08/12/2008 | communication | PDF | imprimer | 

Industrie du meuble

L'édition imprimée de cet article comporte des images. Commandez le DHS chez notre éditeur.

L'industrie du meuble comprend essentiellement la fabrication en grande série de mobiliers, surtout pour l'habitat, les lieux de travail et les écoles. Elle inclut aussi l'artisanat, orienté sur la production de pièces uniques et de petites séries. Certaines entreprises, mixtes, allient fabrication industrielle, commandes sur mesure et, parfois, travaux de sous-traitance ou combinent la production et le commerce de meubles.

Le terme de meuble s'emploie depuis le XVIIe s. pour désigner toute espèce d'ameublement. Auparavant "meublé" et "mobilier" se référaient à la notion plus vaste de biens meubles.

1 - Fabrication artisanale avant 1800

La fabrication de meubles est l'un des artisanats parmi les plus tardifs. Au Moyen Age, on se contentait de pièces simples (lit, table, banc, bahut), parfois encastrées dans les parois de bois, qui étaient l'affaire du charpentier. Au XVe s., des menuisiers, spécialisés dans la fabrication de meubles, apparurent dans les villes, sous forme de groupes de maîtrise dans des corporations existantes, telles celle des Charpentiers à Zurich ou celle des Commerçants à Lucerne. Au XVIe s., les règlements des corps de métier urbains obligeaient les menuisiers à suivre un apprentissage de deux à trois ans, d'accomplir un tour de compagnonnage et de présenter un ouvrage de maîtrise. Vers la fin du XVIe s., en ville et à la campagne, la plupart effectuaient un apprentissage, mais renonçaient souvent au tour, ce qui entraîna des scissions au sein de la profession. Aux XVIIe et XVIIIe s., la concurrence entre menuisiers était vive, de même qu'avec les charpentiers, qui utilisaient des outils semblables (hache, scie, rabot) et contre lesquels ils luttaient pour obtenir des commandes dans la construction et la confection de meubles courants, de portes et fenêtres. Les corporations réglaient les litiges en délimitant minutieusement les domaines de compétence des professions.

Parmi les menuisiers, certains, tant en ville qu'à la campagne, se spécialisèrent dans les aménagements intérieurs soignés (lambris, portes, cadres de fenêtres, meubles) d'églises, de couvents, d'hôtels de ville et de salles de réunion (Stube) du patriciat urbain et des nobles campagnards. Quelques-uns, menuisiers d'art, réalisant parfois des sculptures, se déclarèrent ébénistes dès le XVIIIe s., d'après le bois d'ébène qu'ils utilisaient (Arts décoratifs). Ils travaillaient avec des outils spéciaux (forets, burins, ciseaux), de nouveaux matériaux, des placages et des bois précieux importés. Ils créaient pour leurs clients, qui appartenaient à l'aristocratie et au patriciat, des meubles précieux en marqueterie, ornés de ferrures. Certains de ces ébénistes étaient connus au-delà des frontières suisses. Parmi eux, la famille Funk, à Berne, propriétaire d'une manufacture où elle réalisait depuis 1724 des objets d'art, notamment des pendules, des miroirs et des bustes.

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / AN

2 - Fabrication de meubles aux XIXe et XXe siècles

Au début du XIXe s., la demande de meubles courants en bois était encore satisfaite par les menuisiers et celle de mobilier précieux par les ébénistes. Des manufactures de meubles de luxe, occupant jusqu'à cinquante ouvriers, apparurent dès les années 1840, essentiellement à Zurich, Lausanne et Genève. De véritables fabriques ne virent le jour que depuis les années 1870, à la suite du boom des constructions hôtelières en Suisse. Une demande croissante ainsi que l'exigence d'être livré plus rapidement et de disposer d'un plus large choix furent à l'origine de la production en série, mécanisée et spécialisée, méthode appliquée d'abord aux sièges, armatures de meubles rembourrés, meubles de bureau et petit mobilier, les autres catégories restant du ressort des artisans, qui travaillaient sur mesure. Les progrès de l'industrialisation permirent aux entreprises de concentrer leur activité sur certains articles (pour chambres à coucher, par exemple). Seules quelques-unes offraient une gamme complète de produits. Douze fabriques de meubles en gros furent créées avant 1910, six entre 1910 et 1920 et six autres entre 1920 et 1930. Produisant uniquement pour le commerce de détail, elles ne pénalisèrent ni les menuisiers, qui satisfaisaient la demande individuelle ou travaillaient pour le bâtiment, ni les petites entreprises, qui avaient une clientèle de particuliers, ni les maisons mixtes. Cette dernière catégorie comptait des ateliers pratiquant la sous-traitance (système d'établissage), des producteurs de matériaux auxiliaires (bois de placage, verre, ferrures) et de produits semi-ouvrés. Il existait encore des entreprises opérant comme marchands et producteurs de meubles (fabricants ou artisans), négociants, tapissiers-décorateurs, fournisseurs d'équipement et matelassiers. La production engendra une importante industrie parallèle, notamment pour la fabrication de contreplaqués, de lattés et de panneaux stratifiés, et un commerce spécialisé pour assurer les ventes. En Suisse, la branche se caractérise aujourd'hui encore par la diversité et les capacités d'adaptation des entreprises. Par exemple Pfister Meubles, leader actuel du marché de l'ameublement, était à l'origine un magasin écoulant les produits d'ateliers artisanaux de Bâle.

Les fondateurs de fabriques de meubles furent d'abord des maîtres artisans, menuisiers surtout, puis, dès 1945, d'anciens cadres commerciaux ou techniciens de la branche. Après 1900, des fabricants du Wurtemberg ouvrirent plusieurs succursales en Suisse orientale, lesquelles devinrent propriété suisse par la suite. Les fabriques suisses de meubles étaient dans leur majorité des entreprises familiales, qui se transformèrent souvent en sociétés anonymes au gré du partage d'héritages (42% de SA en 1955, 38% en 1998).

Conformément à sa structure, combinant industrie et artisanat, la production de meubles était répartie sur l'ensemble du pays avec des centres régionaux dans les cantons de Zurich, Schwytz, Berne, Vaud, Argovie, Genève et Saint-Gall. De petites exploitations artisanales, désireuses de s'adapter aux goûts de leur clientèle, choisirent de s'établir en ville, tout particulièrement à Bâle, Berne, Genève, Lausanne et Zurich. Le réseau vaudois et genevois des entreprises artisanales était dense, alors que les fabriques étaient essentiellement établies au nord, au centre et à l'est du Moyen Pays, soit hors des grandes villes. Main-d'œuvre, communications, charge fiscale et prix des terrains comptaient parmi les facteurs décisifs d'implantation, de même que, en Suisse orientale, l'existence d'anciennes fabriques de textile inoccupées. La majorité des travailleurs des usines sont des manœuvres alors que les entreprises artisanales occupent généralement des menuisiers qualifiés, ayant suivi un apprentissage de quatre ans et qui, après une formation complémentaire de cinq ans, peuvent obtenir la maîtrise fédérale.

La production mécanisée (fraisage, rabotage, perçage, découpage et meulage) utilisa d'abord la force de machines à vapeur, remplacée progressivement par l'énergie électrique après 1900. Dès lors, les artisans s'équipèrent également de machines. Dans les années 1960, des installations coûteuses pour le séchage du bois ou le placage, ainsi que des équipements pour le travail à la chaîne apparurent, mais uniquement dans les grandes fabriques. Les bois précieux importés (teck, acajou, palissandre et noyer) servirent habituellement à confectionner les meubles de qualité, surtout au moment où les panneaux d'agglomérés revêtus de placage faisaient largement disparaître l'usage du bois massif. Le plastique, l'aluminium, le verre et l'acier tubulaire commencèrent à supplanter le bois après 1950.

Le montant des importations de meubles en Suisse passa de 2,3 millions de francs en 1949 à 142,2 millions en 1965, puis à 2049,3 millions en 1995 et à 2575,9 millions en 2004. En 1965, par exemple, il s'élevait à plus de la moitié de la valeur de la production indigène de meubles en gros, estimée à 250 millions. Il a régulièrement dépassé nettement celui des exportations suisses, qui atteignirent 13,9 millions de francs en 1964 et 709 millions en 2004. Les années suivant la Deuxième Guerre mondiale constituent une exception, la Suisse ayant alors approvisionné en meubles les pays limitrophes sinistrés. L'Allemagne a toujours figuré en tête des principaux fournisseurs, devant l'Italie et la France ainsi que les pays scandinaves. Le commerce de meubles continue d'être dominé par de grandes chaînes suisses, qui devancent des entreprises étrangères dans la vente directe et en ligne. Ainsi, Pfister Meubles exploitait vingt magasins d'ameublement en Suisse en 2008, contre sept centres pour l'entreprise suédoise IKEA SA.

Les continuels changements de méthodes statistiques (statistiques fédérales sur les fabriques et recensement des entreprises) ne facilitent pas la description de l'évolution de l'industrie du meuble. Il ressort néanmoins des données à disposition que la rapide progression du nombre de fabriques débuta avant 1900. Elle se poursuivit jusqu'en 1910, grâce aux protectionnisme douanier (1903) et aux cartels conclus entre fabriques (1909). Le recul enregistré durant la Première Guerre mondiale fut compensé après 1916. Mais les agrandissements, modernisations et créations d'entreprises aboutirent à une surproduction durant la crise des années 1930 et débouchèrent sur le chômage. L'activité reprit avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Fabriques de meubles en Suisse de 1895 à 1949
AnnéeEtablissementsEmployés
  Totalpar établissement
1895199a331716,7
1901383a5 64914,7
1911698a12 50017,9
1923477a8 84118,5
1929596b13 39422,5
1937646b11 12117,2
1944676b13 68720,2
1949896b16 58718,5

a ateliers de modelage inclus

b menuiserie et ébénisterie inclus

Sources:HSVw 1, 643 (statistiques fédérales des fabriques)

Fabricants de meubles en Suisse de 1955 à 1995 (fabriques, ateliers et menuiserie)
AnnéeEtablissementsEmployés
  Totalpar établissement
19558 638a44 9025,2
19657 289a49 5436,8
19755 110b29 0455,7
 2 203c15 1586,9
19851 156c14 54312,6
19952 347c18 7988,0
20011 03214 01813,6

a meubles en bois, éléments, meubles à encastrer (menuiserie incluse)

b meubles en bois, meubles à encastrer, meubles rembourrés, menuiserie et ébénisterie

c meubles en bois, meubles à encastrer, meubles rembourrés

Sources:recensements fédéraux des entreprises

L'augmentation de la demande de meubles de qualité, artisanaux ou manufacturés, comme celle de mobilier de série bon marché a deux causes. Elle suit le boom de la construction, qui débuta en 1950 dans les secteurs locatif, industriel et public (administration, écoles, églises, hôpitaux, hôtels, restaurants, banques, centres commerciaux). Elle est aussi la conséquence d'un changement de mentalité. Le client n'achète plus un mobilier complet pour la vie mais des meubles isolés qu'il remplace par d'autres, plus chers, suivant l'évolution de son revenu. Outre les fabriques, de nombreuses petites et moyennes entreprises de meubles et de menuiserie profitèrent de la haute conjoncture, les commandes alternant entre le bâtiment et l'ameublement. Après 1975, la baisse conjoncturelle toucha surtout les petites entreprises, mais sans effet durable. En 2001, le tableau de la branche selon la taille des entreprises indiquait que 85% d'entre elles employaient moins de dix personnes, 52% étant même des ateliers occupant un ou deux ouvriers. Les fabriques de cent employés ou plus représentaient le 1% du total. La production suisse de meubles dépend donc toujours essentiellement de celle de petites et moyennes entreprises.

Taille des entreprises de l'ameublement en 2001
 EtablissementsEmployésEmployés par entreprise
entreprises comptant     
1-9 employés1 76685%4 25526%2,4
10-99 employés29814%8 37251%28,1
100-599 employés211%3 73823%178,0
Total2 085100%16 365100%7,8

Sources:recensement fédéral des entreprises de 2001

Le meuble suisse de design s'inscrit dans la tradition artisanale avec le slogan du "sur mesure". Sa renommée internationale débuta dans les années 1930, notamment avec la maison Wohnbedarf, fondée à Zurich en 1933, laquelle fut suivie, dès 1960, par un nombre croissant d'entreprises de luxe (Teo Jakob, de Sede, Röthlisberger, Thut). Les écoles d'arts appliqués (de Bâle, Lausanne, Berne, Zurich, Saint-Gall et Brugg surtout) ont intégré le design de meubles dans leurs programmes de cours. Des foires spécialisées, le Designcenter de Langenthal, ouvert en 1987, et, depuis 2003, la plateforme Neues Schweizer Möbeldesign (site Web d'exposition et de concours, offert par l'association Puls), se consacrent à promouvoir ce domaine.

Diverses associations professionnelles défendent les intérêts de l'industrie et du commerce du meuble. Parmi elles figurent notamment l'Association suisse des maîtres menuisiers et des fabricants de meubles (fondation en 1887 et 1918, siège à Zurich, 15 sections régionales totalisant environ 2300 membres en 2008), l'Association suisse de l'industrie de l'ameublement (fondation en 1930, siège à Lotzwil), l'Association suisse du négoce de l'ameublement (fondation en 1934) et l'Association suisse des maisons d'aménagement intérieur et des selliers (fondation en 1985, siège à Soleure, devenue Intérieursuisse en 2003, 15 sections et 795 entreprises occupant env. 4000 personnes en 2008).

Références bibliographiques

Bibliographie
– C.A. Hofstetter, Die wirtschaftliche Organisation der schweizerischen Möbelindustrie, 1922
HWSVw, 3, 71-75
– A. Schnyder, Das Möbelgewerbe in der Schweiz, 1950
HSVw, 1, 642-643
– H. Schiffhorst, Die Fliessfertigung in den Betrieben der Möbelindustrie unter besonderer Berücksichtigung des Fliessbandes, 1959
– T. Toggweiler, Möbelindustrie und Möbelhandwerk in der Schweiz, 1968
Das Gewerbe in der Schweiz, 1979
– A.-M. Dubler, Handwerk, Gewerbe und Zunft in Stadt und Landschaft Luzern, 1982 (avec index)
– W. Bellwald, Wohnen und Wohnkultur, 1996
– Th. Boller, W. Dubno, Zürcher Möbel: das 18. Jahrhundert, 2004
– Th. Loertscher, Zürcher und Nordostschweizer Möbel: vom Barock bis zum Klassizismus, 2005

Auteur(e): Anne-Marie Dubler / AN