28/11/2013 | communication | PDF | imprimer

Aarberg (commune)

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Comm. BE, distr. d'A., comprenant la petite ville d'A., centre historique intact sur le cours de l'ancienne Aar, des quartiers périphériques plus récents, le hameau de Spins, ainsi que Mühletal et Grafenmoos. 1236 Arberc, 1267 opidum de Arberch. Chef-lieu de district, cette ville de marché autrefois située au seul point de passage sur l'Aar entre Berne et Büren an der Aare fut le principal centre bernois de transbordement de marchandises, au carrefour des axes nord-sud et est-ouest. 440 hab. en 1764, 993 en 1850, 1372 en 1900, 2126 en 1950, 3802 en 2000.

Le comte Ulrich III de Neuchâtel fonda la ville d'A. entre 1220 et 1225 sur l'île sise entre l'Aar et un bras naturel, la Petite Aar, sans doute à la place d'un village plus ancien (vestiges de constructions en bois de la première moitié du XIIe s.) et d'un château (dans le périmètre de l'église), pour en faire le centre de sa seigneurie d'A., issue d'un partage. Non loin des extrémités du pont se trouvaient, sur la rive gauche de l'Aar, l'hôpital des pèlerins de Bargenbrück, construit en 1138-1139 et supprimé en 1526, et sur la rive droite le château fort des seigneurs d'A., sur le Burghubel, ouvrage qui a subsisté jusqu'au XVIIIe s. Le plus ancien sceau de la bourgeoisie date de 1249. En 1271, Ulrich IV confirma les franchises antérieures de la ville par une charte inspirée de celle de Fribourg. A l'origine, deux rangées de maisons en bois construites le long d'une rue réservée au marché formaient le bourg. L'alignement actuel date du XVe s.: en raison des incendies de 1419 et 1477, les maisons furent bâties en pierre et reculées de 10 m, donnant ainsi naissance à une vaste place du marché. La ville fortifiée résista aux sièges de 1339, 1382 et 1386. Gravement endetté, Pierre, dernier comte d'A., dut engager en 1358 tous ses droits sur la ville et la seigneurie à Berne, qui chargea un bailli de les administrer, tout en confirmant les franchises d'A. Pierre essaya de vendre ses hypothèques au comte Rodolphe IV de Nidau, mais en vain. Ses biens revinrent définitivement à Berne entre 1377 et 1379. L'église d'A., l'une des plus occidentales de l'évêché de Constance, dédiée à saint Maurice puis à Notre-Dame, fut édifiée en 1484, puis reconstruite en 1575 à l'emplacement de l'ancien château, et dotée en 1526 d'un clocher érigé avec les matériaux de l'église de l'hôpital; un nouveau cimetière fut aménagé à côté de l'église. Berne accorda le patronage à sa collégiale en 1418, et le reprit après la Réforme (en 1528).

Les instances politiques, formées d'un bourgmestre (un avoyer est mentionné en 1259) et d'un conseil de vingt-quatre membres (douze conseillers exerçant la fonction de juges, douze bourgeois), étaient soumises à l'autorité d'un bailli, détenteur du droit de haute justice, installé dans le château construit entre 1608 et 1610. En 1414, A. céda à Berne les droits de péage et la responsabilité du coûteux entretien de ses deux ponts sur l'Aar (reconstruits en 1414, 1443, 1490, 1557 à la suite d'inondations; l'actuel pont de bois date de 1567/1568). Un hôtel de ville (1496), un hôpital (1529) et une école vinrent compléter l'infrastructure urbaine aux XVe et XVIe s. La vie économique d'A. fut marquée par sa situation unique de carrefour commercial: sa place du marché étant un des plus grands lieux de transbordement de Suisse, la ville comptait des auberges (Krone, Falken) et des entreprises de transports. Le canal d'A., ouvert en 1647, relia la Broye à l'Aar, mais de façon éphémère. Les foires annuelles (mentionnées dès 1271, autorisées deux fois par an en 1507, trois fois en 1681, quatre fois en 1759), assorties du privilège de faire commerce de sel, de fer, d'acier et de drap dès 1478, dépassaient le cadre régional. La ville tenta d'étendre son activité agricole, axée sur l'autosubsistance, notamment en acquérant l'alpage de Chuffort sur Lignières (de 1591 à 1854). Les domaines forains de Spins et Mühletal (moulin de la seigneurie), ne faisaient pas partie des terres communales; mais leurs habitants dépendaient de la ville en matière judiciaire. Spins (anciennement Schürhof), fief masculin des seigneurs de Spins au XIVe s., dénombrait déjà quatre fermes au XVIe s. A. comptait un grand nombre d'habitants non communiers (37% en 1764), parmi lesquels figuraient aussi bien des paysans riches que des citadins pauvres. Au XVIIIe s., une manufacture textile (filature et tissage) fut installée à l'hôpital à l'intention des indigents. L'hospice (de 1549 à 1795, puis hôpital municipal jusqu'en 1878) à vocation régionale, dépendait de la ville d'A. ainsi que des districts d'A., de Nidau et de Frienisberg.

L'invasion française de 1798 porta grand préjudice à la ville. Elle fut rattachée jusqu'en 1803 au district de Zollikofen, dont elle devint le chef-lieu en 1801, avant d'être celui du district d'A. Impressionnées par la menace que la Révolution de Juillet (1830) représentait pour l'Europe, les autorités militaires suisses firent élever des fortifications à Bargen, qui existent encore, et à Kappelen, nivelées par la suite (pont fortifié en 1815), pour protéger A., alors point stratégique essentiel sur la frontière occidentale entre Genève et Bâle. La construction du réseau ferroviaire et la correction des eaux du Jura marquèrent un tournant pour la ville. Exclue du grand trafic à la suite de la construction de la ligne Berne-Lyss-Bienne (1864), A. fut supplantée économiquement par Lyss. Ni le rattachement à la ligne de la Broye (Lausanne-Lyss, 1876), ni la mise en place d'un service de cars n'y changea rien. Le creusement du canal de dérivation de Hagneck (1868/1878) délivra A. des inondations périodiques et du fardeau des digues. L'assèchement de la Petite Aar mit un terme à la situation insulaire de la ville, que les nouveaux quartiers de Brückfeld, Leimernacher, Sunnmatt et Mühlau vinrent bientôt agrandir. A. lutta contre la stagnation économique du XIXe s. en se reconvertissant dans la production laitière, le commerce du bétail et des chevaux, auquel elle consacra ses douze foires annuelles, ainsi que dans la production de la betterave sucrière dès 1900. La caisse d'épargne du district fut fondée en 1843, le syndicat d'élevage en 1893, la fromagerie coopérative en 1895, et la coopérative agricole en 1906. La raffinerie de sucre (construite en 1898, rebâtie en 1912 après un incendie) reste le plus gros pourvoyeur d'emplois. Outre des secteurs industriels plus anciens (tuilerie et entreprises de construction), A. abrite une usine de mécanique de précision (1937), une fabrique de béton précontraint (1947) et une zinguerie (1960). Le secteur secondaire domine la vie économique, puisqu'il occupait 45% des personnes actives en 1990. Le nombre des navetteurs affluant vers la ville surpasse celui des habitants travaillant à l'extérieur.

Depuis 1832, la commune d'A. comprend, dans le périmètre anciennement soumis à la juridiction municipale, une commune d'habitants et une commune bourgeoise, responsable de l'assistance aux pauvres et de la tutelle de ses membres. Pour des raisons financières, la paroisse fut par deux fois brièvement rattachée à celle de Bargen (1806 à 1832, 1879 à 1897). Outre l'administration du district, A. abrite l'école secondaire régionale fondée en 1834, et l'hôpital de district, ouvert en 1878 (agrandi entre 1923 et 1978).


Bibliographie
– P. Hunger, Geschichte der Stadt Aarberg, 1930
– F. Krebs, 125 Jahre Amtsersparniskasse Aarberg, 1968
– W. Oetiker et al., Aarberg, 1972
– P. Hofer, Die Frühzeit von Aarberg, 1973
Aarberg, 1977
– D. Gutscher, P.J. Suter, éd., Archäologie im Kanton Bern, 3A, 1994
Aarberg, 1999

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / UG