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Haldenstein

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Comm. GR, cercle des Fünf Dörfer, distr. de Landquart, ancienne seigneurie (jusqu'en 1803) et château. Village au nord de Coire, sur la rive gauche du Rhin, classé site d'importance nationale. Habité jusqu'en 1868, le hameau de Batänja (autrefois Sewils), sur le flanc du Calanda, à 1400 m d'altitude, disposait de sa propre école et forme aujourd'hui un consortage. 1149 Lanze, 1370 Lentz inferior; le nom allemand de H. s'imposa à la fin du XIVe s. 349 hab. en 1803, 492 en 1850, 464 en 1900, 521 en 1950, 677 en 1990, 808 en 2000. Vestiges du Néolithique, du Bronze moyen et de la fin de l'âge du Fer au Hexabödeli (au nord du château fort de Lichtenstein), ainsi que sur le site du château, où se trouvent aussi les traces d'un habitat romain (fin du Ier s. -IVe s. apr. J.-C.); nécropole du haut Moyen Age au Stein.

1 - La seigneurie

Au Moyen Age, le territoire de la seigneurie de H. faisait partie du domaine royal de Coire. En 960, l'empereur Otton Ier en fit donation, avec la forêt voisine d'Oldiswald, à l'évêque de Coire Hartpert. En 1050, Henri III y ajouta la totalité des forêts de H., qui entrèrent ainsi dans le ressort de l'immunité épiscopale. De 1180 à 1282, la seigneurie appartint aux barons de Lichtenstein, probablement à titre de fief épiscopal. A leur extinction, elle passa aux chevaliers de H., ministériaux de l'évêque d'abord, puis des Vaz (impliqués dans le conflit qui opposa ceux-ci à celui-là à la fin du XIIIe s.); mentionnés dès 1260, ils s'éteignirent en ligne masculine à la fin du XIVe s. Anna de H. étant morte sans enfant, la seigneurie fut l'objet de querelles successorales. Elle revint vers 1400 à Ursula von Hohenems, cousine d'Anna, et à son mari Peter von Grifensee, qui en acquit en 1424 tous les droits (avérés et supposés) et afferma le hameau de Sewils aux frères Batänjer; il la transmit après 1460 à son gendre Heinrich Ammann von Grüningen. Après le décès de celui-ci, elle passa aux seigneurs de Marmels. Jean Jacques de Castion, ambassadeur français auprès des III Ligues, en devint propriétaire en épousant Hilaria von Marmels. Gregor Carl von Hohenbalken l'acquit en 1567, puis Heinrich von Tägerstein et, en 1608, malgré l'opposition des sujets, Thomas von Schauenstein, lequel, élevé au rang de baron en 1611, obtint de l'empereur en 1612 le droit de monnayage, de marché et d'asile, outre des armoiries "améliorées". Les barons de H. firent un abondant usage de leur droit de frapper des monnaies jusqu' au XVIIIe s., si bien qu'elles connurent par moments une réputation douteuse. Par héritage, H. passa aux Salis-Maienfeld en 1701 (date à laquelle Jonnann Luzius von Salis supprima le servage); cette famille exerça les droits seigneuriaux jusqu'en 1803. La baronnie de H. ne fit jamais partie du système d'alliances des III Ligues, elle conclut toutefois avec elles en 1558 un accord de protection, qui n'entra en vigueur qu'après de longues discussions avec les cantons confédérés régissant le bailliage commun de Sargans.

Trois châteaux forts se dressent dans la seigneurie de H. Celui de H., construit au milieu du XIIe s. sur un rocher surplombant le village, était le siège des chevaliers de H. et le centre administratif de la seigneurie. Il fut renforcé sans autorisation, ce qui déclencha en 1299 un conflit entre Johann von Vaz et l'évêque de Coire. Encore habité en 1695, il fut partiellement détruit par des tremblements de terre en 1769 et 1787. Erigé au XIIe s. sur une éminence rocheuse au nord du village, le château de Lichtenstein était le siège des seigneurs du même nom et passa après leur extinction à la fin du XIIIe s. aux seigneurs de H. Encore occupé vers 1400, il fut probablement abandonné au XVe s. La forteresse rupestre de Grottenstein, dont on ignore la date de fondation, se trouve au pied d'une falaise du Calanda.

2 - La commune

Au spirituel, H. releva dès 1436 de l'abbaye de Saint-Lucius à Coire. Mentionnée au milieu du XIIe s., l'église fut remplacée en 1732 par un nouveau bâtiment. Elle est la seule du diocèse de Coire qui soit dédiée à saint Géréon. Vers 1616, Thomas von Schauenstein introduisit la Réforme. La germanisation de la localité primitivement romanche intervint au cours du XIVe s. Sous la Médiation (1803), H. devint une commune de la haute juridiction des Vier Dörfer. Le village brûla presque entièrement en 1825 et il faillit être à nouveau la proie du feu en 1943, lors d'un grand incendie de forêt du Calanda. Après l'inondation de 1868, le cours du Rhin fut rectifié, ce qui fit gagner des terres cultivables. En 1971, un glissement de terrain atteignit le village. Une station des Chemins de fer rhétiques fut ouverte en 1896 (sur le territoire communal de Coire). Le pont couvert en bois sur le Rhin fut remplacé en 1972 par une construction en béton. Envisagé dans les années 1980, l'aménagement d'une grotte en réservoir de pétrole ne put être réalisé, pour des raisons géologiques aussi bien que politiques. En 2000, la commune comptait sept exploitations agricoles, plusieurs petites entreprises et une gravière. Plus de deux tiers de la population active travaillaient à l'extérieur en 2000. En dépit de la proximité de Coire, H. connaît un développement mesuré.

En bordure méridionale du village, un grand château fut aménagé au début du XVIe s. sur l'emplacement d'une ancienne maison en pierre. Jean Jacques de Castion l'agrandit entre 1544 et 1548 et le pourvut de riches décorations (boiseries conservées au château de Köpenick, à Berlin). Surélevé d'un étage par Gubert von Salis en 1731, il fut gravement endommagé par un incendie en 1732, mais restauré aussitôt. Il abrita entre 1763 et 1771, dans son aile septentrionale, le Philanthropin, transféré ensuite au château de Marchlins (comm. Igis). Il passa en 1832 aux Salis-Soglio et fut transformé en 1900. Propriété de la famille Batänjer à partir de 1922, il appartient depuis 1966 à une fondation. Restauré presque entièrement de 1986 à 2005, il accueille aujourd'hui l'administration communale de H. et le service archéologique du canton des Grisons.

Références bibliographiques

Bibliographie
MAH GR, 7, 1948, 362-373
– M. Berger, Rechtsgeschichte der Herrschaft Haldenstein, 1952
– O.P. Clavadetscher, W. Meyer, Das Burgenbuch von Graubünden, 1984, 297-302
– U. Clavadetscher, A. Gredig, Schloss Haldenstein, 1992
– G. Lütscher, S. Margadant, Geschichte der Freiherrschaft und Gemeinde Haldenstein, 1964 (21995)
– M. Janosa, «Ein frühmittelalterliches Gräberfeld in Haldenstein», in Jahresberichte des Archäologischen Dienstes Graubünden und der Kantonalen Denkmalpflege Graubünden, 2000, 28-42

Auteur(e): Silvio Margadant / WW