• <b>Voyages</b><br>Frontispice, gravé par  Conrad Meyer,   d'un recueil de divers récits de voyages effectués dans les pays lointains, édité par le chirurgien Hans Jakob Ammann et imprimé à Zurich en 1677 (Zentralbibliothek Zürich, Abteilung Alte Drucke und Rara). Le recueil contient quatre comptes-rendus de séjours en Terre sainte, en Jamaïque, dans les Caraïbes et en Afrique, rédigés par des Zurichois au XVII<SUP>e</SUP> siècle. Conrad Meyer illustre le frontispice avec une vue stéréotypée de Jérusalem, deux figures imaginaires d'indigènes et un paysage de fortifications danoises sur une côte africaine.

Voyages

On entend habituellement par voyage le déplacement (pendant un certain temps) d'une personne ou d'un groupe de personnes d'un lieu à un autre, qui peut s'effectuer à pied ou par divers moyens de transport et sur différentes voies de communication. Les voyages sont entrepris pour des raisons très variées et ne peuvent pas toujours être distingués clairement des phénomènes de migration (Migrations intérieures, Emigration, Immigration).

1 - Antiquité

Alors qu'il existe des sources écrites (Pausanias par exemple), relatant des voyages de groupes ou d'individus dans la Grèce antique (se rendant aux Jeux olympiques ou autres jeux, notamment) et en Italie, on ne dispose de rien de tel pour le territoire de la Suisse à l'époque préromaine - sauf au sujet d'expéditions guerrières - et ce n'est qu'indirectement qu'on peut induire ce type d'activité. Des découvertes archéologiques attestent des échanges économiques entre la population celte et le monde grec et étrusque, mais il ne s'agit de loin pas d'un flux régulier d'importations. L'organisation de ces échanges n'est pas bien connue; on peut imaginer qu'il y avait des marchands effectuant de longues distances ou des chaînes d'intermédiaires, mais aussi des échanges entre parents et amis pour des motifs qui n'étaient pas uniquement ou principalement économiques. Des mouvements migratoires (personnes ou groupes) sont également attestés par l'archéologie au IVe s. av. J.-C. entre la Suisse et l'Europe centrale orientale (Bohême, Slovaquie, Hongrie).

A l'époque romaine, les contacts commerciaux entre la Suisse et l'espace méditerranéen s'intensifièrent (Marchands). Le vaste réseau de routes était fréquenté non seulement par des marchands, mais aussi par des fonctionnaires, des messagers, des officiers et des soldats de l'armée romaine qui avaient le droit d'emprunter le service de poste impérial (cursus publicus), à condition de posséder un diplôme (ordre de mission) remis par l'empereur. Le cursus publicus transportait des agents de l'Etat et acheminait des dépêches gouvernementales confiées à des messagers militaires en voiture, qui pouvaient parcourir des distances jusqu'à 100 km par jour en fonction des possibilités de changement de chevaux dans les relais (mutationes) ou les gîtes d'étape (mansiones), dont certains ont été identifiés en Suisse (Informations). Ce service de poste a probablement aussi été utilisé par des personnes non autorisées, ce qu'attestent des mesures prises par différents empereurs dans d'autres parties de l'Empire. On peut supposer qu'un service de poste régulier, mais aussi un transport de personnes et de marchandises, existaient notamment sur la route du Grand-Saint-Bernard qui, par le Plateau, reliait l'Italie aux camps de légionnaires établis le long de la frontière du Rhin - des tablettes votives trouvées au Grand-Saint-Bernard témoignent de la présence de marchands et de soldats. Outre ces voyages "de service", de nombreux autres, plus courts, étaient probablement effectués: les légionnaires de Vindonissa (Windisch), par exemple, se rendaient régulièrement aux thermes d'Aquae Helveticae (Baden) et les jeux organisés dans les amphithéâtres des villes colonies attiraient un public venu de loin.

Auteur(e): Cindy Eggs, Philipp von Cranach / MBA

2 - Moyen Age

Au haut Moyen Age, le trafic commercial à travers le territoire suisse diminua probablement, le commerce avec l'Orient, qui se développait, passant de plus en plus par la partie orientale de la Méditerranée, et le centre de gravité du commerce dans le royaume mérovingien s'étant déplacé vers le nord. La route du Grand-Saint-Bernard et du col de Jougne reliant l'Italie aux centres du royaume franc semble avoir conservé une certaine importance. Un nouveau type de voyageur, le pèlerin, apparut dans l'Antiquité tardive et au haut Moyen Age (Pèlerinages). Saint-Maurice devint le premier lieu de pèlerinage important de Suisse. Le pèlerinage de sainte Vérène à Zurzach a probablement commencé au Xe s.

Dans le royaume franc, comme dans les Etats qui lui succédèrent, le roi était constamment en route avec sa cour, le contact personnel avec ses vassaux étant le principal moyen qui permettait de les contrôler et de garantir ainsi l'intégrité du royaume; c'est pourquoi l'historiographie traditionnelle parle de "royauté itinérante". Les affaires administratives conduisaient le roi dans des résidences impériales (comme Zurich ou Orbe), dans des villes épiscopales (comme Bâle, Lausanne ou Genève), et plus rarement dans des abbayes. Des voyages entrepris par des évêques (par exemple pour consacrer une église) ou par des abbés (comme Bernard de Clairvaux qui séjourna plusieurs fois sur le territoire suisse) sont également bien documentés. Dès la fin du XIe s., le mouvement des croisades toucha aussi la Suisse.

Auteur(e): Cindy Eggs, Philipp von Cranach / MBA

3 - Bas Moyen Age et époque moderne

Entre le Moyen Age central et le bas Moyen Age, les infrastructures du voyage s'améliorèrent. Dès le XIIe s., plusieurs hospices sont attestés et le trafic de transit par les cols prit de l'ampleur. La mobilité des personnes s'accrut considérablement. La création de nouvelles villes et la révolution marchande entraînèrent une intensification du commerce dans tous les domaines. La Suisse centrale exporta du bétail dans les villes d'Italie du Nord (Commerce de bétail); du milieu du XIIIe au milieu du XVe s., les foires de Genève attirèrent des marchands de France, d'Italie et des Allemagnes, et, au XVIIe s., la zone d'attraction de la foire de Zurzach s'étendait de Genève à Nuremberg. Des marchands étrangers et suisses, comme Andreas Ryff, dont le petit livre de voyage est conservé, se rendaient aussi dans les très nombreux marchés annuels. Dès le XIVe s., des entreprises de roulage suisses effectuèrent des transports jusqu'en Flandres; au XVIe s., de grandes entreprises, comme celle de la famille Iselin de Bâle, assuraient un service régulier sur plusieurs lignes (Entreprises de transports). Les pèlerinages prirent aussi de l'ampleur au bas Moyen Age. Celui d'Einsiedeln devint le plus important de Suisse et le réseau des pèlerinages locaux et régionaux se densifia. L'itinérance des compagnons est attestée depuis le XIVe s.; elle fut prolongée et déclarée obligatoire au XVIe s. Des mercenaires s'engagèrent au service étranger dès la seconde moitié du XIVe s.; l'émigration militaire augmenta nettement au XVIe s. Quelques villes d'eau (Bains) connurent un fort développement au XVe s. et les auberges, de plus en plus nombreuses dès le XIIIe s., profitèrent de la présence de délégués des cantons et de puissances étrangères, et ce pas seulement dans les villes où siégeait la Diète. Des étudiants suisses se rendaient dans des universités étrangères. Au bas Moyen Age et à l'époque moderne, les routes étaient aussi fréquentées par divers spécialistes, souvent de la construction, comme des tailleurs de pierre, des charpentiers, des tuiliers, des stucateurs, des fumistes ou des fondeurs de cloches et de pièces d'artillerie (Travailleurs itinérants, Maestranze). S'y ajoutaient des hommes qui avaient juré de renoncer à tout acte de vengeance, des bannis (Bannissement), des réfugiés, parmi lesquels des juifs expulsés, ainsi que, à la période moderne, des réfugiés protestants et des vaudois.

<b>Voyages</b><br>Frontispice, gravé par  Conrad Meyer,   d'un recueil de divers récits de voyages effectués dans les pays lointains, édité par le chirurgien Hans Jakob Ammann et imprimé à Zurich en 1677 (Zentralbibliothek Zürich, Abteilung Alte Drucke und Rara).<BR/>Le recueil contient quatre comptes-rendus de séjours en Terre sainte, en Jamaïque, dans les Caraïbes et en Afrique, rédigés par des Zurichois au XVII<SUP>e</SUP> siècle. Conrad Meyer illustre le frontispice avec une vue stéréotypée de Jérusalem, deux figures imaginaires d'indigènes et un paysage de fortifications danoises sur une côte africaine.<BR/>
Frontispice, gravé par Conrad Meyer, d'un recueil de divers récits de voyages effectués dans les pays lointains, édité par le chirurgien Hans Jakob Ammann et imprimé à Zurich en 1677 (Zentralbibliothek Zürich, Abteilung Alte Drucke und Rara).
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Parmi les errants qui parcouraient le pays, on trouvait des vanniers, des brossiers, des rémouleurs, des rétameurs ainsi que des représentants d'autres métiers peu considérés, mais aussi des ménestrels, des mendiants, des tziganes, des prostituées (Prostitution) qui se rendaient dans les lieux où se tenaient les foires, les marchés annuels, les diètes et les conciles, des brigands et des heimatlos. A l'époque moderne s'ajoutèrent en outre des colporteurs (Colportage) et des marchands de bétail juifs. Pour beaucoup de personnes issues des couches sociales inférieures et les marginaux, le nomadisme était le seul mode de vie possible.

Aux XVIIe et XVIIIe s., le Grand Tour (dit aussi Tour du Chevalier), long voyage à travers l'Europe vers l'Italie, faisait partie de la formation des fils de l'aristocratie européenne. Il servait à mieux apprendre les langues étrangères, à connaître d'autres mœurs et monuments et à établir des contacts. Si, au XVIIe s., la Suisse n'était encore qu'une étape vers l'Italie, elle devint de plus en plus souvent, au XVIIIe, le but du voyage, souvent entrepris aussi par des représentants de la haute bourgeoisie (Voyages en Suisse). Cette évolution alla de pair avec la découverte des Alpes par des écrivains, des artistes et des scientifiques.

A l'époque moderne, les premiers missionnaires suisses se rendirent à l'étranger. Quarante-cinq jésuites environ rejoignirent différents pays, dont l'Inde, alors que des capucins travaillaient dans des missions en Russie au XVIIIe s.

Auteur(e): Cindy Eggs, Philipp von Cranach / MBA

4 - XIXe et XXe siècles

L'arrivée du chemin de fer et du bateau à vapeur (Navigation) au XIXe s., celle de l'automobile et de l'avion (Aviation) au XXe, avec le développement des infrastructures qui accompagnaient ces nouveaux moyens de transport, rendirent les voyages plus rapides et moins onéreux. Vers le milieu des années 1880, des hôtels remplacèrent par endroits les auberges et les hospices (Hôtellerie). Ouverts dans des villes d'une certaine importance ou dans des stations des Alpes, ils furent surtout fréquentés, jusque dans l'entre-deux-guerres, par des hôtes issus des classes privilégiées. Les touristes anglais notamment contribuèrent largement au développement de l'alpinisme et du tourisme en Suisse.

L'augmentation du revenu réel et la généralisation du droit aux vacances des employés entre les deux guerres et surtout dès les années 1950 favorisèrent le tourisme de masse. Dans les années 1960, on allait à la mer en été et à la montagne en hiver; dès les années 1980 apparurent différentes formes de voyages plus lointains, intercontinentaux, grâce à la baisse progressive des tarifs de vol. Mais l'accroissement général de la mobilité s'explique aussi par les migrations internationales de travailleurs et l'interdépendance croissante des économies nationales dans un marché mondial des marchandises, du capital et des services (Globalisation).

L'entreprise Kuoni, première agence de voyages suisse créée en 1906, fut bientôt suivie par d'autres. Fondée en 1928, la Fédération suisse des agences de voyages représentait en 2010 quelque 900 organisateurs de voyages et environ 120 entreprises des secteurs amont et aval (compagnies aériennes, sociétés de location de voitures, etc.). En 2011, les Suisses entreprirent 16,3 millions de voyages avec nuitées, dont 5,8 millions en Suisse et 10,5 millions à l'étranger (12% en Italie, 11% en Allemagne, 10% en France). Les vacances et la détente en constituaient la motivation principale (71%). Le nombre de voyages sans nuitée s'élevait à 63,8 millions (cette statistique exclut les déplacements liés à des activités régulières et répétées).

Auteur(e): Cindy Eggs, Philipp von Cranach / MBA

Références bibliographiques

Bibliographie
– N. Ohler, Reisen im Mittelalter, 1989 (42004)
Col bastone e la bisaccia per le strade d'Europa, 1991
LexMA, 7, 672-683
– A. Esch, Alltag der Entscheidung, 1998
– H.-J. Gilomen et al., éd., Migrations vers les villes, 2000
– B. Schumacher, Ferien, 2002
– G. Knoll, Kulturgeschichte des Reisens, 2006
– R. Hachtmann, Tourismus-Geschichte, 2007
– A. Radeff, «Entre l'Alsace et Milan: centralité/décentralité dans le canton suisse de Waldstätten à la fin du XVIIIe s.», in Les fruits de la récolte, éd. J.-F. Chauvard, I. Laboulais, 2007, 421-436
– E. Bourdon, Le voyage et la découverte des Alpes, 2011

Auteur(e): Cindy Eggs, Philipp von Cranach / MBA