• <b>Paternité</b><br>Affiche pour la promotion de "La solidarité au quotidien", tirée de la campagne nationale du syndicat FTMH, vers 1989 (Archives sociales suisses). L’affiche, munie du slogan "partagez les joies, partagez les tâches!", encourage les pères et mères à partager la garde de leurs enfants. Le bébé tient un panneau portant l’inscription "égalité, maternité, paternité".

Paternité

La paternité englobe la conception et l'éducation des enfants (Enfance). La paternité biologique n'est pas toujours identique à la paternité sociale (Adoption). Des normes juridiques, culturelles, sociales et religieuses déterminent l'importance qu'une société lui accorde (comme du reste à la maternité), aussi bien hors que dans le mariage.

Chez les Romains, la paternité était marquée par la prépondérance juridique du pater familias et le pouvoir absolu dont il disposait. Le christianisme l'investit d'une signification religieuse: il insista sur la nature paternelle de la Trinité en parlant de Dieu le Père. Dans la société hiérarchisée du Moyen Age et de l'époque moderne, le père était le chef incontesté de la famille. Son autorité était considérable et s'étendait sur toute la maisonnée. Les deux parents étaient en revanche responsables de l'entretien et de "l'élevage" des enfants.

Avec l'industrialisation, l'autorité paternelle au sein de la famille s'amenuisa. Avec la distinction entre travail rémunéré et tâches familiales, le père perdit ses possibilités de contrôle et ses compétences éducatives. A la fin du XVIIIe s., tandis que le modèle de la famille bourgeoise prenait forme, le père occupait encore une place importante auprès des enfants. Les principes éducatifs énoncés par Johann Heinrich Pestalozzi s'adressent explicitement aux deux parents. La place du père dans l'éducation quotidienne devint de plus en plus marginale au cours du XIXe s., alors que la mère accédait au rang de figure éducative centrale. Le père conserva toutefois sa fonction d'autorité de référence pour les garçons. Avec l'introduction du Code civil suisse, en 1912, la puissance parentale fut partagée entre les époux, le père perdant son droit formel exclusif à l'éducation, mais demeurant le chef de famille en tant que débiteur de l'obligation alimentaire. En cas de divorce, la mère obtenait en général le droit de garde, alors que le père était tenu de payer une pension.

Avec l'importance grandissante que la pschychologie attribua à la relation mère-enfant au fil du XXe s. le rôle du père dans la socialisation des enfants disparut quasiment du discours scientifique. Dès les années 1960, cette réduction de la fonction paternelle au seul soutien alimentaire fut critiquée. Dans la foulée de la contestation de mai 68 et du nouveau mouvement des femmes, des personnes des deux sexes exigèrent que le père participe à l'éducation des enfants et qu'il s'occupe d'eux. Depuis les années 1970, la société développa un discours sur les "nouveaux pères" avec la place grandissante prise par ceux-ci auprès des enfants. La société et la science reconnurent petit à petit l'importance du père dans la socialisation des enfants, intégrant la fonction éducative à l'idée que l'on se fait du rôle paternel.

La recherche historique a souvent sous-estimé le rôle du père dans l'éducation et la garde des enfants, ceci dans toutes les couches sociales. Toutefois, le gros de la charge reposait - et repose encore au début du XXIe s. - sur les épaules des mères. Les pères qui aimeraient s'occuper de leur famille sont eux aussi souvent confrontés aux problèmes de compatibilité entre vie professionnelle et vie familiale, au manque d'emplois à temps partiel et de structures d'accueil. La sollicitude paternelle ne fait pas encore partie intégrante de l'identité masculine (Rôle des sexes) qui repose principalement sur la performance professionnelle, ce qui freine cette évolution.

Jusqu'au XIXe s., lorsque l'enfant avait été conçu hors mariage (Illégitimité), la parturiente était soumise à un interrogatoire mené par un personnage officiel pour déterminer qui était le père de l'enfant à naître. Si l'homme contestait sa paternité sous serment, il pouvait produire des témoins pour attester devant le tribunal que la mère avait accordé ses faveurs à d'autres. L'établissement de la filiation, la reconnaissance de la paternité et l'état civil qui en découlait reposèrent sur des législations cantonales différentes jusqu'à l'entrée en vigueur du Code civil suisse en 1912. Depuis 1978, la filiation peut être établie soit par une reconnaissance en paternité, soit par le tribunal (art. 256 CC); depuis peu, le recours à l'analyse ADN est également possible (Droit de la famille).

<b>Paternité</b><br>Affiche pour la promotion de "La solidarité au quotidien", tirée de la campagne nationale du syndicat FTMH, vers 1989 (Archives sociales suisses).<BR/>L’affiche, munie du slogan "partagez les joies, partagez les tâches!", encourage les pères et mères à partager la garde de leurs enfants. Le bébé tient un panneau portant l’inscription "égalité, maternité, paternité". <BR/>
Affiche pour la promotion de "La solidarité au quotidien", tirée de la campagne nationale du syndicat FTMH, vers 1989 (Archives sociales suisses).
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Bibliographie
– Y. Knibiehler, Les pères aussi ont une histoire..., 1987
– H. Rosenbaum, Proletarische Familien, 1992
– H. Witzig, Polenta und Paradeplatz, 2000
– M. Modak, C. Palazzo, Les pères se mettent en quatre!, 2002
– C. Opitz Aufklärung der Geschlechter, Revolution der Geschlechterordnung, 2002
– G. Sutter, Berufstätige Mütter, 2005
– M. Bereswill et al., éd., Vaterschaft im Wandel, 2006
– D. Baumgarten et al. «Warum werden manche Männer Väter, andere nicht?», in Das Väter-Handbuch, éd. H. Walter, A. Eickhorst, 2012, 415-443

Auteur(e): Gaby Sutter / UG