Winterthour

Comm. ZH, chef-lieu du distr. homonyme depuis 1803. La ville, sur le ruisseau de l'Eulach, se situe dans la zone de contact entre la région du Weinland sur le Plateau et la vallée moyenne de la Töss dans l'Oberland zurichois, qui fait partie des Préalpes. Elle est un important nœud de communication, surtout sur l'axe allant vers la Suisse orientale. Après avoir absorbé en 1922 les communes d'Oberwinterthur, Seen, Töss, Veltheim et Wülflingen, W. devint la septième ville de Suisse pour la population, la sixième dès 1960. Celle-ci forme le noyau d'une agglomération qui regroupe douze communes et comptait 139 731 habitants en 2010. 294 Vitudurum (Oberwinterthur), 843 Venterdura (Oberwinterthur ou W.), 1180 Niderunwinterture, 1209 Winterturo, all. Winterthur. Le site de la vieille ville fut vraisemblablement habité sans discontinuité depuis le VIe s. Devenue ville sous les comtes de Kibourg, W. reçut en 1264 de nouvelles franchises de leurs successeurs, les comtes de Habsbourg. Ville impériale de 1417 à 1442, donnée en gage en 1467 par les ducs d'Autriche à la ville de Zurich, elle fut, jusqu'en 1798, ville sujette (Munizipalstadt ou Landstadt) de cette dernière. Elle devint chef-lieu de district dès la République helvétique (1798-1803). L'industrie textile et, plus encore, celle des machines y connurent un développement impétueux au XIXe s. W. remplit des fonctions de centre dans les domaines de la santé, des hautes écoles, de la musique, du théâtre et des musées.

Population de Winterthoura
AnnéeHabitants
XVe s.env. 2 200
1588env. 2 200
16432 041
16722 572
17293 280
17662 985
1799env. 3 000
18364  612

Année18501870b18881900191019301950197019902000
Habitants13 65119 49629 50840 96146 38453 92566 92592 72286 95990 483
En % de la population cantonale5,4%6,9%8,8%9,5%9,2%8,7%8,6%8,4%7,4%7,3%
Langue          
Allemand  28 97439 53744 33952 02863 66477 33471 18075 137
Italien  2148921 3689911 7239 4466 4234 437
Français  1883354215489791 067849854
Autres  1321972563585594 8758 50710 055
Religion, Confession          
Protestants13 33918 10425 27333 25436 81042 30651 53558 15047 05240 135
Catholiquesc3041 3784 0167 4868 85910 52414 26731 67728 56025 769
Autres81362192217151 0951 1232 89511 34724 579
dont communauté juive  6311814313495836481
dont communautés islamiques       7663 3646 612
dont sans appartenanced       1 0845 67710 214
Nationalité          
Suisses13 19718 13325 91535 00539 28650 22863 80574 16068 79768 959
Etrangers4541 4853 5935 9567 0983 6973 12018 56218 16221  524

a Données 1850-2000: selon la configuration territoriale de 2000

b Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

c Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

1 - De la préhistoire au Moyen Age

Les premières traces sûres de présence humaine remontent au Néolithique, comme le fond de cabane d'Oberwinterthur (env. 3000 av. J.-C.). On a mis au jour des vestiges d'habitat de l'âge du Bronze à Oberwinterthur, à Seen et dans la vieille ville de W., des dépôts du Bronze moyen et final à Wülflingen et Veltheim. L'âge du Fer est documenté par des tombes à Oberwinterthur (vers 800 av. J.-C.), à l'Eschenberg (800-450) et à Töss, ainsi que par des vestiges d'habitat près de la vieille ville (dès 450 av. J.-C.). Les indices d'un habitat protohistorique étendu manquent, bien que la voie traversant le Plateau ait vraisemblablement passé très tôt sur le site de la ville.

L'habitat est continu à Oberwinterthur depuis la dernière décennie avant notre ère, lorsque s'y développa l'agglomération de Vitudurum. Relevant de la province de Germanie supérieure, elle fut fortifiée (castrum) en 294 contre les incursions alémanes. Plusieurs villae, dont celles de Neftenbach et de Hettlingen, furent construites dans les environs. Un habitat romain est aussi attesté dans la vieille ville. La rue du Marché (Marktgasse) pourrait remonter à la très importante voie romaine qui reliait le Léman au lac de Constance.

Les Francs s'établirent au début du VIe s. Un premier sanctuaire chrétien fut construit à Oberwinterthur aux VIe-VIIe s. Des tombes romanes et franques de la même époque ont été trouvées dans la vieille ville, ainsi que des vestiges d'habitat. Après l'arrivée des Alamans, des églises furent aussi bâties à Wülflingen, à Veltheim et sur le site de la vieille ville de W. Au haut Moyen Age ou un peu plus tard, le noyau de la localité fut déplacé d'Oberwinterthur vers la plaine de l'Eulach. On ne sait lequel des deux habitats était appelé W. au IXe s. Le document le plus ancien conservé dans les archives de la ville, datant de 1180, distingue Niederwinterthur et Oberwinterthur.

W. fit partie dès le Xe s. du duché de Souabe qui, en 919, arrêta l'expansion du royaume de Bourgogne lors de la bataille de W. Vers l'an 1000, l'église accueillit les tombeaux d'une famille noble dont le nom est resté inconnu. Des comtes de W. sont mentionnés au XIe s.; leur héritage, dans la région de Kyburg et de W., passa par mariage aux comtes de Dillingen. Descendants de ces derniers, les comtes de Kibourg devinrent les dynastes les plus puissants de Suisse orientale dans la seconde moitié du XIIe s. Ils restèrent jusqu'à leur extinction en 1264 seigneurs de la ville de W., qu'ils développèrent. Sous leur impulsion, Niederwinterthur, qui consistait vers l'an 1000 en fermes groupées autour de l'église et du cimetière, se transforma avant 1200 environ en une ville fortifiée de plan régulier, entre le Graben actuel et le Neumarkt, comprenant des maisons en pierre et un système d'adduction d'eau. L'église Saint-Laurent, plusieurs fois agrandie, avec baptistère, fut détachée d'Oberwinterthur en 1180 et devint paroissiale. Il est probable que la localité jouissait déjà de droits municipaux et d'un marché.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

2 - Histoire politique du Moyen Age au XVIIIe siècle

2.1 - Liens de sujétion

Dans le contexte de la succession des Kibourg, les gens de W. détruisirent en 1263 ou 1264 une fortification sur le Heiligberg, qui ne fut pas reconstruite et dont on ignore l'emplacement exact. En juin 1264, Rodolphe de Habsbourg, le futur empereur, accorda une charte de franchises qui mettait par écrit les droits et devoirs des deux parties. Sujette des Habsbourg pendant les deux siècles qui suivirent, W. fut tiraillée entre son seigneur, le Saint Empire et la ville de Zurich en expansion. Impliquée dans les guerres du côté des Habsbourg, elle fut à plusieurs reprises mise en gage et chargée de dettes. En 1292, les troupes du duc Albert d'Autriche infligèrent une défaite aux Zurichois près de W.

De nouvelles perspectives s'ouvrirent lors du conflit qui opposa le duc Frédéric IV de Habsbourg et l'Empire, sous le règne de Sigismond de Luxembourg. Octroyant de nombreux privilèges aux cantons, ce dernier accorda aussi en 1417 l'immédiateté impériale à la ville autrichienne, ce qui comprenait la haute et la basse juridiction et le droit de lever des impôts. En 1424, W. acheta la régale des douanes aux barons de Rosenegg, avant d'obtenir les basse (1434) puis haute justices sur le village de Hettlingen. Quand les Habsbourg remontèrent sur le trône impérial, la ville dut à nouveau se soumettre à son seigneur autrichien (1442). Lors de la conquête de la Thurgovie en 1460, elle fut assiégée par les troupes confédérées. Elle fut remise en gage en 1467 à la ville de Zurich par le duc Sigismond de Habsbourg pour 10 000 florins, ses anciens droits et libertés étant toutefois réservés, notamment son autonomie interne.

De 1467 à 1798, W. fut sujette de Zurich. Elle put rembourser ses plus grosses dettes avant 1547, grâce à ses privilèges fiscaux et douaniers, et n'eut plus à subir de sièges. Néanmoins, elle devait prêter serment à Zurich et lui fournir un service militaire. Le droit de collation de W. passa en 1467 à Zurich, qui fournit dès la Réforme le premier pasteur.

Les contrastes entre autonomie interne et sujétion externe conduisirent à des conflits, d'autant plus que W., par ses potentialités économiques et culturelles, l'emportait sur maints cantons souverains. La ville dut ainsi, en 1549, remettre à Zurich la charte impériale reçue en 1544 de Charles Quint, qui confirmait et augmentait ses privilèges; le document fut lacéré et déclaré nul et non avenu. Dès 1667, Zurich exigea à nouveau des bourgeois le serment annuel d'obéissance, tombé en désuétude. Aux XVIIe et XVIIIe s., les tentatives de W. de s'assurer de nouveaux droits seigneuriaux ou d'étendre son territoire furent stoppées par Zurich, qui imposa aussi des restrictions à l'industrie textile naissante, sous prétexte que les libertés de W., remontant au XVe s., ne concernaient pas les nouveaux secteurs économiques (affaire des fabriques, 1715-1719) et qui défendit d'ouvrir une imprimerie. En janvier 1723, Hans Georg Steiner, avoyer de W., fut emprisonné à Zurich sous l'inculpation de contacts illicites avec la maison de Habsbourg. A la fin du XVIIIe s., la fierté blessée des corporations fit s'élever des voix qui réclamaient le détachement d'avec Zurich.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

2.2 - Constitution communale et institutions

L'avoyer, le Conseil et les bourgeois de W. sont repérables dès 1230. Rodolphe de Habsbourg accorda le 22 juin 1264, jour de la Saint-Alban, des franchises qui libéraient les bourgeois des seigneurs et tribunaux étrangers et leur assuraient des droits dans le choix de l'avoyer, son représentant. Cette charte, celle de 1275 qui donnait aux bourgeois le droit de détenir un fief à l'instar des ministériaux du seigneur de la ville, et les statuts de 1297 avec leurs clauses en matière de dettes et de droit pénal et successoral, fondaient le droit local. Ils furent lus à haute voix lors de l'assemblée annuelle des bourgeois (dite Albaniegemeinde) jusqu'en 1760.

Jusqu'à l'obtention de l'immédiateté impériale en 1417, les Habsbourg, seigneurs de la ville, et leurs vassaux nobles, comme les von Sal et les Huntzikon qui occupèrent durant plusieurs générations la charge d'avoyer, eurent une grande influence à W. Les artisans de la ville tentèrent en 1342, 1352 et 1410 d'imposer un régime de type corporatif, mais échouèrent. Les cinq corporations, qui avaient chacune leur maison, restèrent des organisations sans pouvoir politique. En 1417, l'avoyer et le Conseil succédèrent au seigneur. Ils purent, même après le rattachement à Zurich en 1467, agir avec une large indépendance dans les affaires internes.

Le gouvernement se composait de l'avoyer, des Grand et Petit Conseils et du tribunal de la ville; il comptait soixante-huit personnes, chancellerie comprise. Aux XVIIe et XVIIIe s., les droits des bourgeois se limitaient à l'élection de l'avoyer, représentant de la ville. Celui-ci, en place pour une année, alternait avec l'ancien avoyer. Les deux magistrats formaient avec onze conseillers le Petit Conseil qui, siégeant trois fois par semaine et se cooptant en cas de vacance, élisait les membres du Grand Conseil et préparait les lois. Il attribuait les fonctions inférieures parmi les bourgeois et était tout à la fois tribunal administratif et pénal (causes légères). Les membres du Petit Conseil occupaient la plupart des charges publiques, les plus importantes étant celles de trésorier et d'hospitalier. Le Grand Conseil, fort de quarante têtes, ne siégeait que quelques fois par an, en présence du Petit Conseil. Les deux réunis servaient de tribunal criminel (peines de sang), promulguaient les lois et élisaient les directeurs des offices urbains. Petits et grands conseillers formaient encore d'autres instances judiciaires; avec les deux premiers pasteurs de la ville, ils surveillaient par exemple la vie ecclésiastique et les mœurs dans le tribunal matrimonial (consistoire). Les bourgeois qui n'étaient pas conseillers pouvaient entrer au gouvernement comme juges au tribunal de la ville qui, siégeant sous la présidence d'un membre du Grand Conseil, s'occupait des contestations de dettes.

La chambre des comptes, autorité suprême en matière de finances et placée au-dessus des autres offices, était la plus importante de toutes les commissions. Au XVe s. déjà, la ville percevait un impôt annuel payé par les bourgeois. Dès le XVIe s., W. devint une commune riche qui plaçait son argent en acquérant des seigneuries et des rentes foncières, pour autant que Zurich le lui permette. Elle put acheter en 1583 divers biens à Hans Ulrich von Hinwil, en 1598 la Mörsburg avec la basse juridiction d'Oberwinterthur, en 1629 la seigneurie justicière de Pfungen et en 1649 le château de Widen. Mais Zurich l'empêcha d'acquérir en 1587 le château et la seigneurie de Hegi.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

3 - Economie et société du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle

3.1 - La ville et ses habitants

Les faubourgs, mentionnés dans la charte de 1264 comme faisant partie du ressort de W., furent englobés dans l'enceinte urbaine vers 1300. Dès 1482, ils furent rattachés à la paroisse de la ville. L'empereur Frédéric III agrandit en 1442 le ressort qui s'étendit dès lors jusqu'à environ 1 km à l'extérieur des murailles. Jusqu'au XIXe s., W. ne s'agrandit plus, mais elle renforça ses murs au XVIIe s. Hors de ceux-ci, on trouvait de nombreux moulins et blanchisseries sur le cours de l'Eulach et, au nord, la chapelle et la maladrerie de Saint-Georges.

Au spirituel, W. remplaça Dinhard après 1275 comme chef-lieu de décanat. De 1334 à 1337, la ville fut le siège de l'évêque de Constance Nikolaus von Frauenfeld lors du conflit qui l'opposa aux bourgeois du lieu. Une communauté de béguines est mentionnée au Kirchhof dès 1260; liée aux dominicains, elle fut desservie depuis le début du XIVe s. par le couvent zurichois de l'ordre. Non loin de la ville, les comtes de Kibourg fondèrent le chapitre collégial de Heiligberg vers 1225 et le couvent de Töss en 1233. La chapelle et l'ermitage érigés en 1318 au Beerenberg près de Wülflingen passèrent sous la protection des ducs d'Autriche lorsqu'ils furent agrandis et devinrent le couvent de Mariazell dans les années 1360. Tous ces établissements furent supprimés entre 1523 et 1527 lors de la Réforme, que W. accepta sans résistance.

Le développement intra muros, interrompu par plusieurs grands incendies, semble avoir subi un coup d'arrêt vers 1350. L'hôpital remonte vraisemblablement aux environs de 1300. Avant la Réforme déjà, l'assistance aux pauvres incombait surtout à des institutions municipales. Des chroniques rappellent que les juifs auraient souffert de pogroms en 1349 et 1401.

La ville comptait quelque 2200 âmes au XVe s., 2400 vers 1600, environ 3000 à la fin du XVIIIe s., dont 400 non-bourgeois, employés surtout comme personnel de maison. Dès le XVIIe s., elle ferma pratiquement l'accès à la bourgeoisie. Elle fit construire un nouvel hôtel de ville en 1437 et agrandir l'église paroissiale entre 1486 et 1518. La halle, qui abritait le poids public, fut bâtie en 1503, l'Amtshaus (siège de l'administration des biens de l'Etat) en 1541. De belles maisons furent construites au XVIIIe s., surtout à la Marktgasse. Dans la même rue, on rénova complètement l'hôtel de ville (1782-1784) et l'on agrandit l'hôpital du haut (1788-1790). Les riches bourgeois se firent bâtir hors les murs des maisons de campagne, par exemple celles du Schanzengarten (vers 1740), de la Pflanzschule (1771-1772) ou du Lindengut (vers 1790).

Après 1500 et jusqu'au milieu du XVIIe s., de nombreuses familles participèrent au gouvernement, la forte mortalité (la peste de 1611 faucha par exemple près de la moitié de la population) empêchant l'apparition de dynasties de conseillers. En revanche, entre 1650 et 1730, une élite se constitua, formée de quelques familles fortunées (Biedermann, Ernst, Hegner, Künzli, Steiner, Sulzer, Ziegler et, plus tard, Reinhart), qui décidaient au Conseil de l'avenir de la ville, tout en encourageant la culture et l'instruction, souvent sous l'influence du piétisme. Au collège de musique, fondé en 1629, on se consacra d'abord au chant d'Eglise, puis à la musique instrumentale profane. La bibliothèque municipale fut fondée en 1660, la série des publications annuelles qu'elle édite toujours commença en 1665. Une réforme scolaire imposa l'enseignement obligatoire en 1664 et transforma l'école latine en gymnase. Puis vinrent l'orientation laïque de l'enseignement (1774) et l'abolition de l'écolage (1789). Les familles dirigeantes entretinrent d'étroites relations avec les milieux des Lumières, notamment à Zurich (Johann Jakob Bodmer et Johann Kaspar Lavater). Nés à W., Anton Graff et Johann Georg Sulzer connurent une célébrité européenne, le premier en peinture, le second en philosophie.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

3.2 - L'économie

Outre des ministériaux nobles et des paysans, le document de 1180 mentionne notamment des mercatores (commerçants), catégorie qui devait comprendre aussi les artisans. Il est probable que, sous les Kibourg déjà, la ville jouissait du droit de marché et de la liberté du commerce qui furent complétés dans la charte de franchises de 1264. Celle-ci confirma notamment les droits d'usage dans la forêt de l'Eschenberg, ce qui assura l'approvisionnement en bois de la ville et fut à l'origine de son riche domaine forestier.

Des ateliers du XIVe s., surtout de potiers et de tisserands, sont attestés par l'archéologie. L'artisanat fut à son apogée aux XVIe et XVIIe s.; les poêliers Pfau, les horlogers Liechti et les peintres sur verre Jäggli jouissaient d'une excellente renommée. Le droit de marché protégeait les artisans de la ville dans un rayon équivalant à deux heures de marche, mais n'empêcha pas la stagnation au XVIIIe s. Pour la plupart d'entre eux, l'agriculture resta jusqu'au XIXe s. un complément important et ils étaient nombreux à posséder une vigne sur les pentes entourant W. La suppression des communaux en 1802 n'alla pas sans résistance.

Les premières entreprises protoindustrielles encouragées par la ville produisirent des cordages en chanvre pour l'exportation, aux XVIe et XVIIe s. Des fabricants et des négociants firent fortune au XVIIe s. avec la toilerie, puis avec la draperie et surtout avec le commerce du sel. Le monopole pour l'importation de sel bavarois dans la Confédération appartint quelque temps à la famille Steiner. Vers 1680, celle-ci ouvrit aussi une manufacture produisant des fils d'or et d'argent qu'elle exportait jusqu'en Inde. Vers 1700, W. se mit au travail du coton et de la soie. Mais, à la même époque, le développement industriel de la ville fut entravé par Zurich. Après l'affaire des fabriques (1715-1719), les entrepreneurs de W., comme ceux de la campagne, n'eurent le droit de travailler que le coton brut et la fabrication de soieries leur fut interdite. Si Zurich leur défendit de mettre sur pied une industrie textile qui lui aurait fait concurrence, ils purent en revanche nouer des relations commerciales hors du canton. C'est ainsi que W. devint l'un des principaux fournisseurs de matière première pour les zones industrielles de la Suisse orientale. Après 1750, la ville comptait quinze à vingt firmes impliquées dans le grand négoce (produits coloniaux, laine, coton et cotonnades notamment). En 1778, le Laboratorium fut la première fabrique chimique de Suisse.

Quelque quatre-vingts des 600 bourgeois actifs en 1790 l'étaient dans le commerce et W. passait pour l'une des villes suisses les plus florissantes. En 1801, elle comptait 280 entreprises artisanales et 125 maisons de commerce, magasins d'épices et négoces de tissus plus ou moins importants.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

4 - Politique et administration depuis 1798

4.1 - Constitution communale et autorités

La révolution helvétique mit fin, le 5 février 1798, à la domination de Zurich. Le Conseil de W. remit deux jours plus tard ses pouvoirs aux bourgeois et libéra Hettlingen de sa sujétion. Le gouvernement provisoire élu par les bourgeois fut remplacé par une chambre de régie et une municipalité en 1799. Le canton de Zurich édicta les règlements communaux de 1803 et 1816, alors que ceux de 1831 et de 1839 furent élaborés par les bourgeois dans le cadre prescrit par le canton. Après 1810, les élections au Conseil, où l'on n'appliquait pas entièrement le scrutin secret, et les compétences de l'assemblée communale suscitèrent la controverse. En 1816, les élections devinrent secrètes, mais les droits de l'assemblée furent limités à la nomination d'un collège électoral, qui choisissait ensuite le Conseil restreint, et au vote des impôts communaux. Ce fut à partir de 1831 seulement que l'assemblée générale fut compétente pour toutes les élections et affaires importantes. En 1839, l'administration jusqu'alors séparée en offices pour les pauvres, les églises, l'école et les biens communaux fut réunie et la comptabilité centralisée.

Vers 1860, plusieurs lois cantonales renforcèrent à W. la commune scolaire et la paroisse. Le remplacement de la commune bourgeoise par la commune politique en 1866 doubla le nombre des votants sur le plan local. La première conserva la gestion de la bibliothèque de la ville jusqu'en 1913, l'assistance jusqu'en 1928 et la réception à la bourgeoisie jusqu'en 2006. L'industrialisation et la forte croissance de la population entraînèrent de nouveaux règlements communaux. Celui de 1873 introduisit le scrutin à bulletins secrets pour le Conseil de ville, celui de 1880 un comité de trente et un membres faisant office de parlement, intermédiaire entre le Conseil de ville et l'assemblée communale, et celui de 1895 remplaça ce comité par un Grand Conseil de ville de quarante-cinq membres.

Le règlement de 1921 supprima l'assemblée communale et créa, en lien avec l'absorption des communes voisines, un Conseil de ville de sept et un Grand Conseil communal de soixante membres. Il laissa aussi le champ libre pour l'organisation de votations populaires. En 1922, les communes d'Oberwinterthur, Seen, Töss, Veltheim et Wülflingen furent absorbées par W., où elles formèrent chacune un arrondissement. Une nouvelle forte croissance, dès 1960, aboutit en 1972 à augmenter les compétences financières des autorités et à créer l'arrondissement de Mattenbach. Le règlement de 1989 orienta l'administration vers le modèle de gestion par résultats.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

4.2 - Forces politiques et sociales

En 1798, divers mouvements civiques témoignent de la mise en place d'une vie démocratique. D'abord favorable à la République helvétique, une majorité de la population de W. s'y opposa bientôt, au plus tard après la bataille entre troupes autrichiennes et françaises qui eut lieu près de la ville à la fin de mai 1799 (deuxième guerre de Coalition). L'Helvétique n'amena pas de bouleversements sociaux et le remplacement des dirigeants politiques se fit sans heurt; le dernier avoyer de W., Christoph Ziegler, et deux anciens membres du Petit Conseil, Hans Ulrich Kaufmann et Johann Heinrich Steiner, présidèrent les autorités de 1798 à 1803.

Les relations avec le canton de Zurich furent tendues après 1803, W. supportant de lourdes charges, mais n'ayant aucun privilège, contrairement à la ville de Zurich. Pour briser la domination de celle-ci, W. s'allia aux campagnards en 1830, fut le centre de l'opposition après l'affaire Strauss et le Züriputsch (1839) et plaida pour un Etat fédéral fort. L'hebdomadaire libéral Der Landbote fut fondé en 1836, le Literarische Comptoir publia de 1841 à 1845 des textes radicaux en politique et en théologie. Jonas Furrer, chef du gouvernement cantonal dès 1845, devint en 1848 le premier président de la Confédération. D'autres citoyens de W. contresignèrent en 1869 la Constitution cantonale (Jakob Sulzer, président, et Ludwig Forrer, premier secrétaire de la Constituante) et en 1874 la Constitution fédérale (Gottlieb Ziegler, président du Conseil national). Toutes deux étaient la conséquence du mouvement démocratique né à W., qui triompha du "système Escher" et de la concentration du pouvoir politico-économique qu'il représentait. L'essor politique de W. se termina en 1878, lorsque le chemin de fer National-Suisse, soutenu par la ville, fit faillite. L'"école de W.", d'orientation démocratique et sociale, groupée autour de Forrer, conseiller fédéral de 1903 à 1917, continua à être influente, mais W. n'incarna plus une force politique particulière.

Le vieil esprit de la commune bourgeoise, qui régna jusque vers 1860, fut remplacé par les intérêts de divers groupes (fabricants, artisans et ouvriers) et par la naissance des partis politiques de l'ère industrielle. Une opposition radicale s'activa face aux démocrates. Une première union ouvrière fut fondée en 1871. Les oppositions de classes furent moins vives à W. qu'ailleurs et l'accord signé en 1937 entre les industriels des machines et les syndicats pour régler le conflit salarial né chez Sulzer ouvrit la voie à la paix du travail en Suisse; cependant, de violentes luttes ouvrières y eurent aussi lieu, notamment celles menées par les ouvriers du bâtiment en 1909-1910 et 1919-1920.

Au XXe s., les relations politiques se distinguèrent par leur stabilité. En 1895, pour la première fois, le parti socialiste devança tous les autres et se maintint à cette place après l'introduction de la proportionnelle en 1919. Mais l'ensemble des partis bourgeois garda longtemps la majorité au Conseil communal et au Conseil de ville. De 1858 à 2002, les présidents de ville, souvent en fonction pendant de longues années (Rudolf Geilinger de 1879 à 1911, Hans Sträuli de 1911 à 1930, Hans Rüegg de 1939 à 1966, Urs Widmer de 1966 à 1990), furent soit démocrates, soit radicaux. Ces partis ne s'unirent à W. en parti radical-démocratique qu'en 1971. De 2006 à 2014, les socialistes et les verts ont la majorité au Conseil de ville.

Ni le parti communiste, ni les fronts d'extrême-droite n'eurent grand succès, même si, au législatif, le premier remporta quelques sièges de 1922 à 1934 et de 1946 à 1958 et les seconds de 1934 à 1938. Un accrochage eut lieu à Töss en 1934 entre frontistes et ouvriers. La police opéra contre des communistes en 1942. Dans les années 1970, le Centre de la lumière divine (DLZ) fit sensation, notamment par la bombe lancée contre la maison du conseiller d'Etat Jakob Stucki à Seuzach. Il n'y eut pas de vraies révoltes de jeunes à W., mais, de 1970 à 1984, ceux-ci manifestèrent et commirent quelques actes délictueux connus sous le nom d'"événements de W.", dans le cadre du mouvement des années 1980.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

4.3 - Finances, services industriels et infrastructures

La République helvétique pesa lourdement sur W. (logement de troupes et réquisitions). Vers 1850, la ville passait pour la commune la plus riche du canton. Les revenus des biens communaux et un impôt sur la fortune, levé de 1807 à 1839 et dès 1875, constituaient le gros des recettes. Les détenteurs du droit de bourgeoisie reçurent jusqu'en 1869 du bois des forêts communales. En 1894, une loi cantonale permit d'introduire l'impôt communal sur le revenu.

Les grands projets élaborés dans la phase de croissance après 1860, mais surtout l'échec du National-Suisse, financé par la ville, mirent fin à son statut de "commune riche". La faillite du chemin de fer en 1878 plongea W. dans des dettes qui ne furent complètement remboursées qu'en 1953. Dès que surgissaient des tâches impliquant des dépenses importantes, après la fusion de 1922 ou lors de la crise des années 1930, le découvert de la dette augmentait; il en alla de même lors de la croissance (après 1955), des récessions (après 1972 et 1980) et de la crise structurelle des années 1990. Depuis 1956, la capacité contributive par habitant fut continuellement inférieure à la moyenne cantonale. W. dépendit souvent de la péréquation cantonale, ce qui limita son autonomie. Elle reçut dès 2012 une compensation pour son statut de ville-centre, mais se vit à nouveau confrontée à des problèmes financiers à cause de la croissance continue de la population depuis 2000 et du développement des infrastructures qui lui est lié.

Les services industriels naquirent en 1872, lorsque la ville reprit l'usine à gaz construite en 1859 (fermée en 1969 au profit du gaz naturel). Dans l'éclairage public, les lampes à huile de 1821 furent remplacées en 1860 par des réverbères à gaz. Le ruisseau qui traversait la ville fut voûté et les eaux usées conduites dans l'Eulach par des égouts (1827-1841). L'adduction d'eau à domicile remplaça les fontaines publiques dès 1873. Un nouveau réseau d'égouts fut construit dès 1886, un premier bassin de décantation en 1893, une station d'épuration des eaux au Hard en 1951. Une usine d'incinération (1965) remplaça les décharges (notamment Dättnau jusqu'en 1959, Riet bei Oberwinterthur depuis 1914). Elle fournit de la chaleur à distance (1985) et du courant (2009). Les services industriels fondés en 1904 pour l'eau, le gaz et l'électricité furent réunis en 1972.

Le tramway électrique W.-Töss (1898) fut la première ligne du réseau reliant la ville aux communes périurbaines, lequel desservit aussi Wülflingen dès 1915, Seen dès 1922 et Oberwinterthur dès 1931. Les trams furent peu à peu remplacés par des trolleybus entre 1938 et 1951.

Les bains (avec buanderie) de la vieille ville (1864-1915) servirent de première piscine couverte. La piscine en plein air de la Geiselweid, ouverte en 1911, fut le premier grand équipement de ce genre en Suisse, complété en 1974 par une piscine couverte. La patinoire naturelle du Zelgli fut remplacée par une installation artificielle en 1956, puis par celle, couverte, du Deutweg en 2002. Le stand de tir, d'abord situé à la Schützenwiese (1837), fut transféré en 1870 à l'Ackerwiese et en 1958 à l'Ohrbühl. La Schützenwiese accueillit aussi le stade du FC Winterthur (1911), des courts de tennis (1927) et les halles Eulach (la première en 1971).

W. fut place d'armes fédérale de 1849 à 1900 pour la cavalerie (caserne de 1861-1862) et de 1926 à 1971 pour les troupes cyclistes. Les arsenaux fédéraux construits par la Confédération en 1894, agrandis en 1917, fermèrent en 2005. Le nouveau tribunal cantonal des assurances sociales fut installé à W. en 1995. Quant au Club de Rome, il déménagea son siège de Hambourg à W. en 2005.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

5 - Economie et société depuis 1798

5.1 - Urbanisme et population

La commune décida en 1835 de démolir les fortifications, qui furent détruites en grande partie avant 1840 et totalement avant 1871. Des habitations furent construites devant la ville, dans la verdure. Une description du canton de Zurich, en 1845, présentait W. comme l'une des villes suisses particulièrement belles. La refonte complète du cadastre et la mensuration de la zone urbaine (1860-1862), ainsi que les règlements de construction pour les Neuwiesen (1862) et le Tössfeld (1873) lancèrent la planification de nouveaux quartiers. Entre 1870 et 1910, la population de la vieille ville passa de 5500 habitants à 7000 et celle des faubourgs de 3900 à 18 200.

Déjà artisanale, W. se transforma véritablement en ville industrielle entre 1880 et 1910. Les fonderies Sulzer à la Zürcherstrasse en direction de Töss, la Fabrique suisse de locomotives et de machines (SLM) au Tössfeld et l'usine Rieter à Töss, avec les rangées de maisons ouvrières des deux dernières, formèrent la plus grande zone industrielle de Suisse. Veltheim se fondit aussi dans W. Au nord de la ville surgirent des quartiers de villas et un ensemble remarquable de bâtiments publics; on peut citer l'école de la vieille ville de Ferdinand Stadler (1861-1864), l'hôtel de ville de Gottfried Semper (1864-1869) et le Musée des beaux-arts de Robert Rittmeyer (1913-1916). Le parc municipal fut aménagé de 1900 à 1905. Un changement important fut le voûtage de l'Eulach près de l'Untertor (porte du Bas) en 1911-1912.

Avec la fusion de 1922, la population doubla pour atteindre 50 000 habitants. L'idée de la cité-jardin guida le développement urbain ultérieur. De nouveaux quartiers d'habitation firent se joindre W., Wülflingen et Oberwinterthur, où Sulzer construisit dès 1911 de nouvelles grandes usines. Après 1960, le quartier de Mattenbach avec les premiers immeubles-tours du Gutschick s'étendit en direction de Seen et W. dépassa 80 000 habitants. La tour construite près de la gare par Sulzer pour son siège en 1966 resta jusqu'en 2003 le plus haut bâtiment suisse (92 m).

En 1973, W. comptait 94 100 habitants; elle en perdit lors de la crise qui suivit, mais en avait encore 86 000 en 1985. La désindustrialisation causée par le départ de l'industrie lourde créa de nombreuses friches depuis 1990. L'aire Sulzer à Tössfeld devint un quartier mixte; près de la gare furent construits des immeubles de bureaux, dont la tour Swisscom (1996-1999). De 2000 à 2012, la population passa de 91 000 à 106 000 habitants, grâce à l'immigration. La ville projette un second centre urbain à Oberwinterthur (zone Neuhegi-Grüze), autour des anciens terrains Sulzer où seront édifiés des immeubles d'habitation et des commerces.

Au XIXe s., la plupart des bourgeois de W. jouissaient de moyens d'existence solides ou, s'ils se trouvaient dans la gêne, pouvaient compter sur les secours de la ville. La situation était plus difficile pour les non-bourgeois, qui représentaient déjà la majorité de la population. Pour combattre la pauvreté en ville et dans les campagnes, des notables de W. créèrent en 1812 une société de secours mutuel privée. L'hôpital passa en 1872 de la bourgeoisie à la commune politique. Un nouveau bâtiment fut construit en 1876 à l'Äussere Lind qui fut cantonalisé en 1886. La même année, W. créa un service de santé pour les habitants. Conséquence des nouvelles règles cantonales en matière d'assistance, l'orphelinat et les asiles de vieillards devinrent en 1929 des institutions communales.

Plus tôt que d'autres villes, W. prit des mesures en faveur des chômeurs, en fondant un office du travail (1897), une caisse de chômage (1927) et une caisse maladie liée à une obligation partielle de s'assurer (1931). Ces institutions jouèrent un rôle important lors de la grande crise des années 1930, alors que 25% de la population active de W. était entièrement ou partiellement au chômage (1934).

W. contra la crise du logement au XXe s. en achetant des terrains et en encourageant la construction soit par des particuliers, soit par des coopératives. La mutuelle de 1812 prit l'initiative de fonder en 1872 une société pour la construction d'habitations à bon marché. Dans l'entre-deux-guerres, le secteur de la construction profita largement des coopératives subventionnées.

L'extension des services sociaux de la ville se fit après 1960 et débuta par la prévoyance vieillesse, du fait du vieillissement de la population. La maison de la jeunesse ouverte en 1963 à la Steinberggasse fut l'une des premières en Suisse. Un service de consultation communal pour les jeunes (1971) eut fort à faire avec les problèmes de drogue. La récession qui suivit le choc pétrolier (1973-1974) toucha souvent les étrangers et les personnes vivant seules. Les dépenses sociales augmentèrent à nouveau après 1990, sans que l'on ait enregistré une amélioration durant les années de haute conjoncture. L'ancienne ville industrielle fut particulièrement frappée par la crise structurelle.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

5.2 - Economie et transports

Les nouvelles libertés d'industrie et d'établissement permirent la construction en 1802 de la filature mécanique Spinnerei im Hard, à Wülflingen, la première en Suisse à utiliser l'énergie hydraulique. Contrairement aux fabricants et grands négociants, qui fondèrent en 1801 une société commerciale, les ouvriers de la ville rejetèrent la liberté d'industrie en 1831 encore; sous la direction de l'entrepreneur Jakob Ziegler, ils se regroupèrent toutefois en 1833 dans une association qui encourageait l'industrie et l'artisanat. La lithographie artisanale prit une place particulière, notamment la maison Wurster & Cie, fondée en 1842 par Jakob Melchior Ziegler et Johann Ulrich Wurster, qui éditait des cartes topographiques.

Au milieu du XIXe s., W. était l'une des places les plus importantes pour le commerce du coton brut. Des firmes locales se mirent aussi à fabriquer des cotonnades pour l'exportation. La maison des frères Volkart (Gebrüder Volkart) fut pionnière dans le commerce avec l'Inde. La Banque de W., fondée pour financer le commerce, l'industrie et les chemins de fer, fusionna en 1912 avec la Banque du Toggenbourg, créant ainsi l'Union de banques suisses (UBS). Fondée en 1875, la Winterthur Assurances (AXA Winterthur depuis 2007) acquit une importance mondiale.

Dans la seconde moitié du XIXe s., W. devint un nœud ferroviaire. La ligne W.-Romanshorn ouvrit en 1855, de même que la liaison W.-Oerlikon (prolongée jusqu'à Zurich l'année suivante), puis les lignes W.-Saint-Gall en 1856, W.-Schaffhouse (compagnie des chutes du Rhin) en 1857, W.-Etzwilen-Singen et Etzwilen-Stein am Rhein (National-Suisse) en 1875, W.-Bauma-Rapperswil (chemin de fer du Tösstal) en 1875, W.-Töss-Bülach-Koblenz en 1876. En 1968, W. obtint d'un seul coup quatre sorties d'autoroute sur l'A1 (Zurich-Saint-Gall) qui contourne la ville à l'ouest et au nord, avant de se ramifier en direction de Frauenfeld (1972), de Schaffhouse (1996) et de Constance (2002). L'ouverture du réseau du RER zurichois en 1990 augmenta considérablement les courants pendulaires. La vieille ville est depuis 1987 zone piétonne.

En 1910, l'industrie des machines avait supplanté le commerce du coton et la fabrication de textiles comme branche économique la plus importante. Rieter (métiers à filer), Sulzer (moteurs Diesel), SLM (locomotives, depuis 2005 Stadler Winterthur AG), entreprises mondiales, marquèrent fortement la ville au XXe s. D'autres firmes, de moyenne grandeur, furent aussi importantes, comme la brasserie Haldengut (1843) et les constructions métalliques Geilinger (1845).

Les démocrates encouragèrent le mouvement coopératif. La Société de consommation de W. fut fondée en 1868 et la première fédération de coopératives agricoles suisses, Volg, en 1886. Les producteurs de lait de 237 coopératives du nord-est de la Suisse se groupèrent en 1906 en fédération et installèrent leur siège à W.

La crise des années 1930 frappa durement W. et ses grandes firmes, trop orientées vers l'exportation. L'industrie atteignit son apogée dans la haute conjoncture des années 1960 et, en 1980 encore, elle employait plus de 50% de la population active. Après 1990, la désindustrialisation (disparition de l'industrie lourde) eut des répercussions massives et marqua la fin d'une longue continuité économique. Entre 1985 et 2001, le nombre des personnes actives dans le secteur secondaire chuta de 23 005 à 11 656. Les grandes maisons dont le nom était lié à celui de W. furent fractionnées, changèrent d'activité ou de propriétaire, voire disparurent. Erb, empire commercial né d'un garage ouvert en 1920, fit faillite en 2003. L'industrie high-tech (techniques médicales, mécatronique et instruments de précision) gagna en importance, tout comme les secteurs de la santé et de la formation. Le Technopark Winterthur fut fondé en 2002. En 2012, les plus gros employeurs étaient l'administration communale et Axa Winterthur.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

5.3 - Eglise, formation et culture

L'émancipation de l'Eglise protestante face à l'Etat fut un processus lent et n'alla pas sans conflit. Un conseil de paroisse fut créé en 1800, mais le président de la ville resta jusqu'à la fusion de 1922 le dirigeant de l'assemblée paroissiale. Formant une fédération depuis 1932, les paroisses de la ville et des anciennes communes suburbaines subsistèrent; celle de Mattenbach, nouvelle, s'y joignit en 1963.

La communauté catholique de Saints-Pierre-et-Paul fut créée en 1862; jusqu'en 1963 l'une des seules reconnues de droit public dans le canton de Zurich (comme Dietikon et Rheinau), elle comprenait en 2012 les huit paroisses urbaines, dont celle de la Missione cattolica érigée en 1946. Les musulmans, qui ont obtenu un carré dans le cimetière du Rosenberg, formaient 12% de la population en 2011.

Vers 1840, on donnait en modèle l'école réservée aux bourgeois, mais celle destinée aux non-bourgeois (1810-1860) laissait un peu à désirer. La loi scolaire cantonale de 1859 supprima les dernières différences au niveau primaire. Les communes scolaires furent réunies aux communes politiques en 1880. Le gymnase municipal, issu de celui des garçons et de l'école industrielle en 1862, fut cantonalisé en 1919. L'école des jeunes filles le fut en 1975. Celle des arts et métiers fut créée en 1835. Divers milieux ouvrirent dans la seconde moitié du XIXe s. des écoles professionnelles et de perfectionnement, le canton fonda en 1874 un technicum. Le camp professionnel du Hard pour chômeurs de la métallurgie (1935) devint ensuite l'école technique. Après 1996, la ville vit se renforcer l'éducation supérieure lorsque plusieurs hautes écoles professionnelles furent déplacées à W. Elle devint en 2007 le site principal de la haute école zurichoise des sciences appliquées, à laquelle on intégra le technicum.

Des anciennes corporations, la seule qui subsista après 1830 fut celle des notables (Herrenstube). Grâce au sens artistique et au mécénat de nombre de ses bourgeois, W. avait la réputation, en 1850 déjà, d'être une ville accueillante à l'art. Le directeur des écoles Johann Conrad Troll composa, entre 1840 et 1850, les huit volumes d'une histoire de W. basée sur les sources. La Société des beaux-arts fut fondée en 1848. L'éditeur de musique Jakob Melchior Rieter se distingua en publiant notamment des œuvres de Brahms. Le collège de musique créa en 1873 une école et fut le cofondateur en 1875 de l'orchestre de la ville. Durant cette époque de foisonnement culturel, la Société des sciences naturelles, celle d'histoire et celle des techniques naquirent en 1874; celle de littérature suivit en 1917. Le Musée des arts appliqués, lié au technicum, date de 1875. La ville acheta en 1878 le casino construit en 1862, qui disposait d'une salle, et l'utilisa jusqu'à l'inauguration du théâtre municipal en 1979. Des représentants du cabaret créèrent le théâtre du Casino en 2002. Au milieu du XXe s., Oskar Reinhart légua une partie de ses collections de peinture à la ville (Fondation) et sa villa du Römerholz à la Confédération, qui l'ouvrit au public en 1970. Parmi les nouvelles institutions culturelles, on peut citer le Technorama (1982), le Musée (1993) et la Fondation (2003) de la photographie.

Le dernier week-end de juin, W. célèbre depuis 1971 la fête de la Saint-Alban (Albanifest), qui rappelle sous une forme nouvelle l'assemblée des bourgeois d'antan (jusqu'en 1866). Les Semaines musicales de W. (dès 1976) donnent dans la vieille ville des concerts en plein air de rock, de pop et de musique classique.

Auteur(e): Meinrad Suter / LH

Références bibliographiques

Fonds d'archives
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Auteur(e): Meinrad Suter / LH