12/09/2016 | communication | PDF | imprimer | 

Brugg

L'édition imprimée de cet article comporte des images. Commandez le DHS chez notre éditeur.

Commune AG et chef-lieu de district. La commune se compose de la vieille ville, dont le plan évoque les contours d'une cloche, d'un petit faubourg, de quartiers récents, surtout au sud, ainsi que des anciennes communes d'Altenburg (depuis 1901), de Lauffohr (depuis 1970) et d'Umiken (depuis 2010). Au XIIe s. Bruggo; 1164/1174 Brucca; 1227/1234, Brukke. Ancienne tête de pont dans la partie la plus resserrée de l'Aar, B. possédait au Moyen Age déjà un marché et un tribunal; elle est devenue au XIXe s. un nœud ferroviaire. Env. 500-700 hab. du XVe au XVIIIe s., 694 en 1803, env. 1000 en 1840, 1142 en 1850, 1422 en 1880, 2339 en 1900, 4502 en 1930 (avec Altenburg), 5508 en 1950, 6683 en 1960, 8635 en 1970 (avec Lauffohr), 9482 en 1990, 9143 en 2000.

La préhistoire n'a laissé que peu de traces. B. se trouvait tout près du camp légionnaire de Vindonissa, au croisement de la route Bözberg-Augst, qui traversait l'Aar sur un pont en bois, et de celle qui conduisait vers Aventicum. De nombreuses tombes bordaient ces routes et un castrum s'éleva à Altenburg au Bas-Empire. Des sépultures du VIIe s. retrouvées dans la partie haute de la vieille ville témoignent d'une immigration alémane. A partir du XIe s., l'agglomération située sur la rive sud de l'Aar appartint aux Habsbourg. Les constructions les plus anciennes conservées jusqu'à nos jours sont la tour Noire près du pont (probablement de la seconde moitié du XIIe s.), la maison dite des Autrichiens sur la Hofstatt à l'est de la ville, laquelle servit d'abord de résidence aux Habsbourg, puis de cantonnement occasionnel à partir, semble-t-il, du XIIIe s. Après être passé à la branche aînée, B. fut pillé en 1242 au cours des conflits entre Habsbourg. Au XIIIe s., B. devint une ville (marché peu après 1200, première mention d'un bourgeois en 1232, maître de la monnaie), désignée comme telle en 1254 (oppidum) et en 1266 (stat). L'empereur Rodolphe Ier qui, avant son élection, avait souvent séjourné dans la petite ville, lui octroya en 1284 des franchises sur le modèle de celles d'Aarau. Les Habsbourg continuèrent d'influencer les destinées de B. et la ville appartint à la reine Agnès de Hongrie de 1356 à 1364. Ses aspirations à une politique autonome l'amenèrent à adhérer à la grande Ligue pour la paix publique de 1333, à conclure des traités de combourgeoisie avec Baden et Mellingen en 1351, avec le couvent de Wittichen en Forêt-Noire en 1353. En 1364, les deux bailliages habsbourgeois de l'Eigenamt et du Bözberg furent placés sous le commandement militaire de la ville.

Après que Berne l'eut conquise sans coup férir en 1415, B. devint le bastion nord-est de l'Etat bernois. La ville conserva ses institutions avec, à sa tête, un avoyer, un Petit Conseil de huit membres, un Grand Conseil qui en comptait douze et un tribunal. S'y ajoutaient de nombreux organes d'administration et de contrôle. Les bourgeois de B. participèrent à la plupart des guerres confédérées. Durant la guerre de Zurich, la cité fut pillée et incendiée dans la nuit du 30 juillet 1444 par des partisans de la maison d'Autriche (Brugger Mordnacht). Vers le milieu du XVe s., d'interminables contentieux opposèrent B. aux deux bailliages voisins. Construite au début du XIIIe s., l'église Saint-Nicolas connut de nombreuses extensions entre le XIVe et le XVIe s.; elle fut notamment transformée en pseudobasilique à trois nefs et huit autels de 1479 à 1518. Outre le curé, mentionné dès 1227, on trouve très tôt trois chapelains dotés de prébendes et leur nombre augmente au XVe s. En 1469, l'hôpital du Saint-Esprit, fondé en 1450, eut son chapelain. Au bas Moyen Age, B. compta jusqu'à six confréries; on se rendait en pèlerinage à Bözen et à Zurzach.

En 1528, Berne imposa la Réforme. Les tâches pastorales incombèrent dès lors à un prédicant assisté d'un diacre; ce n'est qu'à force d'obstination que B. se vit octroyer par Berne en 1558 le choix de ses pasteurs. L'école datant des Habsbourg devint école latine d'Etat (une aile baroque ornée de peintures murales allégoriques fut construite entre 1638 et 1640); employant un maître et un proviseur, elle préparait essentiellement à l'académie de Berne. Le grand nombre de pasteurs et de savants sortis de B. lui valut le surnom de "ville des prophètes". Au XVIe s., B. connut divers aménagements: mur d'enceinte autour du faubourg (1522-1525), nouveau marché couvert (vers 1550), premier pont en pierre sur l'Aar (1577, remplacé en 1925) et nouvel hôtel de ville (1578). D'autres constructions suivirent aux XVIIe et XVIIIe s.: arsenal (1673, musée régional dès 1964), grenier (1699), magasin à sel (1732), asile des bourgeois (1747), nouvelle salle de tir (1765). Le décor baroque de l'église date de 1641-1642, sa transformation en église-halle à trois nefs de 1734-1740. 1749 vit la construction d'une première maison de campagne aux portes de la ville: le palais Frölich, devenu mairie en 1909. Un artisanat et un commerce florissants, axés sur le trafic de transit, dominaient l'économie de la cité. Avant 1604, la ville avait compté trois, puis quatre foires par an.

Les événements de 1798 furent salués par la création d'un comité révolutionnaire. La nouvelle municipalité abolit les anciens conseils. Les sociétés de l'Ancien Régime (Stubengesellschaft, sociétés de tir) furent dissoutes et leurs biens distribués. En 1802, des paysans des environs pillèrent l'arsenal (lors de la guerre des Bâtons). En 1803, B. devint chef-lieu de district du nouveau canton d'Argovie. Peu après commença la démolition des anciennes fortifications: fossés (dès 1811), portes de Zurzach (1829) et de Bâle (1832), bâtiment et porte de la douane (1835), tour du pont dans le faubourg (1836), tour du haut à l'occasion de la correction du tracé de la grand-rue (1840), Effingerhof (1864), Hallwylerhof (1882). On procéda à de petites extensions territoriales au détriment de Lauffohr (1823) et d'Umiken (1836), à de plus importantes aux dépens de Windisch (1863). B. bénéficia d'un premier raccordement ferroviaire en 1856, d'une nouvelle gare en 1868 (reconstruite en 1921); la ligne du Bözberg fut inaugurée en 1875, celle du Sud en 1882. Logée d'abord chez le buraliste et notamment à la Maison Rouge, la poste s'installa dans ses locaux en 1896. En 1866, la préfecture, jusqu'alors à la "maison des marchands", eut son bâtiment. B. fut équipée d'un réseau d'alimentation en eau en 1882, d'égouts en 1896. L'industrialisation fut d'abord timide: une imprimerie en 1864, une fabrique d'allumettes en 1882, une fabrique de machines en 1890. Elle ne réussit à s'imposer qu'après la construction d'une centrale électrique communale en 1892 (fermée en 1952): deux ateliers de tissage (1893), fabriques de câbles (1896), de cols et de chemises (1899), de tuyaux et matériels en ciment (1906), usine à gaz communale (1911, mise hors service en 1967). Ce développement amena la création de banques. Fondée en 1850, la caisse d'épargne, puis de prêt, devint en 1910 la Banque hypothécaire d'Argovie. L'arrivée d'immigrants catholiques appela la création d'une communauté en 1900 et d'une paroisse en 1938, cette dernière recouvrant au début tout le district de B.; l'église Saint-Nicolas fut inaugurée en 1907. La même année se constitua la paroisse réformée. D'autres institutions s'installèrent à B. au long des XIXe et XXe s.: la place d'armes des pontonniers après 1848 (utilisée plus tard par les troupes du génie), l'école d'agriculture en 1887, le secrétariat de l'Union suisse des paysans en 1897, l'hôpital pédiatrique Urech, le premier du genre en Argovie, en 1866 (home protestant d'enfants depuis 1947), l'hôpital de district en 1913, la bibliothèque municipale en 1864 et le musée de Vindonissa en 1912. L'école latine devint école secondaire en 1817, puis école de district en 1835. On construisit pour cette dernière le bâtiment Hallwyl en 1883 (refait en 1968), une salle de gymnastique en 1888. D'autres constructions scolaires et sportives suivirent. Devenue école professionnelle de commerce en 1909, une école des arts et métiers s'ouvrit dans les années 1870; l'école normale cantonale existe depuis 1973. Dans l'entre-deux-guerres, de petits établissements industriels produisant principalement des machines, des couleurs, des gaufrettes se sont installés à B. La piscine publique date de 1937. Plus récemment, depuis 1971 surtout, on a vu se développer le quartier du Neumarkt qui, avec ses grands magasins et ses commerces de détail, donne à B. des allures de grande ville; il accueille depuis 1967 le centre gériatrique. Une voie de contournement franchissant l'Aar sur un nouveau pont décongestionne la vieille ville depuis 1980. Au Wildischachen, une zone industrielle s'est développée pour accueillir des entreprises nouvelles ou désireuses de s'agrandir. Le secteur tertiaire n'en dominait pas moins en 1990 avec 70% des emplois, alors que le primaire avait chuté en dessous de 0,5%. Le rôle régional de la commune est également illustré par un nombre élevé d'immigrants journaliers (71% en 1990). Le Rutenzug, cortège de la jeunesse remontant au XVIe s., est la principale attraction de l'année.


Bibliographie
MAH AG, 2, 1953, 231-232, 256-340 (avec bibliogr. jusqu'en 1950 env.)
– M. Banholzer, Geschichte der Stadt Brugg im 15. und 16. Jahrhundert, 1961
– M. Banholzer, P. Bieger, éd., Alt Brugg, 1984
– H. Mühlemann et al., Brugg, 1984

Auteur(e): Max Banholzer / WW