• <b>Mouvement coopératif</b><br>Source: H. Ritzmann-Blickenstorfer, éd.,  <I>Statistique historique de la Suisse</I> , 1996   © 2003 DHS et Atelier Marc Zaugg, Berne. L'<I>Annuaire statistique de la Suisse</I> de 1958 fut le dernier à présenter de manière détaillée (par secteur) les coopératives inscrites au registre du commerce.

Mouvement coopératif

Une coopérative (all. Genossenschaft, terme qui désigne aussi dans cette langue la communauté, type d'organisation sociale apparu au Moyen Age) est une entreprise associative basée sur l'idée de l'aide mutuelle. Il en existe différents types: coopératives de production, coopératives de consommation, coopératives agricoles, coopératives d'habitation (Construction de logements), coopératives d'épargne et de crédit (caisses Raiffeisen, Caisses d'épargne et de crédit), ainsi que les sociétés coopératives de droit public.

L'ensemble des démarches coopératives constitue ce que l'on appelle le mouvement coopératif, qui cependant n'est pas une organisation structurée ayant un objectif commun. Il naît au XIXe s. et ses racines sont diverses: elles sont à chercher dans la tradition des corporations de droit public, comme les communautés de vallée ou d'alpage, dans les fondations de type paternaliste et philanthropique, dans le réformisme social et dans l'idée de l'aide mutuelle vue comme un moyen de réaliser une société socialiste.

Les coopératives de consommation, en particulier, eurent une grande importance économique. Leur ascension, au cours de la seconde moitié du XIXe s., tint en grande partie aux défaillances des détaillants sur le marché libre (approvisionnement déficient et prix élevés). Elles furent précédées par des associations d'ouvriers, d'artisans ou de paysans, qui, parfois avec le soutien d'industriels, achetaient à un prix avantageux du grain, des denrées alimentaires ou du combustible et faisaient confectionner du pain (Boulangerie mutuelle à Genève en 1837, société anonyme de boulangerie de Schwanden en 1839). Ces organisations se limitaient souvent à quelques produits ou à un cadre local, ou n'étaient mises sur pied que dans des situations d'urgence. La fondation de la coopérative de consommation de Zurich (1851), par Karl Bürkli et Johann Jakob Treichler, permit, dans la seconde moitié du XIXe s., une diversification des assortiments et déboucha sur des tentatives de coordination (conférence des coopératives de consommation suisses en 1853 à Zurich, 104 délégués venant de trente-quatre sociétés), qui n'aboutiront toutefois qu'en 1890 avec la fondation de l'Union suisse des coopératives de consommation, rebaptisée Coop en 1970. Le mouvement coopératif connut un nouvel essor dans les années 1860, avec l'adoption, en 1863, des principes de la coopérative anglaise de Rochdale par la coopérative de consommation de Schwanden et, un an plus tard, avec la fondation de la coopérative de consommation de Bâle. L'idée coopérative se répandit aussi en Suisse italienne vers le milieu du XIXe s., grâce à des intellectuels radicaux issus du mouvement ouvrier. Le retard économique du Tessin empêcha cependant une implantation durable. Bien que les influences les plus diverses, anglaises avec Robert Owen et Rochdale, françaises avec Charles Fourier et allemandes avec Victor-Aimé Huber et Hermann Schultze-Delitzsch, aient joué un rôle dans le développement du mouvement coopératif suisse, ses promoteurs, comme Karl Bürkli et, à Bâle, Johann Friedrich Schär, se référèrent toujours aux traditions de l'ancienne Confédération. Il en résulta une grande proximité du mouvement coopératif avec l'aile grutléenne (Société du Grutli) du mouvement ouvrier. La coopérative comme forme juridique fut inscrite en 1881 dans le Code des obligations.

Le mouvement connut son apogée à la fin du XIXe s. C'est alors que le nombre des coopératives augmenta le plus fortement (373 en 1883, 1551 en 1890, 7113 en 1910, env. 11 000 à la fin de la Première Guerre mondiale, un peu plus de 12 000 en 1957). Vers 1900, près de la moitié d'entre elles était des coopératives agricoles. Ensuite, le mouvement gagna le secteur des services (approvisionnement en électricité, en eau, Banque centrale coopérative). En même temps apparurent les premières caisses Raiffeisen, actives principalement dans la collecte de l'épargne et sur le crédit hypothécaire. Les coopératives de construction et d'habitation se multiplièrent surtout après la Deuxième Guerre mondiale. Au XXe s., l'extension la plus marquante résulta de la transformation en coopérative de la Migros, en 1941, sous l'égide de Gottlieb Duttweiler, qui cependant était motivé moins par l'aspect associatif de la formule que par son adéquation à l'intérêt du consommateur et à l'idée de "capital social", ainsi que par ses avantages fiscaux. Ce point de vue gagna aussi les coopératives de consommation traditionnelles.

Le modèle politique coopératif (transformation de la société capitaliste en une société d'économie communautaire) n'eut jamais une forte influence. Néanmoins, le mouvement ouvrier considérait les coopératives comme l'un de ses trois piliers, avec le parti et les syndicats. Ces derniers eurent un certain pouvoir sur les coopératives de consommation et soutinrent la création de coopératives de production. Dès ses débuts, le parti socialiste mit à son programme l'encouragement aux coopératives. Une proposition de révision présentée par Stefan Gschwind, pionnier bâlois du mouvement coopératif (remplacer l'étatisation des entreprises, comme instrument central de la transition vers le socialisme, par leur transformation en coopératives) fut repoussée en 1895. Après la Première Guerre mondiale, sauf chez les partisans du socialisme religieux de Leonhard Ragaz, les coopératives ne furent plus guère reconnues comme un moyen capable de se substituer au système en place. Leur promotion resta cependant au programme du PS et se traduisit concrètement surtout dans le domaine de la construction de logements sociaux, telle que la favorisèrent les articles économiques, introduits dans la Constitution en 1947 (art. 34sexies).

<b>Mouvement coopératif</b><br>Source: H. Ritzmann-Blickenstorfer, éd.,  <I>Statistique historique de la Suisse</I> , 1996   © 2003 DHS et Atelier Marc Zaugg, Berne.<BR/>L'<I>Annuaire statistique de la Suisse</I> de 1958 fut le dernier à présenter de manière détaillée (par secteur) les coopératives inscrites au registre du commerce.<BR/>
Les coopératives de 1883 à 1957

Le mouvement coopératif ne reçut un nouvel élan qu'à partir des années 1970 avec les discussions sur l'autogestion et l'économie alternative, qui se reflétèrent dans le programme du PS de 1982. Le débat se fondait sur les expériences étrangères (Yougoslavie) et sur les coopératives et entreprises collectives qui venaient d'apparaître dans le secteur des services et de la construction. Leur importance économique resta toutefois marginale. En 2006, 11 609 coopératives étaient enregistrées en Suisse. La coopérative s'est imposée comme une simple forme juridique, dont l'emploi ne correspond plus que rarement à des choix sociopolitiques.


Sources imprimées
Stat. hist.
Bibliographie
– L. Rosenfeld, Stefan Gschwind, ein Genossenschaftspionier, 1968
– E.-B. Blümle, éd., Genossenschaftswesen in der Schweiz, 1969
– A. Lasserre, La classe ouvrière dans la société vaudoise, 1973, 413-420
– T. Holenweger, W. Mäder, éd., Inseln der Zukunft?, 1979
– F. Poli, Nascita e sviluppo del movimento cooperativo di consumo in Ticino (1853-1920), mém. lic. Fribourg, 1982
– J.-F. Steiert, La coopération de consommation et de production en Suisse de 1850 à 1890, mém. lic. Fribourg, 1989
– V. Winkler, Coop und Migros, 1991
– R. Purtschert, éd., Das Genossenschaftswesen in der Schweiz, 2005

Auteur(e): Ruedi Brassel-Moser / OME