entrepreneurs militaires de la région. L'exemple fut suivi par les fils du second, Frédéric (cité de 1315 à 1364), époux de Kunigunde von Vaz, et par Diethelm (cité de 1319 à 1337), qui eut pour épouse Adelheid von Griesenberg. Disposant dès lors de liquidités, la famille tira profit de ses activités de bailleuse de fonds et acquit en gage des droits seigneuriaux. Elle entretint des relations avec Zurich, où Kraft III (mentionné dès 1286) fut prévôt du chapitre du Grossmünster, et avec Rome. Des fils illégitimes reçurent des bénéfices. Les moyens financiers, les compétences militaires et le prestige régional permirent à Frédéric (cité de 1315 à 1364) d'obtenir des avantages décisifs dans la lutte pour l'héritage des Vaz. Les T. firent également la preuve de leurs talents à préserver la paix. Plusieurs membres de la famille arbitrèrent des conflits, notamment pour Zurich, l'Autriche et les seigneurs de Werdenberg.

Au XIVe s., l'acquisition de propriétés et de gages apporta aux T. un accroissement considérable de leurs droits seigneuriaux. Ils s'étendirent vers le sud-est, acquérant le Haut-T., des possessions dans le Prättigau, le Schanfigg et la région de Maienfeld, Davos, Belfort et Churwalden, puis au bord du lac de Zurich le bailliage d'Erlenbach (ZH), le château fort de Grynau, Tuggen et Wangen (SZ), ainsi que les gages autrichiens d'Alt-Rapperswil et Neu-Rapperswil, l'avouerie du couvent d'Einsiedeln, le Wägital et la Marche; vers le nord, ils obtinrent les seigneuries de Spiegelberg et Tannegg, ainsi que l'avouerie du couvent de Fischingen. A partir de la fin du XIVe s., les T. achetèrent d'importants gages habsbourgeois, comme Kyburg, près de Winterthour, en 1384, Sargans, Windegg, Freundenberg et Nidberg en 1406, Feldkirch après 1415, Altstätten, Rheineck et Bregenzerwald en 1424. La seigneurie fut partagée en 1394 entre Donat (cité de 1353 à 1400), fils de Friedrich nommé ci-dessus, et son neveu Frédéric VII ( -> 1), fils de Diethelm (cité de 1353 à 1385).

Après le décès de Donat, il y eut menace de dispersion de l'héritage, mais Frédéric VII, en 1401, le racheta en entier, à l'exception de Tannegg, Lommis et Kyburg, à Kunigunde (citée de 1387 à 1425), fille de Donat. La politique de la famille se détourna de l'espace zurichois pour s'orienter vers l'est, surtout après 1436, lorsque Frédéric VII, dernier comte de T., mourut sans enfant après avoir acquis d'autres droits dans le Schanfigg, issus de l'héritage des Matsch. Son épouse Elisabeth von Matsch se considéra d'abord comme légataire universelle, mais la complexité d'une situation successorale où s'imbriquaient les revendications de l'Autriche sur les gages, des exigences impériales en vertu du droit de suzeraineté et diverses prétentions de lointains parents, l'amena ensuite à se placer sous la protection de Zurich. L'Autriche racheta plusieurs de ses gages et l'Empire renonça à ses prétentions en 1439. Les terres allodiales des comtes de T. passèrent aux seigneurs de Rhäzüns, de Rarogne, de Montfort-Tettnang, de Sax-Misox, de Brandis et d'Aarbourg. Les circonstances précises de ces transmissions d'héritage ne sont pas totalement élucidées. Les litiges à propos de quelques gages des derniers comtes sont l'un des facteurs qui déclenchèrent la guerre de Zurich.


Sources imprimées
QSG, N.S., 1ère section, VII/10, 8-17
Bibliographie
GHS, 1, 44-53
– A. Bodmer, «Verwandtschaft und Erbfolge des letzten Grafen von Toggenburg», in AHérS, 69, 1955, 1-25
– E. Eugster, «Die Herren von Toggenburg», in Wirtschaft und Herrschaft, éd. Th. Meier, R. Sablonier, 1999, 311-342
SGGesch., 2, 103-128

Auteur(e): Erwin Eugster / LA