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Aarau

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Commune AG, district d'Aarau, chef-lieu de canton et de district, comprenant Rohr (AG) depuis 2010. La vieille ville occupe une hauteur au bord de l'Aar, sur la rive droite; elle comprenait quatre quartiers (dits Stöcke), ordonnés autour de deux rues en croix; les faubourgs au sud et à l'est remontent au Moyen Age. Au début du XIXe s., la commune fut agrandie aux dépens de celle de Suhr. 1248 Arowe, vers 1250 Arowa. Première mention en tant que ville en 1256.

Etape d'une route reliant dès l'Antiquité Jura et Plateau par un pont sur l'Aar, gare de la ligne Berne-Zurich, station de tête des chemins de fer du Wynental et du Suhrental, A. est le siège des autorités cantonales, le noyau d'une agglomération passée de 30 000 hab. en 1941 à env. 60 000 en 1990 et un centre pour l'administration, le commerce et divers autres services.

Population
AnnéeHabitants
1558env. 1 200
17641 868
17982 458

Année 18501880a19101930195019701990
Habitants 4 6575 9149 59311 66614 28016 88116 481
LangueAllemand 5 8658 69511 11613 39213 90813 459
 Français 43207200317266165
 Italien 106442664511 888873
 Autres 2647841208191 984
ConfessionProtestants 4 8436 8788 48010 05310 1458 183
 Catholiques 1 0292 5482 9673 9896 3545 446
 Autres et sans confession 721672192383832 852
 dont sans confession      1 391
NationalitéSuisses4 2995 3817 98610 47213 37313 78213 146
 Etrangers3585331 6071 1949073 0993 335

a Habitants et nationalité: population résidante; langue et confession: population «présente»

Sources:StAAG et OFS

1 - Premières traces de peuplement

On ne connaît que quelques vestiges isolés pour le Néolithique. Un habitat du Bronze (vers 1000 av. J.-C.) a été fouillé à la rue de la Gare, axe dont le tracé coïncide avec la voie romaine de Salodurum (Soleure) à Vindonissa (Windisch). On a trouvé des maisons romaines dans la vieille ville et sur le site de l'hôpital cantonal. En 1976, des plongeurs ont découvert dans l'ancien cours de l'Aar les travées d'un pont en chêne, large de 7 m. Construit sans doute au Bas-Empire, il est donc antérieur à la fondation de la ville, de même que plusieurs villages, dont l'un à la Telli avait une église et un cimetière, explorés en 1958-1959. Les tombes étaient sans mobilier, les défunts appartenaient presque tous à la population préalémanique.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

2 - Du Moyen Age à l'Helvétique

2.1 - Du XIIIe siècle à 1415

La tour du Schlössli (petit château) fut bâtie à l'est du futur site d'A. vers 1200. Un village avec moulin et taverne se trouvait à l'emplacement du faubourg, au carrefour des routes nord-sud et est-ouest. Entre 1240 et 1250, les comtes Hartmann IV et Hartmann V de Kibourg fondèrent la ville d'A. sur un territoire détaché de la juridiction de Suhr, où ils possédaient les haute et basse justices. Un château fort (tour Rore ou château de la ville) dominait la localité ceinte de murailles. La ville fortifiée fut agrandie vers le sud jusqu'à la porte Supérieure (Obertor), vers l'est jusqu'à la porte Saint-Laurent et jusqu'à la falaise au nord (première moitié du XIVe s.), puis vers l'ouest, en incluant la Halde et son couvent (seconde moitié du XIVe s.). Cette seconde enceinte comportait des doubles portes et des tours; elle était renforcée par un bastion du côté du pont. Un large fossé au sud et à l'est séparait la ville du faubourg, qui ne fut jamais fortifié.

Des bourgeois d'A. sont cités en 1267. Les termes avoyer, conseil et commune sont en 1270 les premiers indices d'une organisation urbaine. Rodolphe Ier de Habsbourg acquit la ville en 1273 et lui octroya le 4 mars 1283 des franchises sur le modèle de Winterthour, renouvelant le droit de marché et délimitant le territoire bénéficiant de la paix du marché. Les bourgeois avaient le droit de tenir des fiefs, mais restaient les "hommes" des Habsbourg. Ils se donnèrent un statut autonome en 1301, puis acquirent le droit d'élire l'avoyer et obtinrent en 1337 l'abolition des privilèges fiscaux de la noblesse; seule la tour Rore resta franche d'impôts. De la bourgeoisie se dégagea tôt un patriciat de type ouvert, rassemblant la noblesse rurale, les propriétaires fonciers et les artisans aisés. Au-dessous, on trouvait les petits artisans et commerçants, les fermiers, les journaliers. Les habitants avaient les mêmes devoirs que les bourgeois, mais n'étaient pas admis au gouvernement.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

2.2 - La ville municipale bernoise

Les Bernois conquirent la Basse-Argovie en 1415 avec l'aide des Soleurois; A. capitula après une brève résistance. En 1418, la ville dut prêter serment à l'Empire, puis à Berne (souverain unique dès 1461) et Soleure. A. conserva ses privilèges, tels l'élection de l'avoyer et la haute justice, mais n'eut ni la force ni la volonté de créer un territoire sujet: elle vendit en 1453 aux chevaliers de Saint-Jean (commanderie de Biberstein) la seigneurie de Königstein, acquise en 1417, et en 1576 à Berne celle d'Unterentfelden, acquise en 1411, ne gardant que le domaine de Roggenhausen, qui fut intégré au territoire municipal.

Au début, pour être bourgeois, il fallait posséder un terrain. Selon les statuts de 1510, les nouveaux arrivants devaient acquitter un droit d'entrée et dès 1569 une taxe militaire. Au XVIe s., les droits politiques passèrent entièrement aux mains des magistrats, soit, au XVIIIe s., l'avoyer en charge et le Grand Conseil (ou Rät und Burger) de quarante-cinq membres, qui élisait en son sein les dix-huit membres du Moyen Conseil et parmi eux les neuf du Petit Conseil.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

2.3 - Eglise, assistance, écoles

Située à une extrémité de la vieille ville et reconstruite en 1471-1479 par Sebastian Gisel, de Laufon, l'église Notre-Dame, mentionnée dès 1275, fut jusqu'à son érection en paroisse en 1568 une filiale de Suhr, mais dotée au XIIIe s. déjà du droit de baptême et d'inhumation. Au XIVe s., la ville obtint de Léopold Ier, duc d'Autriche, le droit de choisir le desservant. Boniface IX (le "pape de Rome") incorpora en 1400 Suhr et sa filiale d'A. au chapitre de Beromünster. Le curé Schilling, d'A., prit parti pour Zwingli à la dispute de Berne de 1528. Les bourgeois se rallièrent à la foi nouvelle le 1er mars 1528, par 146 voix contre 125. A partir de la seconde guerre de Kappel (1531), A. accueillit souvent les diètes des cantons protestants.

Des religieuses originaires de la région de Schänis reçurent de la ville, en 1270, une parcelle à la Halde pour y bâtir un couvent, qui eut sa chapelle dès 1315. L'évêque de Constance Nikolaus von Frauenfeld (1334-1344) les autorisa à adopter la règle de saint Augustin et à se placer sous la direction des dominicains de Zurich (aussi est-il parfois question de "dominicaines"); nommées aussi sœurs de Sainte-Ursule au début du XVe s., elles se recrutaient dans la bourgeoisie d'A. Moins bien connus, trois autres couvents de femmes et quelques confréries disparurent vers 1530. A. posséda une maladrerie dès 1283 et dès 1344 un hôpital dans le faubourg. L'école latine apparut vers 1270, l'école allemande en 1528, fréquentée jusqu'au XVIIe s. aussi par les enfants des villages voisins, qui n'avaient pas de classes. Les sexes furent séparés en 1622. L'esprit des Lumières inspira en 1784-1787 une profonde réforme scolaire.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

2.4 - Economie et société

A. était l'une des principales bourgades argoviennes, malgré l'étroitesse de sa zone économique. La croissance démographique de la fin du XVIe s. obligea à resserrer et rehausser les maisons à l'intérieur des remparts. Dès 1426, le tarif des péages favorisa les proches villages de la rive gauche de l'Aar. La métallurgie fut la seule branche à dépasser le niveau local: fonderie de cloches (du XIVe s. à nos jours), armurerie (XVIe-XVIIIe s.). On comptait quelque 80 maîtres couteliers aux XVIIe-XVIIIe s. Les métiers eurent leurs règlements et leurs confréries, mais jamais de vraies corporations.

Une fabrique de drap ouvrit en 1703, puis vinrent le commerce et le tissage du coton, et après 1755 l'indiennerie et la soierie. Les patrons étaient des indigènes ou des étrangers établis, comme les Frey, de Lindau (D) ou les Herosé, de Spire (D). Ils appartenaient, comme les membres des professions libérales et comme de nombreux ecclésiastiques originaires d'A., pasteurs dans le canton de Berne, à une bourgeoisie riche, qui avait des capitaux à placer et admirait les Lumières.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

3 - Capitale de la République helvétique

La dernière Diète de l'ancienne Confédération se tint à A. le 27 décembre 1797 et les anciennes alliances y furent renouvelées pour la dernière fois le 25 janvier 1798. L'ambassadeur français Joseph Mengaud s'était installé à A. le 9 janvier 1798; il encourageait l'agitation de nombreux "patriotes" locaux. La prospérité de la ville due à l'industrie textile, le haut niveau de ses écoles après la réforme de 1787 formaient un contraste de plus en plus flagrant avec son assujettissement. A. fut l'un des premiers foyers révolutionnaires en Suisse et refusa de lever des troupes pour la défense des frontières bernoises. Les troupes du général Brune occupèrent la ville à la mi-mars 1798. A. devint le 26 mars capitale de la République helvétique. Les législateurs siégeaient à l'hôtel de ville, le Directoire à la maison du Schlossgarten. A. demanda à Johann Daniel Osterrieth les plans d'un quartier gouvernemental, mais les autorités helvétiques déménagèrent à Lucerne en septembre 1798. La ville resta chef-lieu du canton d'Argovie (Basse-Argovie à l'est de la Wigger) et du district d'Aarau, créés en 1798.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

4 - Après 1803

4.1 - Histoire politique

L'acte de Médiation de 1803 confirma A. comme siège des autorités du nouveau canton. Cela stimula la construction, surtout dans le faubourg Saint-Laurent, à l'est. Après l'enthousiasme révolutionnaire, des tendances restauratrices se firent jour. Huit des douze conseillers communaux devaient être pris parmi les bourgeois d'A. (au nombre de 354 en 1819 et 607 en 1831). Le président de la ville n'était que l'instrument du gouvernement. La situation financière resta mauvaise jusqu'à la fin des années 1820. Puis commença une certaine démocratisation. La bourgeoisie perdit peu à peu, à cause de l'immigration, sa prépondérance. Comme sous l'Helvétique, la commune bourgeoise fut séparée de la commune d'habitants, à qui elle a remis depuis 1949 beaucoup de terrains et de capitaux; elle tire ses revenus d'une carrière située sur la commune de Staufen, de 537 ha de forêts et d'un domaine de 100 ha; elle possède de nombreux immeubles, telle l'auberge de Roggenhausen et son parc aux cerfs. Demandé dès 1908, légalement possible dès 1963, le remplacement de l'assemblée communale par un parlement de cinquante membres (où dominent radicaux et socialistes) se réalisa en 1970.

A. prit peu à peu de l'importance comme centre urbain. La place d'armes du Schachen reprise par la Confédération après 1848, la caserne d'infanterie construite en 1849, l'école de cavalerie (1850-1973) firent d'A. une ville de garnison. Outre des bureaux de l'administration fédérale (inspection des fabriques, douanes, direction d'arrondissement postal), A. accueillit de nouvelles institutions cantonales, la Constitution de 1885 ayant accru les tâches de l'Etat dans le domaine social et économique: hôpital cantonal (1887), office des assurances (1905), banque cantonale (banque d'Argovie fondée en 1854, étatisée en 1913), forces électriques argoviennes (1916). Des associations intercommunales, tel le groupe d'aménagement régional d'A. (Repla), fondé en 1948 et réunissant quatorze communes de plusieurs cantons, assument diverses tâches dans l'agglomération depuis la Deuxième Guerre mondiale. A. possède une station d'épuration depuis 1966, offre de nombreux équipements sportifs (hippodrome, piscines couverte et de plein air, patinoire entre autres). La clinique privée du Schachen s'est ouverte en 1985.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

4.2 - Croissance urbaine, transports

L'élévation d'A. au rang de capitale de la République helvétique entraîna les premières constructions notables hors de la ville médiévale. Le départ des autorités fédérales pour Lucerne anéantit rapidement les rêves de ceux qui imaginaient une ville idéale néoclassique entre rue du faubourg Saint-Laurent, rue du Casino et actuelle rue de la Gare, mais il en reste les "Nouvelles Maisons". La porte Saint-Laurent fut démolie en 1812-1813, les remparts furent abattus et les fossés comblés dès 1820. Centre politique, économique et militaire, A. mena de grands chantiers: palais du gouvernement et salle du Grand Conseil (1826/1828), caserne (1849), pont suspendu (1851), rénovation de l'hôtel de ville (1858). Près de la gare (1858) et de la poste principale (1867) se développa un nouveau quartier commercial et administratif.

Un plan de 1879 témoigne d'une volonté de créer une vaste ceinture résidentielle autour de la vieille ville. Entre 1916 et 1953, la commune acquit un dixième du territoire et le distribua en parcelles de prix avantageux. Ainsi apparurent les quartiers du Gönhard, du Zelgli et de la Telli, dont le bas fut transformé dès 1971, sur décision de la commune, en petite cité satellite.

L'approvisionnement en eau était assuré depuis le Moyen Age par des puits et par le Stadtbach, canal qui actionnait aussi de nombreux moulins. La ville installa en 1860 un réseau de conduites (qui touche en 1990 sept communes), et un système à haute pression avec hydrantes en 1900. La nappe phréatique est exploitée depuis 1917. La ville a repris en 1947 l'usine à gaz construite en 1858 au Flösserplatz et s'est raccordée en 1968 au réseau du Plateau. Le télégraphe arriva en 1852, le téléphone en 1886, l'éclairage électrique en 1882. On produit de l'électricité au moulin supérieur dès 1892 et dans des usines au fil de l'Aar construites en 1893 et 1912.

Dans ses premières décennies, le nouveau canton améliora le réseau routier: routes de la Staffelegg vers le Fricktal, de la vallée de la Suhr vers Lucerne. Tout le trafic vers le nord empruntait le pont sur l'Aar dit lange Brücke, seul point de passage de la rivière à A. Souvent emporté par des crues (1813, 1831, 1843), il fit place en 1851 à un pont suspendu, véritable symbole de la ville, et en 1949 à un ouvrage en béton armé. Embranchement du Central-Suisse, la ligne A.-Olten-Emmenbrücke (1856), prolongée en 1859 jusqu'à Lucerne, raccorda la ville au réseau ferroviaire. La station était au Schachen; la gare actuelle fut mise en service lorsque l'achèvement du tronçon A.-Brugg permit de rouler de Zurich à Olten (1858). A. devint ensuite un nœud ferroviaire régional: raccordement au National-Suisse par Suhr (1877), raccordement à la ligne du Gothard par le chemin de fer du Sud pour Rotkreuz (1882); chemins de fer électriques à voie étroite pour Schöftland par la vallée de la Suhr (Suhrentalbahn, 1901) et pour Reinach (AG)/Menziken par la vallée de la Wyna (Wynentalbahn, 1904), fusionnés en 1958. Les transports publics urbains se développent depuis 1952. Les bus d'A., compagnie fondée en 1956, relient Buchs (AG), Rohr, Suhr et les divers quartiers d'A. avec le centre; depuis 1976, ils ont repris les voitures postales pour Küttigen, Erlinsbach, Biberstein et la ligne privée pour l'établissement thérapeutique de Barmelweid (comm. Erlinsbach), et desservent Schönenwerd et Gretzenbach.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

4.3 - Economie et société

Malgré la présence précoce de l'industrie, l'artisanat était encore très développé à A. vers 1800, même si les sociétés d'artisans n'y jouaient guère de rôle. Au début du XIXe s., la branche textile, partiellement mécanisée, maintint sa position dominante. Johann Herosé introduisit le premier, après 1800, l'impression au rouleau. Le conseiller d'Etat Johann Herzog ouvrit en 1810 sur le Stadtbach la première filature mécanique du canton. L'importante fabrique de soie de Johann Rudolf Meyer passa à la fin des années 1820 à Friedrich Feer, qui la fit prospérer. Dans une vaste région, des centaines d'ouvriers à domicile travaillaient pour des entrepreneurs d'A., comme les cotonniers Hunziker. Le protectionnisme des Etats voisins, de l'Allemagne en particulier, ruina l'industrie textile au milieu du XIXe s. Seule la fabrique Feer survécut jusqu'en 1898.

Mais d'autres branches étaient apparues. Karl Herosé lança en 1832 la première cimenterie du canton, passée en 1856 à Albert Fleiner, qui en fit l'une des plus importantes de Suisse. Rudolf Zurlinden ouvrit en 1882 au Rüchlig une autre cimenterie avec usine électrique (fermée en 1929). Louis Esser, mécanicien de Strasbourg, introduisit en 1803 la fabrication de compas. Son successeur Jakob Kern ouvrit une fabrique en 1819, transférée en 1857 au Ziegelrain (Kern). La maison Bally produisit des chaussures à A. dès 1880. L'aciérie Oehler & Co. fut fondée en 1894.

Dans le domaine nouveau de l'électricité, la fabrique d'appareils de Carl Sprecher et Hans Fretz ouvrit en 1900 (Sprecher + Schuh dès 1908), tandis que la maison Kummler & Matter (Elcalor SA dès 1941) produisit des chauffages depuis 1889, et Maxim, fondé en 1913, de petits appareils. A la fin du XIXe s., des grèves éclatèrent dans les arts graphiques, la métallurgie et l'industrie de la chaussure contre un patronat trop patriarcal. Un socialiste fut élu pour la première fois au Conseil municipal en 1906. Dans l'entre-deux-guerres, l'économie locale subit les aléas de la conjoncture, qui entraînèrent faillites et chômage. Le "marché artisanal d'Aarau", lancé en 1937, revivifia le commerce et l'artisanat. Les immeubles imposants de la rue de la Gare témoignent de l'expansion du secteur des services, qui surpasse l'industrie depuis les années 1960.

Après des décennies d'essor, l'industrie subit à Aarau une profonde mutation structurelle dès les années 1980. La grande entreprise Sprecher & Schuh fut morcelée; la célèbre fabrique de compas Kern ferma en 1991 et dans ses locaux s'est installé en 1992 un centre technique pour les matières plastiques. De même, de nouvelles entreprises sont venues occuper les anciennes usines textiles du Hammer, restaurées entre 1970 et 1995. A. offrait 18 407 emplois en 1970, 21 122 en 1990, dont 11 499 (62,5%) occupés par des navetteurs en 1970 et 15 990 (75,7%) en 1990, tandis que parmi les personnes actives d'A., 1754 (20,2%) travaillaient à l'extérieur en 1970 et 3528 (40,1%) en 1990.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

4.4 - Formation, vie culturelle et religieuse

Dans un climat culturel favorable, des particuliers fondèrent en 1802, malgré le manque de moyens, le premier gymnase laïque de Suisse (future école cantonale). Le canton acheta en 1803 la vaste collection de manuscrits du général Beat Fidel Zurlauben pour en faire la base de la bibliothèque cantonale. Heinrich Zschokke, Heinrich Remigius Sauerländer, Johann Nepomuk von Schmiel et d'autres fondèrent en 1811 la Société pour la culture patriotique afin de développer la solidarité entre les régions du nouveau canton. Le Schweizerbote, édité par Zschokke depuis 1804, l'Aarauer Zeitung rédigée par Paul Usteri de 1814 à 1821 et plusieurs journaux des éditions Sauerländer donnèrent à A. une réputation de bastion du libéralisme, ce qui attira de nombreux réfugiés politiques dans les années 1820. Sous la Régénération, A. fut un centre pour les radicaux, artisans d'une réforme de la Confédération. Ce n'est pas par hasard que la ville accueillit des manifestations renforçant l'identité nationale: les premières fêtes fédérales de tir (1824) et de gymnastique (1832), la fondation de la Société fédérale de chant (1842).

Cinq quotidiens s'imprimaient à A. en 1856. L'Aarauer Tagblatt, fondé en 1847 par Samuel Landolt, devint en 1880 l'Aargauer Tagblatt qui, dès les années 1960, reprit plusieurs feuilles locales mais parut en diverses éditions régionales. Il a fusionné en 1996 avec le Badener Tagblatt dans l'Aargauer Zeitung. La Neue Aargauer Zeitung, feuille des jeunes libéraux, se maintint jusqu'en 1956. Le Freier Aargauer, social-démocrate, fondé en 1906, quotidien dès 1912, parut jusqu'en 1987.

La fin du XIXe et le début du XXe s. virent l'inauguration de l'école normale cantonale pour institutrices (1873, aujourd'hui nouvelle école cantonale), de nouveaux bâtiments, dus à Karl Coelestin Moser, pour l'école cantonale et le musée industriel (1895), du musée aménagé par la Société argovienne des sciences naturelles (1922). Outre ses deux écoles cantonales, A. abrite une école professionnelle, une école des arts et métiers, une école de commerce. L'école de cadres de la Croix-Rouge suisse pour les soins infirmiers s'est ouverte en 1986 dans une ancienne fabrique du Hammer. Le Didaktikum (1989) et des institutions privées s'occupent de formation continue. La collection de la Société argovienne des beaux-arts a une réputation nationale. La bibliothèque municipale remonte à 1776, le musée d'histoire du Schlössli à 1930. Il y a un petit théâtre à la Tuchlaube dès 1974 et le Kiff (Kultur in der Futterfabrik) défend la culture non conventionnelle. La salle de spectacle de 1883 a été rénovée dans les années 1990.

Fondée en 1803, la paroisse catholique d'A. fut la première de la partie protestante du canton. Elle s'étend du pied du Jura à la frontière lucernoise et se divise en cinq communautés paroissiales locales. En 1876, époque du Kulturkampf, la majorité des catholiques d'A. adhéra à l'Eglise catholique-chrétienne, qui put célébrer l'office dans le chœur de l'église municipale. Les catholiques romains eurent en 1882 leur église, Saints-Pierre-et-Paul, refaite en 1940. Ils avaient jusqu'alors partagé avec les protestants l'église municipale, bâtiment de style gothique dont la ville remit la propriété à la paroisse en 1971. Quelques adeptes du protestantisme évangélique fondèrent une communauté en 1854 et bâtirent une chapelle en 1874. D'autres communautés religieuses ont un lieu de culte à A.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

5 - District

Le district d'A. formé en 1803 comprend treize communes. Il correspond à celui de 1798, mais augmenté de la commune de Hirschthal et amputé des communes de Thalheim, Oberflachs (aujourd'hui commune de Schinznach), Veltheim et Auenstein, attribuées au district de Brugg. Il comptait 62 384 habitants en 1990, dont 10 583 étrangers (17%); 56% de protestants.

Auteur(e): Alfred Lüthi / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AV Aarau
– StAAG (nombreux fonds provenant d'Aarau)
Sources imprimées
SDS AG, I/1
– Walther Merz, éd., Die Jahrzeitbücher der Stadt Aarau, 2 vol., 1924-1926
Urkunden der Stadt Aarau, 1942
Bibliographie
Aarauer Neujahrsblätter, 1, 1910; N.S. 1-, 1927-
MAH AG, 1, 1948, 17-134
– A. Lüthi et al., Geschichte der Stadt Aarau, 1978 (avec bibliogr.)
INSA, I, 79-169
– T. Elsasser, Aarauer Stadtbilder aus fünf Jahrhunderten, 1983 (21994)
– M. Pestalozzi, 100 Jahre EWA 1893-1993, 1993