29/03/2012 | communication | PDF | imprimer | 

Appenzell (commune)

L'édition imprimée de cet article est richement illustrée par des image(s) et infographie(s). Commandez le DHS chez notre éditeur.

Comm. (Bezirk, littéralement district, ce qui correspond dans les Rhodes-Intérieures à une commune), inspection du feu, paroisse et comm. scolaire. Le village d'A., sur la Sitter, dépasse à l'est les limites de la commune et s'étend aussi sur celles de Rüte (au nord de la Sitter) et de Schwende (au sud de la Sitter). Chef-lieu et siège des autorités du demi-canton d'A. Rhodes-Intérieures, ancien marché, centre du Pays Intérieur. 1071 Abbacella. L'étymologie renvoie à un domaine de l'abbé de Saint-Gall.

Population
AnnéeHabitants du territoire de l'inspection du feua
15351 500
15972 100
16261 800
16642 300
17132 600
18012 300
18503 000
18803 450
19003 600
19203 950
19503 770
19703 750 (5 200)b
19803 700 (5 300)b
19904 000 (5 700)b

a Ancien territoire de l'inspection du feu (centre)

b Entre parenthèses: territoire de l'inspection du feu dès 1962 (agglomération)

Année 1880190019201950197019801990
Habitants de la commune4 3024 5745 1735 0015 2174 7815 194
LangueAllemand4 2984 5425 1274 9204 5304 1494 375
 Français     2     6   15   10     4     5   10
 Italien     1   19   19   58 433 279 182
 Autres     1     7   12   13 250 348 627
ConfessionProtestants 157 257 190  142 222 313 430
 Catholiques4 1434 3164 9794 8434 9734 3224 326
 Autres et sans confession     2     1    4   16   22 146 438
 dont sans confession         65
NationalitéSuisses4 1474 4204 9394 7834 4504 1204 261
 Etrangers 155 154 234 218 767 661 933

Sources:Auteur, OFS

1 - De la préhistoire au haut Moyen Age

La hache à hampe du Bronze final trouvée aux Forren près d'A., unique vestige préhistorique, ne permet pas de conclure à la présence d'un habitat. Jusqu'à la fin du haut Moyen Age, la région était couverte de forêts presque inhabitées.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2 - Moyen Age et Ancien Régime

2.1 - Peuplement, démographie, économie

La colonisation de la vallée de la Sitter commença au plus tard au XIe s., à l'appel de l'abbé de Saint-Gall. A. est mentionné pour la première fois en 1071, dans l'acte de fondation de la paroisse de Saint-Maurice in novali loco (sur des essarts). Outre le domaine abbatial, qui devait se trouver au sud de l'actuelle place de la Landsgemeinde, entre la Platte et la Hofwiese, un rôle de redevances établi vers 1200 mentionne dans la commune les localités de Brenden, Lank, Lehn et Meistersrüte. La rareté des sources antérieures à 1500 empêche de suivre avec précision l'évolution du village. Les premières maisons bordaient sans doute les chemins reliant l'église au domaine abbatial, la Reichsstrasse et le cours du Gansbach, soit un axe est-ouest; à l'est se trouvait un pont (Metzibrücke) conduisant à un petit quartier outre Sitter et à un groupe de bâtiments industriels (dont le moulin banal). A. fut dévasté en 1291 par les troupes du comte de Werdenberg-Sargans. L'attribution du droit de foire en 1353 n'est sans doute pas étrangère à l'aménagement du marché dit Schmäuslemarkt en face de l'hôtel de ville et à la disposition en ordre contigu, selon le modèle des chesaux urbains, des maisons de la Hauptgasse et de sa perpendiculaire nord-sud, la Hirschengasse. Un réseau de rues et places secondaires se développa; le quartier du Ried, au sud, remonte à une fondation de 1483 en faveur des indigents.

Quand le pays d'A. s'affranchit de la souveraineté abbatiale, le village qui s'affirmait comme chef-lieu eut à mettre à disposition une place pour la landsgemeinde et à construire un hôtel de ville. Pour le distinguer du canton, le village d'A. est appelé aux XIVe et XVe s. (pour la première fois le 10 octobre 1367) ze Appacelle zu dem Hof, d'où le nom de Hofer qui désigne encore ses habitants, par opposition aux paysans des fermes isolées.

Dès le milieu du XVIe s., les ordonnances sur les rondes de nuit nous donnent des renseignements sur l'étendue du village qui, incendié le 18 mars 1560, fut rebâti en majeure partie selon le même plan. La division du canton en 1597 amoindrit le rôle d'A. comme chef-lieu. En 1679 et 1701, des incendies firent des dégâts notables. Parmi les principaux bâtiments, citons l'église (1560-1584), l'ossuaire (1560-1565) et l'hôtel de ville (1560-1583); au sud-est, le "château" (1563-1570), le couvent des capucines (1611-1622) et l'arsenal (avant 1568); à l'ouest, le couvent des capucins (1587-1588). Les vues anciennes (1586, 1642, 1839) montrent que le village n'a presque pas changé du XVIe s. jusqu'au milieu du XIXe.

Le domaine abbatial dut attirer assez tôt des artisans. Un certain nombre de métiers sont attestés dès le XIVe s. et le "Recueil des réponses et mandats" contient des règlements relatifs aux aubergistes, meuniers et bouchers (dès 1547). A. obtint le 23 septembre 1353 le droit de tenir deux foires annuelles et de lever des péages, ce qui permit le développement d'un artisanat répondant aux besoins des paysans et d'un commerce local que confirme l'existence vers 1400 d'une auberge et de règlements sur les poids et mesures. Un marché hebdomadaire aux textiles (fil, lin, chanvre) se tint dès le dernier quart du XVe s. Depuis la fin des années 1440 au moins, A. travaillait pour l'industrie saint-galloise de la toile. Ses habitants noueront plus tard des liens directs avec des places étrangères, Venise en 1494, Constance en 1497, Lyon vers 1499, Francfort-sur-le-Main en 1529. Plusieurs tentatives (la dernière en 1683) visant à faire d'A. un centre à part entière du commerce de la toile (construction d'une blanchisserie, d'une buanderie et d'une foulerie entre 1535 et 1537, fondation d'une société commerciale en 1537) échouèrent devant les vives ripostes de la ville de Saint-Gall, qui ne laissèrent subsister que la blanchisserie (jusqu'en 1842), la filature (en particulier celle de fils fins) et le tissage du lin. La filature du coton vint s'y ajouter vers le milieu du XVIIIe s. Le service étranger jouait un grand rôle aux XVIe-XVIIIe s. pour de nombreuses familles, comme les Sutter, Bischofberger, Büchler, Knusert et Ulmann. Comme dans le reste du canton, l'élevage était l'activité agricole dominante (alpages du massif de l'Alpstein). Un système particulier de répartition des biens et des tâches s'était établi entre armaillis (propriété du bétail, estivage) et paysans (propriété des terres en plaine, hivernage). Les habitants d'A. jouissaient de droits d'usage dans les communaux (prés, alpes, forêts) du Pays Intérieur.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2.2 - Société, vie religieuse et culturelle

Au Moyen Age, le couvent de Saint-Gall exerçait sur A., dont il était seigneur foncier, justicier, spirituel et dont les habitants étaient ses serfs, une souveraineté consolidée par la construction vers 1210 du château fort de Clanx, puis par l'organisation judiciaire et économique des Rhodes. Les majors et ammans représentants de l'abbé avaient une position sociale et économique prépondérante (tours de la Lank, château fort de Schönenbühl au Hirschberg). Les pensions versées dans le cadre du service étranger servirent en grande partie au rachat progressif des droits et taxes dus à l'abbé (1517, 1518, 1537 et 1566). Cela pourrait (la société appenzelloise est encore mal connue) avoir favorisé l'équilibre social, au moment où se formait une organisation communale indépendante et avant que n'apparaissent de nouvelles inégalités politiques et économiques. Chef-lieu de canton, puis de demi-canton, A. devint la résidence des familles dirigeantes (Sutter, Fässler, Streule, Bischofberger, Dähler, Geiger, Schiess); ce groupe, qui occupait les hautes charges cantonales et les places d'officier au service étranger, tendit à se fermer aux XVIe et XVIIe s.

L'abbé de Saint-Gall Norbert fixa en 1071 les limites de la paroisse d'A. Le centre en était une église privée, dédiée à saint Maurice (patron mentionné pour la première fois dans la charte de 1353), consacrée et richement dotée un peu plus tôt, à la demande de l'évêque de Constance Rumold, par l'évêque de Coire Thietmar. Incorporée à l'abbaye de Saint-Gall en 1248, lors des démêlés entre l'empereur Frédéric II et le pape (incorporation confirmée en 1253), Saint-Maurice était l'église mère des Rhodes-Intérieures. Les noms des curés sont connus dès 1370; des vicaires sont attestés dès le XVe s. A la Réforme, la majorité des paroissiens restèrent attachés à l'ancienne foi. Avec la Contre-Réforme, la minorité protestante fut contrainte en 1588 de se convertir ou d'émigrer. La collation passa en 1645 au landamman et au conseil d'Appenzell. Le souci accru de la pastorale après le concile de Trente (1563), puis l'augmentation de la population aux XIXe et XXe s. amenèrent la création de quatre paroisses filiales (Gonten en 1647, Haslen en 1666, Brülisau en 1845, Schwende en 1914) et de deux annexes (Eggerstanden en 1727, Schlatt de 1769 à 1970).

L'étendue de la paroisse et la piété médiévale et baroque ont conduit dès 1409 à la fondation de chapellenies. La Réforme catholique a vu la création en 1586-1587 du couvent de capucins "de la Chandeleur", puis la restauration en 1613 d'une communauté de sœurs du tiers ordre de Saint-François (attestée en 1420-1421), sous la forme du couvent de capucines Notre-Dame-des-Anges. Les sources ne mentionnent pas de confréries religieuses avant le XVIIe s. Les affaires laïques et ecclésiastiques étaient fortement imbriquées, la paroisse d'A. ayant eu longtemps le même territoire que le Pays Intérieur.

A la première église construite vers 1068/1069 succéda vers 1300 un édifice roman, refait en 1488-1513 au plus tard en style gothique, dans les dimensions actuelles; ses trois nefs exprimaient la fierté du nouveau canton. Relevée après l'incendie de 1560, l'église de 1513 vit sa nef reconstruite en style néoclassique en 1824-1843; l'aménagement intérieur néorococo date de 1890-1892. Autres sanctuaires: l'ossuaire (1565, démoli en 1857), les chapelles Sainte-Croix (1561), Saint-Martin (1594, ancienne chapelle des lépreux, aujourd'hui Notre-Dame-de-Lourdes), Saint-Antoine au Rinkenbach (1661), Sainte-Anne à la Haggenbrugg (première mention en 1696), ainsi que les chapelles votives Saint-Michel au Blumenrain (1612), Sainte-Anne-et-Saint-Jacques au Rütirain (1630) et Maria Hilf au Hundgalgen (1874).

Un enseignement facultatif est attesté déjà au XVe s. Plus tard un ecclésiastique tint l'école latine, un laïc l'école allemande. Au XVIe s., une école est construite près de l'église et des maisons des chapelains. Un maître d'école est mentionné dès 1555; c'est le futur landamman Bartholomäus Dähler. Le premier règlement scolaire date de 1620 environ. En 1679, le maître auxiliaire de l'école allemande fut chargé d'accueillir aussi les filles, après qu'une tentative de fonder une école chez les capucines eut échoué en 1639. Dès 1738 un maître auxiliaire dispensa l'enseignement élémentaire.

Le niveau culturel élevé des familles dirigeantes apparaît par exemple dans les quelques bâtiments de pierre du XVIe s., tels que le "château", maison bourgeoise encore gothique, à quadruple pignon, tour d'escalier ronde et vestibule sur colonnes, ou la maison Salesis, richement décorée (sans doute du dernier tiers du XVIe s.), dans les maisons Konkordia (XVIIe s.) et dans celles de la Hauptgasse (après 1560). Les plus beaux monuments religieux sont la tour, le chœur et la crypte de l'église paroissiale (1488-1513), un missel romain (avant 1183), un obituaire (1566) et un registre des baptêmes dont le titre est orné de miniatures de Caspar Hagenbuch (1570).

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

2.3 - Constitution, équipements publics, vie politique

C'est en 1323 qu'apparaît la communauté des "gens d'Appenzell", c'est-à-dire du Pays Intérieur. L'histoire d'A. se confond en grande partie avec celle du canton qui prendra son nom, puis avec celle des Rhodes-Intérieures. Pour désigner le village, qui s'étendit peu à peu sur des territoires appartenant aux rhodes de Lehn, Schwende, Rüte et Rinkenbach (les rhodes disparurent en 1873), on parle du Hof (domaine) vers 1300, du Dorf (village) à la fin du XVe s., de la Feuerschau (inspection du feu) dès 1585. Dans le demi-canton, les rhodes, simples associations familiales, n'avaient guère de compétences communales. Faute d'institution appropriée, c'est l'inspection du feu qui se chargea peu à peu, dès le XVIe s., des tâches communales pour l'ensemble du village: aux mesures de prévention et de lutte contre l'incendie s'ajoutèrent aux XVIIe et XVIIIe s. l'alimentation en eau, les permis d'établissement, les règlements de construction, la surveillance des métiers et l'administration fiscale. L'inspection du feu avait aussi des compétences judiciaires qui s'étendaient même aux "habitants" (non-bourgeois) du demi-canton. Son instance suprême était l'assemblée obligatoire des propriétaires de bâtiments, la Dunke ("trempette"), dont le nom dérive du contrôle annuel de l'étanchéité des seaux à incendie. Son Conseil était formé dès 1642 du landamman des Rhodes-Intérieures, qui habitait le village, de magistrats cantonaux (vice-landamman, banneret, trésorier, sautier et secrétaire) et de trois inspecteurs. Au XVIIIe s., le rôle de l'assemblée se bornait à approuver les comptes et à prendre connaissance des ordonnances.

Le quartier du Ried, créé en 1483 par une fondation, était à la disposition des pauvres des rhodes de Lehn et Rinkenbach. Les bénéficiaires, qui depuis 1615 devaient être mariés ou veufs et posséder moins de 1000 livres de fortune, recevaient une parcelle à bâtir, un lopin et le droit d'usage des prés et forêts; l'entretien de chevaux et la production de fromage leur étaient interdits. Ils administraient eux-mêmes la fondation, tenant une assemblée annuelle qui élisait une commission chargée des affaires courantes (premiers statuts connus en 1602). Le village d'A. possédait au XVIe s. deux maladreries: l'une à la Sandgrube (mentionnée dès 1517, sans doute incendiée en 1560); l'autre à Geren/Hälenbrunnen (construite en 1540-1542), qui accueillait après 1598, outre les malades, des infirmes et des vieillards; elle fit place à une maison des pauvres, mentionnée dès 1766 et démolie en 1904. L'hôpital construit après 1575 au nord-est du village (incendié en 1912) servit d'abord d'auberge pour les étrangers et d'asile pour les vieux, plus tard d'orphelinat, de prison et de maison de discipline. La plupart des immeubles n'ayant pas l'eau courante, l'approvisionnement dépendit jusqu'au milieu du XIXe s. des fontaines privées et publiques (la propreté de celles-ci, au nombre de six, était étroitement surveillée). Deux réservoirs aménagés au sud du village servaient à la défense contre les incendies, qu'on s'efforça de prévenir en instituant dès le 15 décembre 1519 deux patrouilleurs disposant d'un poste de garde à la "maison des communiers", qui servait aussi de marché et de grenier à sel. Une ordonnance sur la prévention des incendies fut édictée en 1579 et modifiée en 1642, 1675 et 1790/1793.

La bonne société et les autorités des Rhodes-Intérieures vivaient à A. Aussi une tension entre A. et la campagne, en particulier les rhodes de Schlatt et de Gonten, apparut à la fin du XVIIIe s. et se traduisit par l'affaire Sutter. Des représentants de la classe dirigeante commencèrent à accueillir les idées des Lumières, toutefois sans fonder de société. Ils sympathisèrent parfois ouvertement avec le régime de la République helvétique; ce fut le cas du curé Josef Anton Sutter, des officiers Johann Josef Michael Büchler et Johann Baptist Graf, du futur landamman Karl Franz Josef Anton Bischofberger et du médecin Johann Nepomuk Hautle.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

3 - XIXe et XXe siècles

3.1 - Economie, transports

La construction d'un réseau routier (vers Gais en 1852-1853, Urnäsch en 1862-1868, Wasserauen en 1867-1869, Hundwil en 1877, Oberriet en 1902-1914) et ferroviaire (par quatre compagnies, aujourd'hui réunies dans les Chemins de fer appenzellois) offrit de meilleures conditions au tourisme et à l'industrie.

Les améliorations des Forren (1936-1937) et de Mendle (1943-1944) augmentèrent la surface agricole. La crise économique des années 1870 conduisit à une modernisation de l'agriculture qui se traduira par la fondation de trois coopératives d'élevage (A. en 1894, Lehn en 1945, Rapisau en 1965). Au début du XIXe s., avant la construction du réseau routier, de petites entreprises locales couvraient les besoins régionaux, tandis que des artisans étrangers, porteurs de techniques nouvelles, exerçaient les métiers rares (chaudronnier, imprimeur sur étoffe, potier d'étain, fabricant de craie par exemple). Un assez grand nombre d'ouvrières à domicile (646 en 1880, 1178 en 1920 dans la commune) brodait à la main pour des entrepreneurs des Rhodes-Extérieures ou de Saint-Gall, puis aussi pour des commissionnaires locaux.

Cinq broderies mécaniques ouvrirent à A. entre 1870 et 1876; la plupart eurent une existence éphémère. La maison française Marie Fanny Driou & Cie exploita une usine au Ziel de 1871 à 1930. Quelques fabriques, surtout de la branche textile, apparurent après la mise en service des voies ferrées Urnäsch-A. (1886) et Gais-A. (1904), ainsi que de la centrale électrique d'A. (1905); peu d'entre elles survécurent à la crise de la broderie qui suivit la Première Guerre mondiale. Quatorze entreprises, spécialisées surtout dans l'apprêtage et la distribution des textiles, comme alba AG & weba AG (1923) et Doerig + Kreier AG (1923), offraient plus de 220 emplois en 1925. Il faut citer en outre la brasserie Karl Locher AG (fondée en 1886; un brasseur est attesté depuis 1728), la distillerie Emil Ebneter & Co. AG (1902), la fabrique de brosses Emil Broger (1902-1980) et l'usine textile Lehner Les Accessoires AG (1938). Après la Deuxième Guerre mondiale, de petites et moyennes entreprises se développèrent dans d'autres branches (machines, métaux, matières plastiques, construction): Litex Neon AG (1959), fenêtres Dörig AG (1959), Chemora AG (1965-1993), Bühler AG (1966), KUK Electronic AG (1990). Les arts et métiers sont par ailleurs fortement représentés.

L'aménagement de chemins dans le massif de l'Alpstein favorisa l'essor de l'hôtellerie. Aux anciens bains de Hoferbad (mentionnés dès 1628) et d'Oberbad (1372) vint s'ajouter une série d'établissements souvent éphémères: Kaubad dès 1851, Bad Dreikirchenstein (1881-1885), Sonnenau (1892-1897), Rosengarten (1896-1940). Depuis la Deuxième Guerre mondiale, A. attire plutôt les voyageurs d'un jour. Centre régional, siège des administrations cantonales et communales, le village abrite plus de quarante commerces, des banques, des écoles, des agences d'assurances (44,7% de navetteurs en 1990).

Statistique de l'emploi
 19301950197019801990
Secteur primaire19,1%15,7%10,7%10,0%6,7%
Secteur secondaire68,8%52,8%55,8%49,4%37,8%
Secteur tertiaire12,1%31,5%33,5%40,6%55,5%

Sources:OFS

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

3.2 - Démographie, société, culture et formation

Le nombre des habitants, qui stagnait depuis 1710, notamment à cause des crises économiques (1771-1772, 1817-1818) et des épidémies de typhus, de diphtérie, de dysenterie et de variole, augmenta peu à peu au XIXe s. grâce à l'industrie à domicile, recula dès 1920 à la suite de la crise de la broderie et ne se remit à croître qu'en 1960. La haute conjoncture d'après guerre débuta avec retard à A., mais fut d'autant plus ferme. Le village (territoire de l'inspection du feu) comptait 5700 habitants en 1990, 6200 en 1997. La croissance résulte de facteurs tels que l'attrait du site, de bonnes infrastructures, la vitalité du tourisme, l'esprit novateur des entreprises, la politique financière du canton et l'habileté de sa promotion économique.

Au milieu du XIXe s., A. était encore une localité repliée sur elle-même. Puis intervint un développement le long des voies d'accès, d'où un plan en étoile. Les activités du bâtiment stagnèrent dans l'entre-deux-guerres, mais explosèrent dès la fin des années 1950, ce qui mit en danger une partie du noyau ancien du village et fit naître des quartiers uniformes (204 maisons en 1827, 446 en 1920, 567 en 1950 dans le centre, environ 1500 en 1990 dans l'agglomération).

Selon le rôle fiscal de 1803, 31 citoyens, soit environ 2% des ménages, étaient "riches", possédant au moins 10 000 florins (130 000 pour le plus fortuné). Les troubles de la République helvétique, les guerres napoléoniennes, la disette de 1817-1818 et la cherté de 1830-1831 multiplièrent les indigents. Les Rhodes-Intérieures dénombraient 1800 pauvres en 1816 (17% de la population), dont beaucoup sans doute vivaient à A. En 1938 encore il y avait 221 assistés (5% de la population) dans la commune. Seule l'industrialisation après 1945 améliora la situation des plus pauvres, dont une partie passa dans la classe moyenne, et réduisit légèrement les inégalités. En 1996, la commune regroupait 37,4% de la population du demi-canton et 43,6% de sa capacité fiscale.

Selon les témoins de la fin du XVIIIe s., les distinctions sociales étaient peu marquées et le train de vie généralement modeste. Les "habitants" formaient la seule catégorie privée d'une partie des droits politiques et économiques. En observant les structures agricoles et, dans une moindre mesure, celles de l'armée et de l'Etat, on voit se dessiner un groupe de riches paysans, armaillis, marchands de bétail, propriétaires et capitalistes qui exerçait une prépondérance politique, économique et sociale, tandis que dans les milieux de l'industrie textile et du commerce (marchands de drap, de produits laitiers, épiciers) nul ne dépassait une modique aisance. Petits paysans endettés, journaliers, ouvriers à domicile et artisans pauvres formaient la majorité de la population.

Les Appenzellois ont un goût proverbial pour les sociétés, par exemple celles dédiées au tir (dès le XVIe s.), à la musique d'harmonie (dès 1792), au chœur d'hommes (fondé en 1855, mais l'activité est attestée dès 1835), au chant d'église (fondé en 1881, activité attestée dès 1514), aux sports (dès 1866), ou celles poursuivant des buts sociaux et économiques: pour les indigents (avant 1866), contre la mendicité (1883), de consommation (1883), d'entraide volontaire (1916), d'escompte (timbres-prime, 1911).

Des écoles primaires ont été bâties sur la place de la Landsgemeinde (1854), à la Hofwiese (1890), à côté du couvent des capucines (1879) et au Gringel (école réale régionale dès 1972). L'orphelinat fondé en 1854 au nord-ouest du village comprend depuis 1866 une école ménagère. L'école des filles et dès 1929 l'école réale de jeunes filles furent tenues de 1811 à 1973 par les capucines. Une école latine exista de 1812 à 1848, puis une école réale et latine ouvrit en 1872 pour les garçons et en 1876 pour les filles. Reprise par le canton en 1887, elle fit place en 1908 au collège Saint-Antoine (école réale et gymnase) tenu par les capucins, reconnu en 1940 comme menant à la maturité fédérale et devenu école cantonale en 1999. L'école secondaire de la Hofwiese, inaugurée en 1957, rénovée en 1970-1974, servit dès 1974 d'école réale. Des sœurs d'Ingenbohl fonctionnèrent de 1880 à 1982 comme maîtresses ménagères, dès 1892 à l'école réale de jeunes filles et de 1906 à 1958 dans des classes spéciales. Une école enfantine privée ouvrit en 1856, une école professionnelle en 1880.

Le clergé s'engagea aussi dans des activités sociales et scolaires: le père capucin Otto Gartmann fonda par exemple en 1853 une association de jeunes artisans. Une communauté protestante n'apparut qu'après la fondation de l'Etat fédéral (1848): création d'une association en 1875, construction d'un temple en 1909, reconnaissance officielle d'une paroisse (qui s'étend à tout le Pays Intérieur) en 1925.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM

3.3 - Histoire politique et administrative

Sauf sous la République helvétique qui créa un éphémère district d'A., l'inspection du feu (Feuerschaugemeinde) resta la principale institution du village et remplit les fonctions d'une commune bourgeoise, jusqu'à ce que la Constitution cantonale de 1872 lui enlève, comme aux rhodes, ses compétences politiques et établisse des communes; celle d'A. comprend le territoire de l'ancienne rhode de Lehn et le tiers supérieur de celle de Rinkenbach. En se développant, la localité déborda ensuite sur les communes voisines de Rüte (16% de la population du village en 1991) et Schwende (13%), mais tout l'espace bâti relève de l'inspection du feu, institution responsable dès 1873 de la police du feu et des constructions, ainsi que de l'approvisionnement en eau et en électricité; ses organes sont l'assemblée générale, la commission du feu et celle des comptes. Les organes de la commune sont l'assemblée annuelle, le Conseil, formé notamment de deux "capitaines" (présidents) qui alternent, d'un caissier et d'un secrétaire, ainsi que diverses commissions; ses compétences s'étendent à la police (jusqu'en 1996) et aux routes, ainsi qu'à la police du feu et des constructions en dehors du territoire de l'inspection du feu. L'administration cantonale se charge en outre de nombreuses tâches communales.

A. est le siège de toutes les organisations et associations politiques du canton, mais une imprimerie n'y fonctionne en permanence que depuis 1876. Les principaux journaux sont ou furent l'Appenzeller Volksfreund, conservateur (dès 1876) et l'Anzeiger vom Alpstein (1906-1972), libéral, successeur du Freier Appenzeller (1878-1895). Un hôpital fut construit, sur initiative privée, en 1874-1878; le canton le reprit en 1897; il sert aussi d'établissement médico-social dès 1982. Un réseau d'eau moderne entra en service en 1888, l'éclairage électrique en 1905. La maison des pauvres rénovée en 1901-1903 se nomme foyer des bourgeois (Bürgerheim) depuis 1958. La poste, qui loua des locaux à des particuliers et au canton de 1850 à 1909, se fit construire un immeuble près de la gare en 1908-1909. Le télégraphe fonctionna dès 1857 et un réseau téléphonique dès 1894. Les eaux usées vont depuis 1976 à la station d'épuration cantonale de Bödeli.

Références bibliographiques

Fonds d'archives
– LAA
– APar et ACom (Kirch-, Schul- und Feuerschaugemeinde)
– Musée d'Appenzell
Bibliographie
– J. Signer «Chronik der Appenzell I.-Rh. Liegenschaften», in Appenzellische Geschichtsblätter, 1-16, 1939-1954 (appendice à l'Appenzeller Volksfreund; communes d'Appenzell, Schwende et Rüte)
– H. Ammann, «Die Talschaftshauptorte der Innerschweiz in der mittelalterlichen Wirtschaft», in Gfr., 102, 1949, 105-144
– N. Senn, Die Feuerschaugemeinde in Appenzell, 1950
– S. Sonderegger, «Der Name Appenzell», in IGfr., 4, 1956, 3-31
AppGesch., 1 et 3
– F. Stark, 900 Jahre Kirche und Pfarrei St. Mauritius Appenzell, 1971
– W. Bodmer, «Appenzell als Wirtschafts- und Leinwandplatz», in IGfr., 18, 1973, 15-29
– R. Kölbener, Freiräume in Appenzell und deren Bedeutung, mém. diplôme EPF Zurich, 1979
INSA, 1, 259-387
MAH AI, 1984
– I. Bischofberger, Entstehung und Entwicklung der Feuerschaugemeinde Appenzell, 1991
– A. Weishaupt, Der Finanzhaushalt des Landes Appenzell 1519-1597, mém. lic. Fribourg, 1996
– D. Fässler, Den Armen zu "Trost, Nutz und Gut", 1998
– H. Bischofberger, Rechtsarchäologie und rechtliche Volkskunde des eidgenössischen Standes Appenzell Innerrhoden, 2 vol., 1999
– A. Weishaupt, 125 Jahre Evangelisch-reformierte Kirchgemeinde Appenzell, 2000

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM