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Davos

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Comm. GR, cercle de Davos, distr. de Prättigau/Davos. D. comprend cinq fractions dans la vallée du Landwasser, D.-Dorf, D.-Platz (D.-Village et D.-Place), Frauenkirch, Glaris et Monstein, divers hameaux tels Laret, Wolfgang, Clavadel et Spina (vallée principale), et d'autres localités dans les vallées latérales de Flüela, Dischma et Sertig. 1213 Tavaus. La commune, deuxième de Suisse et première des Grisons en superficie, englobe tout le "pays" de D., soit le bassin du Landwasser, du Schwarzsee près de Laret jusqu'au défilé au-dessous du Silberberg de Monstein, et se confond avec le cercle de D. La large vallée du haut, l'Oberschnitt, devient l'Unterschnitt étroit et tourmenté, au sud-ouest de l'hôtel de ville et de l'église Saint-Jean. 1680 hab. en 1850, 3891 en 1888, 8089 en 1900, 11 164 en 1930, 10 433 en 1950, 11 417 en 2000.

Des trouvailles isolées du Bronze, sur l'Alp Drusatscha, au lac de D. et au col de la Flüela, attestent l'usage de la route Prättigau-D.-Susch dès la Préhistoire. La vallée est de colonisation récente, elle fut défrichée et peuplée au Moyen Age par des paysans romans de la vallée de l'Albula et de l'Engadine. Le document le plus ancien (1213) traite de terres exploitées par des Rhétoromans (prairies, pâturages) et de redevances en nature (ovins, fromages) dues par le domaine Kristis, abandonné depuis, au chapitre cathédral de Coire, son souverain. En 1297, la chapelle de Brienz/Brinzauls remit aux Wildenberg un domaine à Polinge (Bolgen). Les Walser arrivèrent vers 1280, sous Walter V de Vaz, qui associa aux deux domaines romans douze nouveaux domaines de Walser. Un document de 1289, énumérant fiefs et cens, définit d'importantes redevances en fromage, ovins et drap, des obligations militaires, mais aussi des libertés personnelles et laisse la basse justice à l'amman de la communauté. La haute justice appartenait aux barons de Vaz. Ceux-ci éteints, la seigneurie passa aux comtes de Toggenbourg en 1338, aux Montfort-Tettnang en 1436, aux Habsbourg d'Autriche en 1466, et fut rachetée en 1649.

La première et principale église du pays de D., est à D.-Platz. D'abord dédiée à Marie, à saint Jean-Baptiste et à saint Nicolas, appelée ensuite Saint-Jean, elle apparaît dans un document de 1335. Elle avait trois filiales, les chapelles de Saint-Théodule à D.-Dorf (milieu du XIVe s. env.), celle de Notre-Dame à Frauenkirch (mentionnée en 1466) et celle de Saint-Nicolas à Glaris (milieu du XIVe s.). Elle est qualifiée en 1500 d'"église paroissiale libre". La collation appartenait à la commune, qui adopta la foi nouvelle en 1526. Aux XVIIe et XVIIIe s., les paroisses suivantes acquirent leur indépendance: Glaris-Monstein en 1654, Frauenkirch-Sertig et Dorf-Laret en 1680. En 1719, Monstein se sépara de Glaris et engagea un pasteur. On bâtit de nouvelles églises à Monstein en 1668, à Sertig en 1699 et à Laret en 1793. Des chapelles situées au col de Saint-Wolfgang et dans la vallée de la Flüela près de Pedra (mention en 1562, auj. Dörfji), sont abandonnées. A la fin du XXe s., la commune comptait quinze églises; la majorité des habitants est réformée.

Les communaux s'agrandirent en 1328 de la vallée de la Flüela, cédée par Susch. Au début du XIVe s., des Walser de D. colonisèrent Arosa, qui fit politiquement partie de D. jusqu'en 1851. Des domaines de D. naquirent les cinq fractions mentionnées qui, en lieu et place de la commune, sont toujours compétentes en matière d'école et d'inhumations; certaines ont une fortune propre. La plus ancienne rédaction des coutumes de D. date de 1596. Après l'incendie du vieil hôtel de ville en bois, les gens de la vallée, fiers de leur autonomie, le rebâtirent en pierre en 1564; c'est, près de l'église, un harmonieux édifice Renaissance dû à Hans Ardüser, avec une Grosse Stube ou salle du Conseil, ornée de vitraux, et une Lange Stube. D. était le chef-lieu de la Ligue des Dix-Juridictions, fondée en 1436 et, en alternance avec Coire et Ilanz, le siège de la Diète de l'Etat libre des Trois Ligues. La Diète et les assemblées communales se tenaient dans la Grosse Stube, les sessions judiciaires dans la Lange Stube.

La langue allemande domine depuis les XIVe-XVe s. A la fin du Moyen Age et à l'époque moderne, l'économie était marquée par l'élevage (fromages, vente de bétail bovin, drap de laine), l'importation de grains et de sel tyroliens par la Flüela, l'importation de vins de la Valteline par le col de Scaletta (avec des bêtes de somme). Des mines de plomb argentifère furent exploitées jusqu'en 1848 au Silberberg près de Monstein, dans l'Unterschnitt; le minerai s'exportait à Hall en Autriche, à Bolzano, Bormio et Sondrio en Italie. Ceux qui avaient réussi à l'étranger complétaient ou remplaçaient leurs chalets traditionnels par des bâtiments de pierre. Au début du XVIIe s., peste, guerre et famine diminuèrent fortement la population. Le destin de D. était lié à celui des familles Beeli, Buol, Guler, Jenatsch, Sprecher et Valär, qui firent bâtir de somptueuses demeures du XVIe au XVIIIe s.

Tout changea au XIXe s.: la découverte des vertus curatives du climat montagnard pour les maladies pulmonaires fit de D. une station internationale. En 1841, le Dr Luzius Rüedi ouvrit un établissement pour les enfants phtisiques et angineux. Vers 1853, le médecin Alexander Spengler démontra les avantages du climat de D. dans le traitement de la tuberculose. Dès 1865, s'ouvrirent des sanatoriums, des hôtels et une patinoire. Grâce à des hôtes célèbres et des réfugiés politiques comme Thomas Mann ou Ernst Ludwig Kirchner, l'image de D. se mêla à l'histoire mondiale. La population s'accrut fortement. A côté de bâtiments Jugendstil et néoclassiques, on trouve à partir de 1900 des formes nouvelles telles que le toit plat ou le style rustique cubique de D. (Pfleghard & Haefeli: sanatorium Schatzalp; Rudolf Gaberel: Kurhaus, hôtel de ville). Essentielle pour l'essor de D., la ligne Landquart-D. des Chemins de fer rhétiques fut ouverte en 1890; Willem Jan Holsboer, hôtelier d'origine hollandaise, établi à D. en 1867, en fut un pionnier. Après 1900, D. devint une importante station de sports d'hiver. Dans les années 1920, dites "années d'or", la bonne société se mit à fréquenter D., en raison notamment de concours sportifs internationaux (Coupe Spengler dès 1923). Après la grande crise, D. se démocratisa, tout en privilégiant le secteur sportif grâce à l'aménagement de remontées mécaniques: funiculaire D.-Parsenn (1930) et remonte-pente à archets (ou arbalètes) de Bolgen, le plus ancien du monde (1934). Une forte colonie allemande vécut à D. jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale: D. abritait, entre autres, le Fridericianum, internat allemand (1878), réouvert en 1946 comme école alpine suisse (Schweizerische Alpine Mittelschule). C'est à D. qu'habitait Wilhelm Gustloff, chef du parti nazi (NSDAP) en Suisse, tué en 1936 par l'étudiant juif David Frankfurter.

Dans les années 1950, de nouvelles thérapies antituberculeuses firent disparaître la plupart des sanatoriums. Il en existe encore dix, dont quatre étrangers, qui traitent surtout les allergies. Le nouveau centre des congrès (1969) et son hôtel (1982) ont attiré un tourisme de conférences, fortuné (Forum de l'économie mondiale entre autres). Ces dernières années, la construction a connu un développement foudroyant, à la demande du tourisme de bas de gamme. On comptait en l'an 2000 quinze funiculaires, vingt et un remonte-pentes, plusieurs patinoires et piscines, une patinoire couverte (1981), des terrains de golf et des courts de tennis, des écoles de ski et de ski de fond. La grande majorité de la population active travaille dans le secteur des services. D. possède, outre un système scolaire bien aménagé, un hôpital régional et une maison de retraite, la bibliothèque régionale, un Musée des mines à Schmelzboden près de Monstein, le Musée Ernst Ludwig Kirchner à D.-Platz, le Musée régional dans l'ancienne cure de D.-Dorf, ainsi que la station de l'Institut fédéral pour l'étude de la neige et des avalanches (au Weissfluhjoch) et celle du Schweizerisches Forschungsinstitut für Hochgebirgsklima und Medizin (institut de recherche sur le climat en haute montagne et sur la médecine). Le trafic surcharge les infrastructures urbaines: malgré les transports publics (autobus, funiculaire de Parsenn, bus postaux, Chemins de fer rhétiques) et la planification du trafic privé (sens uniques et voies de transit), des embouteillages se forment en haute saison. La pollution de l'air nuit aux forêts.

Les autorités politiques de la commune et pays de D. sont le Grand Conseil (législatif), le Petit Conseil (exécutif) et le landamman qui les préside tous deux; ils sont élus tous les trois ans, le troisième dimanche de mai, par la Lanschaftsbsatzig (assemblée générale) réunie à la patinoire couverte. Les deux Conseils sont attestés depuis 1468. Le droit de vote des femmes fut introduit sur le plan communal en 1970. Le cercle de D. existe depuis 1851, son territoire se confond avec celui de la commune. La Kreisbsatzig (assemblée de cercle) élit tous les trois ans, le premier dimanche de mai, l'amman du cercle, le médiateur (juge de paix), le tribunal de cercle (tribunal criminel de première instance) et des membres du Grand Conseil.


Bibliographie
– M. Valèr, Sechs Jahrhunderte Davoser Geschichte, 1912
MAH GR, 2, 1937, 143-176
– A. Laely, Davoser Heimatkunde, 1952
INSA, 3, 317-464
– M. Bundi, Zur Besiedlungs- und Wirtschaftsgeschichte Graubündens im Mittelalter, 1982
Gem. GR

Auteur(e): Martin Bundi / PM