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Frauenfeld

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Comm. TG, chef-lieu du canton de Thurgovie et du district de F., sur les deux rives d'un double méandre de la Murg et sur l'axe Zurich-Constance. Outre la vieille ville et les faubourgs d'Ergaten à l'ouest et d'Obere Vorstadt à l'est, elle comprend, depuis 1919, les anciennes communes locales (Ortsgemeinde) de Langdorf, Kurzdorf, Huben, Herten et Horgenbach, ainsi que Zelgli et Schönenhof, séparés de l'ancienne comm. locale de Oberwil. 1246 Vrowinvelt.

Population de Frauenfeld
Année 
Moyen Age 80-120 chesaux
1443113 feux soumis à l'impôt

Année18501870a18881900191019301950197019902000
Habitants3 4445 1225 9967 7618 4598 79511 11417 57620 20421 954
Langue          
Allemand  5 9377 4708 0458 52310 53514 29116 37718 295
Italien  322103271824052 4821 5201 036
Autres  278187901748032 3072 623
Religion, Confession          
Protestants2 8454 0304 4425 5635 9796 2647 5479 6899 9159 729
Catholiquesb5991 0791 5192 1882 3792 4753 4727 5588 3928 239
Autres 29351010156953291 8973 986
dont communauté juive  56711121326118
dont communautés islamiques       815141 043
dont sans appartenancec       748021 585
Nationalité          
Suisses3 2844 7815 3956 5567 1287 94110 37813 76515 64416 616
Etrangers1603576011 2051 3318547363 8114 5605 338

a Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

b Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteurs; recensements fédéraux

1 - De la Préhistoire à la fin de l'Ancien Régime

Les tombes de La Tène à l'est de Langdorf sont les plus anciens témoignages de colonisation. La route romaine Oberwinterthur-Pfyn traversait l'Allmend; il y avait une villa à Thalbach et une autre à Oberkirch, près de laquelle semble s'être ensuite concentré l'habitat, puisqu'on y a retrouvé un cimetière du haut Moyen Age et qu'une église y fut érigée au IXe s. au plus tard. Peut-être en vertu d'une donation royale du IXe s., le territoire faisait partie au XIIIe s. du domaine (Dinghof) d'Erchingen (auj. Langdorf et Kurzdorf) et donc des vastes possessions de l'abbaye de Reichenau entre Eschikofen et Gachnang. Comprenant, outre le domaine principal, douze manses, au moins un moulin et probablement l'église d'Oberkirch, Erchingen constituait alors une mayorie encore relativement peu morcelée; les Habsbourg y détenaient la basse justice depuis les années 1270.

Une densification se produisit à la fin du XIIe s.: une église, filiale d'Oberkirch, fut fondée à Kurzdorf. Sur le futur territoire de la ville, on commença avant la fin des années 1220 l'édification d'un donjon, encore existant aujourd'hui, qui, avec son moulin et sa chapelle constitua probablement le noyau d'une autre seigneurie. A ses pieds, sur des terres appartenant à Reichenau, se développa peu à peu la bourgade de F., sans doute dès le deuxième tiers du XIIIe s., en attirant des serfs de Reichenau et quelques familles de chevaliers (vassaux de Reichenau, puis, de plus en plus, des Kibourg et des Habsbourg). Durant trois décennies à partir de 1246, on rencontre plusieurs chevaliers de l'entourage des Kibourg portant le nom de F. On ignore s'il s'agit d'habitants du château fort, de nobles possédant une maison à F. ou d'administrateurs du bailliage.

La première mention de F. comme ville (et comme territoire habsbourgeois) date de 1286. Par la suite, le donjon se trouva pendant longtemps aux mains des chevaliers de F.-Wiesendangen. Le contexte politique, social et économique du document de 1286 demeure obscur: il ne subsiste aucune trace, ni de relations entre les premiers baillis de F. et les Kibourg ou les Habsbourg, ni de droits de suzeraineté des Kibourg sur F. La vieille hypothèse selon laquelle la ville aurait été fondée par les Kibourg avec l'assentiment tacite de Reichenau demeure donc invérifiable. On peut tout aussi bien penser que le château fort et peut-être une petite bourgade ont été construits (sur le site d'une résidence seigneuriale plus ancienne?) par des tiers, par exemple par des vassaux des Toggenbourg, tels les Murkart ou les Hagenbuch. Lorsque ceux-ci perdirent leur influence dans la basse vallée de la Murg vers 1220, les Kibourg et plus tard les Habsbourg parvinrent à prendre progressivement le contrôle sur les terres de Reichenau et sur les habitants du château. Dans cette perspective, le soutien apporté à la fondation d'une ville dès les années 1250 visait à renforcer le pouvoir du suzerain en y concentrant un groupe de vassaux. Au XIVe s., la ville et son bailliage relevaient administrativement de Kyburg. C'est seulement vers la fin de ce siècle que le château de F. (passé aux mains d'une des premières familles de la noblesse campagnarde habsbourgeoise de Thurgovie, les Landenberg, jusqu'en 1534) eut temporairement un rôle de siège seigneurial, à une époque où le bailliage de Kyburg était mis en gage et où les Habsbourg cherchaient à renforcer leur position en Thurgovie. Placée sous le protectorat d'un bailli d'Empire entre 1415 et 1442, la ville fit provisoirement retour à l'Autriche, avant de passer en 1460 sous le contrôle des VII cantons. Elle devint alors peu à peu, en continuité avec une tendance déjà esquissée sous les Autrichiens et probablement aussi en raison des modalités de la levée des troupes, le centre de l'administration des Confédérés en Thurgovie: siège du tribunal (1499) et du bailli de Thurgovie (1504, au château dès 1532; protecteur de la ville, au reste soumise directement aux VII cantons). Elle accueillit, jusqu'en 1500/1515 et après 1712, des séances de la Diète fédérale.

Changeant de maître, l'ancien faubourg s'était transformé au XIIIe s. déjà en une ville, dotée au début de fortifications assez légères. Séparées du château par un mur d'enceinte et un fossé, les maisons en bois étaient regroupées autour de deux rues principales et de trois rues secondaires perpendiculaires. Il n'existait pas de place centrale. Outre le château, les édifices marquants étaient le Niedertor (porte du Bas) et le Strasshof au sud-ouest, l'Oberturm (tour du Haut) et l'église au nord-ouest, le Gachnanger Stock (pilori) au nord-est, le Spiegelhof et la porte dite Holdertor au sud-est. La ville renforça probablement ses défenses au cours du XVe s., mais en 1460 les rangées extérieures n'étaient pas encore protégées. Au XVIe s., la pierre remplaça le bois. Les incendies de 1771 et 1788 détruisirent presque toutes les maisons, ce qui explique pourquoi l'aspect actuel de la vieille ville est celui de la fin du XVIIIe s.

En dehors de son rôle de siège baillival, la ville n'avait pas une grande influence au Moyen Age: son tribunal, mentionné pour la première fois en 1296, put exercer la haute justice jusqu'en 1368. Au XVe s., elle acquit quelques basses justices, plusieurs domaines des environs, des forêts et étendit son ressort jusqu'à Kurzdorf, Felben, Strass, Gerlikon, Niederwil et Oberwil. Un hôpital est attesté dès 1508 et une maladrerie après 1540/1543. Au point de vue ecclésiastique, F. n'avait guère d'importance; le patronage de l'église municipale, attestée en 1286, releva de Reichenau jusqu'à la Réforme. Avant l'installation d'un couvent de capucins (1595), aucune communauté religieuse n'y était présente.

Les sources permettent de suivre la formation de la commune à la fin du XIIIe s. Dès 1312, la ville était dirigée par un bailli nommé par le souverain, assisté d'un Conseil de trois membres. Ce Conseil gagna en autonomie tandis que le pouvoir du bailli de la ville déclinait et que les habitants se voyaient confier des tâches administratives par le bailli de Thurgovie. Dans le deuxième quart du XVe s. au plus tard, sous la présidence du bailli de la ville, les bourgeois élisaient le Conseil des Trois (un avoyer et deux conseillers), lequel s'adjoignait huit ou neuf personnes pour former un Petit Conseil qu'il contrôlait. Un nouvel hôtel de ville fut construit en 1513. Les actes du Conseil, conservés depuis 1534, renseignent sur les activités des autorités. Le Petit Conseil, organe administratif suprême, siégeait hebdomadairement. Il pouvait convoquer, dans des cas juridiquement complexes (mutations importantes touchant les biens communaux, par exemple), un Grand Conseil, composé de lui-même et de dix-huit personnes qu'il désignait. Le pouvoir réel restait cependant au Conseil des Trois, qui avait des compétences à la fois exécutives et judiciaires. En 1712, la parité confessionnelle fut abandonnée au sein du Petit Conseil: les protestants eurent huit sièges et les catholiques quatre. Ce changement incita les catholiques à se retirer progressivement de tous les offices municipaux, jusqu'à n'y être plus représentés en 1720.

La Réforme compliqua le processus de formation de la commune. Les cantons catholiques imposèrent que la proportion de leurs coreligionnaires (même s'ils n'étaient plus qu'une septantaine en 1531) ne soit jamais inférieure à un tiers au sein des autorités de la ville et que l'avoyer soit alternativement catholique et protestant. En matière ecclésiastique, il existait pour chaque confession un Grand et un Petit Conseil, qui s'occupaient aussi de la surveillance des deux écoles de la ville. Au début, l'église municipale et celle d'Oberkirch étaient paritaires. Les protestants, dont le temple fut érigé en 1645, avaient le droit d'élire eux-mêmes leur pasteur dès 1537.

Jusqu'au XVe s., la population urbaine se renouvela rapidement: à trente ans d'intervalle, les rôles fiscaux du XVe s. font apparaître 50% de nouvelles familles. Il existait dès 1460 des bourgeois forains (ecclésiastiques, nobles et roturiers). Au Moyen Age et à l'époque moderne, F. était une cité campagnarde dont les habitants vivaient en majorité de l'agriculture. Dès 1340 au plus tard, cela fut vrai aussi pour la classe supérieure qui, abandonnant le service des Habsbourg, se mit à tirer ses revenus (sous forme de fermages?) de fiefs de Reichenau. Ce patriciat urbain fonda la Société de la Konstaffel (Konstabler dans les sources) avant 1440. Les autres bourgeois créèrent en 1424 une société qui possédait une salle à boire. Au Moyen Age, dépourvue de droit de marché (attesté en 1492 seulement, et en 1568 pour le "nouveau marché") et de privilèges douaniers (attestés dès 1538, mais jamais très lucratifs), la ville ne put avoir un artisanat influent, organisé en corporations. Même la situation le long de l'axe Zurich-Constance ne semble guère avoir donné d'impulsion au développement économique de la bourgade. Ainsi, un pont sur la Murg n'est évoqué qu'au début du XVIe s.

L'époque moderne vit se fermer l'accès à la bourgeoisie, tout comme au patriciat, dont les membres étaient pour la plupart au service de l'administration des VII cantons (où ils trouvaient de multiples possibilités de carrières; certains obtinrent des lettres de noblesse de l'empereur ou du pape). Au début du XVIe s., la bourgeoisie commença à exiger des droits d'entrée. L'accession à la bourgeoisie foraine fut rendue plus difficile en 1580. L'interdiction d'accepter de nouveaux bourgeois, renouvelée en 1606, est donc antérieure à cette date. Les gens admis comme "habitants" étaient grevés d'un droit de préemption en faveur des bourgeois; il leur était interdit de concurrencer les bourgeois dans certaines professions. En 1642, la Konstaffel et la Société des bourgeois se réunirent dans la nouvelle Konstaffel, qui se chargea de certaines tâches en matière de formation des apprentis. Après 1685, seize corporations se formèrent, dont la première fonction était l'éviction d'éventuels concurrents extérieurs. Elles empêchèrent au XVIIIe s. les activités préindustrielles en ville; seules quelques entreprises installées dans les faubourgs se lancèrent dans l'industrie de la soie.

Auteur(e): Erwin Eugster / LD

2 - Du XIXe siècle à nos jours

La Constitution helvétique de 1798 désigna la ville de F., où la Diète fédérale avait souvent siégé au XVIIIe s., comme chef-lieu du nouveau canton de Thurgovie, issu du bailliage commun des huit anciens cantons. Pourtant, le choix de l'ancien siège baillival, très proche de la frontière zurichoise, fut contesté: outre Winterthour et Constance, qui auraient volontiers pris la tête du nouveau canton vers 1800, Weinfelden, qui avait conduit le mouvement de libération et jouissait d'une position plus centrale, fit une vive concurrence à F. Cette rivalité est encore perceptible actuellement; ainsi, depuis 1832, le parlement cantonal siège alternativement (pour six mois) à F. et Weinfelden. Les ruptures politiques du début du XIXe s. entraînèrent la réouverture de la bourgeoisie en 1807, tandis que les portes de la ville étaient démolies (1808-1834). La Société du Casino fut fondée en 1807, la Société économique en 1808; la Konstaffel, dissoute en 1798, fut rétablie en 1810. Le Wochenblatt für den Kanton Thurgau, fondé en 1798, devint en 1809 la Thurgauer Zeitung. Bernhard Greuter, qui en 1805 installa à F. une filiale de sa teinturerie d'Islikon, fit combler les fossés entre 1813 et 1816 pour aménager une promenade, symbole de la naissance d'une vie publique bourgeoise dans la petite ville, lourdement éprouvée sous la République helvétique par les occupations militaires, les réquisitions et même par une bataille en 1799.

La délimitation des six communes locales (F., Langdorf, Kurzdorf, Herten, Horgenbach et Huben) formant la municipalité de F. s'acheva en 1812 (la ville reçut encore en 1849 les hameaux d'Aumühle et Schönenhof). Au début, la commune bourgeoise demeura le cadre de la vie politique. Dans les années 1830, elle commença d'être concurrencée par l'assemblée des habitants et par la commune locale. Celle-ci se donna des statuts en 1854; elle s'entendit en 1859, à propos de leurs rapports mutuels, avec la commune bourgeoise, dont elle prit définitivement la succession politique en 1871. La bourgeoisie put conserver une bonne partie de sa fortune lors de la vente des biens communaux, notamment de l'hôtel de ville, construit en 1793 par Joseph Purtscher (restauré en 1900-1906 et en 1980-1983). En raison de sa fortune et des institutions qu'elle gère (maison de retraite de Stadtgarten, construite en 1957), mais aussi comme organisation de l'élite locale, la commune bourgeoise, qui est une corporation de droit public, garde une forte influence.

En 1919, la municipalité et les six communes locales fusionnèrent (type de commune dit Einheitsgemeinde). Dès lors, le "grand Frauenfeld" fut gouverné par un Conseil communal de dix-neuf membres, élu selon le système majoritaire et assisté par une commission préparatoire de cinq membres. En 1922, les urnes remplacèrent l'assemblée de commune. Le règlement communal de 1946 institua un Conseil communal (Gemeinderat) de quarante membres, élu selon le système proportionnel, comme organe législatif et un Conseil de ville (Stadrat) de cinq membres comme exécutif. Le règlement fut révisé en 1979 et en 1995.

Au XIXe s., deux grands quartiers industriels naquirent le long des canaux dérivés de la Murg. En 1835, les fils de Bernhard Greuter achetèrent le moulin du château, sur la rive droite, et transférèrent à F. le siège de leur entreprise, une garancerie qui employait près de 600 personnes vers 1865, mais ferma en 1881; les frères Brauchlin de Wigoltingen y installèrent une fabrique de chaussures (1890-1931). Depuis lors, tout le quartier est devenu une zone mixte (industrie, artisanat, services). Sur les terrains plats de la rive gauche, l'industrie principale fut le blanchiment de toiles jusque vers 1850. Puis Michael Maggi y exploita un moulin (Neumühle); Friedrich von Martini et Heinrich Tanner le reprirent en 1867 et installèrent leurs ateliers de construction mécanique, fondé en 1860, dans l'ancienne zone réservée au blanchiment. L'entreprise Martini, qui produisait des plieuses et des relieuses pour l'imprimerie, des machines à broder, des moteurs à gaz, des vis, des fusils et des voitures, jouit d'une réputation internationale jusqu'à sa vente en 1906. Elle eut diverses filiales: forge de F. (1908-1983), fabriques d'automobiles de F. (fermée en 1916) et de Saint-Blaise (fermée en 1934), fabrique de relieuses de Felben-Wellhausen (encore en activité).

Centre industriel régional, la municipalité de F. comptait plus de 1400 emplois en usine vers 1900; Brauchlin et Martini occupaient ensemble environ 750 personnes et trois entreprises textiles, Altermatt, Zwicky et Murkart, chacune plus de 100. L'industrie alimentaire (conserverie Sulzberger, auj. Hero) et la métallurgie étaient aussi en croissance. Le secteur secondaire conserva longtemps sa prépondérance (66% en 1941, 47% en 1980, 26% en 2000), avec le développement de nouvelles zones industrielles à Langdorf (aussi F.-Ost) et Kurzdorf. Certaines entreprises ont une importance suprarégionale: l'éditeur-imprimeur Huber, la fabrique de produits à aiguiser SIA, la maison Sigg qui, dans l'ancien moulin à cylindres (1832-1872), produit des objets en aluminium, les constructions métalliques Tuchschmid, l'entreprise chimique Tanner (1887-1991), Baumer Electric (depuis 1952) et la sucrerie (depuis 1963). Outre la force hydraulique de la Murg, les lignes de chemin de fer Zurich-Romanshorn (1855) et F.-Wil SG (1887) contribuèrent à l'essor industriel de la ville. Avec la construction d'une usine à gaz (1878), d'un réseau d'eau (1885-1889) et d'une usine électrique (1907), une infrastructure urbaine moderne se mit en place, en incluant Kurzdorf et Langdorf. En revanche, Herten, Horgenbach et Huben gardèrent plus longtemps leur caractère agricole.

La construction de la caserne (1862-1865), financée par la commune bourgeoise, et la place d'armes fédérale d'artillerie dans la plaine de la Thur (au Grosse Allmend) profitèrent aussi à l'économie locale. Les commandes de l'armée donnaient du travail aux ouvriers et artisans d'une municipalité dont la population avait augmenté d'un petit tiers entre 1860 et 1870. En raison de frais de gestion élevés, la bourgeoisie vendit la caserne à la Confédération en 1886; le bâtiment fut agrandi en 1931-1933, puis remplacé par la caserne d'Auenfeld (construction en cinq étapes entre 1983 et 2000). L'importance économique de la place d'armes, affectée récemment par des suppressions d'emploi dues à la réforme de l'armée, se reflète notamment dans la surabondance, par rapport au nombre d'habitants, des cafés-restaurants. En général, la présence militaire a été bien acceptée par la population, en dépit de conflits occasionnels, par exemple lors de l'agrandissement de la place d'armes en 1953.

Abritant de nombreuses usines et depuis 1909 le secrétariat ouvrier cantonal, F. n'a cependant jamais été considéré comme une ville ouvrière. Contrairement à Arbon, Kreuzlingen ou Weinfelden, la ville n'a presque jamais connu de grève, ce qui est dû à son rôle de capitale cantonale plus qu'à l'importance de l'artisanat ou qu'à la présence de l'armée. L'administration cantonale mise en place en 1803 était de dimension très réduite et put être logée dans les bâtiments existants, comme l'ancienne chancellerie et le château (propriété du canton de 1803 à 1867 et depuis 1955), avant la construction de l'hôtel du gouvernement (1868) par Johann Joachim Brenner. Plusieurs institutions cantonales furent construites en dehors du chef-lieu: l'hôpital à Münsterlingen, l'école normale à Kreuzlingen, la banque cantonale à Weinfelden, la centrale électrique à Arbon. En revanche, siège du gouvernement et des tribunaux, d'associations comme la Société d'utilité publique et d'institutions diverses (Banque hypothécaire de Thurgovie, fondée en 1852, école cantonale, fondée en 1853, Eglises), F. attirait de nombreux juristes, enseignants, médecins et pasteurs. Pour cette raison, la ville était dominée par les éléments bourgeois et le parti radical. Après 1900, les démocrates, les grutléens et les catholiques gagnèrent une certaine importance, notamment grâce à l'arrivée d'immigrants italiens. Les catholiques manifestèrent leur présence et leur conscience retrouvée avec la construction de l'église Saint-Nicolas (par Albert Rimli en 1906). Les radicaux ou le "bloc bourgeois" ne perdirent la majorité qu'une seule fois, aux élections communales de 1946, lorsque les chrétiens-sociaux s'allièrent temporairement aux socialistes.

La croissance démographique entre 1950 et 1970 entraîna la construction de nouveaux quartiers; l'agglomération engloba les anciennes communes locales. Il fallut aménager de nouvelles infrastructures: plan de zone et règlement de construction (1952, révisés en 1968), terrain de sports (1959), station d'épuration (1969), patinoire (1972), piscine couverte et en plein air (1973), raccordement au gaz naturel (1974), nombreux bâtiments scolaires. Les sociétés locales jouèrent un rôle important dans l'intégration des nouveaux arrivants et dans la vie publique en général: citons les associations de quartier, les nombreuses sociétés de musique et de sport, celles qui organisent des concerts ou des spectacles. Les immigrants étrangers provenaient majoritairement d'Italie avant 1970, du Portugal et d'ex-Yougoslavie après 1980; certains créèrent des cercles culturels ou nationaux. De grandes manifestations, comme la course équestre de la Pentecôte (depuis 1919), la course pédestre militaire (depuis 1934), le motocross (depuis 1960) et l'open-air (depuis 1987), de même que le centre culturel Eisenwerk, ouvert dans une usine désaffectée en 1987, rencontrent un écho supra-régional.

La commune a réalisé des investissements importants depuis 1980, notamment pour la création d'un réseau de bus, la construction et la rénovation de maisons de retraite, la fusion des services industriels et l'assainissement des centres de loisirs et de sports. La croissance ininterrompue de la population indique que F., "ville verte", reste très attrayante pour des habitants qui, de plus en plus mobiles, travaillent en nombre à Zurich ou Winterthour et participent à la vie culturelle de Zurich, Saint-Gall et Constance.

Auteur(e): Gregor Spuhler, Beat Gnädinger / LD

Références bibliographiques

Bibliographie
– J.A. Pupikofer, Geschichte von Frauenfeld, 1871
– E. Leisi, Geschichte der Stadt Frauenfeld, 1946
MAH TG, 1, 1950, 46-189
INSA, 4, 71-162
– D. Berke, H. Ruprecht, Frauenfeld, 1991
Frauenfeld in alten Drucken, 1996
– B. Gnädinger, G. Spuhler, Frauenfeld, 1996
– «Frauenfeld», in Atlas hist. des villes suisses, 1997
– A. Hux, Von der Lateinschule zur Oberstufe, 2002
– A. Hux, Die katholische Pfarrei Frauenfeld, 2004