• <b>Wil (SG)</b><br>Vue de la ville depuis le sud-est. Dessin au crayon, lavis et aquarelle, réalisé entre 1657 et 1694 par un artiste anonyme  (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv). Le centre de la bourgade est formé de deux rues, la Vordergasse et la Hintergasse, flanquées d'une double rangée de maisons, ainsi que de deux faubourgs. Parmi les bâtiments marquants, on compte la résidence des princes-abbés de Saint-Gall (à droite) avec sa tour à bulbe et son annexe appelée maison du Toggenbourg (rehaussée en 1694), la paroissiale Saint-Nicolas (au milieu) et l'hôtel de ville avec sa tour d'angle (au milieu, à droite). Aux alentours, on aperçoit le couvent des dominicaines de Sainte-Catherine (en bas, au milieu), celui des capucins (achevé en 1657; au bord, à droite), deux étangs publics, des prés pour le blanchiment des toiles et l'église Saint-Pierre (au bord, à gauche).

Wil (SG)

Comm. SG, région de W., s'étendant au nord-ouest de la rive de la Thur et de la plaine de la Thurau jusqu'à l'Oelberg et au Hofberg (714 m). A ce territoire s'est ajouté celui de Bronschhofen depuis la fusion de 2013. Centre régional au carrefour de l'axe est-ouest Saint-Gall-Zurich et de l'axe nord-sud Thurgovie-Toggenbourg. Autour du noyau serré de la vieille ville et de ses deux faubourgs anciens sont apparus aux XIXe et XXe s. les quartiers du Sud, de l'Ouest, du Lindenhof, du Letten, de l'Oelberg, du Hofberg et de Neulanden. 754 Wila, 762 villa Vila, 1215 Wile, 1244 Wila. Près de 200 feux au milieu du XIVe s., 314 contribuables en 1403, 339 en 1445, 295 en 1715, 1098 hab. en 1837, 1555 en 1850, 4982 en 1900, 8681 en 1950, 16 392 en 2000.

L'abbaye de Saint-Gall reçut des terres et des droits à W. dans la seconde moitié du VIIIe s. Les barons (futurs comtes) de Toggenbourg fondèrent la ville de W. vers 1200. Après l'assassinat de Frédéric de Toggenbourg par son frère Diethelm en 1226, leur père, le comte Diethelm, donna le château fort ancestral d'Alt-Toggenburg et la ville de W. à l'abbé de Saint-Gall Konrad von Bussnang, qui avait inhumé chrétiennement la victime. Bien que le meurtrier et ses fils aient longtemps contesté cette donation, W. resta jusqu'en 1798 aux mains des abbés de Saint-Gall. Ceux-ci en firent le point d'appui occidental de leur principauté, ce qui les mit en conflit dans la seconde moitié du XIIIe s. avec l'empereur Rodolphe de Habsbourg, lequel fonda près de W. la ville de Schwarzenbach. Le conflit entre les deux seigneurs aboutit à la destruction de W. en 1292; le duc Albert de Habsbourg ordonna aux habitants de s'installer à Schwarzenbach. Après la paix de 1301, W. fut reconstruit et rendu au prince-abbé, tandis que Schwarzenbach était rasé. W. fut dévasté par un incendie en 1312.

La date de fondation de la paroissiale Saint-Pierre (mentionnée dès 1248) n'est pas connue, mais des fouilles ont mis au jour des vestiges remontant aux environs de 1200. On y honore une madone romane du XIIe s. Le chœur date de 1460, la chapelle Notre-Dame de 1498 et la nef de 1887. Un curé (plebanus) est attesté dès 1209. Le patronage appartint depuis 1248 au moins à l'abbaye de Saint-Gall. Dès sa fondation, la ville disposa intra muros d'une filiale, Saint-Nicolas, reconstruite au XVe s., qui obtint sous le prince-abbé Ulrich Rösch, dans la seconde moitié du XVe s., un statut proche d'une paroissiale et par là-même une importance croissante. Une communauté de béguines, mentionnée en 1284, adhéra plus tard à l'ordre des dominicains; installée d'abord près de Saint-Pierre, elle se transféra au XVe s. dans un site plus sûr aux environs de Saint-Nicolas. A la fin du XVe s., grâce à des donations, huit bénéfices étaient attachés aux églises de W.

Les princes-abbés séjournaient souvent dans leur résidence (Hof) de W., à l'angle nord-est de l'enceinte, reconstruite vers 1400 à la place d'une ancienne tour. En 1334, l'abbé Hermann von Bonstetten octroya à la ville une charte de franchises, dans laquelle il promettait de lui conserver ses privilèges et de ne jamais l'aliéner à l'abbaye de Saint-Gall. En 1345, l'empereur Louis de Bavière garantit que nul de ses bourgeois ne pourrait être cité devant un tribunal étranger. L'existence d'un Conseil, mentionné à cette occasion pour la première fois, montre l'autonomie croissante de la ville, qui disposa d'un sceau dès 1379, adhéra la même année à la Ligue des villes souabes, puis à celle de Constance (1388-1405). En 1425, W. conclut une alliance défensive avec le comte Frédéric VII de Toggenbourg (renouvelée dix ans plus tard). Dans la guerre de Zurich, des mercenaires de W. participèrent aux côtés des Confédérés à des campagnes contre Zurich. Surnommés "les boucs" de W. (Wiler Böcke), ils se distinguèrent en 1444. Des troupes zurichoises assiégèrent W. en 1445; elles incendièrent le faubourg du haut, mais durent se retirer à l'approche des Schwytzois. Une procession a lieu, au début du XXIe s. encore, chaque lundi de Pentecôte en souvenir de cette heureuse issue. Le traité de combourgeoisie perpétuelle conclu en 1451 entre le prince-abbé et les cantons de Schwytz, Lucerne, Glaris et Zurich obligea W. à fournir des troupes à l'abbé en cas de conflit; dès 1479, les cantons protecteurs furent représentés dans la principauté par un capitaine (capitaine général, Landeshauptmann, Schirmhauptmann) siégeant à W. En 1463, l'empereur Frédéric III remit la haute juridiction sur W. à l'abbaye de Saint-Gall, qui la fit exercer par le bailli impérial. La basse juridiction était partagée entre l'abbaye et la ville de W. Le "grand traité" de 1492, resté en vigueur jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, régla les compétences des douze à quatorze juges. Les bourgeois élisaient sur une liste de candidats proposés par le prince-abbé l'avoyer, les douze membres du Petit Conseil et les trente du Grand Conseil. Dès 1464, le Hofammann représenta l'abbaye au sein du Conseil.

En sus du marché hebdomadaire, l'abbé Ulrich Rösch fit autoriser par l'empereur, en 1472, deux foires annuelles. Il encouragea aussi la toilerie. Des marchands de W. pratiquèrent le grand commerce, mais la production textile resta toujours dans l'ombre de la concurrence saint-galloise. Le marché au bétail avait une importance particulière, tout comme celui de l'épeautre, du saindoux et du fil. Les corporations à tendance politique étant interdites par les abbés, les artisans appartenaient à quatre confréries religieuses: Saint-Eloi, Saints-Crépin-et-Crépinien, Saint-Sébastien-et-Sainte-Agathe ainsi que Saints-Séverin-et-Seurin. L'artisanat d'art était bien représenté: orfèvres (attestés dès le XIIIe s.), peintres, potiers d'étain et peintres-verriers à l'époque moderne, atelier de construction d'autels des frères Franz et August Müller au XIXe s.

Une école latine étroitement liée à l'église est attestée dès 1269. Elle fut transformée en école réale au début du XIXe s. Dès le bas Moyen Age, de nombreux jeunes gens de W. firent des études universitaires, le plus souvent à Heidelberg et Erfurt au XVe et au début du XVIe s. Le Zurichois Jakob Frei, capitaine général à W., encouragea la Réforme en 1528 et l'introduisit en 1529-1530. Mais après la seconde guerre de Kappel, les bourgeois de la ville, soutenus par les cantons protecteurs catholiques, revinrent à l'ancienne foi. Vers la fin de la guerre de Trente Ans, le Conseil de guerre des Confédérés se réunit à W. et adopta en 1647 l'ordonnance militaire appelée Défensional de W. En 1712, lors de la seconde guerre de Villmergen (conséquence des troubles du Toggenbourg), la ville fut bombardée et contrainte de capituler. Des troupes zurichoises et bernoises l'occupèrent jusqu'à la paix de Baden (juin 1718). C'est seulement en septembre 1718 que le prince-abbé Joseph von Rudolphi, qui avait été élu en exil en 1717 et qui avait heureusement négocié la paix, put entrer à W. et recevoir enfin l'hommage de ses sujets.

Aux XVIe et XVIIe s., la ville institua en outre une école allemande pour garçons et une pour filles. La communauté de dominicaines rejoignit en 1615 le couvent de Sainte-Catherine (du même ordre), construit au sud de la vieille ville en 1605-1607, successeur de la maison homonyme supprimée à Saint-Gall à la Réforme. Les nonnes gérèrent dès 1809 une école de jeune filles réputée. Le couvent de capucins fut édifié en 1654-1657, grâce à une donation de Georg Renner, bailli impérial de la principauté abbatiale à W. Entre le XVIe et le XVIIIe s., on recense dans les couvents suisses plus de quarante abbés et abbesses originaires de W.

<b>Wil (SG)</b><br>Vue de la ville depuis le sud-est. Dessin au crayon, lavis et aquarelle, réalisé entre 1657 et 1694 par un artiste anonyme  (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).<BR/>Le centre de la bourgade est formé de deux rues, la Vordergasse et la Hintergasse, flanquées d'une double rangée de maisons, ainsi que de deux faubourgs. Parmi les bâtiments marquants, on compte la résidence des princes-abbés de Saint-Gall (à droite) avec sa tour à bulbe et son annexe appelée maison du Toggenbourg (rehaussée en 1694), la paroissiale Saint-Nicolas (au milieu) et l'hôtel de ville avec sa tour d'angle (au milieu, à droite). Aux alentours, on aperçoit le couvent des dominicaines de Sainte-Catherine (en bas, au milieu), celui des capucins (achevé en 1657; au bord, à droite), deux étangs publics, des prés pour le blanchiment des toiles et l'église Saint-Pierre (au bord, à gauche).<BR/>
Vue de la ville depuis le sud-est. Dessin au crayon, lavis et aquarelle, réalisé entre 1657 et 1694 par un artiste anonyme (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).
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Après la chute de la principauté abbatiale en 1798, W. devint sous l'Helvétique une commune du canton du Säntis. Attribuée en 1803 au nouveau canton de Saint-Gall, la ville fut le chef-lieu du district de W. de 1831 à 2002. La base constitutionnelle permettant la séparation entre commune politique et commune bourgeoise date de 1831. Le Conseil de ville compte sept membres, le parlement communal (créé en 1985) en compte quarante. La commune scolaire a fusionné avec la commune politique en 1985. La commune bourgeoise administre sa fortune (forêts, terres et bâtiments comme le Baronenhaus) et assume des tâches culturelles et d'assistance. En 2000, on comptait 8817 catholiques (54%, contre 91% en 1850) et 3805 protestants (23%, contre 9% en 1850). Ces derniers relèvent de la paroisse réformée de W., fondée en 1889, qui comprend aussi Rickenbach (TG), Wilen (TG), Bronschhofen et Zuzwil.

Les murs d'enceinte et les portes furent démolis en grande partie dans la première moitié du XIXe s.; seule subsista la porte dite Schnetztor. En 1835, l'ingénieur Alois Negrelli refit la route cantonale qui traversait la vieille ville, en égalisant la forte pente. Inaugurée en 1855, la voie ferrée Winterthour-W. fut prolongée jusqu'à Rorschach en 1856. Le chemin de fer du Toggenbourg mit en service les tronçons Ebnat-W. en 1870 et W.-Frauenfeld en 1887. A la fin des années 1960, la ville fut raccordée à l'autoroute A1 Zurich-Saint-Gall. L'industrialisation commença vers 1850, avec le textile d'abord, puis la construction de machines. Il faut citer les fabriques de tissus jacquard en couleurs de Johann Baptist Müller et de ses fils, ainsi que celle de feutre de Fridolin Müller. La broderie prospéra dès 1895 avec la fabrique de broderie à la navette Reichenbach; dans ses locaux abandonnés, Alois Ruckstuhl installa en 1925 la fabrique de bas Royal. D'autres entreprises produisaient du linge, des tricots et des textiles, des chemises, des blouses, des vêtements pour enfants, de la dentelle au fuseau, des rubans, des tissus liturgiques et des drapeaux. En 1929, Hans Hürlimann fonda la première fabrique suisse de tracteurs (fermée en 1983). Les fabriques de machines agricoles Agrar (1936), d'aiguilles pour machines à coudre Nadag (1937) et de scies Sumag (peu après 1937) surent s'affirmer dans leur domaine. La firme Stihl & Co. exporte des chaînes de tronçonneuses dans le monde entier. Quatre brasseries apparurent au XIXe s.; la dernière à cesser son activité fut la brasserie du Hof, après son rachat par la brasserie Hürlimann en 1983. De nombreuses petites entreprises furent fondées à la fin du XXe s., surtout dans la branche informatique. W. abrite une clinique psychiatrique cantonale depuis 1892, un hôpital depuis 1970. En 2000, la ville employait 452 personnes à plein temps et 355 à temps partiel (dont 146 et 100 à l'hôpital).

Des manifestations musicales et théâtrales sont attestées depuis le milieu du XVIe s. Dans les années 1870, la chorale du Cäcilienverein, l'orchestre de W. et le chœur d'hommes Concordia fondèrent la société du théâtre. Faisant appel à des amateurs passionnés, celle-ci donna tous les trois ans des opéras, des opérettes et dès la fin du XXe s. des comédies musicales, dans la Tonhalle construite en 1876. Au commencement du XXIe s., W. comptait environ 200 sociétés et restait attaché à ses coutumes, comme le carnaval animé par les "diables de W.", le cortège du premier dimanche d'octobre (Stäckliträge), dans lequel les prix destinés aux vainqueurs du concours municipal de tir sont accrochés à des bâtons (Stäckli) et exhibés par les enfants, ainsi que la retraite aux flambeaux des enfants le soir de la Saint-Sylvestre. La vieille ville, bien conservée, est un joyau urbanistique (prix Wakker 1984). Le bilan des navetteurs est positif (6388 entrants et 4687 sortants en 2000). On comptait quelque 10 348 emplois dans la ville en 2005.


Fonds d'archives
– AV Wil
Bibliographie
– K.J. Ehrat, Chronik der Stadt Wil, 1958
– M. Bless-Grabher, «Die Stellung der Stadt Wil im stift-sankt-gallischen Staat», in Oberberger Blätter, 1982/1983, 39-57
Wil, 1992
HS, IV/5, 971-1005; V/2, 709-729
SGGesch., 3, 219-230
– W. Grüebler, Die Stadt im Spiegel der Familie Grüebler, 2009

Auteur(e): Magdalen Bless-Grabher / PM