18/04/2007 | communication | PDF | imprimer

Florin

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Le florin (lat. florenus aureus) est une pièce d'or (Monnaies), d'où son nom allemand de Gulden, d'un poids de 3,54 g, frappée pour la première fois à Florence en 1252. Sur l'avers (au droit) figure la fleur de lis, à savoir les armoiries de Florence, le revers portant l'effigie de saint Jean-Baptiste. L'apparition du florin et du genovino à Gênes marque la fin d'une période de 500 ans, durant laquelle n'avaient été frappées pratiquement que des monnaies d'argent (Frappe monétaire). Il fut à nouveau possible de frapper des monnaies d'or grâce au commerce fait avec l'Afrique du Nord, lequel fournit à l'Italie assez d'or, venu d'Afrique noire. Le florin fut frappé ultérieurement dans de nombreux ateliers monétaires en Italie, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, en Bohême et en Hongrie. Les diverses autorités monétaires commencèrent à modifier son apparence au milieu du XIVe s. Au nord des Alpes, le florin du Rhin, frappé par l'Union du Rhin, devint la monnaie dominante à partir de la fin du XIVe s. Un florin d'argent (Thaler), ayant la même valeur que le florin, fut frappé pour la première fois en 1486; la notion de florin d'or entra dès lors dans l'usage pour le différencier de ces grosses pièces d'argent. Le florin d'or dont le titre avait été notablement réduit au XVIe s., se vit très souvent remplacé par le ducat.

En Suisse, le florin est mentionné vers 1300 déjà dans les textes et on en trouve dès le deuxième tiers du XIVe s. Il ne fut frappé que plus tard et seulement dans la zone germanophone. Un atelier monétaire impérial créé à cet effet à Bâle en frappa dès 1429. Berne, au bénéfice d'un privilège du pape, fut la première ville suisse à en émettre en 1484. Bien que Fribourg eût reçu un privilège semblable en 1422 déjà, on n'y frappa de florin qu'à partir de 1509. Soleure vers 1480-1490, Zurich vers 1510 et Bâle en 1512 en firent à leur tour. La ville et le prince-évêque de Coire, les barons von Haldenstein et la ville de Schaffhouse suivirent au XVIIe s. Des objets liturgiques en métaux précieux ayant été fondus lors de la Réforme, les villes protestantes, Zurich et Berne en particulier, procédèrent à d'importantes frappes de florins d'or après 1525, mais en général l'émission de telles pièces demeura modeste. Elle dura plus longtemps en Suisse qu'ailleurs. Elle fut supprimée presque partout dans la première moitié du XVIIe s., mais Bâle et Lucerne frappèrent des florins et des doubles florins jusqu'au XVIIIe s.

A son introduction au bas Moyen Age, le F. valait généralement une livre de la monnaie locale. La dépréciation des petites pièces modifia cet équilibre au profit du florin. Les autorités monétaires s'efforcèrent, la plupart du temps sans succès, d'ajuster les deux cours. A la fin du XVe s., le florin valait généralement deux livres. Lorsque ce rapport ne put être maintenu, le florin devint aussi monnaie de compte. Dans la plupart des cantons, dont Zurich, Berne et Lucerne, cette unité de compte valait 2 livres ou 40 sous ou 15 batz ou 60 kreuzer. Dans les territoires de la Suisse romande ayant relevé de la maison de Savoie, le florin de compte valait 12 sols (ou gros) divisés chacun en 12 deniers. Dans certains cantons (Zurich, Suisse orientale, Suisse centrale), on comptait en anciennes livres et en florins, dans d'autres (Berne, Fribourg, Soleure) en écus; souvent plusieurs systèmes se côtoyaient (Ecu).

A l'époque moderne, un certain nombre de cantons ou de leurs alliés frappèrent des florins d'argent, parfois des demis, quarts ou huitièmes de florins: le prince-évêque de Coire au XVIIe s., Schwytz, Fribourg, la ville et le prince-abbé de Saint-Gall au XVIIIe s. Bâle et Schaffhouse émirent, aux XVIe et XVIIe s., des guldiner valant 60 kreuzer, selon le modèle du Guldentaler ayant cours dans le Saint Empire.

Le florin d'argent d'Allemagne méridionale joua un rôle important dans la circulation monétaire au XIXe s., surtout en Suisse orientale. Dans les discussions ayant précédé la réforme monétaire de 1850, la question du rattachement de la nouvelle monnaie suisse à une monnaie étrangère fut soulevée. Zurich et la Suisse orientale notamment préféraient le florin, mais le franc français finit par s'imposer.


Bibliographie
– F. von Schrötter, Wörterbuch der Münzkunde, 1930, 245-247
– J.-P. Divo, E. Tobler, Die Münzen der Schweiz im 18. Jahrhundert, 1974
– M. Körner, Luzerner Staatsfinanzen 1415-1798, 1981, 44-99
– J.-P. Divo, E. Tobler, Die Münzen der Schweiz im 17. Jahrhundert, 1987
– E. Tobler, «Die schweizerische Münzreform von 1850», in Münzen und Medaillen aus Mittelalter und Neuzeit, 1997, 100-107
– M. Amandry, dir., Dict. de numismatique, 2001, 228

Auteur(e): Daniel Schmutz, Benedikt Zäch / AN