30/03/2001 | communication | PDF | imprimer | 

Argovie, affaire des couvents d'

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Dans l'Argovie régénérée des années 1830, une petite majorité protestante conjuguait ses forces avec celles des libéraux et des radicaux catholiques influents. Fidèle à l'esprit de la République helvétique (1798) et des articles de Baden (1834), le Grand Conseil, en 1835, plaça entièrement les couvents sous l'administration de l'Etat, peu après que le gouvernement eut interdit l'admission des novices et fermé les écoles conventuelles. La Constitution libérale de 1831 prévoyait une révision dans les dix ans. Les conservateurs catholiques (comité de Bünzen, 1839) exigeaient surtout que soit conservé le principe de la parité et que des commissions du Grand Conseil siègent séparément, par confession, pour les questions ecclésiastiques et scolaires. Les courants libéraux-radicaux tendaient au contraire à l'unification et à l'intégration totale des minorités dans l'Etat. En 1840, un premier projet de Constitution fut refusé massivement -- pour des motifs différents -- par les radicaux comme par les conservateurs. Après que le Grand Conseil eut supprimé le principe de la parité pour les législatifs, le projet révisé fut accepté à 58% par le peuple le 5 janvier 1841. Pour prévenir des troubles éventuels, le gouvernement fit arrêter les membres du comité de Bünzen. Les conservateurs catholiques du Freiamt, que cette mesure exaspéra, se soulevèrent et furent écrasés par les troupes gouvernementales à Villmergen. Lors de la session du Grand Conseil du 13 janvier 1841, Augustin Keller, catholique mais radical, exigea dans un discours-programme la suppression de tous les couvents argoviens, accusés d'être hostiles au progrès et fomenteurs d'émeutes. Sa proposition fut acceptée par 115 voix contre 19 et 9 abstentions et toucha huit couvents, dont Muri, Wettingen et Fahr. La décision de séculariser leurs biens avait probablement séduit de larges cercles de la population, mais n'avait pas été décisive pour les promoteurs de la suppression. La Diète fédérale déclara toutefois cette décision incompatible avec le Pacte de 1815, dont l'article 12 garantissait le maintien des couvents. Après de longs débats, le Grand Conseil argovien accepta le rétablissement des quatre couvents de femmes, sur quoi la Diète, elle aussi divisée confessionnellement, déclara réglée la question, par douze voix et deux demi-voix, le 31 août 1843. Les tensions confessionnelles qui devaient mener peu après au Sonderbund n'en furent cependant nullement apaisées.


Bibliographie
GeschAG, 2, 79-109
Memorial Muri 1841, 1991

Auteur(e): Othmar Pfyl / IB