26/10/2010 | communication | PDF | imprimer

Muri (AG)

Comm. AG, chef-lieu du distr. du même nom. Grand village sur une terrasse du Bünztal, entre la vallée de la Reuss et le Lindenberg, comprenant les quartiers (anciennes communautés villageoises) de M.-Dorf, Egg et Wey, qui ne formèrent une agglomération qu'au cours du XXe s., ainsi que les hameaux de Langenmatt, Wili et Hasli. 924 Murahe, XIee s. Mure. 1966 hab. en 1755, 1397 en 1799, 1966 en 1850, 2073 en 1900, 3680 en 1950, 4853 en 1970, 6545 en 2000.

Un tumulus à la limite sud de la commune atteste une occupation hallstattienne. Le toponyme Murahe ("près des nombreux murs"), qui désignait le quartier central, est dû aux vestiges d'un habitat gallo-romain (Ier-IIIe s.) et laisse supposer une colonisation alémane entre le VIe et le VIIIe s.; les autres quartiers datent probablement d'une phase d'expansion ultérieure (VIIIe-Xe s.).

Au moment de la fondation de l'abbaye (vers 1027), deux vici sont attestés: le superior vicus, au sud, purement paysan, devint plus tard le village de M. proprement dit (Langdorf). L'inferior vicus, au nord, domaine d'une famille de seigneurs locaux qui possédait aussi l'église et le patronage, et dont les droits furent usurpés par les Habsbourg, est à l'origine du domaine abbatial et des localités de Wey, Egg, Hasli, Wili et Langenmatt. L'abbé resta l'unique seigneur foncier et bas justicier de M. Une commune apparut au bas Moyen Age; issue de la paroisse, elle regroupait plusieurs communautés villageoises, dont quatre seulement (M.-Dorf ou Langdorf, Wey, Egg et Hasli) sont incluses dans le territoire de la commune actuelle. Elle désignait les titulaires de charges communales, réglait les affaires ayant trait à seigneurie foncière, s'occupait de la basse justice, de l'admission de nouveaux communiers et habitants, de l'assistance aux pauvres, de la police du feu, etc. Les communiers élisaient parmi eux les membres et le président (amman) du tribunal de basse justice. Les communautés villageoises, quant à elles, avaient des compétences limitées aux questions champêtres, à l'usage des biens communaux et à l'admission de nouveaux membres.

Après la fondation de l'abbaye bénédictine, son église assuma le rôle de paroissiale à la place de celle de Saint-Goar qui, reconstruite au Kilchbühl (clocher de 1335 env., surélevé en 1584, chœur aménagé entre 1660 et 1664, nef de 1935-1936), fut réduite au statut de filiale. Le patronage passa des Habsbourg à l'abbaye. Celle-ci s'incorpora la paroisse en 1242 (confirmation par l'évêque de Constance en 1244), qui ne devint autonome qu'en 1816. Une communauté protestante fut fondée en 1894 (paroisse en 1961); son temple date de 1954-1955.

Au bas Moyen Age et à l'époque moderne, on pratiquait la céréaliculture en assolement triennal. Le domaine du couvent était de loin le plus important, puisqu'il occupait environ un tiers du territoire communal actuel. En plus des artisans ruraux habituels, il y avait à M. des artistes et des artisans d'art travaillant pour l'abbaye. Au cours du XVIIIe s., l'industrie à domicile prit une certaine importance (filage de la soie et tissage du coton pour des entrepreneurs de Zurich et de Suisse orientale).

En 1798, M.-Dorf devint le chef-lieu du district de M. En 1803, ce rôle passa à M.-Wey, tandis que les quatre communautés villageoises formaient un cercle, avec six autres de l'ancien bailliage. A la suppression de ce dernier, en 1816, les quatre villages constituèrent ensemble la commune de M. Les communes bourgeoises ne fusionnèrent toutefois qu'en 1899. L'industrie de la paille joua un rôle économique important au XIXe s.; à son apogée, vers 1850, elle occupait près de 120 personnes. Après son déclin, à la fin du XIXe s., quelques fabriques du secteur des machines et de la métallurgie lui succédèrent, ainsi qu'une briqueterie. Mais l'activité industrielle demeura modeste, malgré la construction du chemin de fer du Sud, auquel M. fut raccordé en 1875. Ce n'est que dans les années 1960 et surtout à la fin des années 1990 que plusieurs entreprises importantes vinrent s'installer dans la nouvelle zone industrielle sud. En 2005, on comptait un peu plus de 4000 emplois dans la commune, qui attire aussi depuis les années 1990 des personnes actives dans les agglomérations zurichoise, zougoise et lucernoise.

L'abbaye de M. constitua pendant des siècles le centre économique et culturel de la région. Dans les années 1830, elle fut entraînée (et la commune avec elle) dans un conflit qui opposa les habitants majoritairement conservateurs catholiques du Freiamt aux autorités cantonales libérales et qui culmina en 1841 dans sa suppression par le canton. M. continua néanmoins d'accueillir des institutions à vocation régionale, dont quelques-unes trouvèrent place dans les bâtiments conventuels: école du district (1835), hôpital du Freiamt (1908), hospice cantonal (1909, auj. établissement médicosocial). La colonie argovienne de travail de Murimoos vit le jour en 1933 (auj. centre pour personnes handicapées). De 1861 à 1873 et de 1956 à 2002, M. abrita une école cantonale d'agriculture. L'université populaire du Freiamt supérieur a son siège à M. depuis sa fondation en 1978. Dès la fin du XXe s., de nombreuses activités culturelles sont organisées dans l'église abbatiale.


Bibliographie
– J. J. Siegrist, H. Müller, Muri in den Freien Ämtern, 2 vol., 1983-1989

Auteur(e): Fridolin Kurmann / UG