• <b>Parti libéral (PL)</b><br>"Construire, ne pas détruire: choisissez la liste libérale!". Affiche bâloise pour les élections fédérales de 1931, réalisée par  Titus Burckhardt (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste). Dirigée contre les partis de gauche, l'affiche stigmatise la menace que constitue, aux yeux des libéraux, la socialisation de l'économie symbolisée par la faucille communiste.
  • <b>Parti libéral (PL)</b><br>Affiche vaudoise en vue des élections fédérales de 1943, réalisée par  Willy Jordan (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).

Parti libéral (PL)

Le mouvement de la Régénération se divise assez tôt en radicaux et libéraux (Libéralisme). Après 1848, les libéraux siègent au centre dans l'Assemblée fédérale à côté notamment des conservateurs protestants et des déçus du radicalisme (comme Charles Neuhaus). Au cours des années 1870, Paul Cérésole est le seul membre de cette mouvance à être élu au Conseil fédéral, même si Simeon Bavier et Joachim Heer en sont assez proches. Dans les cantons, les libéraux représentent soit l'opposition au régime radical soit l'aile droite de celui-ci, la frontière étant souvent floue. Ainsi à Zurich, on appelle libéraux les vainqueurs de 1848, qui s'opposent plus tard aux démocrates. Dans quelques cantons (Tessin, Jura, Lucerne, Schwytz), les noms libéral ou libéral-radical désignent jusqu'au début du XXIe s. des formations rattachées au parti radical-démocratique (PRD).

<b>Parti libéral (PL)</b><br>"Construire, ne pas détruire: choisissez la liste libérale!". Affiche bâloise pour les élections fédérales de 1931, réalisée par  Titus Burckhardt (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).<BR/>Dirigée contre les partis de gauche, l'affiche stigmatise la menace que constitue, aux yeux des libéraux, la socialisation de l'économie symbolisée par la faucille communiste.<BR/>
"Construire, ne pas détruire: choisissez la liste libérale!". Affiche bâloise pour les élections fédérales de 1931, réalisée par Titus Burckhardt (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).
(...)

En 1893, un groupe libéral-démocratique se forme à l'Assemblée fédérale. Après la fondation du PRD en 1894 et le ralliement à ce parti de nombreux libéraux, le groupe (qui rassemble ce qui reste du centre au Parlement) occupe encore treize sièges au Conseil national en 1911, y compris deux conservateurs à Berne et trois libéraux-conservateurs à Zurich, Grisons et Tessin. Le Parti libéral suisse (PLS) naît en 1913. Les sections de Zurich, Schaffhouse, Fribourg et Grisons ne survivent pas à la guerre et les Bernois se rallient au nouveau parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB), de sorte qu'en 1919, le parti n'est plus présent que dans quatre cantons (Genève, Vaud, Neuchâtel et Bâle-Ville). Le PLS s'affirme comme fédéraliste ("la première patrie des libéraux, c'est leur canton"); antiétatique, il met l'accent sur la responsabilité individuelle; s'il soutient l'aide à l'agriculture, il estime que l'aménagement du territoire ne doit pas détruire l'autonomie communale ou la propriété privée; il se prononce pour la défense nationale et pour une fiscalité modérée ("on ne peut aider le pauvre en ruinant le riche"). L'Etat ne doit pas se substituer aux organismes professionnels dans les relations de travail. Non représenté au gouvernement (Gustave Ador est le seul conseiller fédéral issu du PLS), le parti n'est pourtant pas dans l'opposition. Il a parfois adopté des positions différentes des autres formations bourgeoises: il ne fut guère partisan de l'AVS à sa création, il prit parti contre l'entrée à l'ONU (1986), pour l'initiative "Jeunesse sans drogue" (1997) et fut même le seul à s'opposer au Premier Août férié (1993). En revanche, il compte parmi les europhiles: il fut partisan de l'EEE (1992) et de l'ouverture de négociations en vue d'une adhésion à l'UE, avant et après cette date. Bien qu'il ait su mobiliser jusqu'à un tiers de l'électorat à Neuchâtel, le parti libéral a toujours été plus élitaire que populaire. Il se recrute principalement dans les milieux de l'agriculture (notamment de la viticulture), du patronat artisanal et de la bourgeoisie universitaire. Ses cadres sont souvent issus de la société d'étudiants de Zofingue et sont proches des organisations patronales. Le parti eut longtemps une empreinte protestante. Dans les années 1930, il a subi (dans le canton de Vaud, mais pas à Bâle-Ville) une certaine attraction pour les idées corporatistes. Il comptait au début du XXIe s. une aile intellectuelle centriste et une aile économique conservatrice.

A partir de 1960, le parti essaie de ne plus se confiner à ses quatre cantons. De 1961 à 1977, il prend le nom d'Union libérale-démocratique, afin d'attirer des membres individuels venant d'autres régions. Si, depuis 1976, une section valaisanne occupe une petite place dans le canton, les autres tentatives ont été moins heureuses (Bâle-Campagne, Fribourg, Berne, Zurich). En 1981, le PLS absorbe le parti progressiste national (PPN) neuchâtelois. Pendant longtemps, il a été le plus grand parti non représenté au Conseil fédéral. Après avoir formé un groupe commun avec le parti évangélique populaire de 1971 à 1979, il a lancé en 2000 un essai de collaboration avec les éléments modérés de l'UDC. Dès 2003, le PLS et le PRD forment un seul groupe à l'Assemblée fédérale. Une Union libérale radicale a été créée en 2005 comme plate-forme politique devant gérer le rapprochement entre les deux partis. La fusion s'est concrétisée le 1er janvier 2009 (fondation du parti libéral-radical ou PLR). De 1919 à 1987, la représentation des libéraux au Conseil national varie entre cinq et dix, au Conseil des Etats entre un et trois. Ils jouissent ensuite d'un vent favorable avant de subir un sévère recul. Leur députation fédérale tombe de treize à quatre entre 1991 et 2003; ceci est dû à l'image négative de l'ultralibéralisme et à la concurrence de l'UDC.

<b>Parti libéral (PL)</b><br>Affiche vaudoise en vue des élections fédérales de 1943, réalisée par  Willy Jordan (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).<BR/>
Affiche vaudoise en vue des élections fédérales de 1943, réalisée par Willy Jordan (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).
(...)

Sièges et voix obtenus par le Parti libéral aux élections fédérales
AnnéeConseil des EtatsConseil nationalEn % des suffrages
1919293,8
19221104,0
1925173,0
1928163,0
1931162,8
1935263,3
1939261,7
1943283,2
1947273,2
1951352,6
1955352,2
1959352,3
1963362,2
1967362,3
1971262,2
1975162,4
1979382,8
1983382,8
1987392,7
19913103,0
1995272,7
1999062,3
2003042,2
2007041,9

Sources:OFS

Au niveau cantonal, malgré la crise et les défaites électorales du début du XXIe s., le parti libéral demeurait en 2008 le principal parti bourgeois dans les législatifs de Genève et Neuchâtel et il était toujours représenté dans les exécutifs et les législatifs de Genève, Neuchâtel, Vaud, Bâle-Ville et Valais. La fusion avec le PRD va se réaliser au gré des échéances électorales, sauf à Bâle-Ville où le parti veut garder son autonomie. Le PLS a pu compter sur de fortes personnalités, comme Albert Picot, Raymond Deonna et Olivier Reverdin à Genève, Edouard Secretan, Louis Guisan et Claude Bonnard dans le canton de Vaud, Jean-François Aubert et Jean Guinand à Neuchâtel, Albert Oeri à Bâle-Ville. Il a longtemps bénéficié de trois journaux de valeur: Gazette de Lausanne (1798-1991), Journal de Genève (1826-1998) et Basler Nachrichten (1844-1977), qui ont reçu l'apport d'historiens et d'hommes de lettres. Le PLS a adhéré, avec le PRD, à l'Union libérale mondiale fondée en 1947.


Bibliographie
APS, 1966-
– E. Gruner, Die Parteien in der Schweiz, 1969 (21977)
– J.-J. Schumacher, Sociologie de l'Union libérale-démocratique suisse "Parti libéral", 1970

Auteur(e): Jean-Jacques Bouquet