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Saint-Gall (commune)

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Comm. SG, région de S., chef-lieu de canton, siège d'un diocèse depuis 1847 et d'une université depuis 1995. Ville désignée pour accueillir le Tribunal administratif fédéral en 2012. A l'origine, localité surgie à côté de l'abbaye de S., qui lui donna son nom, lui-même issu, selon la tradition, de celui du moine irlandais et ermite Gall. 700 sancti Galluni, 1212 sancti Galli, 1281 sante Gallin, 1347 stat sant Gallen. All. Sankt Gallen, ital. San Gallo, rom. Son Gagl. La surface du ressort urbain fut portée d'à peine 4 km2 à 39,4 km2 par l'incorporation en 1918 des communes de Straubenzell et Tablat.

Située entre 496 m et 1074 m d'altitude, la commune se trouve dans la zone de transition entre le Plateau (région du lac de Constance ou Bodan) et les Préalpes appenzelloises. La vieille ville, bâtie dans le vallon de la Steinach, était coupée du pays environnant par les profondes gorges de la Sitter et de la Goldach. Malgré cet isolement (qui dura jusqu'à l'arrivée du chemin de fer en 1856) et une situation périphérique par rapport à la Suisse, S. exerce des fonctions de centre dans les domaines de l'économie, de la formation, de la santé et de la culture, pour le nord-est de la Suisse et l'étranger proche. La ligne Zurich-Munich croise à S. celle qui va du lac de Constance à Lucerne.

Population de Saint-Galla
AnnéeHabitants
1411env. 2 300-2 900
vers 1500env. 3 000-4 000
1680env. 6 000
1766env. 8 350
18098 118
18379 430

Année18501870b18881900191019301950197019902000
Habitants17 85826 39843 29653 79675 48263 94768 01180 85275 23772 626
En % de la population cantonale10,5%13,8%19,0%21,5%24,9%22,3%22,0%21,0%17,6%16,0%
Langue          
Allemand  42 20351 05966 92961 31464 88469 79962 01560 297
Italien  5901 9227 1461 6241 7936 9304 2432 722
Français  231385596508680615802575
Autres  2724308115016543 5088 1779 032
Religion, Confession          
Protestants9 00913 15921 20125 18132 81531 04333 50134 04026 41720 961
Catholiquesc8 79913 16221 51428 05140 93231 36132 53744 53538 18831 978
Autres502395815641 7351 5431 9732 27710 63219 687
dont communauté juive  399421825628463271152133
dont communautés islamiques       1962 1574 856
dont sans appartenanced       6903 8167 221
Nationalité          
Suisses16 52923 80534 16840 34250 58252 67961 00966 27058 30053 132
Etrangers1 3292 7559 12813 45424 90011 2687 00214 58216 93719 494

a Données 1850-2000: selon la configuration territoriale de 2000

b Habitants: population résidante; religion et nationalité: population "présente"

c Y compris catholiques-chrétiens de 1888 à 1930; depuis 1950 catholiques romains

d N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

Sources:Auteur; recensements fédéraux

1 - Moyen Age

1.1 - Origines

L'archéologie n'a livré aucun indice d'une occupation durable avant le haut Moyen Age. Les débuts de la ville sont étroitement liés à ceux de l'abbaye de S., fondée en 719 par saint Otmar. Centre seigneurial, économique et religieux, le monastère ne tarda pas à attirer des laïcs qui s'établirent à sa porte, formant peu à peu une localité documentée dès le Xe s. et englobée avec lui dans une enceinte élargie construite après 950.

Auteur(e): Stefan Sonderegger / PM

1.2 - La commune

Des bourgeois (cives) sont mentionnés pour la première fois en 1170, ce qui montre que la localité était devenue une ville. La tenue régulière d'un marché est sans doute antérieure aux premiers témoignages datant de la seconde moitié du XIIe s.; une place du marché est attestée en 1228. Les bourgeois s'affirmèrent en prenant en charge des tâches d'assistance: ce furent eux en effet, et non l'abbaye (celle-ci se contenta d'apporter son soutien, en tant que suzerain), qui fondèrent en 1228 au centre de la ville l'hôpital du Saint-Esprit, institution accueillant les indigents et les orphelins, puis, au bas Moyen Age les vieillards. Des indices remontant jusqu'à la première moitié du XIIIe s. montrent que la ville disposait aussi, hors les murs, d'une maladrerie au Linsebühl.

Auteur(e): Stefan Sonderegger / PM

2 - Bas Moyen Age et époque moderne

2.1 - Histoire politique

2.1.1 - Développement d'une administration urbaine et mouvements d'émancipation au bas Moyen Age

Jusqu'au XVe s., la ville s'émancipa peu à peu de l'abbaye, dont elle était au début l'une des principales possessions, avec Wil, le pays d'Appenzell et le Rheintal. Ce processus se traduisit par le développement d'une organisation juridique, politique et administrative. En 1281, l'empereur Rodolphe Ier donna aux bourgeois l'autonomie judiciaire. Les premières franchises, octroyées par l'abbé Wilhelm von Montfort, datent de 1291, mais reprennent un projet de 1272/1273. Elles s'inspirent sans doute de celles de la ville épiscopale de Constance, car elles se réfèrent explicitement au "droit de Constance". Elles contiennent des dispositions sur la propriété foncière, les successions et le droit de gage, qui supposent une grande liberté des bourgeois face à l'abbaye, leur seigneur. Il y est question en outre d'un ressort "entre les quatre croix" soumis à la souveraineté de la ville.

Dès 1294 au plus tard, S. avait un Conseil et un sceau. Un bourgmestre est attesté en 1354. Comme nombre d'autres villes, S. institua (à une date inconnue), un Grand Conseil où siégeaient onze représentants (Elfer) de chacune des corporations (première mention de l'un et des autres en 1362). Le Petit Conseil se composait aux XVe-XVIe s. du bourgmestre, de l'ancien bourgmestre, du bailli impérial (magistrat chargé d'exercer la haute juridiction), des six prévôts de corporation, de six anciens prévôts et de sept ou neuf conseillers issus de la classe supérieure des marchands et gros propriétaires.

L'autonomie croissante de la ville se reflète dans son activité législatrice, reprise dans trois recueils composés au milieu du XIVe s., en 1426 et en 1508, qui contiennent des statuts, des lettres de gage et des copies de chartes. Dans le premier figurent en outre les comptes des offices municipaux. Ces comptes furent tenus ensuite dans des livres séparés; sont conservés les livres du trésorier dès 1401, les rôles fiscaux dès 1402, les comptes des bâtiments dès 1419 et les comptes annuels dès 1425. Avec les manuaux du Conseil (dès 1477), ces documents attestent le développement de l'administration urbaine à partir de 1400.

L'abbaye avait vu décliner au XIIIe s. déjà son pouvoir temporel sur la ville et une partie de ses alentours. Elle tenta vainement de rétablir certains de ses droits seigneuriaux dans la seconde moitié du XIVe siècle. Il en résulta un long conflit qui atteignit son premier apogée dans les guerres d' Appenzell (1401-1429). La ville s'allia avec les Appenzellois pour une défense commune des droits acquis et l'emporta largement sur l'abbaye.

Le pas décisif sur le long chemin de l'émancipation fut franchi au milieu du XVe s. En 1457, le premier de trois arbitrages confédéraux autorisa la ville à racheter à l'abbaye d'importants droits seigneuriaux: surveillance des poids et mesures, en particulier de celle du Reif en usage dans la toilerie (env. dix aunes ou Ellen) et droit de nommer l'amman (représentant de l'abbé au Conseil de la ville), le monnayeur, ainsi que les contrôleurs des grains, des viandes et des vins. En outre, les bourgeois n'eurent plus à prêter hommage à l'abbé.

Le conflit reprit de la vigueur sous l'abbé Ulrich Rösch (1463-1491) et ses successeurs qui, en consolidant leur autorité sur les terres dépendant de l'abbaye, grâce à une unification des coutumiers et à une meilleure administration (recours à l'écriture), privèrent la ville de tout espoir d'extension territoriale.

Dans sa politique extérieure, la ville naviguait entre l'Empire et la Confédération. Elle est régulièrement qualifiée de ville d'Empire au XIVe s., bien qu'elle n'ait obtenu qu'au début du XVe s. les privilèges attachés à ce statut: haute juridiction (1401 et 1415), souveraineté monétaire (1415), droit de se prononcer sur les impôts d'Empire (1417).

Des alliances sont attestées dès 1312, reflets d'une diplomatie active. Ainsi, S. fut membre à la fin du XIVe s. de la Ligue des villes souabes. Après les guerres d'Appenzell, certains cantons s'intéressèrent de plus en plus à leurs voisins orientaux. En 1454, trois ans après l'abbaye, la ville conclut une alliance de protection avec Zurich, Berne, Lucerne, Schwytz et Glaris, qui fit d'elle un pays allié de la Confédération. L'abbaye tenta de renforcer sa position de souverain légitime, avec l'aide des Confédérés; ceux-ci rendirent entre 1457 et 1462 des arbitrages qui favorisèrent l'autonomie de la ville, mais ne mirent nullement fin au conflit. On en vint aux mains lors du sac du couvent de Rorschach (1489) et de la guerre de S. (1489-1490). Ces événements tournèrent au désavantage de la ville, car la Confédération, garante de l'ordre, prit parti pour l'abbaye; néanmoins, la position de S., ville libre d'Empire et alliée de la Confédération, ne fut plus remise sérieusement en cause. Elle s'efforça de maintenir de bonnes relations avec l'Empire, surtout pour des raisons économiques.

Auteur(e): Stefan Sonderegger / PM

2.1.2 - Autonomie et structure politique à l'époque moderne

La ville de S. obtint sa pleine autonomie au traité de Wil (1566). Celui-ci prévoyait la construction d'une muraille entre la ville et l'abbaye, lesquelles se rachetèrent mutuellement tous les droits et obligations qu'elles avaient encore sur le territoire de l'autre. Dès lors et jusqu'en 1798, la principauté abbatiale et la ville de S. constituèrent chacune un Etat souverain.

Sur le plan politique, le Petit Conseil prenait la plupart des décisions dans l'Etat-cité. Il ne convoquait le Grand Conseil (dont il faisait partie) que pour les affaires particulièrement importantes (dispositions statutaires). Trois magistrats, à la tête des conseils (bourgmestre en charge, ancien bourgmestre et bailli impérial), exerçaient ces charges alternativement pour une année. Les représentants des six corporations (Tisserands, Forgerons, Tailleurs, Cordonniers, Boulangers et Bouchers) dominaient les deux conseils, où ils possédaient légalement la majorité des sièges. Tout bourgeois adulte de sexe masculin devait faire partie d'une corporation, à l'exception des membres de la société du Notenstein, marchands et personnes pratiquant un "métier libre". La loi ne garantissait à ces derniers ni représentation dans les conseils ni accès aux magistratures. Leur participation à ces fonctions diminua au cours de l'époque moderne, probablement parce que les marchands manquaient d'intérêt pour l'exercice de charges dans une ville sans grande influence politique.

Les principes de la démocratie corporative sur lesquels reposait le système politique furent minés sous l'Ancien Régime par le fait que seul un petit nombre de gens avait assez de temps libre pour siéger aux conseils et exercer les charges principales. Cependant, il ne se forma pas de patriciat fermé et la carrière d'un Caspar Steinlin montre que l'ascension sociale, jusqu'aux fonctions suprêmes, resta possible jusqu'à la fin du XVIIIe s. L'administration était répartie entre quelques fonctions prestigieuses (secrétaire de la ville, trésorier, contrôleur de l'impôt, hospitalier) et de nombreuses charges subalternes (surveillants de toutes sortes, par exemple) qui permettaient à de nombreux bourgeois de servir la ville sous une forme ou une autre.

Les relations tendues avec l'abbaye faillirent déboucher sur un conflit sanglant en 1697 (guerre des Croix), mais la situation géographique plaidait pour la coexistence pacifique: l'abbaye et le siège administratif de la principauté abbatiale étaient enclavés dans la ville qui, elle-même, l'était dans la principauté.

Après sa défaite dans la guerre de S. (1489-1490), la ville ne parvint jamais à se constituer un territoire sujet. En achetant en 1579 la seigneurie de Bürglen en Thurgovie, elle ne se renforça ni politiquement ni économiquement. Durant toute l'époque moderne, S. continua de jouer son double rôle traditionnel, entre l'Empire et la Confédération, mais en penchant de plus en plus vers les Confédérés, qui lui accordèrent en 1667 un siège permanent à la Diète.

La révolution helvétique mit fin à la république de S. Sous la pression des Français et sans opposer de résistance, l'assemblée des bourgeois du 29 avril 1798 adopta la Constitution helvétique et approuva ainsi le rattachement de la ville au nouveau canton du Säntis.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

2.2 - Economie et société

2.2.1 - Population, société, urbanisme

Sur la base des rôles fiscaux conservés dès 1402 et d'un inventaire des maisons dressé dans les années 1470, on estime qu'au XVe s. et au début du XVIe s., 3000-4000 personnes vivaient à S., ce qui en fait une ville de taille moyenne à l'échelle européenne. A la fin du XVIIIe s., la population était d'environ 8000 âmes. Elle se répartissait juridiquement entre bourgeois, bourgeois forains et "habitants" (personnes établies dans la ville mais sans droit de bourgeoisie); les statuts de 1673 en différenciaient deux catégories, les Freisässen qui avaient une autorisation de séjour d'une année renouvelable, et les Hintersässen que le Conseil pouvait renvoyer en tout temps.

Les inégalités ne tenaient pas seulement au statut juridique. Les marchands jouissaient d'un prestige particulier, à cause de leur fortune (familles Schobinger, Schlumpf, Studer, Zollikofer, Zili, notamment). Ils faisaient partie de la société du Notenstein (attestée dès le milieu du XVe s.) et du directoire commercial, créé dans les années 1630, qui jouait un grand rôle dans la politique économique locale. Ils se distinguaient de la masse des bourgeois par leur genre de vie (dans la mesure où la rigueur des lois somptuaires le leur permettait) et par leur politique matrimoniale. Entre le XVIe et le XVIIIe s., des familles fortunées acquirent dans le Rheintal, l'Alte Landschaft ou en Thurgovie des résidences (parfois assorties de droits de justice) où elles vivaient noblement.

La ville subit au moins trois grands incendies au Moyen Age. Les rares informations à ce sujet doivent être interprétées avec prudence, surtout si elles proviennent de chroniques très postérieures aux faits. Selon Vadian, le feu épargna l'abbaye et quelques maisons le 2 mai 1215. Il anéantit l'abbaye et presque toute la ville le 23 octobre 1314 et à nouveau le 20 avril 1418 (y compris le faubourg Sankt Mangen ou Saint-Magne). Après ce troisième incendie, on reconstruisit préventivement en pierre. En outre, le faubourg Saint-Magne fut inclus dans les murs de la ville. Cet agrandissement, le seul intervenu au Moyen Age, rendit nécessaire l'édification de tours et de portes supplémentaires; on laissa entre la vieille ville et la nouvelle un vaste espace pour le marché aux grains et le marché au bétail où fut bâti en 1475 l'abattoir.

Quelques bâtiments de prestige, publics et privés, surgirent dans la seconde moitié du XVIe s. (tels l'hôtel de ville, la maison de la balance, le petit château du Spisertor ou l'actuelle maison de ville), mais dans l'ensemble, S. continua d'offrir au point de vue architectural un aspect plutôt modeste. Pour indiquer son statut, on se contentait d'un oriel délicatement orné (nombreux exemples, réalisés pour la plupart vers 1700). Après 1791, on planifia une extension, strictement réglementée, à l'est de la vieille ville, le long de la route de Rorschach.

Auteur(e): Stefan Sonderegger, Marcel Mayer / PM

2.2.2 - Approvisionnement

Le marché de S., la plus grande localité de la région, jouait un rôle central dans les échanges entre ville et campagne, devant ceux, plus petits, d'Altstätten, Rheineck, Rorschach, Wil, Hérisau, Appenzell et Lichtensteig. La ville s'approvisionnait en grains surtout dans l'Alte Landschaft, en vin dans le Rheintal, en produits animaux dans le pays d'Appenzell et dans le Toggenbourg, et s'activait pour s'assurer des ressources. Certaines de ses institutions comme l'hôpital du Saint-Esprit et certains de ses bourgeois possédaient et faisaient cultiver de vastes terres dans les environs; ils soutenaient aussi par des prêts la viticulture et l'élevage.

La production de grains des environs de la ville était insuffisante. Des importations en provenance de Souabe sont déjà attestées au XVe s.; elles passaient par le Gredhaus (entrepôt et péage) de Steinach, port sur le lac de Constance. Le pays d'Appenzell, qui s'était spécialisé dans l'élevage au cours du bas Moyen Age, devait importer des céréales; il se les procurait en partie sur le marché de S.

Auteur(e): Stefan Sonderegger / PM

2.2.3 - Fabrication et commerce des textiles

Au bas Moyen Age et à l'époque moderne, S. fut l'un des centres européens majeurs du textile. Les toiles de lin, dont la fabrication se développa tout autour du lac de Constance dès le XIe s., dépassant les besoins de la consommation directe et du marché régional, se vendaient au loin. La ville de S. s'affirma peu à peu comme le chef-lieu de la toilerie au sud du lac de Constance; après 1450, elle assuma ce rôle pour l'ensemble de la région, succédant à Constance affaiblie par les révoltes des corporations. La principale raison de cette ascension était la qualité des toiles brutes qui, tissées en ville ou à la campagne, étaient sévèrement contrôlées par les fonctionnaires de la Schau (inspection municipale). Les Saint-Gallois étaient aussi très réputés pour leur manière de conduire les opérations d'ennoblissement (blanchissage, teinture et lissage).

La toilerie urbaine reposait sur la division, usuelle dans le système corporatif, entre production et distribution. Le Conseil défendait une organisation du travail qui favorisait la puissante corporation des Tisserands; il parvint largement à bannir de la ville, jusqu'à la fin du XVIIIe s., le Verlagssystem, dans une branche qui, malgré une éclipse dans la première moitié du XVIIe, continua de prospérer jusqu'au début du XVIIIe s.

Dès le XIIIe s., des marchands saint-gallois exportèrent au loin les toiles de la région du Bodan. Au début du XVIe s., ils disposaient d'un réseau qui s'étendait de l'Allemagne à l'Italie et de l'Espagne à la Pologne (Compagnie Diesbach-Watt). Jusqu'au bas Moyen Age, ils dominèrent le trafic avec l'Empire par le lac de Constance, ce qui se refléta dans la politique extérieure de la ville (adhésion à des ligues urbaines, accords douaniers avec Nuremberg, attestés dès 1387). Les relations commerciales favorisèrent des alliances matrimoniales avec des familles de Constance, Ravensburg, Lindau, Isny et d'autres villes. La conclusion de la Paix perpétuelle de 1516 entre les Confédérés et la France stimula les échanges, surtout dans le cadre des foires de Lyon. Les marchands, opérant généralement dans de petites compagnies ou sociétés familiales, entretenaient un service postal régulier avec Nuremberg (dès 1480 au plus tard) et Lyon (dès 1560 env.). Dès la fin du XVIIe s., quelques-uns se détournèrent de la vente des toiles pour s'intéresser à l'import-export, aux métaux précieux ou encore à la banque avec les établissements fondés par les familles Högger (franç. Hogguer) et Zili (future banque privée Wegelin).

Les toiles commencèrent lentement à décliner dans les années 1720. L'arrivée de l'industrie du coton accéléra ce processus (fabrication de la futaine introduite par Peter Bion en 1721; filage, tissage, ennoblissement et, dès les années 1750, broderie du coton), tout en ouvrant de nouvelles possibilités de développement pour la ville et ses environs. Bion réussit à soustraire le travail du coton aux règlements corporatifs et à imposer dans cette branche le Verlagssystem. A la fin du XVIIIe s., des marchands-entrepreneurs saint-gallois employaient des dizaines de milliers d'ouvriers à domicile dans le nord-est de la Suisse et les régions frontalières.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

2.3 - Religion, formation et culture

2.3.1 - Religion

L'église abbatiale est la plus ancienne de S.; les bourgeois de la ville contribuaient encore à son entretien au XVe s. Ancienne chapelle du couvent, puis église réservée à la population, Saint-Laurent est depuis le XIVe s. l'église de la ville (travaux et administration furent contrôlés dès lors par le Conseil). L'assemblée des bourgeois s'y réunissait pour élire le bourgmestre et prendre connaissance des décisions du Conseil. La paroisse Saint-Laurent englobait au milieu du XIVe s. un territoire allant de S., Straubenzell, Tablat, Rotmonten et Wittenbach jusqu'à Häggenschwil, Teufen (AR), Bühler, Gais, Hundwil, Speicher et Trogen.

L'église Saint-Magne [de Füssen], dans le quartier du même nom, fut fondée en 898 (l'édifice actuel date de 1100 env.); elle servait de paroissiale aux gens du quartier, de Bernhardzell et de Rotmonten. Wiborada vécut en recluse dans une cellule adjacente, de 916 à son martyre en 926. A proximité se trouvait le couvent féminin de Sainte-Catherine, fondé en 1228, passé en 1368 de la règle de saint Augustin à l'ordre dominicain, partiellement détruit par l'incendie de 1418 et supprimé à la Réforme.

Une église fort ancienne, fondée sans doute vers 1150 par l'abbé Werinher (1133-1167) desservait le quartier de Saint-Léonard et servit assez longtemps de paroissiale pour Hundwil. On ignore depuis quand la ville assure son entretien. Deux communautés féminines, qui se trouvaient dans ce quartier, furent supprimées lors de la Réforme. Près de la maladrerie du Linsebühl se trouvait une chapelle (sans doute depuis le XIIIe s.), qui fut remplacée à la fin du XVe s. par l'église Saint-Martin, destinée aux lépreux et aux gens du faubourg de Spiser.

Sous la conduite de Joachim von Watt, dit Vadian, et de Johannes Kessler, la ville embrassa précocement la Réforme (introduction du principe scripturaire en 1524, première cène à Saint-Laurent en 1527). A l'époque moderne, la ville était exclusivement protestante. L'Eglise de S. était soumise à la haute surveillance des autorités laïques. Elle se figea au XVIIe s. dans une stricte orthodoxie (Formula Consensus de 1675) que les conventicules piétistes du début du XVIIIe ébranlèrent à peine; à la fin du XVIIIe s., elle se tourna vers le rationalisme religieux. Une Eglise française fut fondée en 1685 pour les réfugiés huguenots (estimés à env. 300 en 1686 et plus de 1000 en 1688).

Auteur(e): Stefan Sonderegger, Marcel Mayer / PM

2.3.2 - Formation et culture

Avant la Réforme déjà, la ville possédait une école latine (attestée au XIVe s.), ainsi qu'une école allemande et une école de jeunes filles (XVe s.). Une fondation privée permit de créer en 1598 un gymnase, installé en 1599 dans l'ancien couvent de Sainte-Catherine. Un petit institut d'études supérieures théologiques fonctionna de 1713 à 1833; il forma de nombreux pasteurs saint-gallois qui ne fréquentèrent plus, ou seulement brièvement, les universités étrangères, surtout allemandes.

Vadian joua un rôle culturel éminent dans la première moitié du XVIe s., par ses ouvrages historiques et parce qu'il fit don de sa vaste bibliothèque à la ville. Contrairement à d'autres pays protestants, S. autorisa le théâtre aux XVIe et XVIIe s. Les pièces de Josua Wetter, bourgeois de la ville, rivalisaient avec les jeux sacrés donnés à l'abbaye. La publication d'un psautier en 1533 et la fondation du Collegium musicum en 1620 attestent la pratique du chant choral.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3 - Les XIXe et XXe siècles

3.1 - Politique et administration

3.1.1 - République helvétique, Médiation et Restauration

En 1798, la République helvétique fit de S. le chef-lieu du canton du Säntis. Le territoire de l'abbaye fit partie de la commune de Tablat et non du ressort de la ville. A la tête de la nouvelle commune d'habitants, dont faisaient partie tous les citoyens, bourgeois ou non, se trouvait une municipalité, tandis que les biens de la commune bourgeoise (issus des anciens biens communaux) étaient gérés par une chambre de régie. Mais, au début, on eut de la peine à départager clairement la fortune, les tâches et les compétences des deux communes. Les corporations, privées par le nouveau régime de leurs fonctions économiques et politiques, vendirent leurs biens et furent dissoutes.

Dans le canton de S., créé en 1803, la ville de S. formait à la fois une commune, un cercle et un district. Comme chef-lieu cantonal, elle bénéficia jusqu'en 1861 d'une représentation renforcée au Grand Conseil. Sous la Médiation, l'assemblée générale des citoyens élisait le Conseil communal, qui devint sous la Restauration le Conseil de ville.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3.1.2 - De la Régénération au début du XXe siècle

La Constitution cantonale de 1831, qui instaura la démocratie libérale de la Régénération, favorisa le développement des communes politiques en exigeant qu'elles soient clairement séparées des communes bourgeoises. En ville de S., ces deux entités durent procéder à un partage de leurs compétences, de leur administration et de leur fortune (1831-1832).

Les assemblées générales de la commune politique n'étaient d'abord ouvertes qu'aux citoyens du canton. Les autres Suisses n'y furent admis qu'après l'entrée en vigueur, en 1849 et 1867, de deux lois cantonales. Ralliée en majorité aux vues libérales dès les années 1830, la ville se posa, notamment dans les luttes constitutionnelles cantonales du XIXe s., en citadelle du radicalisme. Elu au système majoritaire jusqu'en 1918, le Conseil communal était une autorité à la fois législative et exécutive. En 1900, on créa cinq divisions administratives, dont le Conseil désignait parmi ses membres les cinq responsables; ces derniers ne formaient pas encore un organe autonome, même si le terme de Conseil de ville apparaît en 1909.

La commune bourgeoise participa longtemps encore à la réalisation de travaux publics. Elle tenait en outre le registre des bourgeois et assumait diverses charges dans les domaines social, sanitaire (hôpital des bourgeois) et culturel. Elle les finançait grâce à sa banque (Caisse d'épargne de la ville de S., auj. Banque Vadian) et aux revenus de ses vastes domaines et forêts. La commune politique se renforça dans la seconde moitié du XIXe s., grâce à la haute conjoncture régnant dans l'industrie de la broderie. A ses compétences traditionnelles (exécution des lois et ordonnances cantonales, surveillance, registre foncier, conservation des hypothèques, assistance sociale pour les non-bourgeois) s'ajoutèrent de nombreuses tâches nouvelles, au fur et à mesure du développement des infrastructures urbaines.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3.1.3 - De l'incorporation de 1918 au début du XXIe siècle

En raison de la forte croissance démographique liée à l'essor de la broderie, S. ne formait plus, vers 1900, qu'une seule agglomération avec les deux communes voisines de Tablat et Straubenzell; en 1918, celles-ci finirent par fusionner avec la ville, dont la population fut ainsi multipliée par deux et la superficie par dix.

A cette occasion, on introduisit une séparation entre Conseil communal (législatif, Gemeinderat, Grosser Gemeinderat dès 1984 et Stadtparlament dès 2005) et Conseil de ville (exécutif, Stadtrat), de sept membres, puis de cinq dès 1924. Durant l'entre-deux-guerres, les difficultés économiques dues à la crise de la broderie obligèrent à pratiquer des coupes sombres dans les effectifs de l'administration (1467 postes en 1922, 1245 en 1933). La tendance se renversa pendant la Deuxième Guerre mondiale (tâches nouvelles dans le domaine de l'économie de guerre ou de la défense contre avions) et surtout dans la seconde moitié du XXe s., avec le développement de l'Etat social et l'importance croissante des services et de l'offre de formation (2118,7 équivalents de postes à plein temps en 2008).

Dès les années 1920 et durant plusieurs décennies, trois partis prédominèrent en recueillant ensemble plus de 80% des voix (les démocrates étant réduits à la portion congrue): les radicaux du PRD (les plus forts au début), les conservateurs populaires (devenus les démocrates-chrétiens du PDC) et les socialistes du PS. L'Alliance des Indépendants parvint à s'imposer en 1939 comme parti d'opposition. Depuis les années 1980, les suffrages se distribuent entre un plus grand nombre de partis, dont l'Union démocratique du centre (UDC) et les Verts, mais le bloc bourgeois conserve la majorité. La composition du Conseil de ville se caractérise aussi par sa stabilité. Depuis qu'il compte cinq membres (1924), le PRD y détient deux sièges (dont des femmes depuis 1985), le PDC et le PS un ou deux chacun. Depuis 1918, la présidence de la ville est généralement revenue au PRD (au PS de 1981 à 2004, au PDC en 2005-2006).

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3.2 - Histoire sociale et économique

3.2.1 - Population et urbanisme

La ville comptait environ 8000 âmes en 1799. Une croissance, lente durant la première moitié du XIXe s., puis rapide, porta ce nombre à près de 38 000 en 1910 (sans Straubenzell et Tablat). Composée en majorité, vers 1800, de protestants originaires de la commune, la population devint plus hétérogène en s'accroissant. La part des étrangers était de 31% en 1910 (dont ⅔ d'Allemands). Après la fusion de 1918, on dénombrait quelque 69 000 habitants. Les départs (de jeunes et d'étrangers surtout) liés à la crise économique provoquèrent un recul de 10% entre 1918 et 1941. La croissance ayant repris, notamment grâce aux immigrants d'Europe du Sud, on atteignit en 1970, avec presque 81 000 personnes, un maximum historique. Ensuite, la ville perdit de nouveau des habitants, tandis que les communes de l'agglomération en gagnaient; au début du XXIe s., on recensait quelque 70 000 Saint-Gallois. La part des étrangers était de 27% (dont environ ⅓ originaire d'ex-Yougoslavie).

L'essor démographique du XIXe s. s'accompagna d'une extension des surfaces bâties. Sous les murs de la ville apparurent dès la fin du XVIIIe s. des rangées de maisons et plus tard des îlots, strictement planifiés. Pour donner de l'air à la vieille ville, on abattit les remparts et combla les fossés dès les années 1830; toutes les portes sauf une (Karlstor) furent démolies entre 1836 et 1879. Le fond étroit du vallon de la Steinach se couvrit rapidement de constructions. Le raccordement au réseau ferroviaire, en 1856, favorisa cette évolution. Un quartier d'affaires surgit entre la gare et la vieille ville. Dès les années 1880, la ville déborda sur les pentes avoisinantes. Le quartier de villas bourgeoises du Rosenberg, qui regarde vers le sud, contraste avec les immeubles locatifs qui se serrent sur la rive opposée, à la Bernegg et au Freudenberg.

La fusion de 1918 procura de vastes réserves de terrains à bâtir, qui restèrent cependant inutilisées pendant l'entre-deux-guerres, à cause de la crise de la broderie. Dans la seconde moitié du XXe s., la haute conjoncture favorisa la construction de nouveaux quartiers résidentiels et industriels, ainsi que de centres commerciaux. La ville connut une notable extension vers l'est et l'ouest.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3.2.2 - Economie et infrastructures urbaines

En 1801, une société par actions fondée à l'initiative de Marc-Antoine Pellis installa dans les locaux vides de l'abbaye de S. une filature mécanique de coton, pionnière de l'industrie suisse, bientôt suivie d'autres fabriques dans la ville et aux environs. Mais un rôle bien plus important était réservé à la broderie mécanique qui domina l'économie de la ville du milieu du XIXe s. à la Première Guerre mondiale; S. devint le siège de maisons exportant dans le monde entier (notamment Stickereihaus Union, Iklé Frères, Fenkart & Abegg, Reichenbach, Hirschfeld, Otto Alder AG, Hufenus & Co.) et le centre d'une zone vouée à cette branche et qui s'étendait sur une partie de la Suisse du Nord-Est et du Vorarlberg. Au début du XXe s., les broderies saint-galloises, vendues surtout aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, figuraient parmi les principaux articles d'exportation suisses. La production, surtout à domicile ou en usine, augmenta massivement grâce aux progrès techniques. En outre, une part notable des entreprises de la ville vivait d'activités annexes à la broderie, soit en amont (filatures, retorderies), soit en aval (blanchisseries, apprêtures).

D'autres branches, comme la construction de machines ou la chocolaterie, jouèrent avant 1914 un rôle subalterne. L'essor économique fit naître des besoins de capitaux et de crédit, mais aussi de sécurité, auxquels répondirent de nouvelles banques ou la fondation en 1858 d'Helvetia Assurances, la première compagnie suisse spécialisée dans le domaine des transports. Dès le milieu du XIXe s., la ville se dota d'infrastructures modernes: télégraphe en 1852, usine à gaz en 1857, réseau d'eau potable tirée du lac de Constance en 1895, centrale électrique et tram en 1897, égouts dès 1905, station d'épuration mécanique-biologique en 1916-1918.

La Première Guerre mondiale et ses conséquences, surtout l'évolution de la mode dans les années 1920, provoquèrent un rapide déclin de la broderie dans la ville et la région, une profonde crise économique et un taux de chômage élevé. Pour ne plus dépendre de l'industrie textile, S. s'efforça de diversifier son économie. En 1943, dans un contexte marqué par le plan Wahlen qui avait renouvelé l'intérêt pour l'agriculture, fut organisée la première Olma (Ostschweizerische Land- und Milchwirtschaftliche Ausstellung, exposition de l'agriculture et de l'industrie laitière de Suisse orientale), qui dès lors aura lieu chaque année.

La haute conjoncture de l'après-guerre modifia durablement les structures économiques de la ville: en 1965 déjà, l'industrie textile (sans la confection) offrait moins d'emplois que la métallurgie et les machines. Néanmoins, même si la position de la broderie n'est plus comparable à ce qu'elle était vers 1900, S. restait au début du XXIe s., avec des maisons comme Bischoff, Forster Rohner ou Jakob Schlaepfer, l'un des centres mondiaux de l'innovation dans le domaine des étoffes.

Le secteur des services s'accrut depuis les années 1960 aux dépens de l'industrie et de l'artisanat. En 2001, il englobait 85% des entreprises ou établissements. En 2009, une minorité seulement était de grande taille, à l'instar de l'hôpital cantonal, le plus gros employeur (env. 4200 collaborateurs), ainsi que des sièges centraux de l'Union suisse des caisses Raiffeisen (1300 employés) et des assurances Helvetia (550 en 2009).

Les problèmes dus à la très forte augmentation du trafic motorisé dans la seconde moitié du XXe s. furent aggravés par la topographie toute en longueur de la ville, aux rues étroites. L'autoroute urbaine ouverte en 1987 après d'âpres discussions soulagea temporairement les artères du centre. Pour encourager les transports publics, la ville adhéra à la communauté tarifaire Ostwind, en fonction dès 2002.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3.3 - Formation, religion et culture

3.3.1 - Formation

La Constitution cantonale de 1814 confia l'instruction publique aux autorités confessionnelles (jusqu'en 1861). Les protestants de la ville disposaient des écoles héritées de l'Ancien Régime. Les catholiques fondèrent en 1822 une coopérative scolaire. Les écoles primaires devinrent mixtes en 1879 (création d'une "commune scolaire d'habitants"); elles furent placées en 1918 sous la responsabilité de la commune politique. La séparation confessionnelle fut aussi de règle dans les écoles secondaires (gymnase protestant fondé en 1598, gymnase catholique en 1809), jusqu'à ce que l'on puisse surmonter les nombreuses oppositions à la mixité et créer l'"école cantonale conventionnelle" (1856).

Une école facultative de perfectionnement pour apprentis (1860), plus tard ouverte aux apprenties, est à l'origine de l'école des métiers (obligatoire dès 1919). Une école de dessin (1867) et un musée industriel et artisanal doté d'une bibliothèque (1878; auj. Musée du textile et bibliothèque spécialisée) répondaient aux besoins de formation de l'industrie de la broderie. L'académie de commerce, créée en 1898 pour former les jeunes commerçants et dont les activités commencèrent modestement, est l'ancêtre de l'actuelle université (Université de Saint-Gall). La Verkehrsschule dispensa dès 1899 une formation aux métiers administratifs des chemins de fer, de la poste, des télégraphes et des douanes. A cela s'ajoutèrent au XXe s. des écoles techniques (haute école spécialisée de S. en 1999). Parmi les institutions qui participent à la diffusion des connaissances, citons la Société scientifique (1815), celle des sciences naturelles (1819) et celle d'histoire (1859), mais aussi les bibliothèques (du couvent, du canton dite Vadiana, de l'université) et les archives (cantonales, conventuelles et municipales).

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3.3.2 - Religion

Au début du XIXe s., les protestants étaient largement majoritaires (91% de la population de la ville en 1809); leur part diminua du fait des migrations intérieures (66% en 1860, 53% en 1900), tandis qu'augmentait le nombre des catholiques et que S. devenait en 1847 le siège d'un diocèse. Dans la commune issue de la fusion de 1918, les deux confessions étaient quasi à égalité. Après la Deuxième Guerre mondiale, les catholiques devinrent majoritaires, grâce aux immigrants d'Europe du Sud. Le Kulturkampf, très vif dans le canton de S., amena la formation en 1878 d'une paroisse catholique-chrétienne, qui comptait 166 citoyens et fit construire une église en 1895.

Vingt-deux juifs établis à S. fondèrent en 1863 la communauté israélite (auj. Jüdische Gemeinde). Il exista parallèlement, de 1917 à 1952, une communauté de juifs orthodoxes originaires pour la plupart d'Europe orientale (Adass Jisroel). Le canton accorde aux catholiques, aux protestants, aux catholiques-chrétiens et aux juifs un statut de religion reconnue en droit public. La déchristianisation et les mouvements migratoires de la fin du XXe s. entraînèrent une nouvelle configuration: en 2009, la part des musulmans était de 10,1%, celle des chrétiens orthodoxes de 5,7% et celle des sans confession de 8%.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

3.3.3 - Culture

Le besoin d'entretenir des contacts et de mener des activités culturelles en groupe fit naître de nombreuses sociétés, comme l'association conviviale du Trischli (1798), la Société des beaux-arts (1827) et celles de chant, de gymnastique et de tir. Leurs membres cultivèrent souvent à l'origine les idéaux des Lumières et les sentiments patriotiques. Le Kulturkampf et les luttes sociales amenèrent les milieux catholiques et le mouvement ouvrier à se doter de sociétés à caractère identitaire.

Des sociétés sont à l'origine de la plupart des collections muséographiques. Pour les abriter, la commune bourgeoise de S., qui joua un grand rôle dans l'encouragement à la culture jusqu'au milieu du XXe s., fit construire un musée en 1877; ce bâtiment fut consacré en 1921 aux beaux-arts et aux sciences; les collections historiques et ethnographiques eurent leur propre bâtiment. Le Musée des beaux-arts a pu acquérir des œuvres marquantes grâce à des mécènes comme Curt et Erna Burgauer ou Eduard Sturzenegger. Le Musée du textile (1886) est réputé au-delà de la région (collections Iklé et Jacoby), tout comme celui d'art brut et naïf im Lagerhaus (1988). Le quartier conventuel est inscrit depuis 1983 à l'inventaire du patrimoine culturel mondial de l'Unesco.

Le théâtre de S. est depuis 1801 une institution permanente engageant des acteurs professionnels. Il fut d'abord géré par une société d'actionnaires privés (1805), plus tard par une coopérative (1967, réformée en 2000). Actif dans les trois genres (théâtre, opéra, ballet), il est aujourd'hui largement subventionné par le canton et la ville. Le théâtre de marionnettes (1903) et celui du caveau (Kellerbühne, 1965) occupent une place solide dans la vie culturelle saint-galloise.

Le Konzertverein fut à la fois, dès 1877, un organisateur de concerts réguliers et l'administrateur responsable de l'orchestre municipal (auj. orchestre symphonique de S.), qui joue aussi dans la fosse du théâtre et eut pour chef, de 1917 à 1944, Othmar Schoeck. Dans les années 1960, S. fut un centre actif dans le domaine du jazz. Le festival Open Air (dès 1981) attire un public plutôt jeune.

Parmi les sports les plus populaires, on compte le football, avec le FC Saint-Gall (1879, doyen des clubs de football actifs en Suisse au début du XXIe s.) et le FC Brühl (1901), ainsi que le handball, avec le TSV Sankt Otmar (équipe d'un club de gymnastique fondé en 1924). En hippisme, S. accueille les épreuves du CSIO (Concours de saut international officiel) suisse.

Auteur(e): Marcel Mayer / PM

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– AV, Saint-Gall
– KBSG
– StASG
– Stiftsarchiv, Saint-Gall
Sources imprimées
– P. Ehrenzeller et al., éd., St. Gallische Jahrbücher, 1823-1843, 1824-1863
Geschäftsbericht des Stadtrats St. Gallen, 1852-
Gallus-Stadt, 1943-1996 (avec St. Galler Chronik)
Statistisches Jahrbuch der Stadt St. Gallen, 1922-
– O.P. Clavadetscher, S. Sonderegger, éd., Chartularium Sangallense, 3-11, 1983-2009
SDS SG, I/1
Bibliographie