06/05/2008 | communication | PDF | imprimer

Ilanz

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Comm. GR, cercle d'I., distr. de la Surselva, sur le Rhin antérieur, au débouché de la Lumnezia, comprenant aussi, depuis 1978, Strada. I. est traditionnellement surnommé die erste Stadt am Rhein ("la première ville sur le Rhin"). 765 Iliande, rom. Glion. 574 hab. en 1835, 663 en 1850 (avec Strada), 981 en 1900, 1640 en 1950, 2488 en 2000. Armes et outils du Bronze sur le site de la ruine de Grüneck, près de l'hospice de la vallée (auj. maison de retraite) et à Strada. Un trésor du haut Moyen Age, découvert au-dessous de Grüneck, composé de monnaies d'or et d'argent lombardes, carolingiennes et arabes, ainsi que d'orfèvrerie lombarde, est conservé au Musée rhétique de Coire. Le domaine de Tello cité en 765 se trouve sans doute quelque part sous la vieille ville. La zone politique et économique d'I. englobait dès le haut Moyen Age Strada, Luven, Flond, ainsi que les domaines de Valata, Armsch et Cavrida (auj. comm. Obersaxen); le ruisseau de Valata en constituait la limite occidentale. Le centre de la paroisse était l'église Saint-Martin, citée dès 765, bien d'Empire avec droit de dîme sous les Carolingiens (vers 840). Elle est sise au sud-ouest d'I., à l'embranchement des routes de la Lumnezia et d'Obersaxen, à proximité d'un hameau disparu, appelé Ober-I. au bas Moyen Age.

L'activité économique et le commerce se concentraient à la fin du Moyen Age à Unter-I., l'actuelle vieille ville. Autour du domaine de Tello et du donjon de Sainte-Marguerite (église citée en 1288, sans doute noyau d'un quartier fortifié) s'était développée une cité dotée d'un mur d'enceinte, de portes et d'un droit de marché, qualifiée de ville (oppidum) en 1289. De nouveaux tracés routiers entraînèrent au bas Moyen Age la substitution d'I. à Sagogn comme centre de la Foppa: après la construction d'un pont sur le Rhin conduisant directement dans la ville, celle-ci devint vers 1380 un relais (péage et souste) pour le trafic en plein essor du col du Lukmanier. Les barons de Belmont, puis ceux de Sax (dès 1400) détenaient l'avouerie sur I. et la Foppa; la ville intra muros constituait une basse juridiction particulière. Le droit municipal de 1390 réglementait surtout la construction, la protection contre les incendies et l'organisation économique. Partiellement détruit en 1352 lors de la guerre entre les Belmont et les Werdenberg-Heiligenberg, I. brûla entièrement en 1483. Plusieurs confréries se constituèrent au bas Moyen Age: celle de Notre-Dame à Saint-Martin, celles de Saint-Jacques-le-Majeur et de la Sainte-Croix à Sainte-Marguerite. L'église Saint-Martin (à Ober-I.), avec cure et cimetière, resta paroissiale jusqu'à la Réforme, mais Sainte-Marguerite avait une plus grande importance déjà avant 1500. Après la séparation de Luven (1526) et de Flond (1731), le territoire de la paroisse se réduisit à celui de la ville. Au bas Moyen Age, le faubourg Saint-Nicolas (portant le nom d'une chapelle consacrée en 1408), gagna passagèrement en importance avec la construction du pont sur le Rhin.

La Ligue grise naquit en 1395 à I., lieu d'origine de son principal initiateur, l'abbé de Disentis Johannes von I. Seule ville de cette Ligue, I. accueillit dès le XVe s., en alternance avec Coire et Davos, la Diète générale des III Ligues, notamment pour certaines sessions où furent prises des décisions capitales: première constitution commune (pacte de 1524), articles d' Ilanz de 1524 et 1526, édits de 1526 et 1557 reconnaissant les confessions catholique et protestante (liberté de conscience) dans les III Ligues et dans leurs pays sujets. La dispute d'I. (1526) ouvrit la voie à la diffusion de la Réforme dans les Grisons. La même année, des membres des familles Capol et Janigg poussèrent la ville à embrasser la foi nouvelle; la Vierge disparut aussitôt des armoiries municipales.

Par la suite, les familles Schmid von Grüneck et Castelberg influencèrent fortement la politique locale. La première construisit des maisons de prestige, comme la Casa Gronda (1677), et promut avec le soutien de Zurich et de Berne la rénovation des fortifications de la ville en 1715. L'opposition des aristocrates au calendrier grégorien et la suppression des bancs des patriciens dans l'église Sainte-Marguerite provoquèrent un soulèvement des bourgeois en 1799. A l'époque de la République helvétique et de la Médiation, I. perdit son statut de siège de la Diète. Le Grand Conseil grison ne s'y réunit qu'une seule fois, en 1809. En dehors des foires et marchés (commerce du bétail de la Surselva), le négoce déclina au XIXe s. L'artisanat se développa (fondation d'une Société des artisans en 1853). Les catholiques, nombreux parmi les travailleurs immigrés grisons et étrangers, fondèrent une paroisse en 1859 (église en 1879). La proportion des germanophones augmenta (la part du romanche était de 30% en 2000). La correction du Rhin au XIXe s. rendit constructibles des terrains au bas de la ville, où l'on installa des habitations, des ateliers, des industries, ainsi que des auberges et des hôtels. L'ancien hôtel de ville proche du vieux pont sur le Rhin fut démoli en 1881 et fit place en 1893 au premier collège secondaire.

I. est aujourd'hui un centre régional important dans de multiples domaines (formation, santé, transports). Une école est attestée en 1536 déjà. Jusqu'en 1969, l'enseignement primaire était divisé confessionnellement. En 1865, Johannes Fidelis Depuoz fonda à San Clau une école réale et industrielle pour jeunes filles, le futur institut Saint-Joseph, et en 1868 un petit hôpital. Une congrégation de dominicaines ouvrit une école formant des infirmières et des paysannes, transférée en 1969 dans les nouveaux bâtiments du couvent. I. abrite un foyer pour personnes âgées, un musée régional, les écoles secondaire, réale et spéciale du district, une école professionnelle, une école de commerce, l'école de musique de la Surselva. La ville s'est dotée en 1987 d'installations modernes pour le marché au bétail et en 1988 d'un nouvel hôpital régional. Depuis l'inauguration des Chemins de fer rhétiques en 1903 et la multiplication dans les dernières décennies du XXe s. des courses postales vers les villages environnants, I. est devenu le principal nœud de communication des Grisons après Coire et Saint-Moritz. L'élégant pont de bois sur le Rhin a été détruit en 1961 et remplacé par un ouvrage de béton. Le secteur des services offrait en 2000 trois quarts des emplois. Les usines hydroélectriques Ilanz I et II versent une redevance à la commune depuis 1990.


Bibliographie
– A. Maissen, L. Schmid, Glion / La Foppa, 1977
– D. Cadruvi et al., 700 Jahre Stadt Ilanz, 1989

Auteur(e): Martin Bundi / PL