02/12/2010 | communication | PDF | imprimer | 

Libéralisme

L'édition imprimée de cet article comporte des images. Commandez le DHS chez notre éditeur.

Le libéralisme est l'attitude, la doctrine des partisans de la liberté de l'individu et de la conscience. Le terme apparaît en langue française sous la Restauration (1818). Il peut être appliqué à plusieurs domaines de la vie sociale (politique, économie, philosophie, religion). La notion de "libéral" est beaucoup plus ancienne (fin du XIIe s.) et est aussi employée, de façon plus générale, pour définir un comportement respectueux et tolérant à l'égard d'autrui. Le libéralisme marque de son empreinte la société suisse à partir de 1830. Dès 1914, la Première Guerre mondiale, la crise économique et la montée des totalitarismes mettent en question sa prééminence. Le rejet, en 1935, de l'initiative populaire pour la révision totale de la Constitution fédérale et de l'initiative de crise signe la fin de la phase la plus aiguë de sa crise. A partir de 1945, le libéralisme retrouve son rôle dominant dans la société helvétique, rôle qu'il joue encore au début du XXIe s.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

1 - Le XVIIIe siècle

Le libéralisme est fils des Lumières. C'est le droit et la capacité, pour l'individu, de se faire une opinion par lui-même et d'exercer ses facultés sans autre borne que la liberté des autres. Il est inséparable des notions de responsabilité et de recherche du bonheur, au sens que lui ont donné les Anglo-Saxons, John Locke en particulier. Le libéralisme repose sur la croyance au droit naturel, sur une conception optimiste de la nature humaine, s'opposant par là au principe d'autorité, substituant le libre examen à l'obéissance au dogme.

Dans l'espace helvétique, c'est Rousseau dans le Contrat social (1762) qui l'illustre en premier lieu. La liberté naturelle est revendiquée, mais elle doit être conciliée avec la loi. Cette aspiration comprend aussi une exigence égalitaire (Egalité), voire démocratique (Démocratie). On récupère le mythe de Guillaume Tell, que Schiller met en scène en 1804. La découverte des Alpes, de l'espace de liberté que la montagne est censée incarner, y contribue; les poèmes d'Albert de Haller exaltent l'existence idéale des hommes simples et naturels. La croissance de l'imprimé, la diffusion de l'esprit scientifique jouent leur rôle. Le mouvement des jeunes en faveur du renouveau politique, auquel participe Johann Kaspar Lavater, des Sociétés économiques, des sociétés savantes, comme les patriotes économistes, illustrent le phénomène que couronne en 1761 la fondation de la Société helvétique, où l'idée de patrie est indissociable de celle de liberté.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

2 - De 1798 à 1830

2.1 - La République helvétique

La révolution helvétique de 1798 célèbre le libéralisme dans son discours, sans toujours le mettre en pratique (République helvétique). Si Lavater en est victime, Philipp Albert Stapfer accomplit à l'Instruction publique un travail considérable. De leur côté, Henri Monod, Frédéric-César de La Harpe et Paul Usteri vont défendre jusqu'en 1830 "la démocratie gouvernée par les meilleurs" (notion des "capacités" reprise ensuite par les partisans du "juste milieu"). La Constitution de 1798 proclame que la liberté naturelle de l'homme est inaliénable, mais si les libertés de conscience et de culte sont illimitées, l'expression des opinions religieuses est subordonnée "aux sentiments de la concorde et de la paix". L'Eglise catholique est particulièrement visée. Se pose le problème pour les libéraux de l'attitude à adopter à l'égard de leurs adversaires, de décider si la liberté doit exister pour ceux qui y sont opposés. Cet article constitutionnel a en tout cas été senti comme une persécution par les catholiques conservateurs. La sujétion à la France, les exactions de l'occupant briment la liberté. Sous la Médiation, c'est la presse qui est muselée.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

2.2 - La pensée politique

Parmi les penseurs libéraux de la fin du XVIIIe et du début du XIXe s., Benjamin Constant est le principal théoricien politique. Plus antiaristocratique que démocrate, il s'élève dans ses Principes de politique (1815) contre Rousseau, qui annonce le libéralisme par sa passion de la liberté, mais aussi le totalitarisme révolutionnaire par la toute-puissance qu'il accorde à la volonté générale. Car l'assentiment de la majorité ne suffit pas pour légitimer tous les actes du pouvoir. La liberté est le triomphe de l'individualité tant sur l'autorité qui entend gouverner par le despotisme que sur les masses qui voudraient asservir la minorité à la majorité. Constant est membre du groupe de Coppet, cercle d'amis que rassemble dans son salon, entre 1789 et 1817, Germaine de Staël, opposée à toutes les tyrannies et surtout à Napoléon. Très cosmopolite, il compte également Charles-Victor de Bonstetten, Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi, les frères allemands Schlegel et constituera une référence pour les Genevois modérés du XIXe s. (Etienne Dumont, Pierre-François Bellot, Jean-Jacques Rigaud, Antoine-Elisée Cherbuliez, Pellegrino Rossi).

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

2.3 - La Restauration

Après 1815, le libéralisme s'en prend à l'esprit réactionnaire, à la domination de la Sainte-Alliance, au patriotisme étroitement cantonal. De nombreux penseurs, choqués par les mesures prises contre les réfugiés et la presse (Conclusum sur la presse et les étrangers), se réunissent dans des sociétés d'utilité publique (Société suisse d'utilité publique (SSUP)), des sociétés d'étudiants et de tir, dans le mouvement philhellène (Philhellénisme), dans la Société helvétique régénérée en 1819. Ces aspirations à la liberté et à l'unité nationale sont fortement inspirées par les exemples italien et surtout allemand. De nombreux jeunes Suisses, tant romands qu'alémaniques, étudient dans les universités d'outre-Rhin et des membres de sociétés allemandes d'étudiants se sont réfugiés à Bâle ou aux Grisons. La notion d'appartenance à un groupe apparaît vers 1825 lorsque des savants qui aspirent à plus de liberté intérieure et de résistance aux pressions étrangères, traitent les hommes en place de conservateurs. Conscience critique du pays, des journaux comme la Neue Zürcher Zeitung de Johann Heinrich Füssli et Paul Usteri (1821), le Nouvelliste vaudois (1824), le Journal de Genève (1826) et l'Appenzeller Zeitung (1828) véhiculent les idées nouvelles, dont Ignaz Paul Vital Troxler, dans son enseignement et ses écrits, est le fougueux champion. Des voix s'élèvent pour la suppression de la censure et l'abaissement du droit de timbre.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

3 - De la Régénération au triomphe de 1848

En 1830, on assiste au triomphe du libéralisme (Régénération). Dans douze cantons sont introduits le suffrage universel, la séparation des pouvoirs, la publicité des débats, les libertés personnelles, de croyance (mais pas toujours de culte), d'association, de réunion, de presse, de commerce et d'industrie, les droits de propriété et de pétition.

Parmi les chefs de file du mouvement, on peut citer, à Lausanne, la "trinité académique" (André Gindroz, François Pidou et surtout Charles Monnard); à Berne, Karl et Johann Schnell et Xavier Stockmar; à Aarau, Heinrich Zschokke; à Lucerne, les frères Eduard et Kasimir Pfyffer; à Zurich, Conrad Melchior Hirzel; à Saint-Gall, Gallus Jakob Baumgartner. En Thurgovie, l'inspirateur du mouvement, Thomas Bornhauser, reste en dehors du gouvernement. Dépassés par le radicalisme ou victimes du retour des conservateurs, aucun de ces hommes n'exerce plus le pouvoir en 1847.

Le mouvement victorieux en 1830 se divise rapidement en radicaux (tels Troxler et les futurs conseillers fédéraux Jonas Furrer, Josef Munzinger, Stefano Franscini et Henri Druey) et partisans du "juste milieu". Les premiers mettent l'accent sur l'égalité, les seconds sur la liberté: à leurs yeux, le pouvoir devrait revenir à une aristocratie naturelle, à une élite choisie pour ses "capacités", et non aux masses incultes. Le libéralisme va s'achopper aux questions religieuses et à celle de la révision du Pacte fédéral. Il est parfois victime d'une réaction de la part des conservateurs catholiques (Fribourg, Lucerne, Valais) ou protestants (affaire Strauss à Zurich). Mais ce sont surtout les affaires fédérales qui vont consommer le divorce entre libéraux (Parti libéral (PL)) et radicaux (Parti radical-démocratique). Pour les uns, le Pacte fédéral de 1815 est un contrat immuable sans l'accord de tous; pour les autres, c'est une loi que la majorité peut rapporter et qui a sa dynamique propre, répondant aux nécessités imposées par les circonstances du moment. Après l'échec du Pacte Rossi (1833), les libéraux sont pris entre le marteau de la révolution et l'enclume de la réaction et, tout en désapprouvant le Sonderbund, ils ne voudraient pas user de la force pour le dissoudre.

La Constitution fédérale de 1848 est la consécration des principes libéraux. Elle établit la liberté économique (Liberté du commerce et de l'industrie) et abolit les douanes intérieures. Politiquement, elle étend et généralise les dispositions de 1830. Les libertés des citoyens sont garanties, en particulier contre les restrictions que les cantons voudraient imposer, dans le domaine de l'établissement, de l'instruction religieuse, du mariage. D'autres droits n'ont été reconnus que plus tard (les juifs ont obtenu l'égalité en 1866 et la liberté de culte en 1874).

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

4 - Les thèmes principaux

4.1 - L'instruction

L'école est un champ d'action privilégié du libéralisme (Instruction publique). Sous l'Helvétique, Stapfer entreprend un vaste travail de diffusion des Lumières. Il soutient les instituts de Pestalozzi et Fellenberg, dont l'œuvre d'émancipation de l'enfant sera reprise plus tard par Friedrich Froebel. L'enseignement mutuel apparaît à Fribourg en 1815 avec le père Girard; il se heurte à l'opposition des conservateurs et même de certains libéraux, qui le trouvent trop "mécanique" et "d'inspiration étrangère". Fribourg le supprime en 1823, Vaud en 1834. L'ouverture d'écoles normales, moyennes et industrielles, la transformation des académies de Berne et de Zurich en universités, la demande de création d'une université fédérale sont des manifestations du mouvement.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

4.2 - L'économie

Sur le plan économique, le libéralisme réclamé par l'évolution technique est longtemps brimé par les douanes intérieures et des règlements corporatifs tatillons; on tourne donc la difficulté en délocalisant l'industrie, en introduisant par exemple la filature du coton à Glaris et, de là, en exportant des cotonnades dans l'Europe entière. Le libéralisme triomphe dans ce domaine à partir de 1798. Le Blocus continental force les entreprises à faire preuve d'esprit d'innovation. L'élan, favorisé par le bon degré d'instruction, se traduit symboliquement dans les villes par l'abolition des règlements de construction, la démolition des remparts. Il génère une classe patronale marquée par l'exigence pour soi-même et pour les autres. Mais la liberté de commerce et d'industrie n'a jamais été absolue (Economie de marché). Les pouvoirs publics peuvent exiger des certificats de capacité pour l'exercice de certaines professions (Apprentissage). Il existe pendant longtemps des régales cantonales (sel) ou fédérales (poudre de guerre, jusqu'en 1998); les débits de boisson sont limités, l'absinthe interdite entre 1908 et 2005. Le régime du blé (1929) oblige la Confédération à en assurer l'approvisionnement. Avec l'arrêt fédéral d'urgence de 1941, les contrats collectifs de travail reçoivent force obligatoire. En 1947, on introduit dans la Constitution les nouveaux articles économiques qui permettent à la Confédération de prendre des mesures en faveur de régions ou de branches menacées (l'agriculture en particulier) et de légiférer contre les abus des cartels. D'une manière générale, l'Etat s'est donné pour tâche d'amortir les variations cycliques et de régulariser le fonctionnement de l'économie (Keynésianisme). Mais le corps électoral a eu des sursauts de libéralisme: l'après-guerre a vu l'abrogation de l'arrêté du Conseil fédéral restreignant l'ouverture et l'agrandissement d'hôtels (1952) et l'échec d'une loi tendant à exiger des certificats de capacité pour des professions artisanales (1954). Les pouvoirs publics eux-mêmes recherchent cette libéralisation. L'interdiction des maisons de jeu a été levée en 1993. Le monopole des télécommunications a été supprimé en 1998, celui de la Poste allégé. Au début du XXIe s., cette politique se heurte à une opposition grandissante (rejet de la loi sur le marché de l'électricité en 2002, résistances à la privatisation de Swisscom).

A côté des penseurs politiques, la Suisse compte également des théoriciens du libéralisme économique. Rossi voit dans la richesse liée au développement moral le but de l'économie politique. Optimiste, il pense que la libre concurrence favorise les profits et permet à la masse d'y participer. Il prône la petite propriété jointe à la grande exploitation, obtenue par la libre association. Un autre Genevois, Sismondi, est tout d'abord un pur libéral smithien. Plus tard, il nuance sa position: la libre concurrence produit une effroyable souffrance pour plusieurs classes de la population que l'Etat doit protéger. Au milieu du XXe s., Wilhelm Röpke allie aussi des préoccupations morales à une vision libérale rénovée. Il faut surmonter l'alternative stérile entre le laisser-faire et le collectivisme, par le libéralisme constructif ou "humanisme économique"; il reste "de droite" par son idée de redressement moral, par sa préférence pour les démocraties "saines" comme la Suisse et les pays scandinaves ou anglo-saxons et par sa critique de la Révolution française.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

4.3 - Les tendances néolibérales

Dans le deuxième et le troisième quart du XXe s., l'antagonisme entre libéralisme économique et revendications sociales tend à se réduire, par la convention de la paix du travail en 1937, la conclusion de contrats collectifs, l'adoption de lois sociales, l'élévation du niveau de vie de la population. La politique financière très prudente des grandes entreprises, ne distribuant qu'une partie de leurs bénéfices, y contribue. A partir de 1980, le capitalisme se fait plus agressif (Monétarisme). Des financiers réclament une politique plus généreuse à l'égard des actionnaires; le souci de la rentabilité devient prioritaire, conduisant à des fusions d'entreprises et à des suppressions d'emplois, à l'attribution de salaires très élevés aux cadres jugés performants. Le mouvement, marqué par le travail sur appel, la tendance à la suppression du statut de fonctionnaire, le salaire au mérite, s'accentue lors de la récession des années 1990 de sorte que les termes de néolibéralisme et d'ultralibéralisme prennent une connotation péjorative. Le programme néolibéral, très critiqué, tend néanmoins à se réaliser; ainsi les régies fédérales deviennent des entreprises visant elles aussi la rentabilité. L'interdiction du travail de nuit pour les femmes est levée en 2000.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

4.4 - La philosophie

Si Constant est le principal théoricien politique du libéralisme, Vinet en est la caution morale. Pour lui, la liberté est un moyen, une condition du service de la vérité; élitiste, il a en horreur la démagogie et la violence. Le libéralisme philosophique s'écrie avec lui que la liberté est le plus beau mot de toute langue après celui d'amour. Elle impose l'obéissance à Dieu et la résistance aux hommes. La liberté de conscience implique celle des cultes, que seule la séparation de l'Eglise et de l'Etat permet de réaliser, et la révolte contre les lois immorales. Aussi défend-il les protestants dissidents en 1829 ou le droit des Lucernois d'appeler les jésuites en 1844 et combat-il la peine de mort. Pour Ernest Naville, la prise importe plus que la quête, la liberté est préférable à la recherche de la liberté, elle n'est pas un bien en soi, mais la condition du bien. Dans sa Philosophie de la liberté (1849), Charles Secrétan attribue une liberté "absolue, illimitée, insondable" au Créateur seul qui, par amour, a fait de l'homme une créature capable de conquérir librement sa personnalité morale et religieuse. Il est très critique à l'égard du capitalisme et préconise un christianisme social fondé sur la coopération. Troxler, avant de se lancer dans le combat politique, défend par ses écrits une philosophie de la nature, où l'anthropologie occupe une place centrale. Le christianisme, sans être renié, est réduit à une gnose: le monde et Dieu sont dans l'homme.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

4.5 - La religion

Chez les réformés, le concept de libéralisme apparaît vers 1830. Il se fonde sur la conviction que le protestantisme est une religion de la liberté (au sens de libre examen) et non de l'autorité: c'est le pouvoir de tout un chacun de mettre la doctrine en question. Avec Jean-Jacques-Caton Chenevière, le mouvement va jusqu'à refuser les confessions de foi (querelle sur la confession de foi), les doctrines de la Trinité ou de la divinité de Jésus. Son apport est d'avoir fait reconnaître l'utilité de la méthode historico-critique appliquée aux Ecritures. Ce courant a été illustré par Alois Emanuel Biedermann, Alexander Schweizer, Martin Werner. En outre, le désir de soustraire la vie religieuse au pouvoir de l'Etat, ou des conflits avec les autorités politiques provoquent la fondation d'Eglises libres (Vaud, 1847-1965) ou la séparation de l'Eglise et de l'Etat (Genève en 1907, Neuchâtel en 1943).

Dans le catholicisme, un fossé sépare longtemps la hiérarchie du libéralisme. Grégoire XVI (1832) et Pie IX (1864) le mettent au rang des erreurs. Les partisans des idées libérales sont néanmoins nombreux parmi les fidèles et même dans le clergé (on peut estimer qu'ils représentent au XIXe s. un tiers des catholiques). En Suisse, les articles de Baden, l'existence et les propriétés des couvents, le nombre de fêtes chômées, la conception du rôle de l'école sont des sources de conflits. Enfin, la proclamation de l'infaillibilité pontificale en 1870 provoque l'apparition d'associations de catholiques libéraux qui prennent la décision, concrétisée en 1875, de se constituer en Eglise catholique-chrétienne. La réaction qui suit le concile Vatican II amène de nouveau quelques tensions entre la hiérarchie et les fidèles "libéraux": affaires des théologiens Stephan Pfürtner (1971-1974) et Hans Küng (1970-1979). Les catholiques suisses sont aussi très attachés à leurs libertés (affaire de l'évêque Wolfgang Haas, 1988-1997). Une tendance libérale existe également dans le judaïsme; Genève abrite depuis 1970 une communauté de ce nom, Zurich depuis 1978 (Or Chadasch).

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

4.6 - La liberté

Le libéralisme a subi des critiques, tant sur sa droite que sur sa gauche. Pour les conservateurs, la défense de la société et le maintien de l'ordre ont la primauté sur la liberté (Conservatisme). Celle-ci est perçue différemment suivant la sensibilité des individus, des régions, des confessions. En Suisse centrale et dans d'autres régions alpines, catholiques, communautaires, la liberté n'est pas celle d'un Alexandre Vinet, universitaire protestant, individualiste, marqué par le droit romain: la liberté est un fait pratique et non un principe, c'est le droit de bien agir, dans l'ordre naturel des choses. Pour la gauche, le libéralisme n'a mis en place que des libertés formelles, une égalité de droits, sans réaliser les conditions propres à permettre à tous d'en bénéficier (Socialisme). D'autres reconnaissent au libéralisme une vertu nécessaire, mais pas suffisante, car la démocratie politique doit être complétée par la démocratie économique.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

4.7 - La morale et l'éthique

Sur le plan moral, on oppose libéralisme à rigorisme, tolérance à répression. Les principaux points de friction ont été ou sont le divorce, les formes d'union autres que le mariage (concubinage, partenariat homosexuel), l'avortement, l'autorité envers le conjoint ou les enfants, l'objection de conscience, la consommation de drogue. On notera à ce sujet une différence d'attitude entre la Suisse alémanique "libérale" et les cantons romands plus répressifs. La politique à l'égard des étrangers, des réfugiés, revêt aussi un aspect éthique, conduisant certains jusqu'à la désobéissance civile.

Ainsi le libéralisme, que l'on situe souvent "à droite" par son aspect économique, relève, historiquement et philosophiquement, également de la "gauche" par son opposition aux dogmes et sa conception de la nature humaine. Il constitue moins une doctrine qu'un état d'esprit.

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet

Références bibliographiques

Bibliographie
– A. Maillard, «Essai sur les ambiguïtés de la pensée libérale à l'époque de la Régénération (1830-1847)», in Ann. frib., 41, 1953, 135-159
– G. Panchaud, «Une offensive des libéraux "éclairés" au début du XIXe s.: l'introduction de l'enseignement mutuel», in Nouvelles pages d'hist. vaudoise, 1967, 213-266
– G. Arlettaz, Libéralisme et société dans le canton de Vaud, 1814-1845, 1980
– P. Manent, Les libéraux, 1986 (rééd. 2001)
– H. Reinalter et al., éd., Biographisches Lexikon zur Geschichte der demokratischen und liberalen Bewegungen in Mitteleuropa, 1, 1992, 205-224
– A. Dufour et al., Le libéralisme genevois, du Code civil aux constitutions (1804-1842), 1994
– A. Tanner, Arbeitsame Patrioten - wohlanständige Damen, 1995
– D. Maggetti, N. Lamamra, éd., "Jeter l'ancre dans l'éternité", 1997
– A. Mach, dir., Globalisation, néo-libéralisme et politiques publiques dans la Suisse des années 1990, 1999
– B. Weinmann, Eine andere Bürgergesellschaft, 2002
– E. Hofmann, F. Rosset, Le groupe de Coppet, 2005
– E. Grisel, Liberté économique, 2006

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet