05/07/2012 | communication | PDF | imprimer | 

Associations ouvrières allemandes

L'édition imprimée de cet article comporte des images. Commandez le DHS chez notre éditeur.

Les premières associations ouvrières allemandes furent fondés par des Réfugiés à Bâle (1832), Bienne, Berne, Saint-Gall (1833), Genève et Zurich (1834). Elles devaient favoriser les contacts, la formation et la discussion d'idées tout d'abord libérales et républicaines (Opinion publique), puis à partir des années 1840 socialistes et communistes. Leurs effectifs, formés d'artisans et d'intellectuels, n'atteignirent pas le millier. Les associations ouvrières allemandes agissaient aussi comme sociétés secrètes. A la suite d'interventions étrangères, elles furent interdites à plusieurs reprises et leurs membres furent expulsés; ce fut le cas par exemple des partisans de la Jeune Allemagne en 1834-1836 (Jeune Europe), puis de ceux de Wilhelm Weitling en 1841-1843.

Pendant la révolution de 1848-1849, les associations ouvrières allemandes servirent de bases organisationnelles aux francs-tireurs opérant au sud de l'Allemagne. Après la défaite des insurgés, le Conseil fédéral mit fin en février-mars 1850 à leurs tentatives de réorganisation en faisant arrêter et expulser les participants à la "journée de Morat" et en interdisant les sociétés en majorité socialistes (Mouvement ouvrier).

Les travailleurs allemands se regroupèrent alors dans des associations culturelles cultivant les contacts, l'entraide et diverses formes de nationalisme allemand. Une organisation centrale fut créée en 1853; en 1865, elle comptait quelque 3000 membres et 58 sections, dans les villes comme dans les régions rurales. Elle avait un organe, le Felleisen (le havresac), qui parut de 1862 à 1874. Les membres, dont l'effectif était très variable, étaient surtout des artisans qualifiés. Influencés par les idées libérales d'entraide d'Hermann Schulze-Delitzsch, les associations ouvrières allemandes se consacraient à la formation, soutenaient le compagnonnage, fondaient des caisses d'entraide, des sociétés exploitant des cantines et des coopératives (Mouvement coopératif). Le glissement du mouvement ouvrier allemand et international vers le socialisme et l'unification allemande provoquèrent une crise et la dissolution de l'organisation centrale (appelée Zentralisation, 1875).

Les associations ouvrières allemandes abandonnèrent dès lors le Deutsch de leur nom. Les associations ouvrières conservèrent le souci de la formation de leurs membres, mais se tournèrent davantage vers la défense de leurs intérêts de classe. A la fin de 1880, les socialistes allemands présents en Suisse fondèrent le Landesausschuss der organisierten deutschen Socialisten in der Schweiz (comité national des organisations socialistes allemandes en Suisse; abrégé LA) avec siège à Zurich. Le LA comptait des membres sociaux-démocrates et ses hommes de confiance soutenaient le parti socialiste devenu illégal en Allemagne (1878-1890). Il se consacrait par ailleurs à la formation politique et à la propagande et laissait aux associations ouvrières la sociabilité et l'assistance. Après la fusion du LA avec les socialistes austro-hongrois en 1899, l'effectif des membres de la nouvelle organisation oscilla, de cette date à 1914, entre 2600 et 3850, celui des sections entre 28 et 43. La guerre mit fin au long débat sur un nouveau rattachement du comité national au Parti socialiste (PS). En 1880 en effet, après la dissolution de la Fédération ouvrière suisse, les étrangers avaient été exclus du nouveau parti. Ayant perdu nombre de leurs membres, les associations ouvrières allemandes se dissolvèrent ou fusionnèrent avec des organisations suisses.

Les associations ouvrières allemandes ont influencé le mouvement ouvrier suisse à deux titres: par la participation d'Allemands à la création de nombre d'organisations ouvrières suisses d'une part, en mettant des Suisses en contact avec la pensée socialiste d'autre part.


Bibliographie
– W. Schieder, Anfänge der deutschen Arbeiterbewegung, 1963
– W. Kowalski éd., Vom kleinbürgerlichen Demokratismus zum Kommunismus, 1, 1967 (21983)
– K. Urner, Die Deutschen in der Schweiz, 1976
– Gruner Arbeiter
– H.-J. Ruckhäberle éd., Bildung und Organisation in den deutschen Handwerksgesellen- und Arbeitervereinen in der Schweiz, 1983
– Gruner, Arbeiterschaft, 3

Auteur(e): Markus Bürgi / ME