28/10/2010 | communication | PDF | imprimer

Chauffage

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Durant la préhistoire, les habitations étaient chauffées par un foyer ouvert. Les Romains introduisirent dans le territoire de la Suisse actuelle le système de l'hypocauste: on chauffait le sol par des tuyaux souterrains qui répartissaient la chaleur partant d'un calorifère (Logement). Ce type de chauffage fut répandu en Suisse de la fin du Ier s. jusqu'au IVe s. apr. J.-C., dans les agglomérations citadines surtout.

Les débuts du poêle en faïence remontent au Moyen Age (Poêles). Les plus anciennes catelles (carreaux) non émaillées que l'on ait retrouvées datent des XIe et XIIe s. et ressemblent à la vaisselle qu'on employait à l'époque (catelles dites "assiette", "champignon" et "gobelet"). Les catelles émaillées à relief commencèrent à s'imposer au XIVe s. Jusqu'à la fin du Moyen Age, les poêles en faïence restèrent réservés aux gens de cour et aux classes supérieures des villes. Un poêle valaisan du deuxième quart du XIVe s, reconstitué à partir de fragments, représente un tournoi princier. Sous la terrasse de la collégiale de Berne, on a exhumé 2500 morceaux de carreaux.

C'est sans doute au XVIe s. qu'une grande partie de la population de la Suisse centrale, septentrionale et orientale passa de la cheminée au poêle, ce qui représente une véritable césure dans l'histoire du chauffage. La dégradation du climat et la diminution des ressources en bois, de même que le désir de se tenir dans des pièces chauffées autres que la cuisine - et non enfumées -, jouèrent certainement un rôle déterminant. Du foyer muré installé dans la cuisine, parfois même garni de fonte à partir du XVIIIe s., on faisait passer la chaleur vers un poêle à banquette, recouvert de molasse ou de pierre ollaire dans les régions alpines. Winterthour devint aux temps modernes le centre de fabrication de poêles. De nombreux hôtels de ville et maisons communales, des sièges de corporations furent équipés de poêles représentatifs du prestige de ces lieux, notamment à Lucerne (1604), Coire (1632) et Schwytz (1666).

Aux XVIIe et XVIIIe s., les poêles commencèrent à apparaître dans les maisons paysannes. Les catelles étaient souvent du matériau de réemploi, provenant de la ville. Ce mode de chauffage qui passe aujourd'hui pour typiquement campagnard est en fait un dérivé de la culture des cours et des villes. Dans les régions limitrophes de la Suisse romande et italienne, la cheminée domina jusqu'au XIXe s. Dans le Jura, on s'en tint à un mélange archaïque entre le feu de cheminée et le poêle: on allumait le feu à la cuisine, mais une partie de la chaleur était dérivée dans la pièce voisine à l'aide d'une taque.

Aux XVIIIe et XIXe s., la production industrielle de poêles en fonte s'imposa. Avec cette seconde césure, le chauffage n'était plus obligatoirement lié à la cuisine et à la salle de séjour. Les frères Johann Jakob et Salomon Sulzer introduisirent en Suisse, selon le modèle anglais et américain, le chauffage central à vapeur en 1841. Son usage et celui de l'eau chaude ne se répandirent dans les habitations qu'après la Première Guerre mondiale. Les premières usines de chauffage à distance virent le jour à Zurich (1928, usine d'incinération des déchets), Lausanne (Pierre-de-Plan, 1936) et Berne (1954).

Dans la première moitié du XXe s., on utilisait surtout du charbon et du bois pour se chauffer. Ils furent évincés par le pétrole après la Deuxième Guerre mondiale et le gaz naturel à partir des années 1970. La crise pétrolière de 1973 et une conscience croissante de l'environnement dans les années 1980 ont favorisé les méthodes alternatives: panneaux solaires, pompes thermiques, couple chaleur-force. Grâce à des méthodes de réglage ultra-modernes, le chauffage au bois redevient une solution respectueuse de l'environnement.


Bibliographie
– D. Meili, Schweizer Bauernhaus, 1984, 159-168
– W. Drack, «Die römische Kanalheizung der Schweiz», in ASSPA, 71, 1988, 123-159
– G. Irion, P. Brügger, éd., Wie die Heizung Karriere machte, 1991
– E. Roth Kaufmann et al., éd., Spätmittelalterliche reliefierte Ofenkeramik in Bern, 1994

Auteur(e): Martin Illi / WW