29/04/2009 | communication | PDF | imprimer

Coire (commune)

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Comm. GR, cercle de C., distr. de la Plessur, au débouché du Schanfigg dans la plaine du Rhin, sur le cône alluvial de la Plessur (all. Chur, it. Coira, rom. Cuira). Le site de la vieille ville, entre le Pizokel et le Mittenberg, était déjà occupé aux époques préhistorique et romaine. Dès le milieu du XIXe s., C. s'étendit vers le Rhin et les pentes ensoleillées du Lürlibad. La première mention de Curia figure dans l'Itinéraire d'Antonin (IIIe s. apr. J.-C.). La commune comprend le Hof (cour épiscopale au-dessus de la vieille ville, Hof Chur) depuis 1852, le quartier de Sassal (détaché de Maladers en 1939) et les localités agricoles de Masans et Araschgen. Nœud de communications routières et ferroviaires au pied des Alpes, siège du diocèse de Coire, centre scolaire, hospitalier et administratif, place d'armes, chef-lieu du canton trilingue des Grisons, siège du gouvernement dès 1803 et seul siège du parlement dès 1820, C. est le cœur d'une agglomération qui attire des navetteurs de tout le nord du canton. Seule ville loin à la ronde, elle a plus de fonctions urbaines que ne le laisse supposer sa taille.

Population de Coire
AnnéeHabitants
XIIIe s.1 000-1 500
Fin du XVe s.env. 1 500
17802 331

Année 18601880a18881900191019301950197019902000
Habitants 6 9908 7539 25911 53214 63915 57419 38231 19332 86832 989
LangueAllemand 7 5787 7999 28811 62812 92616 11823 58525 71926 715
 Italien 2832506771 1658221 0153 0332 0401 692
 Romanche 9891 1581 4661 6971 6811 9813 3182 2691 765
 Autre 3952101149145268125728402817
Religion, confessionProtestants4 2536 4406 5187 5619 2009 77711 70015 33114 02112 710
 Catholiquesb2 7332 4312 7293 9625 3885 7177 46615 46215 94414 713
 Autres42112951802164002 9035 566
 dont sans appartenancec        1 0731 998
NationalitéSuisses6 3737 8668 0949 68712 04213 68517 85226 33227 25927 061
 Etrangers6161 0231 1651 8452 5971 8891 5304 8615 6095 928

a Habitants: population résidante; langue, religion et nationalité: population «présente»

b Y compris catholiques-chrétiens de 1880 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

c N'appartenant à aucune confession ou à aucun groupe religieux

Sources:OFS; auteur

1 - Préhistoire et Antiquité

1.1 - Préhistoire

On connaît bien aujourd'hui les sites préhistoriques de la rive gauche de la Plessur (Welschdörfli) et de la rive droite (Sennhof/Karlihof); en revanche celui du Hof n'a été fouillé qu'en faible partie.

Au Welschdörfli, soit au pied du Rosenhügel/Pizokel, on a mis au jour de 1967 à 1990 un habitat néolithique et des sillons, preuves intéressantes de travaux agricoles, à 5 m sous le niveau actuel de la zone Ackermann, et un habitat de la civilisation néolithique de Lutzengüetle et de Pfyn à la Markthallenplatz. Ces gisements voisins ont aussi livré de remarquables structures de l'âge du Fer: plans de maisons et mobilier du groupe de la vallée alpine du Rhin, céramique des types Tamins (VIe/Ve s.) et Schneller (Ve-IIIe s.), qui semblent témoigner d'une civilisation celtique plutôt que rhétique.

Dans la vieille ville, au Sennhof/Karlihof, sont apparus dans les années 1980, outre des vestiges romains et du haut Moyen Age, les structures d'un assez grand habitat du Bronze final (civilisation des champs d'urnes et de Laugen-Melaun, env. 1300-800 av. J.-C.), sous un habitat du premier âge du Fer (céramique du type Tamins).

Auteur(e): Jürg Rageth / PM

1.2 - Epoque romaine

Après la conquête romaine (campagne des Alpes de 16-15 av. J.-C.), C. fit partie, d'abord du territoire des Alpes Grées et Pennines, et dès 40-50 apr. J.-C. de la nouvelle province de Rhétie (Raetia). Son statut est inconnu (peut-être civitas peregrina ou stipendiaria). Les quelques pièces d'armement qu'on a retrouvées ne permettent pas de parler de présence militaire durable. C. pourrait avoir été une station routière d'importance stratégique au débouché des cols grisons. Rien ne prouve actuellement l'hypothèse qui veut en faire le chef-lieu de province de la Rhétie première après la réorganisation administrative du IVe s.

L'agglomération, dont nous ignorons l'extension, avait son centre dans l'actuel Welschdörfli, où l'on a fouillé depuis 1902 une surface d'environ 80 m sur 300. Bien que quelques objets remontent à la fin du Ier s. av. J.-C., elle ne prit son essor que vers 40 apr. J.-C., quand les maisons à colombage firent place à des constructions en pierre d'architecture romaine. Le plan irrégulier comprend quelques édifices publics (thermes, sans doute un marché et des boutiques) et surtout des habitations ainsi que des bâtiments à usage agricole et artisanal (travail du fer, du bronze, de l'os, céramique, textile).

L'abondance des importations (vaisselle, amphores, lampes, bijoux, statuettes), en provenance du sud, mais aussi du sud-ouest et du nord-ouest de l'Empire, reflète la position de C. sur les itinéraires du grand commerce et atteste le degré de romanisation et l'aisance matérielle de la population.

On constate dès le milieu du IIIe s. un rapide déclin du site du Welschdörfli (qui reste cependant occupé au IVe et même au Ve s.), mais aucun horizon de destruction ne peut être mis en relation avec les incursions des Alamans au IIIe-IVe s. On a aussi repéré des vestiges d'habitat dans la vieille ville et au Hof (site du castrum du Bas-Empire).

Auteur(e): Anne Hochuli-Gysel / PM

2 - Moyen Age et Ancien Régime

2.1 - De 450 au milieu du XVe siècle

Dès le Ve s., C. se dédoubla topographiquement et juridiquement, selon un processus classique, entre résidence épiscopale (Hof) et quartier du marché, sis non plus à l'emplacement du vicus romain, mais de l'autre côté de la Plessur, au pied nord-ouest du Hof. A l'est, en bordure d'un cimetière, fut construite au Ve s. ou peu après 500 l'église funéraire Saint-Etienne (démolie à la suite d'un incendie survenu avant 1538/1539), flanquée sans doute au VIIIe s. de l'église Saint-Lucius. On construisit Sainte-Regula, au nord, au IXe s. Les Sarrasins réduisirent C. en cendre vers 940. Les vastes privilèges (régale des douanes, des monnaies, du marché, immunité) reçus des Ottoniens dans la seconde moitié du Xe s. feront des évêques les seigneurs de la ville. A la fin du bas Moyen Age, C. comprenait le Hof autour de la cathédrale (remontant à la première moitié du Ve s.), le haut-bourg autour de Saint-Martin (seconde moitié du VIIIe s.), les quartiers de Salas et Clawuz près du futur Untertor (porte du Bas), le quartier qui s'était formé au XIIIe s. autour du couvent des dominicains Saint-Nicolas et le Welschdörfli au sud de la Plessur.

La population, qui devait être de 1000 à 1500 âmes au XIIIe s., se composait surtout de paysans, d'artisans et de commerçants, qui profitaient du dynamisme du secteur de la construction (construction de la cathédrale, consacrée en 1272, et construction des murailles notamment) et de la situation géographique favorable de la ville.

L'édification de l'enceinte dans la première moitié du XIIIe s. poussa les quartiers à s'unir en une communauté urbaine, dont les premières traces remontent à 1227, mais qui ne s'institutionnalisa qu'à la fin du XIIIe s. On repère l'existence d'un conseil en 1282, mais l'évêque, seigneur de la ville, désignait les titulaires de charges municipales et gardait une grande influence. Les efforts d'émancipation furent surtout le fait d'artisans et de ministériaux de l'évêque. En 1367, le chapitre cathédral, les gens des vallées et la ville de C. conclurent une alliance contre l'évêque que l'on peut considérer comme l'origine de la Ligue de la Maison-Dieu. Les statuts urbains de 1368/1376 sont partiellement conservés. Exemptés des juridictions étrangères par l'empereur Wenceslas en 1396, les bourgeois de C. reçurent en 1413 le droit de construire un entrepôt et d'y percevoir un droit de souste sur les draps, les grains, le sel et autres marchandises. Un bourgmestre est attesté pour la première fois la même année. Les bourgeois se révoltèrent en 1422 et forcèrent l'évêque Johannes Naso, souvent absent du pays, à leur faire d'importantes concessions.

Auteur(e): Linus Bühler / PM

2.2 - Du bas Moyen Age au milieu du XVIIe siècle

Après l'incendie de 1464, qui détruisit la plupart des maisons, dont l'hôtel de ville (avec les lettres de franchises qu'on y conservait), C. envoya son secrétaire Johannes Gsell à Vienne, auprès de l'empereur Frédéric III, qui confirma les franchises impériales et autorisa l'introduction de corporations de métier. Certes les artisans et commerçants avaient déjà une organisation basée sur des droits coutumiers et des confréries; mais en 1464, les bourgeois se donnèrent un nouveau statut qui réglait, outre les questions professionnelles, le mode d'élection d'autorités corporatives, du bourgmestre, des Grand et Petit Conseils. Après la Réforme, le système fut étendu aux autres charges municipales. Les métiers étaient répartis entre les cinq corporations des Vignerons, des Cordonniers, des Tailleurs, des Forgerons et des Boulangers. Les propriétaires fonciers de celle des Vignerons avaient un grand poids dans une ville encore très agricole, de même que les muletiers et rouliers, intéressés au grand commerce, membres de celle des Forgerons. Après l'incendie de 1464 et l'adoption de sa nouvelle Constitution, C. attira davantage d'artisans de langue allemande, qui furent reçus dans sa bourgeoisie et contribuèrent à sa germanisation.

Avec le régime corporatif, la ville s'émancipa largement de la tutelle de l'évêque. Elle racheta en outre peu à peu l'impôt et la taxe du guet. La haute cour, ou bailliage impérial, tenue en fief par l'évêque, dont l'abolition fut approuvée par l'empereur en 1464 et confirmée en 1480, ne disparut en fait qu'en 1489. Jusqu'aux articles d' Ilanz (1524 et 1526), liés à la Réforme, l'évêque conserva la nomination aux charges civiles et la plupart des régales (douanes, monnaies, chasse, poids et mesures). C. tenta en vain, entre 1495 et 1498, d'obtenir le statut de ville libre d'Empire.

Membre de poids de la Ligue de la Maison-Dieu dès 1367, C. deviendra, en alternance avec Ilanz et Davos, l'un des sièges de la diète des III Ligues. Les réunions se tenaient dans la salle du Grand Conseil de l'hôtel de ville, reconstruit après l'incendie. Une combourgeoisie entre C. et Zurich, conclue en 1419, fut renouvelée en 1470 et 1496; elle prévoyait l'aide mutuelle en cas de danger et offrit à Zurich le château fort de Flums, position stratégique près du lac de Walenstadt. C. et les IV Villages (Cinq villages) s'allièrent en 1440 avec la Ligue grise. Lors de la première conquête de la Valteline (campagne de Bormio, 1486-1487), les troupes de C. se trouvaient dans la première bannière de la Ligue de la Maison-Dieu, sous le commandement de l'ancien bourgmestre Johannes Loher. Lors de la guerre de Souabe, elles combattirent en Basse-Engadine, dans le Prättigau et à Balzers, sous les ordres de leur capitaine, le bailli épiscopal Heinrich Ammann; puis, dans d'autres guerres étrangères, à nouveau sous leurs bourgmestres, comme Luzius Gugelberg von Moos (conquête de la Valteline en 1512), Hans Brun et Ulrich Gerster (seconde guerre de Musso en 1530-1531). Des hommes de C. servirent dans des régiments capitulés, surtout en Italie du Nord, mais les corporations s'élevèrent à plusieurs reprises contre le service étranger, par exemple dans des appels et requêtes à la Ligue de la Maison-Dieu (1535) et aux Grand et Petit Conseils (1543).

La Réforme fut introduite en 1525-1526, grâce aux efforts, dès 1523, de Jakob Salzmann, maître d'école (d'abord de l'école conventuelle de Saint-Lucius, puis de l'école créée par la ville en 1522) et de Johannes Comander, curé de Saint-Martin, dont les prêches attiraient déjà la foule à Pâques 1525. Cependant les réformateurs et les autorités durent affronter en 1525 à la fois la résistance des catholiques, le zèle des anabaptistes et une révolte paysanne. Après la dispute d'Ilanz (1526), les III Ligues proclamèrent la liberté individuelle de choisir l'une des deux confessions. Les articles d'Ilanz de 1524 et 1526 favorisèrent grandement la Réforme en admettant par exemple l'abolition des dîmes et l'élection du pasteur par les paroisses. A C., sauf dans le quartier épiscopal, on enleva les images dans les églises, et la messe fit place au culte protestant, pour l'essentiel avant le printemps 1527.

La période de transition entre Moyen Age et Temps modernes, entre gothique et Renaissance, est fort riche sur le plan architectural et artistique: nouvel hôtel de ville (avec magasins, 1467-1543), reconstruction de la plupart des maisons de corporation et des églises Saint-Martin (1470-1492) et Sainte-Regula (1494-1500), qui prennent leur aspect actuel; réfection et renforcement de l'enceinte et des portes en 1538. Jakob Russ élève en 1492 le fameux maître-autel gothique de la cathédrale. Les Todesbilder du château épiscopal, imités de la Danse des morts de Hans Holbein le Jeune, sont de 1543. Le théâtre est le fait de troupes d'amateurs (Le Jugement dernier en 1517, L'homme riche et le pauvre Lazare en 1541). Les fastes de la Renaissance se déploient aussi lors de certains événements politiques et lors de noces qui peuvent durer plusieurs jours.

Dans la seconde moitié du XVIe s., les règlements se multiplièrent, notamment dans le domaine des transports et du commerce. La ville se préoccupait d'agriculture et d'économie alpestre, ayant acquis peu à peu des prairies dans le Schanfigg (dès le XVe s.) et acheté des alpages à des gens d'Arosa en 1573; 450 vaches estivaient sur ses vastes domaines en 1636.

L'incendie de 1574 anéantit quelque 300 maisons sur 400. Des dons et des prêts venus de toute la Confédération permirent une reconstruction rapide. En outre, de nombreuses fondations charitables apportèrent leur aide. Pour prévenir le retour d'une telle catastrophe, on modifia les règles sur les constructions et la lutte contre l'incendie.

Proche du parti espagnol, C. fut souvent le théâtre, au début du XVIIe s., de troubles et de soulèvements populaires, liés aux luttes de partis et au service étranger. Trois tribunaux d'exception siégèrent à C. la seule année 1607. A l'époque des Troubles des Grisons (parallèles à la guerre de Trente Ans), la ville dut subir l'occupation étrangère dès 1622. Les troupes austro-espagnoles restèrent près de dix ans; elles ne respectaient guère les conventions, se rendirent coupable de bavures et amenèrent la peste. Les frais de la guerre, des levées, des campagnes, des occupations autrichienne et française coûtèrent à la caisse publique de C. 88 844 florins de 1622 à 1636, somme que la République des III Ligues compensa partiellement en abandonnant à la ville divers revenus, dont la douane de C. L'économie et la vie culturelle ne se rétablirent que dans la seconde moitié du XVIIe s.

Auteur(e): Martin Bundi / PM

2.3 - Du milieu du XVIIe siècle à la République helvétique

Après la fin de la guerre de Trente Ans, la bourgeoisie compensa rapidement les pertes démographiques subies. Dès 1665, elle ne reçut plus de nouveaux membres, à l'exception de quelques candidats aisés; ses effectifs baissèrent de moitié au cours du XVIIIe s., et la part des aristocrates et des gens riches s'accrut. Les "habitants" sans droits, qu'on ne parvenait pas à chasser, formaient dès le XVIIe s. la moitié de la population. Après la Révocation de l'édit de Nantes (1685), des centaines de réfugiés huguenots et vaudois affluèrent du Piémont, de la Savoie et du Midi de la France. Ils furent efficacement soutenus, mais seule une minorité put s'établir; assimilés aux "habitants" sur le plan matériel, ils avaient leurs propres pasteurs. La vie économique ne subit guère de changements aux XVIIe et XVIIIe s. Presque tous les bourgeois et beaucoup d'"habitants" se dédiaient à l'agriculture de subsistance et aux activités de transport. Le vaste vignoble restait peu productif; il était cultivé par des "habitants" et des journaliers. Le trafic de marchandises atteignit son niveau le plus bas en 1670 et ne retrouva que vers la fin du XVIIIe s., notamment grâce à l'amélioration des routes, celui qu'il avait avant les Troubles. Le transporteur Thomas Massner, de C., rendit plus sûr le tronçon du Cardinell sur la route du Splügen; les III Ligues et la ville de C. aménagèrent la route d'Allemagne, de C. au Sankt Luzisteig (1782-1786). Au XVIIIe s. apparurent de vraies maisons de commerce, avec des correspondants dans toute l'Europe. Le régime corporatif gérait la vie politique et économique. Le Conseil gardait, malgré le "dimanche des doléances" annuel, le contrôle des corporations. Celles-ci défendaient leur monopole contre les "habitants", contre les artisans du quartier épiscopal, eux aussi regroupés en corporations, et contre les concurrents hors de la ville; elles firent échouer plusieurs projets de manufactures. Au commencement du XVIIIe s., C. vit remettre en question son rôle de chef-lieu de la Ligue de la Maison-Dieu et de siège de la diète, des archives, de la caisse et de la chancellerie des III Ligues. Seule la médiation de Zurich lui permit de conserver ses privilèges (entente de Malans en 1700, accord de 1730). En revanche, malgré leurs divergences, la ville et l'évêque restèrent en bons termes.

L'aspect de la ville se modifia peu, malgré les dégâts dus aux deux incendies de 1674 et à une crue de la Plessur en 1762. Néanmoins on se mit à construire hors les murs; le style baroque se manifeste par quatre manoirs avec parc et l'aménagement intérieur de nombreuses maisons bourgeoises. Une école latine et un Collegium musicum apparurent à la fin du XVIIe s. Au reste, les spectacles théâtraux de troupes allemandes de passage, quelques représentations d'opéra, la présence de diplomates étrangers et la cour du prince-évêque apportaient un peu d'animation dans la capitale rhétique.

Auteur(e): Max Hilfiker / PM

3 - De la République helvétique à nos jours

3.1 - Constitution, système politique, administration, infrastructures

Le régime corporatif fut aboli pendant les périodes d'occupation française (la première en 1799) et une municipalité dirigea la ville; mais la Médiation de 1803 rendit aux corporations leur pouvoir politique. Les critiques croissantes visant le mode de scrutin (non individuel mais par corporation), la confusion des pouvoirs et la lenteur de l'administration aboutirent à de nouveaux statuts en 1841. Les affaires politiques, policières, administratives, ecclésiastiques et scolaires incombaient à un Conseil de ville de onze membres. Introduite en 1850, l'assemblée communale n'avait de compétences que sur les plans cantonal et fédéral. L'incorporation du Hof (cour épiscopale, 240 habitants en 1850) intervint en 1852. Dès 1862 on distingue un Grand Conseil de ville (législatif, vingt et un membres) et un Petit Conseil de ville (exécutif, sept membres). En 1875, la souveraineté économique et politique passa de la bourgeoisie à la commune d'habitants. Le Petit Conseil de ville fut réduit à cinq membres en 1904, dont deux à plein temps (le président et le responsable des travaux publics). L'assemblée communale fut supprimée en 1921. Le Grand Conseil de ville est élu à la proportionnelle depuis 1916; dès 1928, il n'eut plus que quinze membres, tandis que le Petit Conseil faisait place à un Comité de cinq membres, chargé de surveiller l'administration dirigée par le seul président de la ville. La révision de 1964 créa un Conseil communal (législatif) de vingt et un membres et un Conseil de ville de trois membres à plein temps, dont le mandat ne peut excéder, depuis 1988, trois législatures, soit douze ans.

Vers 1800, l'opinion se divisait entre les "aristocrates" conservateurs du clan Salis et les "patriotes", parti républicain fondé par Johann Baptista von Tscharner (1751-1835). L'abolition des corporations en 1840 marqua le début de la prépondérance radicale, qu'affaibliront l'immigration venue de régions conservatrices catholiques et la scission des démocrates (future UDC) en 1919. Chacun de ces camps avait son quotidien: le Freie Rätier (jusqu'en 1974), le Bündner Tagblatt et la Bündner Zeitung. Un premier socialiste entra au Grand Conseil de ville en 1882. Dans la législature 1997-2000, il y avait au Conseil de ville un socialiste, un démocrate du centre, un démo-chrétien; au Conseil communal six représentants du PS, cinq du PRD, quatre de l'UDC, trois du PDC, deux chrétiens-sociaux et un membre de la gauche alternative.

Dans le domaine social, outre les dépenses et fondations usuelles, on ouvrit l'orphelinat en 1844, la maison d'éducation Plankis en 1845, l'asile des bourgeois en 1847, l'hôpital municipal en 1875, la première maison de retraite en 1924. Le Kreuzspital, fondé en 1853, se trouve à la Loëstrasse depuis 1912. L'éclairage public à l'huile (1820) fit place au gaz en 1859. Le réseau d'eau potable fut refait en 1880. Une centrale municipale (agrandie en 1906, 1914, 1947) livre du courant depuis 1891. La ville acheta l'usine à gaz en 1895 (reconstruite en 1911; passage au gaz naturel en 1990). La construction des égouts commença en 1905. La première piscine publique est de 1871.

C. n'était pas le chef-lieu de la République des III Ligues, mais seulement celui de la Ligue de la Maison-Dieu. Sa situation géographique, sa puissance économique et la présence de l'évêque faisaient néanmoins de la ville le centre naturel des Grisons. Elle devint le siège du gouvernement du nouveau canton en 1803 et le seul siège du parlement en 1820. Elle abrite aujourd'hui le tribunal cantonal, le tribunal administratif, les autorités et institutions pénitentiaires centrales du canton; la clinique psychiatrique cantonale Waldhaus (1892), la maternité cantonale Fontana (1917), l'hôpital cantonal et régional rhétique (1941); le siège de la plupart des médias et des institutions et associations culturelles grisonnes, publiques ou privées. La Confédération est représentée surtout par la poste, les chemins de fer, l'administration des douanes et de l'armée (place d'armes depuis 1887). La commémoration de la bataille de Calven fut en 1899 un moment important pour l'identité grisonne, tandis que les fêtes fédérales de tir (1842, 1949), de gymnastique (dès 1845) et de chant (dès 1862) renforcèrent le sentiment national helvétique.

Auteur(e): Jürg Simonett / PM

3.2 - Urbanisme et peuplement

A la fin du XVIIIe s., l'espace bâti se limitait à l'actuelle vieille ville, au Welschdörfli et aux rives de la Plessur. Le démantèlement des murailles entre Untertor (porte du Bas) et Hexenturm (tour des Sorcières) marqua le début, en 1829, de l'expansion des nouveaux quartiers; la démolition du Schelmenturm (tour des coquins) en 1834 créa un nouvel accès au nord. Dès lors, la rue de la Poste concurrença comme axe principal la Reichsgasse (aboutissant à l'Untertor, porte abattue en 1861) et la place de la Poste devint le centre de gravité de la ville après l'inauguration de la gare, au nord (1858). Le comblement des fossés fit naître la Grabenstrasse bordée d'immeubles de prestige: villa Brunnengarten (1848), villa Planta (1876), bâtiment cantonal (1878), poste (1904), Banque cantonale (1911). Le cimetière de Scaletta fut transformé en parc public en 1862; un nouveau quartier résidentiel apparut autour de la Loëstrasse (1890-1892). Le premier règlement général sur les constructions entra en vigueur en 1896. La Ringstrasse, achevée en 1973, dessert le quartier du Rhin, en croissance rapide dès 1900, site des premiers grands ensembles et des tours Solaria (1961-1962) et Lacuna (1964-1981). Le centre se transforme en quartier d'affaires, à coup de démolitions et de rénovations qui ne conservent que les façades. Parmi les bâtiments publics, il faut citer le collège de la Quader (1914), l'église Sainte-Croix (1969) et les abris protégeant les vestiges romains du Welschdörfli (1986).

S'ouvrant tant au plan juridique et économique qu'urbanistique, la ville vit sa population tripler entre 1780 et 1860, puis doubler de 1860 à 1910. A la stagnation de l'entre-deux-guerres succéda dès 1950 une croissance rapide, accompagnée d'un boom immobilier dans le quartier du Rhin. Après 1976, la baisse de l'excédent naturel et un bilan migratoire partiellement négatif ont stabilisé la population, un peu au-dessus de 30 000 âmes.

Auteur(e): Jürg Simonett / PM

3.3 - Economie et transports

Le trafic de transit entre l'Allemagne et l'Italie était traditionnellement une activité dominante à C. Il augmenta dès 1788 grâce à l'amélioration de la route d'Allemagne par le Sankt Luzisteig. Les transporteurs de C. contribuèrent en 1818-1823 à la construction des routes du Splügen et du San Bernardino et prirent en main la politique grisonne des transports. Les routes du Julier et de la Maloja suivirent en 1820-1840. La voie ferrée de l'Union-Suisse (compagnie reprise par les CFF en 1902), permit de gagner Rorschach en 1858 et Zurich en 1859. La ligne du Gothard ouverte en 1882 capta le trafic de transit; C. se tourna vers le tourisme, étant tête de ligne des diligences, puis des Chemins de fer rhétiques (qui atteignaient Thusis en 1896, Ilanz et l'Engadine en 1903, Arosa en 1914). La ville souhaitait l'ouverture des routes grisonnes aux automobiles, mais fut battue sur ce point en votations cantonales jusqu'en 1925. La route d'évitement (1965) est un tronçon de l'A13. La forte croissance de l'agglomération et du nombre des navetteurs a mis au premier plan les questions de trafic liées aux flux locaux.

A la fin du XVIIIes., l'industrie du textile n'était pas parvenue à s'acclimater. Mais bientôt C. abolissait ses corporations, les routes carrossables et le chemin de fer diminuaient les inconvénients de sa situation périphérique; on créa l'usine à gaz en 1859 et la filature Meiersboden (1861-1886). Cependant C. ne devint jamais une cité industrielle. Les ateliers de l'Union-suisse puis des CFF, avec 300 employés au maximum, y ont presque toujours été la plus grande entreprise. Néanmoins les draps Pedolin (1789-1982), la fabrique de pâtes alimentaires (depuis 1841), la fonderie (1892), la chocolaterie (1893), les Brasseries rhétiques (fusion en 1902) se sont fait un nom. Au milieu des années 1950, la promotion municipale a su attirer un peu d'industrie. Le textile et la métallurgie ont connu des difficultés dans les années 1970 et 1980. En outre, des entreprises ont quitté la commune pour l'agglomération, comme en 1989 la fabrique de balances Busch (fondée en 1919). Les arts et métiers, notamment ceux de la construction, dominent encore le secteur secondaire, avec depuis peu quelques fabricants d'électronique. Outre les services cantonaux, C. dispose d'un fort secteur tertiaire (transports, commerce de détail, écoles), favorisé par l'absence de proches grandes villes.

Coire: Structure de l'emploi
AnnéeSecteur primaireSecteur secondaireSecteur tertiaireinconnu
190513,9%46,7%39,4%-
19751,2%29,1%69,7%-
19900,4%19,3%79,2%1,1%

Sources:Office fédéral de la statistique.

Coire: Bilan des navetteurs
AnnéeSortantsEntrants
19706%20%
199013%34%

Sources:Office fédéral de la statistique.

Auteur(e): Jürg Simonett / PM

3.4 - Formation et culture, Eglise et vie religieuse

Autour de 1800, C. fut le théâtre de nombreux soulèvements populaires et procès d'exception, la population étant divisée entre partisans de l'ordre ancien, réformistes et révolutionnaires. L'opposition entre la cour épiscopale et la cité protestante a subsisté. L'école catholique n'a été intégrée à l'école municipale qu'en 1966-1967. La forte immigration de Grisons, souvent romanches et catholiques (de l'Oberland), de Saint-Gallois (Oberland et Rheintal), d'ouvriers allemands et italiens a brouillé l'image d'une ville essentiellement protestante et germanophone. Les deux confessions sont à égalité depuis 1970. Romanches et italophones ont fondé des associations culturelles (Chor Viril Alpina Cuera, par exemple, en 1898). C. abrite le siège des organisations linguistiques Pro Grigioni italiano (1918) et Lia Rumantscha (1919). L'extension du droit de vote à tous les Suisses établis (1874) modifia les rapports politiques. Le mouvement ouvrier, malgré la faiblesse numérique du prolétariat, gagna du poids, sous l'influence de compagnons allemands et italiens. De nombreux conflits du travail éclatèrent entre 1900 et 1914. Pendant la crise des années 1930, C. découragea par tous les moyens l'immigration d'étrangers pauvres.

L'école municipale fut radicalement réformée en 1779. La création d'écoles cantonales (protestante en 1804, catholique en 1807, réunies en 1850) fit renoncer à l'école latine municipale. L'école normale grisonne ouvrit en 1853, l'école de perfectionnement (ancêtre de l'école secondaire) en 1872, l'école ménagère grisonne en 1895. Le technicum du soir (future école d'ingénieurs ETS) fut crée en 1964, la haute école d'économie et d'administration en 1987. Le théâtre municipal, fondé en 1923, n'entretient plus de troupe depuis 1992, mais invite des spectacles. La maison de la corporation des Tailleurs abrite un petit théâtre depuis les années 1970. Parmi les établissements culturels cantonaux, citons le Musée rhétique (1872), dont une partie des collections fut à l'origine, en 1919, des musées grisons des beaux-arts et d'histoire naturelle.

Auteur(e): Jürg Simonett / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– StAGR, AEp, AV, Musée rhétique
Bibliographie
INSA, 3, 219-316
Churer Stadtgeschichte, 2 vol., 1993
– L. Bühler, Chur im Mittelalter, 1995
HbGR