05/05/2008 | communication | PDF | imprimer

Expositions nationales

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Officiellement, la première exposition nationale fut montée en 1883 à Zurich. Les suivantes eurent lieu en 1896 à Genève, en 1914 à Berne, en 1939 à Zurich, en 1964 à Lausanne et en 2002 à Bienne, Neuchâtel, Yverdon-les-Bains et Morat.

Celle de 1883 avait cependant des précédents, à commencer par l'exposition bernoise d'art et d'industrie de 1804 (Expositions). On considère parfois la troisième exposition de l'artisanat et de l'industrie de 1857 comme la première exposition nationale. En effet, elle dépassa le cadre traditionnel d'une foire en présentant à des fins démonstratives et éducatives des objets qui n'étaient pas destinés à la vente directe (chronomètres, filtres, soupapes, presses, pompes, etc.). Parallèlement, des expositions analogues virent le jour dans le secteur agricole. L'impulsion de la première exposition nationale fut donnée par des comités et associations économiques locaux. La place prise par le Conseil fédéral à la tête de la commission de cette exposition comme des suivantes et les subventions qu'il leur accorda leur conférèrent un caractère national; elles ne prirent jamais pour autant les traits d'une manifestation gouvernementale. Leur contenu a toujours été défini par des comités ad hoc et des associations faîtières. Le rôle des autorités fédérales se limite au choix de la date et du lieu, ainsi qu'au déblocage de crédits.

Les expositions nationales s'inspirèrent de manifestations traditionnelles locales et cantonales, en élargissant le cadre sociopolitique et en s'ouvrant aux productions artistiques de tout le pays. Avec le temps, les concours destinés aux entreprises (assortis de prix qui promettaient une augmentation du chiffre d'affaires) firent place à une mise en scène des performances nationales. Pour les produits destinés à la vente, on créa en 1915-1917 la Foire suisse d'échantillons, dont le rythme annuel correspondait mieux à celui du développement de l'économie.

Outre la présentation de marchandises, l'exposition de 1883 fit une large place au secteur scolaire, facteur essentiel pour une économie solide. Dès 1896, le rôle de l'armée fut mis en évidence, grâce à un pavillon conçu par le Département militaire fédéral. En 1914, à Berne, on affirmait la volonté de suivre une politique de neutralité armée; le message était d'actualité, si l'on songe que la guerre éclata pendant la manifestation. La Landi, en 1939, qui coïncida avec le début de la Deuxième Guerre mondiale, insistait sur la défense spirituelle du pays, symbolisée par la Volonté de défense de Hans Brandenberger (statue monumentale représentant un paysan-ouvrier endossant la vareuse militaire) et par le Höhenweg. En 1964 à Lausanne, la volonté de défense se concrétisait par un impressionnant pavillon de béton en forme de hérisson, allusion à la situation stratégique du pays pendant la Deuxième Guerre mondiale, et par un film associant les mythes de la génération du service actif à la technologie militaire contemporaine.

Dans d'autres domaines, la simple exposition de produits se fit incitation à la réflexion: parmi les premiers thèmes abordés, il y eut l'approvisionnement en gaz, en eau et en électricité, l'urbanisme, la protection de la nature et du patrimoine. Bien qu'elle ait toujours été placée en regard de la capacité d'innovation économique de la Suisse moderne, la mise en scène de la tradition, notamment le légendaire "Dörfli" de 1939, a davantage marqué la mémoire collective. En 1896, les organisateurs avaient construit, en marge de l'exposition proprement dite, à côté du "village nègre" habité par environ 230 Soudanais, un "village suisse". Ce mélange hétéroclite de styles architecturaux régionaux tomba involontairement dans l'image d'Epinal, en donnant à voir un genre de vie révolu, marqué par l'agriculture, dont l'harmonie et le calme semblaient contraster avec l'agitation des villes industrielles. L'exposition de 1914 reprit ce thème avec un "Dörfli" dont il fallait préserver l'authenticité, dans l'optique du Heimatschutz, mouvement alors puissant. La Landi de 1939 persista dans ce ton, qui répondait au besoin de démontrer l'autonomie culturelle du pays. L'Expo 64, davantage orientée vers l'avenir, put se passer de cet élément traditionnel.

Jusqu'au milieu du XXe s., il n'y eut guère de divergences sur le sens et le but des expositions nationales, sur les pavillons qui devaient s'y trouver et sur les attentes des visiteurs. Mais ensuite, devant l'élargissement de la thématique à des problèmes socio-politiques, face à l'importance croissante d'autres médias et avec l'apparition d'une pluralité de valeurs, on se mit à douter qu'il fût possible de mettre en scène la nation dans son ensemble. En 1964, les responsables de l'exposition voulurent donner de la Suisse une image moins homogène, en recourant à un ordinateur censé fournir en continu les résultats d'une enquête effectuée auprès des visiteurs sur les grands sujets d'actualité. Ce projet Gulliver fut réorienté dans un sens conformiste par le Conseil fédéral, quand on comprit sur quels points les réponses ne correspondaient pas à l'opinion communément admise.

Les attentes face à l'Expo 64 étaient déjà extrêmement diverses. Les uns la trouvaient trop traditionnelle ou trop laudative, les autres trop futuriste ou trop critique. Les premiers signes de désaccord se manifestèrent en 1955, par la publication d'un texte, Achtung: die Schweiz, signé Lucius Burckhardt, Markus Kutter et Max Frisch. La préparation de la sixième exposition nationale, qui aurait dû avoir lieu en 1989, selon le rythme traditionnel (tous les vingt-cinq ans depuis 1914), suscita de nouvelles divergences. Elle fut repoussée à 1991, dans l'idée de commémorer le 700e anniversaire de la Confédération. On prévoyait de la répartir en six lieux de Suisse centrale, mais le projet fut refusé en votation populaire par les cantons de Lucerne, d'Obwald et de Nidwald. Seule fut réalisée la "Voie suisse", chemin pédestre longeant les rives du lac d'Uri. Après l'abandon d'une proposition tessinoise pour 1998, tenue pour irréalisable, trois projets restèrent en lice pour une Expo 2001. C'est celui des trois lacs, intitulé Le temps ou la Suisse en mouvement, qui fut retenu. L'exposition, finalement retardée à 2002, occupa quatre plates-formes ou "arteplages", implantées sur les lacs de Neuchâtel, de Bienne et de Morat. Elle montrait une Suisse ouverte; l'armée par exemple mit l'accent sur ses missions de sauvegarde de la paix à l'étranger. L'Expo.02, qui misait sur l'expérience individuelle et véhiculait une symbolique non contraignante, toucha toutes sortes de milieux; elle comptabilisa plus de 10 millions d'entrées. On vanta ses réalisations architecturales. Mais on la critiqua violemment pour ses défauts d'organisation, l'échec de son plan irréaliste de financement par parrainage et les énormes dépassements de crédits qui s'ensuivirent.


Sources imprimées
Expos.ch: idées, intérêts, irritations, 2000
– G. Kohler, S. von Moos, éd., Expo-Syndrom? Materialien zur Landesausstellungen 1883-2002, 2002
ImagiNation: le livre officiel d'Expo.02, 2002
Bibliographie
– H. Büchler, Drei schweizerische Landesausstellungen: Zürich 1883, Genf 1896, Bern 1914, 1970
– G. Kreis, «Glanz und Elend der Moderne: Die beiden Ufer der Landesausstellung von 1939», in Die Landi, éd. K. Angst, A. Cattani, 1989, 113-116
– M. Ganz «Nonkonformes von vorgestern: "Achtung: die Schweiz"», in Bilder und Leitbilder im sozialen Wandel, 1991, 373-414
– O. Pavillon, P. Pauchard, éd., Les Suisses dans le miroir: les expositions nationales suisses, 1991
– R. Sidler, «"Pour la Suisse de demain: croire et créer": Das Selbstbildnis der Schweiz an der Expo 64», in Dynamisierung und Umbau, éd. M. König et al., 1998, 39-50
– M. Arnold, Von der Landi zur Arteplage, 2001
RHN, 2002 (no spécial)

Auteur(e): Georg Kreis / UG