Historisches Lexikon der Schweiz (HLS) Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) Dizionario storico della Svizzera (DSS)

10/06/2008

Conservatisme



Terme dérivé du latin conservare et appliqué aux mouvements politiques et intellectuels qui ont pour but la conservation de l'ordre social existant ou le rétablissement d'un ordre antérieur, ordre fondé à leurs yeux sur des lois naturelles ou sur des données transcendantes. Les conservateurs considèrent avec un certain scepticisme les innovations sociales et les grandes théories abstraites.

Mouvement d'opposition au libéralisme et au radicalisme, issu de la résistance aux idées des Lumières et de la Révolution française, le conservatisme suisse se donna une idéologie et une organisation lors des conflits constitutionnels et religieux des années 1830 et 1840. A cette époque, le terme de conservateur fit son entrée dans le langage politique suisse pour qualifier des associations à caractère partisan. Les parlementaires fédéraux de la droite catholique se donnèrent officiellement le nom de conservateurs catholiques en 1882; le terme de conservateur disparut en 1971 avec la nouvelle appellation de Parti démocrate-chrétien (PDC).

Contrairement au libéralisme et au socialisme , le conservatisme politique représente plus une attitude dans un contexte historique précis qu'une philosophie achevée. Il offre une idéologie à ceux qui se sentent dépassés ou mis à l'écart par la modernisation. Néanmoins, il reste ambivalent face à la modernité, puisque pour la combattre il se sert des instruments qu'elle a forgés, comme les associations, les partis et les médias.

Aux XIXe et XXe s., le rôle de la religion et de l'Eglise dans la société a été l'un des thèmes privilégiés des conservateurs, avec la famille, l'école, l'éducation, l'identité nationale et la relation entre peuple et nation. Pendant des décennies, le fédéralisme fut un point essentiel de leur programme; ainsi s'exprimait leur méfiance envers l'Etat central. En politique sociale, le conservatisme catholique représenta dès la fin du XIXe s. une "troisième voie", entre libéralisme "individualiste" et socialisme "collectiviste", dans laquelle se mêlaient jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale des éléments relevant du corporatisme. Le mouvement conservateur trouva ses appuis dans des milieux attachés aux valeurs chrétiennes et ses élites dans l'ancien patriciat urbain, mais surtout parmi des paysans aisés, des ecclésiastiques, des avocats et des journalistes, catholiques ou protestants, qui appartenaient à la classe supérieure des petites villes et des régions rurales où il eut, jusqu'au milieu du XXe s., ses bastions électoraux. Le recours tactique aux instruments de la démocratie directe (référendum) conféra parfois des traits populistes à l'opposition conservatrice contre la "classe politique".

Il faut distinguer au fond deux sortes de conservateurs: les uns se référaient à la société d'ordres de l'Ancien Régime, qu'ils souhaitaient restaurer utopiquement; les autres, réalistes et modérés, reprenaient les principes libéraux, mais demandaient des réformes économiques, sociales et scolaires. L'histoire du mouvement conservateur suisse, si on le considère en premier lieu comme une réaction contre la modernité, se subdivise diviser en cinq périodes: pour leur donner un nom, on pourrait parler successivement de conservatisme antirévolutionnaire (1798-1830), de tendance restauratrice (années 1830 et 1840), classique (1848-1891), bourgeois (1891-1960) et finalement nationaliste (depuis le milieu des années 1960).

Auteur(e): Urs Altermatt / PM

1 - Le conservatisme antirévolutionnaire (1798-1830)
2 - Le conservatisme de tendance restauratrice (1830-1848)
3 - Le conservatisme classique (1848-1891)
4 - Le conservatisme bourgeois (1891-1960)
5 - Le conservatisme nationaliste (depuis 1965)
Références bibliographiques

Auteur(e): Urs Altermatt / PM