Les conservateurs de la première moitié du XIXe s. représentaient une position politique et culturelle, généralement fondée sur des conceptions religieuses et confessionnelles, qui les amenait à s'opposer aux Lumières, à la République helvétique, à la modernisation et à la sécularisation. Antirévolutionnaires, ils cherchaient à rétablir partiellement l'Ancien Régime et se battirent surtout dans trois domaines: contre la perte de souveraineté des cantons dans un Etat unitaire et centralisé, contre la transformation des cantons et de la Confédération en régimes constitutionnels modernes, contre la réduction des privilèges de l'Eglise dans un Etat sécularisé (Eglise et Etat).
Le conservatisme s'inscrivait dans un mouvement intellectuel d'ampleur européenne qui s'imposa aussi dans les arts (romantisme) et la vie religieuse. Mais l'influence politique concrète de penseurs comme Jeremias Gotthelf, Johann Caspar Bluntschli ou Antoine-Elisée Cherbuliez resta modeste; Karl Ludwig von Haller se rendit célèbre en Europe avec son ouvrage Restauration der Staatswissenschaft, qui donna son nom à l'époque.
Le refus des nouvelles structures politiques, la défense de l'autonomie locale ou religieuse et celle des privilèges nourrit l'opposition à la République helvétique. La Médiation et la Restauration donnèrent le pouvoir à des hommes issus tant de l'ancienne aristocratie que de la nouvelle élite bourgeoise; elles rétablirent en partie l'Ancien Régime, mais sans abolir toutes les réformes. La lutte entre modernistes et traditionalistes se poursuivit à l'intérieur des Eglises (Ultramontanisme , Réveil). Chez les protestants, la diffusion d'un nouveau sentiment religieux opposée à la théologie rationnelle conduisit à la fondation d'Eglises libres séparées de l'Eglise nationale. Chez les catholiques, les conservateurs prirent parti pour une Eglise et une société fondées sur la piété populaire et la fidélité au pape.
Auteur(e): Martin Pfister / PM