30/07/2014 | communication | PDF | imprimer

Sanatoriums

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Etablissements médicaux destinés au traitement de malades chroniques ou en voie de guérison. En français, le terme s'applique, dès les années 1870, principalement à ceux prenant en charge les personnes souffrant de tuberculose.

En 1841, Luzius Rüedi fonda à Davos un établissement pour enfants tuberculeux et scrofuleux. Jusqu'en 1854, la tuberculose fut généralement considérée comme incurable. Le médecin allemand Hermann Brehmer défendait alors la thèse qu'elle n'existait pas dans les "lieux immunes" et qu'elle était guérissable par une cure de repos au grand air; il fit construire le premier sanatorium privé à Gröbersdorf (Silésie) à 660 m d'altitude. En 1868, Alexander Spengler fonda à Davos la première maison de cure de Suisse. Sa thérapie reposait sur une bonne alimentation, le plein air et des aspersions à l'eau froide, ce qui constitua par la suite la base du traitement en sanatorium. De nombreux établissements furent dès lors construits, surtout en altitude; ressemblant à des hôtels de luxe, ils étaient destinés avant tout à des étrangers fortunés. Karl Turban misa au contraire sur un régime sévère dans le premier sanatorium fermé de montagne, qui fut ouvert à Davos et dont il fut le premier directeur dès 1889. Son concept thérapeutique était fondé sur la discipline, la chasteté, l'hygiène, la station couchée durant six à neuf heures et six repas par jour. En 1882, la découverte du caractère contagieux de la tuberculose par Robert Koch remit fondamentalement en question la gestion des sanatoriums, où les malades se trouvaient concentrés en grand nombre. Beaucoup de directeurs réagirent en introduisant des mesures d'hygiène draconiennes. De nombreux établissements fermés, avec leur architecture caractéristique (balcons au sud), virent le jour jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Peter Dettweiler, un disciple de Brehmer, ouvrit le premier sanatorium populaire en Allemagne en 1876. Il prescrivait aux malades de longues périodes de repos en position allongée et l'utilisation d'un crachoir de poche, qu'il avait lui-même conçu. En Suisse, c'est Adolf Vogt qui propagea l'idée, en 1876, que les pays de montagne étaient des "lieux de cure naturels". Un mouvement en faveur de l'ouverture de sanatoriums populaires, dont firent partie de nombreux médecins réputés, se forma dès 1889. Comme la maladie semblait toucher surtout les couches les plus pauvres de la population, le comité des médecins pour un traitement gratuit des indigents malades de la tuberculose, fondé en 1890, exigea l'ouverture de tels établissements. Le premier sanatorium populaire (équipé de 45 lits) vit le jour à Heiligenschwendi, dans le canton de Berne, en 1895. Suivirent le sanatorium bâlois de Davos-Dorf (1896), le glaronais de Braunwald (1897) et le zurichois de Wald (ZH, 1898). En dépit de réticences qui commençaient à s'exprimer, le mouvement ne ralentit pas au XXe s. En 1901, le Sanatorium populaire genevois ouvrit ses portes à Clairmont-sur-Sierre (comm. Montana) et, un an plus tard, le Sanatorium populaire vaudois fut inauguré à Leysin. Une autre vague de constructions débuta en 1909 avec les sanatoriums populaires de Knoblisbühl (comm. Walenstadt) et Adelheid (comm. Unterägeri). Ils furent suivis par le sanatorium Allerheiligen à Soleure en 1910, la clinique Barmelweid à Erlinsbach en 1912 et, en 1921, le Sanatorium populaire cantonal tessinois à Piotta (comm. Quinto) et le Sanatorium populaire neuchâtelois à Leysin. Plusieurs cantons et villes de plaine firent construire des établissements en altitude, par exemple Bâle-Ville, puis Zurich à Davos, Genève, à Montana, Soleure et Argovie, dans le Jura. L'héliothérapie, qui avait un effet sur les carences en vitamine D, était préconisée en particulier par Oskar Bernhard et Auguste Rollier pour traiter la tuberculose osseuse, et faisait partie de l'offre thérapeutique des sanatoriums.

Largement appliquées pendant plusieurs décennies, les cures climatiques ne donnaient toutefois pas de résultats indubitables. Avec la diffusion des premières statistiques sur la tuberculose en Suisse, en 1947, les séjours compliqués, longs et coûteux en sanatorium, qui avait souvent des conséquences sociales à long terme pour les personnes concernées, perdirent leur justification. Plusieurs établissements furent fermés, d'autres transformés en hôtels ou réaffectés à la réhabilitation générale, ou encore au traitement des allergies et de l'asthme.


Bibliographie
– B. Rüttimann, «Volkssanatorien in der Schweiz», in Bull. des médecins suisses, 81, 2000, no 49, 2821-2824
– F. Condrau, «Behandlung ohne Heilung», in Medizin, Gesellschaft und Geschichte, 19, 2000, 71-93
Zauber Berge: Die Schweiz als Kraftraum und Sanatorium, cat. expo. Zurich, 2010

Auteur(e): Iris Ritzmann / UG