Alliance de sociétés féminines suisses (ASF)

Soucieuses d'améliorer la formation professionnelle et le statut juridique des femmes, les présidentes des sociétés féminines progressistes de Berne (Helene von Mülinen), Zurich (Emma Boos-Jegher), Lausanne (Marguerite Duvillard-Chavannes) et Genève (Camille Vidart) tentèrent, lors du Ier congrès des intérêts féminins en Suisse qu'elles organisèrent en 1896, de grouper en une organisation faîtière toutes les sociétés cantonales partageant leurs objectifs (Sociétés). Lancé trois ans plus tard, leur manifeste en faveur de cette Alliance de sociétés féminines suisses, qui devait voir le jour en 1900, proposait comme buts encouragement mutuel, démarches communes pour influencer les groupes de décision politiques et participation appropriée des femmes suisses au mouvement féministe international (Mouvement des femmes). Les associations professionnelles d'institutrices et de sages-femmes furent les premières à s'intéresser à la nouvelle organisation. Jusqu'en 1945, 250 sociétés féminines de toutes tendances y adhérèrent.

Lors de la rédaction du Code civil suisse (1912), l'ASF tenta, sans succès d'ailleurs, d'y faire inscrire le principe de la séparation des biens et une amélioration du statut des enfants illégitimes. Ses efforts portèrent alors essentiellement sur l'élaboration de nouvelles dispositions légales: articles du nouveau Code pénal concernant les mœurs (mouvement pour le Relèvement moral), protection de la Maternité et prise en compte des femmes par les caisses-maladie et l'AVS. Dès 1909, l'ASF abandonna la propagande pour le droit de vote des femmes à l'Association suisse pour le Suffrage féminin nouvellement créée, tout en soutenant vigoureusement cette dernière.

Le Travail féminin, la formation des femmes et l'Economie domestique furent également des objectifs majeurs de l'ASF. Des enquêtes furent consacrées aux conditions de travail dans l'industrie et les services. En participant à la mise en œuvre des lois sur le travail à domicile et sur les fabriques, l'ASF s'efforça de parer à l'exploitation de la main-d'œuvre féminine. Elle voulut régler par des contrats les rapports entre maîtresses et personnel de maison. Elle se battit pour l'enseignement ménager obligatoire et pour la reconnaissance du métier de ménagère (Travaux ménagers). A l'initiative du IIe congrès des intérêts féminins, une centrale pour les professions féminines s'ouvrit en 1923. En sus de ses activités d'information, elle exerça une influence politique, en lançant en particulier des pétitions au moment où la crise entraînait une régression des emplois féminins, malgré le succès remporté par l'Exposition nationale suisse du travail féminin de 1928 (Saffa).

Grâce à sa participation à la défense nationale (Service féminin de l'armée (SFA)) et aux commissions des offices pour l'assistance et pour le ravitaillement durant la Deuxième Guerre mondiale, l'ASF devint l'interlocuteur privilégié de la Confédération en matières féminines. Elle représenta aussi la Suisse auprès des organisations féminines internationales, collabora à la SdN, à l'Unesco à partir de 1945.

Les modifications apportées aux statuts en 1949 permirent à l'ASF d'accueillir des organisations qui comptaient aussi des hommes, telles que les associations pour le suffrage féminin, ainsi que le Secrétariat féminin suisse fondé en 1943. La campagne "A travail égal, salaire égal" et la Saffa de 1958 avec sa revendication du "modèle des trois phases" (formation et métier, maternité et famille, réintégration dans le métier) marquèrent la période de haute conjoncture (Egalité féminine). L'ASF contribua également à améliorer le statut de la femme en revalorisant le travail ménager et en marquant de son empreinte le droit matrimonial et celui de l'enfant. Dès 1970, l'ASF déplora une perte d'influence due à la disparition du Schweizer Frauenblatt, de ses services de presse et de documentation, mais aussi à une certaine allergie aux remises en question du Rôle des sexes traditionnel. Même les IVe et Ve congrès tenus en 1975 et 1996 ne purent freiner cette évolution. La Commission fédérale pour les questions féminines reprit un certain nombre des attributions de l'ASF en dépit des réserves initiales de cette dernière. En 1986, le transfert du secrétariat aux archives du mouvement féminin suisse à Worblaufen (fondation Gosteli) donna cependant un nouvel élan à l'ASF. En 1999, l'ASF prit le nom d'Alliance F. Créée à l'occasion du Ve congrès, la communauté de travail "Femme 2001" s'évertue à faire réviser le "modèle des trois phases". L'extension à toute la Suisse du "modèle tessinois" dans les domaines de l'éducation préscolaire et primaire devrait permettre de concilier travail professionnel et maternité.


Fonds d'archives
– Gosteli-Stiftung, Worblaufen
Bibliographie
– S. Woodtli, Du féminisme à l'égalité politique, 1977 (all. 1975)
– B. Schnegg, A.-M. Stalder, «Zur Geschichte der Schweizer Frauenbewegung», in Die Stellung der Frau in der Schweiz, 1984, 5-28
– B. Messmer, Ausgeklammert - Eingeklammert, 1988
– B. Messmer, «Die Organisationsstruktur der schweizerischen Frauenbewegung bis zur Reorganisation von 1949», in Passé Pluriel, éd. B. Prongué et al., 1991, 107-116
– S. Hardmeier, Frühe Frauenstimmrechtsbewegung in der Schweiz, 1997
Frauen Macht Geschichte: frauen- und gleichstellungspolitische Ereignisse in der Schweiz 1848-1998, parties 1 et 2, 1998-1999
– M. B. Broda et al., «Die alte und die neue Frauenbewegung», in Dynamisierung und Umbau, éd. M. König et al., 1998, 201-226
– M. Gosteli, éd., Hist. oubliée, 2 vol., 2000
– S. Redolfi, Frauen bauen Staat: 100 ans Alliance de sociétés féminines suisses, 2000 (avec résumé en franç.)

Auteur(e): Elisabeth Joris / WW