12/05/2009 | communication | PDF | imprimer | 

Paysans, guerre des (1525)

On appelle guerre des Paysans allemands le grand soulèvement qui toucha en 1525 une large partie de l'Allemagne méridionale, dépassant donc le cadre régional qui était généralement celui des nombreuses révoltes paysannes du bas Moyen Age, dont il se distingue aussi par la portée des buts poursuivis: les Douze Articles de Memmingen (qui constituaient son programme) ne se contentaient pas de protester contre l'élévation des redevances féodales et les pratiques injustes des seigneurs, mais revendiquaient, en partant d'une critique fondée sur la théologie réformée, une déféodalisation du droit, de l'Etat et de l'Eglise. Les rebelles remettaient radicalement en question la mainmise de la noblesse et du clergé sur le pouvoir. On parle donc à bon droit d'un mouvement révolutionnaire, qui voulait faire de l'Evangile, du droit voulu par Dieu et du bien commun la norme contraignante de l'ordre social.

L'appellation guerre des Paysans fait penser que le soulèvement de 1525 ne fut le fait que des populations rurales, mais en réalité, les bourgeois des villes y participèrent aussi. Les ligues de conjurés se voyaient comme des associations chrétiennes et estimaient que leur mouvement était celui de l'"homme du commun" (gemeiner Mann). En outre, le terme de "guerre" met l'accent, dans une perspective événementielle, sur le côté spectaculaire des succès militaires initiaux des ligues, puis des massacres qui suivirent en été 1525. Il tend à occulter le fait que le soulèvement fut un mouvement politique qui visait à imposer, contre les rapports de pouvoir et structures juridiques existants, un nouvel ordre social basé sur l'Evangile et l'organisation communale.

Le soulèvement gagna en très peu de temps la plupart des seigneuries laïques et ecclésiastiques, y compris les territoires des villes d'Empire, de la Lorraine au Tyrol et de la Thuringe à la Confédération. Son immense écho ne peut s'expliquer que par l'attirance exercée sur l'homme du commun par le message de la Réforme qui, particulièrement dans sa variante zwinglienne, s'accordait avec l'idée très répandue d'une organisation sociale d'inspiration chrétienne, égalitaire et coopérative. Cette société communaliste et corporative ne laissait aucune place au pouvoir et aux privilèges de la noblesse et du clergé.

Au nord du Rhin, les conflits s'envenimèrent. Ils se terminèrent par une défaite totale du mouvement et toute participation des sujets à la vie politique fut durablement exclue dans les Etats allemands. Dans la Confédération en revanche, le recours à la violence resta limité. Le dialogue entre les sujets et les autorités ne fut jamais complètement rompu et rares furent les cas où l'on fit parler les armes. Les buts politiques des sujets, campagnards ou citadins, reflétaient la diversité des statuts juridiques et des rapports de pouvoir régnant dans les cantons confédérés et dans les bailliages communs. Les idées de la Réforme commencèrent à gagner la campagne zurichoise en 1523; au début, les groupes anabaptistes ne furent même pas inquiétés. Les sujets zurichois contestèrent surtout les dîmes. En 1524 déjà, un conflit éclata aux confins du canton de Zurich et de la Thurgovie (sac d' Ittingen). L'année suivante, des paysans attaquèrent les couvents de Rüti et de Bubikon. La dynamique de la Réforme, notamment sous son aspect anticlérical, déborda rapidement dans les régions schaffhousoises voisines (Hallau et Schleitheim), ainsi qu'en Thurgovie, où les communes revendiquèrent non seulement la haute main sur les affaires paroissiales, mais l'autonomie politique du pays. Le bailli des Confédérés en Thurgovie, qui était à ce moment un catholique schwytzois, se retrouva au centre du conflit. Dans la campagne saint-galloise et dans le Toggenbourg, les sujets remirent fondamentalement en question l'autorité du prince-abbé. Dans la campagne bâloise et dans le canton de Berne, on discuta surtout de l'abolition du servage et de la liberté d'établissement des sujets.

Les Grisons furent avec le Tyrol l'un des pays où le mouvement de 1525 eut le plus d'influence et pratiquement le seul où triompha le principe selon lequel l'adoption de la Réforme était de la compétence des communes. En même temps, les III Ligues réussirent à priver l'évêque de Coire de l'essentiel de ses pouvoirs temporels, grâce aux articles d' Ilanz de 1524 et 1526.


Bibliographie
– P. Blickle, éd., Aufruhr und Empörung?, 1980
– P. Blickle, éd., Bauer, Reich und Reformation, 1982
– Ch. Dietrich, Die Stadt Zürich und ihre Landgemeinden während der Bauernunruhen von 1489 bis 1525, 1985
– P. Blickle, éd., Zugänge zur bäuerlichen Reformation, 1987
– P. Blickle, Die Revolution von 1525, 31993
– H. Buszello et al., éd., Der deutsche Bauernkrieg, 31995

Auteur(e): Hans von Rütte / PM