• <b>Terrorisme</b><br>Présentation des armes découvertes en 1972 par la police cantonale zurichoise à la Bändlistrasse  © KEYSTONE/Photopress. C'est par hasard que la police découvrit dans cette rue de Zurich-Altstetten un dépôt d'armes et un laboratoire destiné à fabriquer des explosifs. L'enquête révéla qu'un groupe de quelque trente-cinq personnes était en train de préparer des actions terroristes. Ce groupe, dit de la Bändlistrasse, entretenait en outre des contacts avec la Fraction armée rouge allemande (RAF).

Terrorisme

Il n'existe pas de définition générale du terrorisme. Ce terme désigne souvent des actes violents graves, perpétrés pour des raisons politiques ou idéologiques et destinés à attirer l'attention ou à provoquer la peur et la terreur. Le terrorisme est généralement associé à des groupes extrémistes cherchant à obtenir par la force des changements de l'ordre public et social. Pendant la Révolution française, la terreur devint une arme politique lorsqu'elle fut utilisée par le Comité de salut public pour imposer ses vues. La Suisse a été peu touchée par le terrorisme et, le plus souvent, seulement indirectement. L'ordre public n'a jamais été sérieusement menacé. Même les crimes politiques, qui ne peuvent pourtant pas être taxés de terrorisme au sens étroit du terme, ont été plutôt rares. Seules exceptions au XIXe s., l'assassinat en 1845 de Josef Leu, chef des conservateurs catholiques, commis alors que les querelles partisanes s'envenimaient dans le canton de Lucerne, et celui de Luigi Rossi, conseiller d'Etat conservateur (directeur de la Police), tué pendant les troubles qui agitèrent le Tessin en 1890.

Dans la seconde moitié du XIXe s., des anarchistes exilés en Suisse saluèrent les attentats commis contre des dirigeants européens (Anarchisme). Dans le cadre de la "propagande par le fait", des actions furent préparées en Suisse. En 1898, l'anarchiste italien Luigi Luccheni assassina à Genève l'impératrice Elisabeth d'Autriche. La Suisse réagit à cette violence anarchiste par des expulsions et des mesures légales (Protection de l'Etat). Si un attentat à l'explosif fut commis à la cathédrale Saint-Pierre de Genève en 1902, il n'y eut que peu d'actes de ce genre jusque dans les années 1960; ils étaient généralement le fait d'acteurs isolés et non de groupes organisés poursuivant des buts idéologiques. En 1961, le petit cercle d'anarchistes Ravachol perpétra un attentat contre le consulat d'Espagne à Genève.

Au niveau international, le concept de terrorisme s'imposa dès les années 1970, lorsque des groupes nationalistes comme l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) au Proche-Orient, l'Armée républicaine irlandaise (IRA) en Irlande du Nord ou l'Euskadi Ta Askatasuna (ETA) en Espagne commencèrent à lutter contre leur gouvernement central en commettant des meurtres ciblés. Les actions de sabotage des séparatistes jurassiens (Jura bernois), notamment du Front de libération jurassien, de même que les incendies et déprédations causés par d'autres groupes protestataires suisses ne sont pas considérés comme du terrorisme puisque leur intention n'était pas de donner la mort. La Suisse ne fut cependant pas épargnée par le terrorisme: en 1969, après un attentat contre un avion israélien à Kloten, qui coûta la vie au pilote, les auteurs palestiniens furent arrêtés et jugés. En 1970, le Front populaire de libération de la Palestine réagit en plaçant une bombe à retardement dans un appareil de Swissair partant de Zurich: en explosant, la bombe tua quarante-sept passagers. La même année, des terroristes palestiniens détournèrent trois avions, dont un DC-8 de Swissair, vers Zerka en Jordanie. Les 155 passagers et membres d'équipage furent libérés au bout de six jours alors que les appareils furent dynamités. La Suisse fut utilisée par des groupes terroristes comme centre de planification et de logistique en raison de sa situation centrale en Europe et de sa législation libérale. L'organisation anarchiste allemande AKO dérobait des armes et des munitions dans les dépôts de l'armée suisse et les fournissait à des organisations terroristes, principalement au groupe qui gravitait autour du terroriste Carlos. Les principaux activistes de l'AKO furent arrêtés et jugés en 1977. Des membres de la Fraction armée rouge allemande (RAF) séjournèrent aussi parfois en Suisse où ils étaient soutenus par le groupe dit de la Bändlistrasse. En 1979, un commando de la RAF attaqua une filiale de la Banque populaire suisse à Zurich. En s'enfuyant, les terroristes firent feu, tuant une passante et blessant trois autres personnes. En 1978, malgré la montée en puissance du terrorisme, le peuple refusa la constitution d'une unité antiterroriste fédérale.

<b>Terrorisme</b><br>Présentation des armes découvertes en 1972 par la police cantonale zurichoise à la Bändlistrasse  © KEYSTONE/Photopress.<BR/>C'est par hasard que la police découvrit dans cette rue de Zurich-Altstetten un dépôt d'armes et un laboratoire destiné à fabriquer des explosifs. L'enquête révéla qu'un groupe de quelque trente-cinq personnes était en train de préparer des actions terroristes. Ce groupe, dit de la Bändlistrasse, entretenait en outre des contacts avec la Fraction armée rouge allemande (RAF).<BR/>
Présentation des armes découvertes en 1972 par la police cantonale zurichoise à la Bändlistrasse © KEYSTONE/Photopress.
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Dans les années 1980, la Suisse fut la cible de groupes terroristes arméniens dont les attaques visaient des intérêts et ressortissants turcs et qui cherchèrent par la suite à faire libérer, par la violence, leurs camarades emprisonnés. En 1980, l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie fut impliquée dans deux attentats contre des bureaux suisses à Rome. En 1981, elle assassina un secrétaire d'ambassade turc à Genève. Peu après, le "Groupe du 9 juin" revendiqua l'attentat à la bombe dans un grand magasin de Lausanne au cours duquel vingt personnes furent blessées. La Suisse fut en outre confrontée à l'occupation de l'ambassade de Pologne en 1982 et au détournement d'un avion d'Air Afrique vers Genève-Cointrin en 1987.

Depuis les années 1990, le terrorisme islamiste attire l'attention par des attentats sanglants. En 1997, soixante-huit personnes, dont une moitié de touristes suisses, furent tuées à Louxor (Egypte) par des terroristes de la Gama'a al-Islamiya. D'autres attentats islamistes à l'étranger firent aussi des victimes suisses: explosions dans une discothèque de Bali en 2002 et dans un café de Marrakech en 2011. Après les attentats commis le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis par le réseau terroriste Al-Qaida, la Suisse tint davantage compte de cette menace dans sa politique de sécurité. Dans les années 1980 déjà, les dispositions pénales avaient été consolidées et de nombreuses personnes avaient été enregistrées comme terroristes potentiels, le plus souvent à tort. La police fédérale fut en outre renforcée. Le Service d'analyse et de prévention, créé en 2000, avait notamment pour mission de lutter contre le terrorisme. En 2003, la Suisse ratifia douze conventions et protocoles additionnels de l'ONU destinés à combattre le terrorisme; elle introduisit également une norme pénale générale contre celui-ci, ainsi qu'une norme pénale pour contrer son financement. Plusieurs condamnations suivirent.


Sources imprimées
Rapport sur la protection de l'Etat, 1993-
Analyse de la situation et des menaces pour la Suisse à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001: Rapport du Conseil fédéral à l'intention du Parlement, 2002
Bibliographie
– D. Wisler, La violence politique en Suisse et les mouvements sociaux, 1969-1990, 1992
– G. Kreis, éd., La protection politique de l'Etat en Suisse, 1993

Auteur(e): Lucas Chocomeli / MBA